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ÊXPLICATIOlSi
KISÏOsEIÇUF
D ES FABLES
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TOME SÈCONDl
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ÊXPUCATION
-HISTORIQUE
DES FABLES.
Far feu M. ^Abbé BanieRj d^
X Académie des Infcriptions Ù*
_ Belles 'Lettres,
NOUVELLE EDITION,
Aevûë > corrigée , Se très - différente des
précédentes.
Tome Second*
A
PARIS,
Gtiez B R I A s s o N i rue St Jacques '$ à la
Science Se à r Ange Gardien.
M. DGC. XL IL
At^cc Apfr9ba$tQn &- Fripilegç du Jl^i^
"• ^ yr
EXPLICATION
HISTORIQ.UE
DES FABLES
XL ENTRETIEN.
Suite de fHiftoire desDieux des Grecs
& des Romains, .
,A CONVERSATION précéden- MïRcynB.
te fut biea-tôt reprifë, par
i'emprefièment qu avoit E- .
liante d'approfondir cette ma-
tière; & l'Abbé la commença ainfi :
Comme Mercure , de tous les enfans de
Jupiter, a été le plus fameux , nous de-
vons commencer par fon Hiftnîre. M-ais
il eft bon de vous découvrir d'abord ce
qui a répandu tant d'obrcurité dans cet-
te Fable.
Il y a eu plufieurs Mercures, dont on .
Tome II. A
ft Explication historique
a ramaifé les aâions , pour en chargeif
l'Hiffoire du plus fameux de tous. Ci-
DmW.^f*' ceron ( i ) en compte cîng. Le premier
étoit fils du Ciel Se de Dia : le fécond ,
de Phoronide , furnommé Trophonius :
le troifîéme , de Jupiter Roî de Crête ,
& de Mak: le quatrième, connu eiy
Egypte 9 étoit fils du Nil ; & le cînquié^
me était celui qui tua Argus , Sc régna
enfuite en Egypte » otr il établit phi-
iîeurs lohc. Uxm apparemment étoit
Eloquent , l'autre Médecin, l'autre PoS-
té , l'autre Négociant , &c. ; & dans la
fuite, on a attribué toutes ces qualités
au (èul fils de Maïa , qui a été honoré
cérame le Dieu de la Médecine , de l'E-
loquence » du Commerce » des Lar-»
rons , &c.
Il y a eu aufB pluiîeurs autres Mer*
curés» que Cieeron paroît n'avoir pas.
connus. Le plus ancien étoit Roi d'Egy^
pte , fi célèbre fous le nom de Thot, qui
régna à Thébes après la mort de fon pe-^
re Menés , ou Cham , premier Roi d'E-
gypte. Ce Prince pofKdoit pluiîeurs
belles qualités. Il inventa , ou du moins
perfeftionna plufieurs arts , & fur tout
celui des Lettres , que fon père , qui les
avoit apprifes de Noé , lui avoit enfei-
gkiées. Il &t même ^inventeur de cett^
1DE$ FABLfiS. ^
manière d'écrire par les Hiéroglyphes ^
fi fameulè dafis k fuite en Egypte* Ce
Thot étoit contemporain d'Efciuape fbit
frère , qui régnoir à Méndès , comirtd
nous le dirons en fon lieu. Il ^ut eiico«>
te diftinguer cet ancien Mercure d'uit
autre de même nom $ qui régna aufli en
Egypte i que Marsham appelle ( I ) Mer- J ' ) c*««
cure fecond, & qu'on dit être fils dé ^^""^^
Vuldâln. Celui-ci fut TAutéur de cei
anciens Livres concernant là Religion ,
Se les cérémonies que les Egy^rtlen*
|>ratiquoient avec tâht de vénération, *
comme nous Papp^nd Manethoii dânft
Syncelle. C'eft des avions de cet ancieil
Roi d'Eçypte , dôttf les Poètes érecs
ont orné THiUolre de celui des Mercu^
fts qtt*ils ont dit êti^e fils de Jupiter Se
de Maïa , quoiqu'il n'ait vécu que quet
ques fîécles après*
Le fecond de des Meroures vlvoît^
felon Eufebe (4) , urt peu après Moyféi (i) tu Chm.
envirèn cînquatlfé anis après que les* ïfr
raëlites furent fortls d'Egypte ; A pat ' * '
eonfëqueht , il éft poftérieur au fils de
Jupiter , Contemporain" d'Hase* Saint
Clément d^Aléxandrie (J) fait une lori^ (,) $^m,
gue énaitiéi*atioh des LivVes de ce **^*
MerCiire féconde fi connu fous le nom
de Trifiriégifte f ett trois -fois grandV -
Aij
I if ExPUGATïON HISTORIQUE
gù'i! fait monter au -nombiie de quaran-f
te-?deux volume^ Ces Livres traitoient
d§ la Théologie, de l^Aflrologie Se de
U Médecine. On les portoit dans les
Proc^ijîons avec beaucoup dç cérémor
pie^ & de re^ed. Ces Livre font perduç
depuis longrtçrasj & le Pîmandre de
IVIercure.eft un Livre apocryphe, com^
ijije le prouve le %avantCafaub6,n, aufr
^-bîen <jue ceu^c de fes autres Ouvrages,
(I) L. I. & ^çn% parle laint Cyrille (i). Dès le téms
îi*"""^ "^^ paêtne de Galien , on faifpit courir de$
^' Livr^ de Médecine fous le nom de ce
jPrkice , que ce fameux Médecin dit être
de^sLp\^^ ^^ ^ fuppofés (2).
éU. vIcHit, ; S^* Il paroît qu'on a donné le nom de
Merciire aux Princes <jui a voient quel-r
:<^u^-une$ de fes qualités. Aihfi il nQ
faut pas s*étonner de ce qu'on dit de^
chofes lî contraires du même Prince , n}
Àt cû grand nombre de voyages qu'on
'.. '.) )idrjEait faire , & dp tjiat de femmes &
(3) N4/4)i/, à^^ïfy^s.q^oti lui a donnés (3). On peuj
'•^''^* .f^c^ • ajouter , que ce qui a pott^
jif àucowj) de cottfuîîon daçs l'Hiftoire
dfS Merpure » ê'eft la pluralité des noms
, qu'pnlui donnoit. Les uns l'appelloient
\; .. Jierffifs -^ /fffi 'Vepj: dire Interprète. Les
' J^^ms' 4^erçi^ius , 4 \^er€sturâ , k càufe
^q^'il étoit le Piçju dçs Marchands j Cjlr
î>És Fables. f
Unïus] ou parce qu'il étoit fils de Cyt
lene , ou né fur une montagne de ce nom 5
Nomius , à caufe des loix dont il étoit
Fauteur; Camillus ^ parce qu'il étoit te
Meflagef des( Dieu^ : Les Cartagînois
l'appelloient Sûmes , par la même ra!*
fon : Les Egyptiens , Phtne (i) ; les ^^'^^^^"1'
Alexandrins , Thot ; les Gaulois, Theu^
tôt : Et tous ces noms lui étoient donnés
pour marquer l'éloquence de ce Prince.
On le nommoit Fialis , parce qu'il pré-
fidoit aux chemins ; ^uadratus , parce
qu'on le repréfentoit anciennement fous
la figure d'une pierre duarrée ; Tricepr^ ' '
parce qu'il étoit également parmi les
Dieux du Ciel 9 ceux de la Terre y Sc
ceux de l'Enfer \ voyageant par tout
avec fes aîles ; Agonius , parce qu'il pr'é-
fidoît aux Jeux Agonaux , dontil étoit
l'inventeur j aififi de plufieurs autres
nonis , qu'il tiroit des lieux où il étoit
honoré , fur lefquels vous pouvez coi>-
fulter à loifir les Mytliologues.
Enfin , on peut dire qu'on à gâté fbn •
Hiftoire par u^ie infinité d'allégories qui
ont rappor^^aux grandes qualités de ce
Prince^: comme, par exemple , cellç
d'une chaîne d'or, qui fortoitde fa bou-
che, Se qu'il attachoit aux oreilles de
ceux qu'il vouloit conduire ; pour mar-
A 11 j
4 Explication htstceiqu*
^uer que ce Prîncç enehaînoit U$ cqôuï»
& les efprits par la douceur de fou é\oi
t.
Ambre , pour faire aîlufion à la Fable qui
difoit qu'il conduifoit les âmes en Ew-
fer ; Se au'ainfî il étoit tantôt fur k Ter-
re, ou dans le Ciel, & tantôt dans le
trifte Royaume de Pluton ; ou par rap-
port à fon caraftére (a). Ainfî les Egy-
p tiens le repréfentoient avec une tête de
(i)Seryiiêf9 chien, pour marquer Ùl vigilance (i)^
n^neid. /. & ils Fappelloient /fmtis ; ou par rap^
port à la Planète qui porte fon nom-,
comme vous pouvez le voir dans les
Auteurs qui parlent de ce Dieu, Ces
{principes ainfî pofés, tâchons de dével-
opper ce qu'il y a d^Wfforique dans h
Fable de Mercure , je veux dire du file
^e Jupiter , Se de Maïa fille d*At-
Cz) H^fioa. las (2).
merV^g: ., Après, ja mort de Jupiter fon père»
Hotat. &c. û eut 1 Occident pour fon partage >
- c'efl-à-dire l'ItaUe , les Gaules , & l'EI^
. (a) Apul^ renferme en aureÀ fdcu fitUmit , 4f«
peu de paroles tontes ksdif- toUetu canit cervUes jc^-
lereote* maniérée de repté- tUm^, leva CdJtueum gê*
|enrer Mercure i ItUSupe- rens^dextfÀ TsrmMtm vi*.
fàm , inquit > Commtdtw &> rtuttm quatittu* Lifa* i U '
Ànftrim , «M9c utri ^ ummc
fyagoe même 9 où il fut maître abiblu
après la mort de Ton oncle Pluton ; Se
les MauritanieSy après celle de fba
Çrand-pere Atlas. Cétoit un Prince
tort rufë 9 fourbe , artificieux Se diili-
mule : il voyagea piuiîeurs fois en
Ë^pte pour s'inilruire dans les mœurd
Se les coutumes de cet ancien peuple »
& pour y apprendre la Théologie , fur
tout la fiinefte fcience de la Magie , qui
étoit alors fort connue » & où il excella
tui-même par fa Cuite : auffi fut-il regar-
dé comme le grand Augure & le Devin
des Princes Titans , qui le confiiltoient
ificeflàmment. Jupiter lui-même 9 de Ton
vivant, Favoit employé Ibuvent dans
cette Science : & c'efl , pour le dire en
^fTant, ce qui a donné occafîon aux
roëtes de le faire pafïèr pour l'interprè-
te des Dieux. Quelques Auteurs ne
prennent pourtant pas cela à la lettre ;
& difent , que Mercure n*a pafle pour
Interprète des Dieux , que parce qu'il
apprit à fon Peuple le culte dont ils
voul oient être honorés. Ses voyages
en Egypte lui fèrvirent beaucoup à ce-
la, s'écant fait initier dans tous leurs my«
fléres. Se ayant appris leurs cérémonies, '
Jupiter le (èrvit fort utilement de l'élo-
quence de ce jeume Prince > l'ayant em*
A iiî j
'S Explication historique
ployé dans plufieurs négociations dsrts
les guerres qu'il eut avec ks Princes de
fà famille; l'envoyant en plufieurs en-
droits , pour traiter avec eux : & c'eft ,
.fans doute, ce qui Fa fait paflèr auiS
/'ri ri^"'' .pour le Meflac:er des, Dieux (i) ; ce qui
f. 3», ^ -auroit ete exprime plus heureulement,
fi on l'avoit appelle leur Plénipoten^
tiaire. Comme il les raccommoda fou-
vent enfemble , on l*a regardé comme le
Dieu de la Paix & dés Alliances. Jupi-
. ter l'employa auflî à faire réuffir quel-
ques-unes de fes intrigues ; & il eut le
fécret de fes galanteries ; 5c c'efl , fans
doute 9 ce quiTa fait pafler pour le con-
fident de fes amours , & lui a fait mê-
me donner un emploi tout-à-fait indi*
(a)Ath.l.xo. gne(a). Mercure contribua beaucoup,
par la force de fon éloquenceôc la polî-
tefle de Ces mœurs , à cultiver Teiprit de
fes Peuples, à les rendre dociles, les
unifiant enfemble par la fociété & le com-
merce , & réprimant le vice par des loix
jfages & févéres. Ce Prince avoit perfec-
tionné plufieurs Arts. Les Gaulois , qui
Thonoroient fous le nom de Theutat , &
lui ofiroient même des victimes humai-
(3)L.x. C.2I. nés», comme Laftance (3) & Lucaîn
(4) Pharax. ^4) nous l'apprennent , le regardoient
£omme l'inventeur 4^ tous les beaux
BEs Fables. p
Arts , fuivant Céfar (i)- Enfin , on peut (0 Com.
dire que jamais Prince ne s'eft rendu plus "*"^^ ** ^•
recomn\andable par fes belles qualités ,
& n*a été plus chéri de fon Peuple. Ce-
pendant il avoit des défauîtss A étoit
du nombre de ceux qui rfont rien de
médiocre ; ce qui obligea les autres en^
fans de Jupiter , peu contens de fa con- . .
duite & de fon humeur inquiète & artifî-
cieufe , à lui déclarer la guerre ; pendant
laquelle , ayant été vaincu pluiîeurs fois,
il prit le parti de fe retirer en Egypte i
où il mourut. D'autres croyent qu'il fi- ^ ^ ^ p^^
nit fes jours en Efpagne , où Ton voyoit Pciron, Ant.
même fon tombeau (2) : rfiais la Chro- ^^/^eh'ir
nique d'Alexandrie , & Suidas (3) , di- (3) sur le
fent qu'il mourut en Egypte. ^ ™^* ''•'^•*-
Permettez - nous , dit Alcîdon , de
Vous demander l'explication de la f'able
qui dit, que Mercure cohduifoît Ids
âmes en Enfer avec fon Caducée , & ra-
flîenoit celles qui dévoient revenir en ce
nionde (4). Seroit-ce parce que ce Prin- ( 4 ) Vitg.
ce conduifit de fon vivant quelque^ Go- ^'**^* ^
lonies en Efpagne dans le Royaume de
fon oncle ? ou plutôt n'eft-ce pas une
cérémonie Egyptienne qui a donné lieu
à cette Fable ? Virgile , qui nous ap-
prend que ce Dieu cônduifoit les âmes
dans les Enfers, n'a fait que copier Ho-
A V
/
lo Explication historique
jnere, OdeiOy qui ajoute qu'on nepoi^
voit pas même mourir , fi Mercure ùe
venoit rompre ks liens qui attachoienc
l^ame au corps j ce que pourtant Virgile
attribue à iris* .Que^efoit une céré-
monie que . pratiquoient les Egyptiens
ijui a donné lieu à Cette Fable , c'eft ce
(i)L.t.fii 5P^ Diodore nous s^prend (!)• Les
-^* Égyptiens , dit-il j portoient le cadavre
d'Apis en un certain lieu,^& le mettoienc
enfuite entre les mains de quelqu'un f.
pour le conduire au lieu des fepultures ^
Ce qu'Orphée , qui avoit voyagé ea
Egypte » apprit aux Grecs ; Se eàluite
Homerè Taccommoda à Mercure* Ne
iéroit^ce point aufS parce que ce Prince
étoit l'Auteur d'aune certaine loi d'Egy-
pte 9 qui ordoimoit qu'avant de don-
fier la lepulture aux morts , il falloit ju^
g er 6'il5 en étoîent dignes ? Les Juges^
établis pour cela faifoient des inf<^ma?-
fions ^ qu'on UToit publiquement fur les
bords duilac Achérufie y comme nous le
. verrons en parlant de l'Enfer des Poètes.
' iAiniî on peut penTer que ce Prince afli-
ftoit en perfonne à ces jugemens» pour
mieux raire obièrver la loi;. ce qui fit
publier dans la fuite qu'il conduifoit Id^
mime les âmes en Enfer.
Ces conjeâures font heureuiCes ^ dit
DES FaBLeI. II
l'Abbé* On peut ajouter cependant,
après Lacerda (i) , que cette Fable tire , (0 Su? le
peut-être fon origine d'une coutunne pra- J'^^'^ foi^-ilt
tiquée chez les Athénien^. Lorfqu'ib
avdient condamné plufîeurs criminels à
la morr, ils ne les (upplicioient qu'en
différens jours ; & celui qui paflbit le
premier étoit appelle Mercure , parce
qu'il montroit aux autres le chemin de
l'Enfer. Mais je crois que cette coutume
étoit plutôt une (ïiite , qu'une origine de
cette Fable j & qu'on ne donnoit le nom
de Mercure au premier fupplicié y que
par allégorie à la fonction de Mercure,
quiconduifoit les âmes en Enfer. (2). s^^o^d^ri!
Mais , dit Eliatite , qu'eft-ce que le Ca- ftop'h^ mx si -
Ajcée de Mercure, ou la baguette avec ""•
laqueUe il conduifoit les âmes en En-
fer f C'eft,dit l'Abbé, aue ce Prince
inventa quelque g^nvt <îe Poëfie que
nous ne <:onnoiflbns pas , qui , par £1
douceur & fà cadence , étoit propre^à
tranquillifer les fens ; & on l'appeUa
Cjllems , parce qu'il excîtoît à clormir
avec fà Poëfie cadencée (5) ; & on avoit 0) Uctt^*
accoutuftié, dans les feftins, de lui of- J,V'" ^*^*
frir le dernier verre de vin , comme le
Ïrécurfeur du fommeil , dont il étoit le
)ieu. Pieiit-^re, après tout, dit Elîan-
te , que cette Fable n'eft fondée que fur
A Y|
11 ExPLieATlON HISTORIQUE
ce que vou» avez dit, que Mercure;
étoit adonné à la Magie* & qu'il s'ap-
pliquoit à la Nécromantie, exerçant Fart
myftérieux d'évoquer les m<M*ts, comme
la PythonifTe de TEcriture-Sainte ; ce
qui ne fe pratiquoît pas fans .cérénio-
jiies & fans baguettes. L'Abbé & At
cidon louèrent fort la corijefture d'E-
liante ^ & avouèrent qu'elle approchoit
plus de la vérité que les autres. On re^
.^ardoit , continua l'Abbé , le Caducée
de Mercure comme le fymbole de la
paix ; & la Fable en rendoit cette rai-
îbn : c'eft que ce !Pieu ayant trouve
deux Serpens qui fe battoient, il les avoit
appaifés en les frappant de fa baguette »
qu'il porta toujours depuis environnée
^de d^x; Serpens. Athénagore en rap-
porte une autre raifbn : Jupiter, dit-il ,
devint amoureux de Rhéa ; & celle-ci >
pour éviter fes pourfuites , Ce changea
en Couleuvre ; mais 1# Dieu amoureux,
. que, cette -métamorphofe ne rebuta point,
. fe changea en Serpent. C'eû, ajoute le
même Auteur, ces deux Serpens qu^e
Mercure porte fur fon Caducée. Je croi-
Tois plutôt , dit Alcidon , que ce Cadu-
cée n'étoit que la baguette dont fe fer-
. voient les Ambaffadeurs, ou les Hé-
.jrauts qui armpnçoient la p^.ix», . .
pxs Fablej, ï^
' Conune je fuis en train de conjeftu-
îer, reprît Eliante, permettez-moi de
hazafder quelques imaginations qui me
paiTent par la tête. Je crois , par exenî-
ple , qu^on n'a fait pafler Mercure pour
le Dieu des Larrons , que parce qu'il
etoit un peu lui-même de Thumeur de
ces peïfonnes qui portent envie au patri-
moine de leur prochain ; ou plutôt 9 fans
tadiaer , c'étoit un de ces capitaines
fins & rufés , dont les conquêtes peu-
vent pafler pour des filouteries, Lucien
.(i) nous dit, reprit Alcidon, que Mer- (x) Dîtio»-
cure , dîUîs fon enfance avoit volé le r»^ ^^ Vui-
Tridentde Neptune, les Flèches d' A- l'Z^^'^'
pollen , PEpée de Mars , & la ceinture
de Venus; je penfe qu'il avoit voulu
faire allufion à fon adreffe. A propos,
dit Eliante , vous n'avez pas expliqué
pourquoi Mercure fut chaffé du ciel. Je
crois, répondit l'Abbé, que cette Fa-
ble ne regarde pas notre Mercure , mais
quelqu'autre Prince qui portoit le mê^
anenom, & qui vivoit long-tems après,
Chafle de la Cour , il fe retira en Thef-
falie, où l'on dit qu'il garda les trôur
peaux d' Admete ; ce qui n'efl: pas diffi-
cile à croire , la vie pailorale n'étant pas
alors indigne des enîans mêmes des Rois,
Vous fçavez qu'on dit qu'il yola , pour
if4 Explication HrtToTdQtJK
fe divertir ^ le« Bœufs d^ApoUon ; &
que le Berger Battiïs, <jui découvrit ce
jMecam T^*^' ^^^^^'^^ ^"^ chstïgé en pierre de touche ( 1 )?
Fable qui n*a d'autre fondement y iinoûf
que Mercure avoir caché ce« Bœufs près
( 0^«*»'- du tombeau de Battus ( 2 ) ; & que ce
».f.ii« Uerg^er cft le premier qui a trouvé ut
Pierre de touche* Boccace appelle ce
MercutefStiflhi & il le fait vivre dû tem^
de Phoronée. Cfe donnoit lé même non»
à la Planète de Mercure ; & il veut dire >
(i ) rîMhê , 9^ ^ ^^ fé€t4t (3). Elnfih ^ continuê-t-il ^
^tnit: ' les Anciens donnent tant d'emplois à
Mercure , qu'il n'étoit jamais^ en rcpo«
(4) V. DiaU (4)» Meflager Se confidfent des? Dieux >
de wSa & d^ ^^ ^^^^^ ^^" ^® toutes Icuf» atiiires» tatit
Mexcoxcb <ie celles qui re^;ardoient la paix Se la:
guerre, que de l'intérieur de leur pakia
célefte^u'il étoit obligé détenir propre j
de leur loumir Se (èrvîr de l' Ambrofîe ;
de préfider aux Jeux r aux Aâèn^ées ;
& d'écouter Se de répondre aux Haraiï*-
•^es publiques , dtc. : ce qui me ferok
croire que ce Prince étok le Surinte»-
dant des afiaires de Jupiter ^ Ton Minière
d'Etat, Se le Grand-Maître de fa Mai-
6m ; Se cette idée ne doit pas paroîtiç
bigarre , puifqu'il eft fur que les Poètes
n'ont fait que nous propofer , fous des
idéess fid>Umes de Dieux » de Ciel , Se
i>E^ Fabx^es. If
tfOlympe^ THiftoire des Princca Ti-
tans j & (jue le plus fur moyeu de réut
£r à expliquer les Fables > c'eft de les
humanifer, & de ne s'écarter que le
-moins que l'on peut des anciens Poètes*
Pounroit^on, dit Eliante,^ vous de*'
mander pourquoi on a donné à Mercure
un équipage û lefte ; des ailes aux tar-
ions & à (on chapeau 9 uncafque à la tête
& un caducée à4a nsain (i ) f On ne fçau- ( {yvh^Jbai
roit, répondit TAbbé, l'expliquer que ^^;^^'^*"^
par des allégories aux emplois qu^on a ^
conné à ce Dieu* Ses ailes marquent fk
légèreté , ou piutôt la diligence des Map»
dmnds , dont U étoit le Dieu : le cafque^
le fécret des intrigues & des alSEiires po^
litiques, dont il étoit l'arbitre : la b^
guette , le pouvoir que lui donnoit Ton
père ; & le cocq qu'on mettoît aux pieds
de fes ftatuës ,. étoit le iymbole de la vi-
gilance ; ainfi du reile*
Le culte de Mercure n^avoit rien de
particulier 9 fînon qu'on lui oâroitles
langues des viâimes (2), pour marquer (*)Wo«n«*
par-là l'éloquence de ce Dieu. On lui o£-
Iroit , par la même raifon ^ du miel & du
lait(3).On lui immoloit auffi quelquefois (3>^#iï«*
des CoMs & desVeaux* Il étoit fpéciale- ""'•
«lenthcMoré daiis les Gaules (4) > & en < * > ^^
iiig/pte, au les Prêtres Im conlacrojeat
l6 ExPnCATrôN HTSTORIQUE
w^ldlpo'**'' ^^ Cicogne (i) j qui étoit ranimai le pluî
renommé parmi eux , après le Boeuf.
Il ne faut pas oublier , an refte , que
le fçavant Bochart croit que l^Hiftoire
de Mercure n^a été dompofée , que fiir
(0 Phaicg. celle de Chanaan (2); & il en fait un pa-
-^'^* rallelé fort ingénieux. L*un & Tautre,
dit-il, a paffé pour être le fils de Jupi-
ter, ou d'Ammon, qui étoit le même
. que Cham ; Tun & l'autre a pris fon nom
de la Afarchandife (a). La même raifbn
qui a fait dire que Chanaan étoit le ferî-
.viteur de fey frères, a fait dire que Mer-
cure étoit le Meffager des Dieux. On n^a
donné à Mercure le foin des chemins ,
<jue parce que les Phéniciens, ouCha-
nanéens y fortis de Chanaan , voyagèrent
beaucoup , & établirent par tout des co»-
lonies. Les ailes de ce Dieu font les voi-
les des vaifleaux des Phéniciens. Il n'a
pafle pour être le Dieu de FEloquencèi
& on n'a dit qu'il avoit inventé les Let-
tres , que parce que les Phéniciens en
portèrent Fufage dans l'Occident^ On
pourroit penfer que l'Hiftoire de Cha-
naan a fervi à embellir celle de Mercure,
ou plutôt celle de Moyfe, fi connue en
Ki)Tr4B,<ie Kgypte 9 où ce Dieu avoit iK^yagé.
Mt/cmh. ^y[0j JeanNicolaï (3) croit que Mer-
a>) Mercuùuf , à MeUAturd : Chanaan , en Htbret»^
lignifie la même chofe.
cntz eftle même que Moyfe ; Se compa-*-
re la Verge myftérieùfe de ce Légifla-
teur au Caducée de Mercure. Mais c'efl
affez parler de ce Dieu : Difons quelque
chôfe d^une Déeflè, à qui on a donné à
peu près les mêmes emplois.
Comme Mercure étoit le Meffager i r x ^
des Dieux , & Iris leur Meflagef e , c'eft
ici le lieu de parler de cette Déefle ; Se
il eft bon de remarquer d^abord , que i
comme c'étoit prefque toujours Jupiter
qui fe fervoit du miniftére de Mercure ,
c'étoit auffi Junon qui employoit Iris ,
pour l'envoyer fur la terre. Vous ne
vous attendez pas , fans doute 9 que je
vous apprenne rien d'hiftorique au {iijet
d'Iris , qui eft une Déefle purement phy-
fique: cependant, comme la Mytholo-
gie Grecque perfonnifioit tout , on a fait
de riris , ou de TArc-en-ciel, une jeune
perfonne , vêtue d'un habit de diverfes
couleurs, toujours aflîfe auprès du Trô-
ne de Junonr , & prête à exécuter fes or-
dres. On lui a formé une généalogie
(i) j & ona dit qu'elle étoit fille de (,)H^fio<l.
> Xhaumasr, perfonnage poScique , dont le Théog.
nom, tiré d'un mot Grec', veut dire,
fadkire; ce qui, après tout , marque
bien la quaKtédu météore qu'on a vou-
lu décrire > qui^ en.e&t eft merveilleux*
î8 ÈxPlIGATtÔN MiSÏOitîauÉ
Comme rien n'attire plus notre admir»^
tiori que T Arç-en-ciel , je ne fuis pasr
étonné qu'on en ait^fait une Divinité i
' W i>eN4/* M Et certes, dit Cotta dans Ciceron (ï)^
*^' *^ » il la Luùe eft ufte Divinité , il fauf
M que l'Etoile du matin 9 que les autres
» Planètes , que toi^ites le^s Etoiks fixesr
n foient de même condition. Et pour*'
• quoi n'en fera pas l'Arc-en-ciél j cet-
» te Iris fi belle , û admirablement bet-
IV le , qu!on à dit avec ^aifon -qu'elle
» étoit fille de Thaumas f « L@ nont
d' Eleàre ; qu'on difoit être la mère de
l'Afc-eii-ciel , & qui {ïgnifie Ufplendeur
du SqU'U i êc celui d'Jëllo , qu'cm lui
donnoit pour iœur f & qui veut dire ^
Tempête , lui conveiioient parfaitement >^
puifqu'il faut en effet que le Soleil lul-
ie 9 Se que le tems foit difpofé àla pluyç
ou à Porag^.
Irîs^ étoit tellement attachée à Junony
qu'elle ne la quittoit jamais. Et Calli*^
ma(][ue nous apprend » que quand elle
avoit bcfoin de repo^ , elle a'appuyoit
contre le Trône de la Déeffe. C efttou^
jours Junon qui l'employé : & ApoUoB»
(i)ArgoiMmt. nius de Rhodes (2) nous apprend, qu'el-»
(3) Mçt.1. é. le l'envoya à Thétis ; & Ovide dit (3) ^
ue cette mêmeDéefle voulant appren-
e àAlcyone le naufrage de Ceyxfon
ï,
DES Fabiks. if
imxi j lui ordotma d^aller dans le Palais
du Soleil. Cependant elle étoit quel-
<]uefois, mais rarement^ la Meilàgere de
Jupiter, aînfî qu'il paroît par Homère (î) (i) mîiiL l.f .
Se par Valerius Flaccus (:2). Ij^lais Ton {%) Axg««
emploi le {dus important étoit d'aller ■•"*•
coupef le cheveu fatal des femmes qui
alloient mourir ; car on étoit perfiiadé
qœ , comme il falloit que ce mt Mer->
cure qui y par ordre de Jupiter 5 fît fortir
les âmes du corps àts hommes prêts à
mourir, il falloit que ce fut Iris, envoyée
par Junon , qui délivrât celles desfem^
jnes. Auffi voyons-nous dans Virgile (5), (*) Xùtïà^
que Junon l'envoya pour couper ce *•
cheveu fatal à Didon , après qu'elle iê
fut percé le &in.
Cependant f comme Iris n'étoit pas
toujours occupée à de fèmblables en^
plois , elle avoit foin dans fes momens
de repos de l'appartement de fa M aî«
trefle , dont Théocrite dit qu'elle faiibit
le lit* Lorfqiie Junon revenoit des £n«
fers dans l'Olympe, c^étoit Iris qui k
purifioit avec des parfums , ainfî que
nous TapprendOvide (4).Telle efl l'idée (4; VLiu L «<
que les r oëtes donnent de cette Déeflê,
en confîdérant Junon comme l'air grof-
fier où (è forme le météore de l'Arc-en-
ciel Pour revenir à des Divinités plus
2Ô Êxi»LlCATlOSr ftlSTOUlQUÉ
réelles, parlons maintenant d^Apollblt
&: de Diane«
hiftôïte Nous n'avonsf pas beaucoup de Itm
d APOLLON, j^^j^^^^ ^^^,^ j^j^^ démêler rHiftoire
d'ApoUon. Qtiêlquers . Auteurs diferit
même que ce n^étoit qu'un' pèrfonnage
métaphorique ; & c'eft ce qui a faitpen-
//iil^*''"^'* fer au fçavant Voffius (i) qu^iln'y avoit
jamais eu d'Apollon , & qu'on ne de-
voit entendre autre chofe par cette pré-
tendue Divinité y que fe Soleil. Voixi
comme il: explique tout ce ç[\i^x)n en a
dit. Si l'on a fait pafler Apollon poxir
être le fils de Jupiter , c'eft que ce Dieu
a toujours été regardé par îey Grecs» 9
comme l'auteur du monde. On a dît
que fà mère s'appelloit Latone, nom qui
lîgnifie/i? cacher ^ Latona, à latende, parce
•qu'avaiît que le Sôletl fôt créé, tout
étoit caché dans l'obfcurité , ou parce
que tout être eft tiré de la matière oik
il étoit aujJara vant. On ajoute qu'il étoit
né à Délôs , nom qui fignifie manifefta*
ïw» , parce que cet Aftre découvre tou-
, tes chofes. On repréfente ce Dieu tou*
jours jeune & làns- barbé, parce mie le
-Soleil ne change point , ne s^aftoihlit
point , &c. Son arc & fes flèches mar-
quent fes rayons. On dit qu'il étoit Fîn-
yeateur de k Médecine» parce qicele
DES F ABLESe It
Soleil fait croître les plantes dont on
compofe les médicamens. Cet Auteur
ajoute 5 que toutes les cérémonies du
culte d'Apollon avoient rapport au So-
leil. Il pouvoit ajouter, encore-, quCf
pour la même raifon, tout fon -équipa»
ge& fes. habits étoientd'or, qui eft la
couleur du Soleil ; & il conclut qu'on
»e doit pas chercher autre chofe dans
cetft Fable , & qu'Apollon n'eft qu'une
Divinité ;iaturelle : qu^enunmot, c'eft
cet Aftre brillant qui devint , par fon
utilité & fa beauté , le Dieu de toutes les
Nations , Se auquel tous les autres peu^
vent fe réduire.
Il eft bien vrai que Les Anciens ont re»-
gardé Apollon comme le Soleil ; qu'ils
en ont dit même une in&iité de choies
qui regardent cette Divinité , entant
qu'elle repréfente 1? Aftre du jour : mais
cela n'empêche pas qu'il n'y ait eu un ou
plufieurs Princes de ce nom , dont la vie
& le caraftére ont donné lieu à les àéu
fier, pour être les fymboles du Soleil.
Cicerofi ( i ) croit qu'il y a eu quatre (OD^Nvr;
ApoUons. Le' premier, félon cet Auteur, ^"''•'' '*
étoit fils.dç Vulcain ; le fécond étoit fils
deCoryhante, né dans l'ifle de Crète,
& qui difputa la fbuveraineté à Jupiter. •
lui^njêrne. j le ttoifiéiae étoit fils de Ju-«^
12 Explication historique
piter & deLatone; & c'eft celui-là qui
vint du pays des Hyperboréens jufqu'à
Delphes : le quatrième étoit originaire
d'Arcadie 9 doat il ne nomme pas les pa«
rens ; & c'eft^ celui qu'on fumommoiC
Des quatre Apollons dont parle CI«
ceron , il paroît que les trois derniers
ëtoient Grecs , & le premier Egyptieiu
Cet ancien Apollon s'appelloit 09xs ^
(t)t.u fi nous en croyons Hérodote (l); & it
étoit fils d'Ofiris ou Bacchus , Se d^Ifi^^
Latone» fuivant cet Auteur» ne fut que
ik nourrice ; & ce fut elle qui le fàuva
des perfécutions de Typhon, en le £ai^
iknt cacher dans l'ifle de Chemnis , qui
eft dans im lac auprès de fiutès, qui étoit
le féjour de Latone. Pauianias eft du
même avis qu'Hérodote ; & il range
Apollon au rang des Divinités d'Egy-*
pte , puiTqu^il dit qu'un certain Sénateur,
nommé Antonin , fit bâtir à Epidaux'e
un Temple à Efculape & Apollon,Dieux
it) L. a. Egyptiens (2). Le témoignage de Dio^^
dore eft encore plus formel , puifqu'il
dit, en parlant d'Iiîs , que » cette Déeflè
M avpit inventé la Médecine , & qu'elle
M . en aVoit communiqué la connoiftànce
** tt à Orus fon fils , qu'on nomme Apol<«
m loui après lui avoir rendu la vie > que
desFables. 25
les Titans lui avoient ôtée. «« Le même
Auteur ajoute, qu'Orus fut le dernier
des Dieux qui régna en Egypte. Ce-
pendant le-Chevalier Marsham (i) met (ij BSUU fi
Orus à la tiête de la Dynaftie des De-
mi-Dieux^ & lui donne vingt-cinq ans
de régne. Ce dernier Auteur le diftin-
gue non-feulement du Soleil» qu'il dit
avoir régné le fécond dans la première
D)maftie , après la mort de fon père
Vulcain ; mais auffi d'Apollon , qui ne
fut que le huitième de la îèconde Dyn^*
ftie. Ainfî y foîvant cet habile Auteur »
S9I , Orus & Apollon, étoîent trois per-
fonnes fort diftinftes , & qui ont régné
en des tems aïïez éloignés les uns des
autres.
Quoîqu^il en foit , il eft iur que I* A-^
poUon Egyptien eft le modèle de tous
ceux qui font venus dans la (uite , llir
tout de celui qui paffa pour être le fil»
de Jupiter. On ne lui a attribué l'in-
vention de la Médecine , que parce qu'Iv
fis fa mère la lui avoit apprife j & on nç ^
Pa regardé comme le fymbole du Soleil,
que parce que l'Egypte l'avoit adoré
fous cette qualité. Si on lui a imputé
des Oracles^, c'eft que dans l'Egypte ce
Dieu en avoit un , aînfî que Latone $
comme nous I''apprend Hérodote. ^
a^ Explication historique
li ne faut pas cependant conclure de--?'
là , qu'il n'y a point eu de véritable
Apollon parmi les Grecs ^ puifqu'il y a
fiu plufîeurs Princes st qui ils ont donné
ce nom , & qu'ils ont même chargé l'Hi-
floire de celui qui étoit fils de Jupiter âc
de Latone , des avantures de tous les,
autres. Mais, avant que de vous ap-
prendre ion Hiiloire ^ il eft bon de vous
dire de quelle manière ce jeune Prince'
devint dans la Grèçje le fymbpje du So-
kil.
Les Grecs , en étudiaat la Théologie,
des Peuples d'Orient, apprirent qu'une
de leurs plus anciemies E>ivinités étoit
b Feu j & que le Feu par eflènçe, pour,
ainlî parler , étant dans le Soleil , on;
ayoit adoré cet Aftre fous le nom de
quelqu'un de leurs Rois : Les Chal-r
déens j& les Phéniciens, fous le nom de^
Bélus ; les Aflyriens , fous celui d'A-
donis; les Egyptiens, fous celui d'Ofî-
^is & d'Orus fon fils; les Etliiopiens,
fous celui d'A/fabinus ; les Ammonitesât
fous celui de Moloch ; les Moabites,
fous celui de Béelphégor ; les Perles,,
fous celui de Mithras, Ainfi , ayant vou-
lu les imiter , ils cherchèrent parmi leurs
Princes quelqu'un qu'ils pûflènt régar-
der coHîunç le iymbole de cet Aftre ; &
il$
T>ES TaBLISS. . ay
fls n'en trouvèrent point à qui cette qua-
lité convînt mieux qif à leur Apollon ^
qu'ils fubftituérentàla place des ancien-
nes Divinités de l'Orient. Ainiî je croîs
qu'on pourroit^ fans trop s'éloigner de
la vérité 9 rapporter ainfi fon Hiftoire : ^
Jupiter 9 troijlîéifie du nom ^ Roi de
€réte , étant ^venu amoureux de quel-
que belle perfonne, Junon en conçut
beaucoup de jaloufie j & ^ant mis
dans fes intérêts un certain Typhon ^
ou Python , il perfécuta û fort la
rivale de cette Déefle , qu'il l'obli-
gea d'aller fe cacher dans l'ifle de
Dëlos , où elle accoucha d'Apollon <St
de Diane. Ce jeune Prince étant devenu
grand , fe mit en état de fe venger de
Typhon ; & l'ayant trouvé près de Del-
phes, il lui ôta la vie (i). La-delTus , oii* («jst^W, Li*
fit des Fables. On publia que l'ifle jde*
Délos parut tout- à- coup fur la mer ^(
poui^favorifer les couches de Latone;^
Fable fondée fur ce que cette iflë avoiti
été inconnue jufqu'alors : on lui donna *
pour cda le nom de DéIos> qui, commei
nous l'avons dit, fignifie ma^efidtionu'
On ajouta, que Neptune l'avoit tkéc:
du fond de la mer d'un couode Trident, :
parce qu'on attribuoît à ce jDieu tbuit ce>
3ui arrivoit de remarquable dang £bn
TmcU. B
^6 Explication historkjuh
Empire ; & qu'elle n'avoît ceflTé de flot^
ter , que lorfque Latone fut accouchée
^n quoi le3 Grecs font diâerens des
EgjrptîeàSj ^ui publioîçnt que l'ifte de
Ohemnis étoit devenue flottante y lorfi-
Sue Latone y avoit caché Apollon Se
>iane. On voulut nous repréfenter Ty-
phon comme un monftre à pilleurs tê-
tes. La choie ne fut pas difficile. Son
Bom fignifîoit un ferpent ; & ce Capitair
ne commandoit une troupe de bandits>
Enfin f on dit que Junon r avoit mis aa
monde, ou parcp que Typhon ëtoit de la
race des Titans 3 fortis de la terre 5 doi^
Junon étoit le fymbole ; ^u parce qu'é-
tant d'une naifTance obicure ^ Junon l'a?»
yoit rendu fameux.
' Apollon excella dans la Poëfie ôc
iâans l'Eloquence ; & les Grecs ,, par
une hyperbole qui leur étoit ordinaire^
1^ fi^ardérent comme l'inventeur de
ces deux arts : peutrêtre même qu'il les
fit fleurir dans la Grèce; ficc'efl ce qui
a donné lieu au fyilême poétique de?
Mnfes f àa Pamafle , du Pégafe , &€•
On mit même au nombre de fes enfans
tous ceux qui excellèrent dans ces deux
arts y td[& que: furent Efculape > Linus^
Orj^iée f éc tant d'autres.
i.Dans la fiiite » tout k .cuke d'Apol*
D1B5 Faibles. ^ 57
Ion «ut rapport à lès belles qualités^ ou
au Soleil , dont il étoit le ^mbole*
Ainfi le Loup à'^Ep ervier Im étoîent
t^onfacrés , parce que ces animaux ont la
*vûë très-perçante: le Corbeau & le Cy-
gne , parce qu'on croyoit qu'ils avoient
uo inftinâ^naturel pour annoncer l'ave*
nir : le Laurier , pour la même raifon 9
ttoit un arbre coniacré à ce même Dieu.
Ceux qui en dormant avoient quelques
feuilles de cet arbre fous leurs têtes 9
cfOToient prédire l'avenir ; Se Porphy^
te (Ut que les Anciens le prédifbient uir
le bruit que le Laurier faiibit en brûr-
iant. On lui confacra aufli le Cocq ^ par-
ce qu'il annonce l'arrivée du Soleil ; de
la Cigale , païce qVelle honore par fba
chant le Dieu de k M ufique. C'efl pow
cela que les Athéniens portoient danis
leurs cheveux ^Je petites Cîgdes d'or*
Mais il eft inutile de nous étendre davarh
tage fur ce fujet , après ce que nous ed
avons dit en pariant de l'origine de l'I-
dolâtrie j où nous avons fait voir ou' A-
poUon , ou le Soleil , avoit été la Divi^^^
îûté de prefque tous les Peuples.
PlufieurS lieux devinrent fameux pat
les Oracles d'Apollon , fur tout la ville
de Delphes. Mais comme nous en avons
^cja parié , je n'ai rien à ajouter à cet ,
B ij
àS Explication historiquje
article 9 que quelques réflexions (ur4e9
.Oracles en général. D'abord, fi vou$
.jne demandez la caufe de la fureur de le
/Prctrcflfe de /Delphes , qui étoit quelr
^uefois fi extraordînake qu'il lui en cou-
toit la vic.;:je voys dird,, que rexhalair
ion de la caveiïieipouvoit y contribuer.
Mais , après tout , il faut avoir.recours
.au Démon ^ dont le^régne étoit fi puiC-
';&nt dans ces fîécles de ténèbres ; Se
.quoiqu'on ne puiflè pas diiconvenir qu'il
cntroitdans le dét^l des Oracles plur
iîeui:5 .fiiperoheries des Prêtes , on ne
peut <pas douter auflî^ aptes le témoir
.gnagCiCxprès desiàints Percs , .& de plu-
sieurs autres , dont il n'eft pas nécefbirc
de parler ici , qu'il n'y eût quelque chof-
iè de Surnaturel , coigme J a démontré
le P. Balthus Jefuite^ ea réfutât le fyy
ftême de Van-Dale , qui attribuoit tout
aux tromperies des Prêtres. Eh, croyezr
vous de bonne foi que s'il n'y avoit en
que cela , les Oracles fe lèroient fouter
.nus fi long-tems Se ^%ec tant d'éclat ?
li'impofture fe dément ; je nvsn&nge np
le foutient ,pas j il y afvçlt tjrop de té-
moins : on impofe pendant un tems à
quelques partici^ers trop crédules ;
mais non pas à des peuples .entiers peur
dant plufieurs fîécles. <^uelqii^ Prinq^
l
ÉPompës par des éqmvoqtteS ttop gfof-
fiéres ; quelque taùf enntf décoiiVeïte }
uelque libertin trop curieux ; cela'fuifi^'
it de refte pour découvrir le myftére ,'
& faire tomber tout d'un coup le crédit
de rOracle. Combien de gens , maltrai-
tés par desr réponfës odieufes 9 avoient
intérêt de pénétrer fi c'étoient les Prê-
tres qui les trompôient f Mais , quoi !
aucun de ces mêines Prêtres , féduit par
fes promeflès de ceux qui apparemment
n'oubliéreïit' rien pour s'éclaircir à fond
fur ce /ùjet, ne tfahit k caufe defes-;
confrères ? Mais il n'y avoit donc point
d'efprits mercenaires en ce tems-là? Mais^
l'or, les dignités, ne tentoient pas alors-
leshommes?Croyez-moî, cette idée chi-
mérique fe détruit d'elle-même : ce n'eft
pas connoîtrel'homme que de débiter £6^ ,
rieufement une telle rêverie. On ne veut
pas ici entrer plus avant dans le détail
des raîfons dont le Livre que nous ve-
nons de citer eft rempli : ajoutons-y feu-
lement celle qui eft tirée du facrifice d^y
viftimes humaines, qui étoit en ufage
chez prefque tous les Peuples; Peut-on,
nier que le Démon en foit l'auteur ? que
cet eîprit malin n'ait exigé en facrifice
Kmage même de fon Créateur ? Jamais'
Riomme, tout bizarre qu'il eft , tout
Biij
50. ExnicATîùv msTcriirQjrs
emporté qu'il puliTé être par fes pâfStOflr^
a'çut pu le réfoudre de lui-même à im-*
moler Ces fembbbles , & Ces propres en-
fans : cependant les Oracles deman-
lioient tous les jours de pareils facrifi*
ces : les Prêtres auroîcnt - ils ofé d'eux- *
mêmes les exiger f Mais paflbns outre r
Se expliquons k Fable qui dit qu^ Apol-
lon fe changea en Athlète , pour tuer ua
certain Phorbas j elle eft fondée fur ce
que celui-ci s'étant rendu maître de»
chemins de Delphes, où fl piQôit les^
paifans, un Prêtre voyant par-là dimi-
nuer les offrandes , prit l'habit d'Apol-
lon 5 défit ce bandit ; & pour donner
du merveilleux à cette avanture, il Isc
sait fur le compte de ce Dieu.
A l'Hiftoire d'Apollon tiennent quel-
ques Fables, qu'il eft bon d'expliquer
en paflànt. Celle qui^porte que ce Dieixr
fut chaffé du Ciel pour avoir refufé d'é--
dairer le monde (a) , parce que Jupiter
avoit foudroyé lbnfilsPhaëton> regar-
de cet AjpoUon^ que Ciceron- nomme*
Nomien, C'étoît , fî nous en croyons ua
(!) Th^o- ancien Auteur (i), un Roi d'Arcadie ^
•aB^ccace" ^^ ^^ chaffé du Trône pour avoir vou-
1» i* (s) D'autref Auteuts Cyclopes qui avoient fâl>ri«
ptétendent qu'Apollon fiit que la foudre dont Jupî»
chaifê du Ciel pour avoir ter avoit frappa Bfculape*.
tué à coups de flèches les VoyexfooHiftoixc*^
ia gouverner fes (ùjéts avec trop de fé*
vérité. Obligé de chercher retraite chei
Admete , Roi de Theflàlie , il en fut re*
çu fevorablemerit ;& ce généreux Prin-
ce lui donna la fbuveraineté du pays qui
étoit ftir les bords du fleuve Amphrife.:
de-là l'origine de deux Fables, Celle
qui dit qu'Apollon fiit chaffé du Ciel ,
tous marque qu'il fut chaflë du Trône ;
& celle qui dit qu'il fut obligé de gar-i
der lès troupeaux d' Admete 9 nous ap-
prend qu'il fut reçu à la Cour de ce
Prince, Se qu'il 1 aida de fes confeils
dans la conduite de fes troupes ; c'eft-à^
dire , dans l'adminiftration de fes peu-
ples , dont tout Roi doit être le pafteun
G'eft l'idée qu'en avoient les Anciens^
& dans Homère ,les noms^de Roi & de
Paileur font fynonimes.
Celle de Cyparifle, mort de regret
de la perte d'un Cerf qu'il chériflbit ; Sc,
celle d'Hyacinthe , tué d'un coup de pa-^
let par Apollon lui-même , renferment
deux Hiftoires que la Poëfîe a embellies.
Ces deux Princes , dont le premier étoît
de la ville de Carthée , qui ef! dans l'ifle
de Cos ; le fécond , d'Amycles, ville du
Péloponèfè, moururent fort jeunes : &
comme ils aimoîent les lettres & les
beaux arts, on dit qu'ils étoient les fa-
B uij
5* . Explication HtsTonKii/fi^
voris d'Apollon , & que ce Dieu le^
avoît métamorphofés ,- le premier e»
Cyprès , & le fecand en la fleur Hyai-
cihÂe ; ce qui nVfl: fondé que fiir la reC-
(i)leiGfect femblancede kurs noms(J\ Oh ajou-
nommenr' le ^ ^ j •
Cprèt o*«- ^ 9 par rapport au dernier , que comme
w^ il jouoit au palet avec Apollon , Boré^,.
jaloux de l'amitié que ce Dieu avoit
pour ce jeune Prince, avoit détourné le
palet f qui le frappa à la tête : & cet épi-
fbde eft aflez heureufement inventé j car
(2) Voveï. il eft vrai (a) qu'Hyacinthe s'exerçant
A^'paûc*"» avec [es compagnons , fut tué d'un coup
i<«w. 4e palet. Ce Prince ^ qui donnoit dès £a
jeunefle les jdus belles efpérancesy fut
extrêmement regretté ; & Cabulus foi>
père inftitua en fon honneur une Fête &
des Jeux , qui furent tous célébrés dans.
la Laconie, & qui duroient encore du
tems de Paufanîas. Je ne dirai rien fci
' de la Fable de Mydas , qui, pour avoir
jugé que la flutte de Pan l'emportôit
ïur la lyre d'Apollon , reçut de ce Dieu
deux oreilles d'âne, parce que j'aurai
occadon ailleurs de rapporter l'Hiftpife
(de ce Roi de Phrygie. Mais celle de
Marfyasy qui ofa aufli lui faire le même
défi que Pan , , fut fui vie d'un châtiment
encore plus rigoureux. Voici l'Hiftoif e
de ce perfonnage célèbre dans l'antiqui^
DE^ Fables. 33"
té :II étoit de Célenes , ville de Phry- •
gle , & avoit pour père Hyagnis (a), \
beaucoup d^efprit & d^induftrie ', il }oi-
gnoit, fi nous en croyons Diodore de
Sicile , une fagefle & une continence ad-^
mirable. Son génie parut fur tout dans
Finvention particulière d'un jeu de flut-
te, où il fçut raffembler tous les fons,
qui auparavant fe trouvoient partagés
entre différens tuyaux de chalumeaux.
Attaché d'une amitié fincére à Cybel-
le , fille de Méon Roi de Phrygie , il ne
l'abandonna jamais dans (es malheurs ;
ainfî que je le dirai dans FHiftoire de
cçtte Déeflè. Trop de confiance en fès
talensle perdit. Il ofk, dit-on, préférer
le fon de fa flutte aux doux accords de
la lyre d'Apollon , & fit un défi à ce
Dieu, qui fut accepté, à condition (i). (OP*«t
que celui qui feroit vainqueur feroit le
inaître du châtiment ; & ce Dieu ayant
remporté fur fon concurrent une pleine
viftoire , Pécorcha tout vif : C'eft-à-
dire, que quelque Prêtre vengea de cet-
te forte l'injure faite à Apollon. On
ajouta à cette fiftion , que le fang de
Mariyas avoit été changé en un fleuve
(4) Higin dit qu'il érott faute dans le texte de eet
fil» d'Oeagrius. Mais fclon Auteur ; Oeagre etoit pei e
Manquer , Pridcaux , & les d'Orphée , & non de Mat*
*«iUeurs Cfiti4|ucs } il y a- fyas*
B V
54 ExVtlCATlOH HISTORrOJCTET
* de même nom » fur le fondement que le»
eaux du Marfyas^qui traverfoient la viUe^
de CéleneSy étoientuiîpeurougeâtres.
Pour preuve de la vérité du fond de
cette Hiiloire , les Céleniens confer-
voient encore du tems d'Hérodote la
peau de Mariyas* Cependant , comme
ces anciennes tradition» varioient beau-
coup ) plufieurs Auteurs aiTurent , qu'aa
défefpoir d'avoir été vaincu y il s'étoit
précipité dans le fleuve dont je viens de
(T)Voy» parler (i). D'autres penfent que cette
Sttidfts,aum«t Jable n'eft qu'une pure allégorie, fon-
drjydt. j^^ ç^^ ^^ ^^^ j^ fleuve Marfyas foifoit,.
en roulant fes^ eaux > un bruit dèfa-
gréable, qui écorchoit les oreilles. For-
. (a)Hî«rog. tunio Liceti (2)> dit Alcidon , a au fujet
•• ***' de cette fidion un fentiment encore plu»
fingulier que celui des AUégoriftes que
jjB viens de vous expofer. Avant l'in-
vention de la lyre> qu'on attribue à
Apollon 9 la fiutte l'emportoit^ par la
douceur de ks fons-y fur tous les autre®
inilrumens de Mufîque > & enrichiiToit
ceux qui en jouoient t Se comme le jea
de la lyre décrédita celui de la flutte»
& qu'on n'y gagnoit plus rien » on dit
flu'ApoUon avoit écorchéMarfyas. Voi-
la, dit Eliante , une explication qui doit
bien être du goût d'AIeidàa ; mais te«
DES Fablé^s;* 55*
nons-nous-en à Fhiftoriqùe* Vous avez
raifon, Madame, reprît FAbbé ; Mar-
fyas a été un perfonnage très-réel. On
connoît Ces parent , fon pays ; & on fçait
à peu près le tems où il vivoit. L an-
cienne Mufîque iiiftrumentale lui fut re-
devable de pluiîeurs découvertes im-
portantes ; & on croit qu'il fut , avec
Olympus , l'inventeur du mode Phry- ^
gien & du Lydien. Il perfectionna fur
tout le jeu de flutte & du chalumeau >
qui, de fimples qu'ils étoient, devin-
rent, par fon induftrie, plus compofés.
Il joignit enfemble avec de la cire plu-
fieurs tuyaux , ou rofeaux de différentes
longueurs, d'où réfulta le' chalumeau
compofé : & il fut en même-tems l'ii>-
venteur de la double flutte , dont quel-
ques Anciens cependant font honneur à
Ion père. L'un & l'autre , fans doute , y
travailla avec fuccès ; & le fils perfec-
tionna peut-être ce que le père n'avoit
feit qu ébaucher.
La trifte cataÔrophe des enfens de
Niobé , qu'Apollon & Diane tuèrent à Hîftoîie ^t
coups de llecnes , elt encore un de ces f^ ^an».
événemens dont le fond appartient à
PHiftoire , quoiqu'à la manière du bon
vieux tems , il ait été défiguré par la
fiôion. Tous les Anciens convien-^
B vj
^6 ExPLrCATIOM tlUTCTRlQUlS
nent que Niobé était fiile de Tantale &
fœur de Pélops , fi célèbre par fon éta-
bMèmetit dans cette prefqu'ifle de là
Grèce » qui depuis porta le nom de Pë-
loponèfe : & il ne faut pas la ccmfondré
avec Pandémie Niobé , fille de Phoro-
née &: la première Maîtreflè de Jupiter »
félon Homère. Comme elle abandonna ♦
laLydiey^fbafi'ere» qu'elle avoit fiiivl».
(ï) Pauf.;« la donna en mariage àAmphion (i). Roi
^le, i.|!d:c! ^® Thébes , dont elle eut quatorze en-
fans (4). Fiére de fa fécondité, elle fit
paroître un mépris marqué pour Lato--
(2) Ovide> ne (2) , & lui reprocha , qu'époufe d^im
Uét. U.^. Dieu elle n'en avoit eu que deux enfans ^
pendant qu'elle en avoit quatorze. Ovi-^'
. de ajoute y qu'elle couroit par ' toutes
les rues de Thébes ,: pour faire cefler lesr
lacrifices qu'on offiroit à cette Déeflè.
tatone, juftement irritée contre cettel
Princefle^ engagea Apollon & Diane à:^
la punir par l'endroit le plus fenfible,^
en la privant de ce grand nombre d'cn-^.
fans^ qui i'avoient rendue fi fiére.
. Un joiu* qîue les fils de Latone s'exer-
çolent à manier des^ chevaux dans une
f laine voifiae de Thébes (*) > Apollo»
(a) C*€§k r«>pinion con- que f^ifoient Icnrs exercices
miûne » quoic^ue les Aociem les fils de Niobé ; & que fes.
Tixient un peu fur cet article, fours moutuxeiu dans la.
(^) Panianias dit que c'^.' ville même de Tbébef* I^
aoji: ùii le. mom Cytheioa Bcû*
i>Es Fable?. 5^7
& Diane les tuèrent tous Tun après Pau-»
tre à coup de flèches. Les coups, qui par-
taient d'une main invifîble , effirayérenÇ
tous ceux qui étoient préfens à cet exer-
cice ; Se les fœurs de ces- jeunes Princes 9
£ir le bruit qui s'en étoit répandu,y étant
accourues > elles eurent le même fort
que leurs frères (i). Cet épifode y ingé- C'^ ^^^
nieufement inventé, cache une Hiftoi- adafupcifti.
re auffi tragique que véritable. La pefte *i®"*,^^ï?^»
qui ravagea la ville de Thébes fous le g^t'rai touî
Kgne d' Amphion , fit périr fes enfans : ««J^ ««* »"*
& parce qu'on attribuoit ks maladies 5v^ncmcn«!*^
coQtagieufes à la chaleur immodérée du
Soleil, ottdit quec'étoit ApoUon lui-mê-
me qui les avoit tués à coups de flèches.
Qu'on ait mis' for le compte de ce
Dieu & de Dianç fà fœur ces fortes de
maladies , ainfi que les mort» iubites y
k chofe a'eft pas douteufe ; & Homère
le dit en cent endroits de ks deux Poê-
les; avec cette difiérence cependant,
que c'étoit à ApoUone oa^on attribuoit „j^^ j^
celles des hommes , & a Diane celles 20 a ailleurs
^esferiùnes (2). Ce qui eft bien marqué X7swabfn**
^s l'ancien Scholiafte de Pindare &c.' "* *^
(3)> lorfqu'U dit , apfès Phérécide , , (3) Si» i*
qu'Apollon envoya Diane fa fœur pour J^f ^^ç]^^ ^^
ôter la vie à Coronis & à quelques
autre» femmes , pendant ^u'il^alloit
ÉXJ^LICÀ'I'ION HISTORiqUÏ
i-même faire mourir Ifchis.
On étQÎt fî perfuadé de ce queje vieiîr
de dire , qu^Homere dit que la pefle fiir-
virit dans le camp des Grecs 9 dès que
ce Dieu irrité eut lancé lès flèches; c'eft-
à^re , dès que Ces rayons trops chaud»
eurent côrri^mpu Pair : auiB on ne man-
3uoit pas dans les maladie.<» contagieufes'
'appaifer ce Dieu par des (acrifices^rèi»*
ter es. On mettoit même pendant qu'el-
les duroient des branches de laurier à la
W l^phn^. porte des maifons, dans l'espérance que
( i ) Vorcï ce Dieu irrité épargneroit les lieux qui
erief &i*Au- étoient par-là fous la protieftion d'une
tèut du grand perfonne (t) qu'il avoit fi tendrement
^n. ^ Ghene(2).
(«)l2iad. iii. Quoiqu'il en (bit , Homère (5) a jou-
tfe, que les enfans de Niobé demeurè-
rent neuf jours fans fépulture , tous^ les
Thébains ayant été changés en pierres j
& que le dixième jour, les Dieux eux-
mêmes leur rendirent les honneurs fiiné-
6res : ce qui veut dire , qu'étant morts
de la pefte, perfonne rt'avoit ofé s'en ap-
procher ; figure vive de ce fléau , pen-
dant lequel chacun fongeant à fa propre
©onfervation , néglige les devoirs les
plus eflèntiels, & devient infeniîble com-
me une pierre#Comme les Prêtres, après
quelques tems> furent plus hardis que
DES Fables; 55^
lés TTiébaîns , & enterrèrent ces enfans
infortunés ; on dit que c*étoient les-
Dieux eux-mêmes qui leur avoient ren-
du ces pieux devoirSè Homère , &►
après lui Ovide » plus attentifs (i) à ce (,) i§c.€iH
qui pouvoit rendre touchant ce trifte
événement, qu'à la vérité de l'Hiftoire,.
difènt que tous les enfans- de Niobé ,
garçons & filles , avoient été les vifti*
mes du couroux de Latonre. Cependant
il eft certain qu'Ifmenus , l'un de ces'
Princes, fe jetta de défefpoir dans ua
ieuve de Bèotie , qu'on appelloit alors
U Pied de Cadmas, & qui porta depuis le
nom de/:e jeune Prince : ScPaufanias (2) (») /» yitÊ»
dit , que Mélibée y furnommée depuis
Chloris, Se Amyclée, l'une & l'autre
filles de Niobé 5 avoient appaifé Diane»
qui leur fauva la viejc'eft-à-dire, qu'elles
guérirent de la pefte, dont elles avoient
été attaquées. La première, felon Apot
lodore (3), époufa Néléepere de Ne- (j)!»»*
ftor j &;, comme rfoit fiiitede fa maladie,
ou effet ae la douleur que lui caufa la
mort de Ces frères & de fes Ibeurs , elle
demeura pâle & maigre le relie de fe»
jours , on changea fon nom de Mélybée
€n celui de Chloris (4). (4) Téttpm
Amphion ne pouvant (urvivre à la *'"* *
perte de fes enfans > fe donna la mort ^
40 Explication historique
& Niobé abandonna le féjour de The-^
bes pour retounier en Lydie , où elle fi-'
mt fcs jours aux environs du mont Sy-
pile : & fi on débita alors- qu'elle avoit
été changée en rocher j c*eft,^fuivant
CO ihyinic. Paufanîas (i)t qu'il y avoit fur cette
montagne une roch&y qui, vue d^ loin y
préfentoit la figure d'une fenune acca-
blée de douleur & d'afïUdîon , quoique
de près elle ne re/Temblât à rien moins
qu'à cela (a)^ Cette métamorphofe au:
(i)Tufc.i,3. ïefte marque, félon Cicerôn {2), que.
Niobé,! à force d'être affligée , avoit pa-:
ru. infenfible , fans proférer ni aucime
plainte , ni aucune parole : f^mljole des
fa)ABttg, grandes douleurs. Sophocle (3) dit que
ce ne fut que long-tems après fès mal-
heurs ,& après des vœux réitérés, que'
ks Dieux la métamorphoférent eq
pierre.
J'ai dit qu'on fçavoît à peu- près le
tems où étoit arrivé cette triile cata-
ftrophe , puifque la retraite de Pélops,
dans la Grèce , & le régtie d' Amphion ,
forment dans- l'Hiftoire Grecque dem
époques*, qui tombent vers l'an av^t
l'Ere Chrétienne 1300; ou, ce qui re-
vient au même > environ cent vingt ao^
(4) PaufanUs avoit v& cette fochr j & dèfi-U > il eft
eèf^ciojnblQi •
Svant la Guerre de Troye (i)^ Vous (0 Voy^r
pouvez voir dans l?Àtitîquité expliquée ^rHULdct
tin bealu rilonument qui repréfente ^cét^ Roit de Th^
Hiftoire , fuivant la tradition qu'avoit *'^**
fiûvie Ovide. Mais continuons d'explî-»
quer les Fables qui ont du rapport à
l'Hiftoire d' Ai^ollon.
Celle de Phorbas, ce brigand qui vo-
loitfur le- chemin de Delphes,* & à qui
ce Dieu,, fous la figure d*un Athlète ^
ota la vie y. n'eft fondée que fur ce que
les^Prêtres de Delphes voyant dimi-'
nuer chaque jour les offrandes qu'on y
portoit, drefférent des embûches à Phor-
bas j & quelqu'un d'eux s'étant déguifé-
pour l'épouvantet ,. fut affcz heureux-
pour le tuer.
Celle de Daphné, fille du fleuve Pé-:^
née, dans la Theffalie, que fon père
changea en laurier , dans le tems qu'A-
pollon , qui en étoit amoureux , la pour*
fcivoit, n'a d'autre fondement que le
nom de cette prétendue Nymphe , qui ,•
en Grec, fîgmfie le laurier , arbre 4>é-
cialement conQicré à Apollon. Ovide ,,
le Pbëte le plus propre du monde à fai--
re^ valoir des bagatelles , décrit très-in-
génieufement cette Fable , & alTure que-
ce fut la cataflrophe de cette Nymphe
qui fît qu'Apollon fut toujours depuis-
î^xPtTCÀrttàJi Tïiin'bKiQùiJ '
couronné de laurier. Mais il auroit ét^
fens doute plus à propos de dire que cet
arbre , paf fat verdure qui fit change*
J^oint, avoit été corïfacré au Soleil , donf^
a chaleur eft toujouf sr la iftême. Gepen-'
ëant Diodore de Sicile réalife cette Fa-<
Ble , s'il iti'eit perriûs de parler ainfi j &
croit que Baphrfé étôit la même que-
Manto, fille dû Devin Tirefias, qui fur
envoyée à Delphes, où elle rédigea paf
écrit quelques Oracles , doilt on pré--
fiend qu'Hbmere s'eft fervi dans ks d^foxf
Poèmes.
La^ Fable de Leucothoé , enterrée
vivante par Orchame 9 pour avoir ré--
pondu à la paflîon qu'Apollon avoit-
pour elle, n'eft fondée qlie fur ce que
ce Roi de Perfe cultiva 1 -arbre qui por-
te l'encens , drogue aromatique en ufk-
ge dans la Médecine , dont Apolloiv
ëtoit le Dieu. Cet arbre fe nommoit
Lencotboé.jyeA^leTiomàe la prétendue'
Nymphe. Pour la jaloufîe de Clytie,
qui mourut de douleur, & fut changée'
en tournefol, ce n'eft qu'un épifode ajou**
(é au Roman de Leucothoé.
Enfin celle de Phaëton, fils de Cly-
itiéne & du Soleil, qu'Ovide décrit en-
(O^éuifS* corefibien (i), renferme quelque an-
çttenoe tradition >. ou de^ l'embrâfement
»fi 5^ Fables; 4J
îéSaâcyme & de Gomorrhe, ou de la'
rétrogradatît>n du Soleil fous le régne*
tfEzéchias ; événement fi célèbre r que'
k Roi de Babyione envoya de»' Am-»
baflàdeurs,. eff apparence, pour féliciter
ce Roi de Juda fiir fa guérifonj mais^
dans le fond ^ pour s^inftruire de la vé*
rite du fait : ou enfin quelque chaleur
immodérée, arrivée du tem^de Phaë—
ton, que quelques Auteurs croyenir
avoir été Roi des Molofles : ce qui fit
dire que le Soleil avoit confié fon char
à quelque étourdi , qui n'avoit pas fçiv
le conduire J-& qui, s'étant trop approché'
de la terre y l'auroit réduite en cendre, ih
b Déeflfe qui y préfide n'avoit imploré*
fe fecours^de Jupiter ; qui , d'un coup de:^
foudre , renVerfe le char du Soleil , &
précipita le jeune Phaëton dans TEri-
dan, ou dans le Pô rce qui veut dire, au-
rabais du merveilleux , que cette cha-
leur immodérée fit périr ce jeune Prin-
ce. Je crois, au reHb, que cette Hiftoire*
eftEgyptienne d'origine j Se Ovide nous^
donne lieu de le penfer, lorfqu'il dé-
crit le différent de Phaëtoa avec Epa-ir
phus.
Quoiqu'il en foît , on ajoute à cette-
ffftion , que les Héliades , fœurs de
îhaëtoa,. furent changés en Peupliers >.
;^ EXPLICATION mSTORïQUS
&- leurs larme? en amtMre jaune ; & Cy4
gnus , Roi de Ligurie ^ ami de Phaëtôn r
en Cygne; ce qui n'eft qu'une méta-
phore , qui exprime k douleur que leurt
caufa' cette mort.
J*ai dit qu'elles fureiit changées eth
PeupliefSrqjiioi^'il y ait eu uiîe traidi-'
tion, qui portoit que ce fut en Larifque ,-
arbre dont les Branches paroiflbient fiir-
quelques Médailks de la famille de La*'
rîfcola^ qui ^avoit pris Ton nom. .
Lucien raille agréablement fur cette-
Fable^en di&nt^^ju'étant fur les bords du-
Pô , il avdit interrogé quelques Bate-^
Kets , qui lui ayoient répondu qu'il n^y '
avoit point de Cygnes fur ce fleuve , &»
qu'ils n'avoient limais entendu parler,*
ni de Phaëton, ni des Héliades, enco-»
re moins de Peupliers qui diftillâflent d&
l'ambre jaune.
L'Hiftoire fabuleufe » au refte, dî-'
fiingue fix Princes du nom de Cygnus.^
Le premier étoit fils^e Mars : Hercule,,
monté iiir le Cheval Arîon , Je vàinr
quit ; dont ce ï>ieu fut fi courroucé ,.
qu'il voulut fe battre contre le vain-
queur de fori fils ; mais Jupiter les fépa-
ta d'un coup de foudre. Le fécond étoit'
me de Neptune, & étoit invulnérable :-
ce fut lui qu'Achille étouffa près de^^
DES Fables. ^y
Troye. Le troîiîéme étôit fils d'Hîéres ,
j& fut changé ^n oifèaude ce nom (i). wpV^^***
Le quatrième étpît un ami de Phaëton^ *•
xfây déplorant ùl mort , fut auifi chan-
gé en:Cygne (2^ Le cinquiéme*ie nous ( » ) -Vîfg,
eft coimu que par fbn avanture» racon* " **■
tée parBauiamas. Le^idéme enfin Teft
far Conon ^ dans Photius (3), (î ) N«i-.3 »•
De tout ce que vous venez de dîre^
reprit Eliante ,.il paroîtroît qu'Apollon
-& le 5oleil>était la même chofe parmi
Its Grecs. Il eftvraî^. répliqua F Abbé 4
que fouvent ils les confondoient Fun
avec Fautre : mais il n'en eft pas moins
vrai aufili que. leurs plus anciens Auteurs
Its diffinguent fouvent ; & voici des
IireuvQS pofitives , qui ne laiflent aucun
lieu d'en douter. D'abord cette diftinc^
tion fe trouve formellement dans le Trai-
té célèbre que nous avons , entre les
Magnéfîens & les Smyméens (4). Ces ^ W Mfrm
deux Peuples jurent par la Terre , par le **"' "^' ^
Soleil , par Mars , &c. & par Apollon.
Spon rapporte une In/cription, déterrée
àUtrecht, qui .cft conçue ^infi: A Ju*
pier^ tfès'bon &irès-gidnd: à VimncibU
SMeil : k AfolUn , ^c Varron , dans S.
Auguflin (y) , en nommant vingt Dieux,K (f ) Di av.
3u'U appelle les Bieux chbifis , en fait ^''•'•^ ^^*
eux du Soleil ôç d'Apollop. Ai^exnlr
36 Ex^tlCATION «TSTOKIQrE
ore place l'un pahni les Dieux du Cîet^
i'autte parmi ceux ide VJEttu On lit
•dans une ancienne Epigramine Grecque
J^jftbiusî'XfcÛ'-h'àire^ ji pal Ion Pphiuseft
Jnmri d- Delfbes .: Us JRbodiens fam fous
là frottSicn du SoleU: Ou^ comme s'ex^
prime Sidonius Apollinarls^ qui fëmble
avoir eu «en vue cette Epîgramme : Le
Soleil eil favorable à Hhodes ; Délius^
(i)X«2.c.35« ou Apollon, Vt& à Tymbrée {!)• Lef
Alédailles j & les autres monuniens , re«-
prélèntoient diâ^einment ces denx Di«
< O ^^•»- vinités (2) : Jovi O. M. Sammo exupe^
T!i.i. ^"' Tsntifimo , Soli inviOo , Afotlm , &c. Sur
une de Xiucîus Valerianus^ Apollon pa^
Toît fous la figure d'un jeune homme
qui tient fdn arc à la mam; & fiir une
Autre d'Antonin 9 il^orte fk lyre & niie
{>atere ; au lieu que xlans celle d'Ha^
drien & <les deux Gordiens, d'Aurelius^
48c de quelques autres Empereurs^ le
Soleil paroit la tête environnée de
cayons^ tenant un^be à la maiii^a»
che ; ce qu'on n'ob&rve jamais dans les
figures d'Apollon.
Homélie , tlont le témoignage eft ici
4'un grand poids » les diftingue réelle-*
ment en plufieurs endroits de lès deux
Foëmes. Lucien en fiult auflî deux Divi«»
fiifës ^ pttiG|u'^ dit que le Soleil étoit ua
DES Fabxcs. yf
iâes Titans; confonne en cela avec Dio-
Jo're de Sicile» qui s dans i^endroit où il
Îiarle des Atlantides (<i)^ dit que le So ,(i)l.i.c.iu
eil étoxt fils d'Hypérion de de la Reines»
^«'eft-à-dire» de cette fille dMJranus Se de
^taiia» quifut.toujours appellée laRei^
ne. n eft vrai que comme la Mytholo»-
^ie ancienne varie i;ofiniment fur toutes
ces matiéx.es , die confond quelquefois
le Soleil avec Hypérion lui-même ;
mais toujours convient-eBe que le So«-
leii n'étoit pas le même qu'Apollon. Si
ces deux Divinités étoietit diftinguées
par leur génédogies , elles Fétoient au&
fi par leurs enfans. Efculape étoit fils
^' Apt^on ; comme i^tès» Roi de Col-
chidé » fut regardé comme fils du Soleil ;
ic fi Venus , irritée con^e la poftérité
du Soleil^ qui avoit découvert Ton adul-
tère » la perfécuta jufiju'à jetter dans les
plus homeufes proftitutions Pafîphaé^
fille d'iËétès & fa peàte^fille» elle ne
s'acharna jamais contre les enj&ns d' A^
poilon.
|Lf68 inaibres » iSc tous les anciens mo*
fiumens les diftinguo^ient auffi , 9c les r&>
préCentoient diffiiremmeM. On peut
[ ajouter encore » que dans le monument
gotique où eft repréfènté l'adultère de
Mars & de Venus « Apofioa parait avi^e '
48 Explication HisroRi^trB
ies autres Dieux appelles à ce fpe ftacle^
Curpris comme les autres Dieux qui s^j
trouvent , pendant que c'étoit ic Sa«-
'leii qui avoit averti VulcaiB de cette in-
trigue. Mais ce qui prouve ^encore la
diftinftion que j'ai defïein d'établir, c'dft
4'étenduë & funiverfalité du culte du
Soleil, la grande*& la première Divini-
té de tous les Peuples Idolâtres , aiiifi
;que nous l'avons déjà dit. Les Egy*.
? tiens , les Arabes , les Phéniciens , les
erfès 6c les Cappadociens , ùrns nom-
tner les autres Peuples » adoroient le
Soleil , avant qu'on eût oui parler de
l'Apollon Grec. Ajoutons^ que les
Temples de l'un & de l'autre étoîent
Souvent diftingués , ainii que les Céré^
«Qonies de leur culte.
J'aiillt que les monumens qui nou9
reftent repréfêntoient le SoleU autres
ment qu'Apollo^i. En eikt^ ils nous
font voir le Soleil Tous la %ure d'un
jeune liomme tiud 5 ti'ayant qu'une e{^
péce de manteau fur les épaules 9 avee
îa tête rayonnante 9 Se monté fur un
ehar tiré par quatre chevaux qu'il preflè'
à. coups de fouet. Quelquefois il paroît
vêtu ; Se avec les rayons qui enviroô**
nent ià tète» iè voitleboiileau» fymbo*
le de Sérapis 9 qui étoit fouveot prie
pour
DES Fables. 49
pour le Soleil 5 portant d'une main la
corne d'abondance , qui marque qu'il la
procure à l'univers en le parcourant
chaque jour.Sur d'autres monuraens, on
le voit fortir d'un antre , monté fur fon
char, pour marquer le lever de cet Afr
tre qui va commencer fà carrière.
Pour fàtîsfaire entièrement votre cu-
rîofité au fujet du Dieu dont nous par-
Ions, il eft bon de vous expliquer en peu
de mots fes différons nortîs. Celui de
Phabus lui a été donné , ou pour faire
allufîon à la lumiér^u Soleil 9 & à fa
chaleur qui donne la vie à toutes cho^
fes (i) , ou du nom dç Phœbé » mère de (/') De ^Ss
Latone. Celui de Détius, ou à caufe de ^ ®'*"
rifle de Délos , où il étoit né , ou parce
qu'il éclaire toutes chofes. Celui de
Cjrubitis , d'une montagne de ce nom.
Celui d'Epidilius , à caufe du Temple
qu'il eut près du promontoire de M alée;
Menophanès, qui comraandoit la flotte
de Mithridate, ayant feccagé l'ifle de
Délos , fit jetter dans la mer la flatuë
d'Apollon. Les Lacédémoniens l'ayaçt
trouvée , firent bâtir un Temple en
l'honneur de ce Dieu , qu'ils nommèrent
Epidélius ^ comme pour marquer qu'il
étoit venu deDélos. Le Peuple de Chic
i'honoroit fous le nom de PbâMtm 1 dt
fo Explication histori<;h;b
dooaoit le nom de Fhanée à un de leurs
promontoires^ parcp qup c'étoit de-là
^„0)^j;j'' que Latone avoit jru Viû^ dç Délos
fimt. ' (i)* Celui de Ljcius lui fut donnée û
ix) iM^tiii. flous en croyons Paufà^nias (2), par Da-
naiis^ qui ay^^at vu, lorfqu'il difputpit
)a Çouronoe .à Gélanor » un X^oup , que
Jie$ Qrecs nomment ^tJit^ç 9 remporter
la viftoire fiir un Taureau contre qui i|
combattoit ^ publia qu'Apollon avoit
voulu faire voir par-là au reuple d' Ar-^
gos , qu'un étranger devoit l'emportejr
£ir un citoyen ; puifqi^ le Loup , quf
efl un animal étranger , avoit vaincu }js
. Taureau. Lorfque c^ Prince fut n^onté
fur le Trône , il fît bâtir un Xempl^ à
l'honneur d'Apollon, fous le nom de
JLictus. Le même Pau(knias dit pourtant
ailleurs , que ce nom lui fut donné de
iLycius , Ûs de Pandion j & Piodore eft
de cet avis.
On lui donna le nom de Dilphimus^
parce qu'on crut qu'il avoit accompa<-
^ ^né, fous la figure d'un Dauphin , le na«
vire de Caflalius , qui con4uiibit une
Colonie de l'iâe de Crète dans la Pho*
cide. Celui de D^lpbuus , dé la ville d$
Delphes, fî fameufè par l'Oracle de ce
I)ieu. Celui de Çlarius , de k ville de
CWos 1 où il avoit auffi un Oracle* C^
DIsFâBL£S. Jt
Id à*Ifmemm , d'une colline pràs dé
rkébef , comme nous l'apprend Pau(a«-
fiias(i); ou d'iia fleuve de ce nom, û (i)/iiB<«#.
DOIS en cfoyons Stcphanus* Cekd de
Nmius^ parce qi/H airoit ^dé ks
troupeaux d'Admété. Cdtii de Pfikims^
à caufè de fk viâoire fUr le Serpent P j^
thoû ; & kfs Jeux qu'on i&fHtiia en mé*
moîre de cet événement > furent appel*
les Pjrdiiens 9 comme Ovide nons l'ap*
çrend (2). Celui de Smjmtfiîen, parce ^0 Mec. 1.1
Îue, comme rapporte Strabon (3), les (3)L.n,
sfcendaos de Teocer étant partis de
l^ifk de Crète pour aller chercher tm
lieu propre à s'étdbiir » apprirent de i'O-
mcle qu'ils devoieait s^arrêter dans i'en*-
droit où les habitans viendroîent les rd-
cevo^. Comme ik furei^t obligés de
pailèr la nuit ùx les bord» de la mer»
(iaasl'Aite minciure» un gfa&d hombn
^e rats vînt ht nuit manger leurs ceinta*
rons & leurs boudiets% Le iendemakf^
ayant vu le dégât , & croyant qieel'O*-
rade étok accompli , ils s'arrêtèrent eft
ce même endroit , & ddttnérem à Apol-
lon, qui y étoitfoit honoré, le nom de
Smynthien , qm , dans leur langue , revt
dit% 9 un Rât« Ce même Anteur ^j^mt ,
<}tfofi voyoît dans la ville de Chryft
une Statœ d' Apollon » de k main de
ya Explication histohique
Seopas , célèbre Sculpteur de IHfle de
Paros 9 avec la figure d'un Rat près de
fes pieds : & Héraclide de Pont aflùre »
?uç les Rats qui étoient autour de ce
'emple étoient facrés. Celui à^AStius ^
du promontoire à^Aâtum^û connu par
laviftoire d'Augufte fur Antoine. Ce-
lui de Dafhnâus , à caufe de la Fable de
fes amours avec Daphné, Enfin ce Dieu
avoit encore plufieurç autres noms , ti-
rés la plupart des lieux où il étoit ho-
noré 9 {ans parler de ceux que les
autres Peuples lui donnoient, ainiî que
nous l'avons déjà dit au commence-
•nient de Ton Hiitoire , Se lorfque nous
avons parlé dç l'origine de l'Idolâ^-
trie*
On le repréfentoît de différentes ma-
nières dans les Temples Se ailleurs*:
tantôt fous la figure d un jeûne homme
fims barbe > avec une couronne de lau-
rier fiir la tête. On le voyoit quelque*-
fois tenant la foudre d'une main , Se les
trois Grâces de l'autre. Les Egyptiens le
peignoîent fouvent fous la forme d*un
Navire /traîné par des Crocodiles, pour
marquer par-là qu'il parcouroit égale-
ment la terre & la mer : ou bien ibus une
figure bizarre j enfermée dans une hy-
jdrie y d'où il Ibrtoit trois tâtes de ièr«
- DBS FaBLB*. Si
peA$ ; fur quoi on peut confuiter k Père
Kirker & CartarL
Quôiqu' Apollon ah été malheureux
dans Ces amours ^ ce qui donna lieu à
quelques Apologiftes de la Religion
Ghrétienne de railkr Us Payens fur cet
article i Taûtiquité ne laiffe pas de lui
donner plufîeurs enfens, entre lefquels
ils nomment Efculape y Orphée 9 Lycus
& quelques autres. Mais il eft bon d*ob*
ferver.à ce fiijet,. qu'on faifoit pafler
pour enfans de ce Dieu ceux qui cxcel-
îoient dans lesbeaux Arts , dans la Mu-
iique ou danç la Médecine , comme je
l^ai déjà remarqué. Comme PHiftoiré
des Mufes a un grand rapport avec celle
d'Apollon , c'eft ici que nous devons la
rapporter.
Quoique Lylio Giraldi fe foit fort LeiMuas.
étendu fur Particle de ces Déefles, &
qu'on en trouve les différentes repréfen-
tations dans le premier tome de l'Anti-
quité expliquée , je crois qu'il ne fera
pas inutile de raflèmbler ce qu'il y a de
plus .curieux à fçavoir fur cet article.
Héfîode eft de tous les Anciens celui
qui a parlé des Muiès dans un plus grand
détail ; & il employé au commencement
de (à Théogonie , 1 17 vers à les invo-
quer & à publier leurs louanges, Cepen-
- C iij
t4 ExftiâàrfteK »trtaii<iim '
dauit tout ce qu-ti en àk Cd rédiut ^
ci ; fçavoir , qu'elles étoîetit âu
de neuf; qu'elles ëtoient fiUea de Japi-^
ter & de Atnm$fyne ; qu'elles s^appel-
iolent CHb , Eutefpe, TÙlif^f Melpmine^
Terpjtewe ,. jSr^^tf , PdUyfmme , l7r^i9Â9 d^
Cdlliops ; que k>rfqu'eUe9 ëtoiecrt dan^
FOlympe t efle^ chantoient les iouaa^es
des îyieuxf Se en particulier cettes de Ju«^
piter leur- père ; qu'elles coonoifibi^at
ëgalement le paiTë , le prë(ent & |'ave«-
itiir; enfin 9 que rien n'étoit & agr^bie
aux Dieux que leurs charma as concerts.
Ciceron 9 qui , dans iesr Livres de la
(i)Iir. s. Nature des Dieu3u(i) ^ a raflemblé les
anciennes traditions, dit d'abord qu^U
n'y avok que quatre Mufiés 9 qu'on iibnv
moit Thétxiofé^ JEdi ^ Anhé & MèlMi ^
jElles du grand Jupiter. Il revient cafixite
au femini^it d'Hëfiode ^ en admet oeuf
eoniRiç lui 9 leurdonne let mdmea fuym%y
Se pour père Jupiter tfoifiéme. Puis il
parle de n^uf autres > qui % félon Uu »
étoient £lles de Fiérus Se ^Aràope j g«
^i leur fit donner le nom de Pfê^ides f
ou Pihiiwtes. Varroa > mii ne regardoit
Ces Déei!^s que comme des perfomiagea
allégoriques 9 aiiiiroit qii'il ne devoit y
en avoir que trois s puifqu'elles défi*
j^Aoleat le diant y qui oe s'exécute qcitf
^ £rcfîs manières y ou avec la voix j ou
avec les iaftrumens à vent , ou eniËn avec
ceux qu'on touche de la main : à quoi
on peut rapporter ce que faint Auguftin
(i) avok pris du même Aiiteuf ; fça- f(i)DfCiv.
Voir, que dans une ville de la Grèce, '^•'•'•^^
qu'on croit être celle de Sîcyone , otf
âvoit chargé trois difFérens Ouvriers de
faire chacun les Statues des trois Mu-
ks , afin qu'on pût choifir les trois
meilleures ; mais qu'elles avoient tou-
tes été Couvées fi belles , qu'on lear
confacra toutes neuf dans le temple
d'Apollon ; d'où s'étoit dans la fiiite ré-
pandue la tradition s que des Déeflèsr
étoient au nombre de neuf.
Cependant Diodore de Sicile (2) réa- {i)Ur$M
life les Mufes, & leur donne une orîgi-*
fie bien marquée* C'étoient , félon lui 1
de jeunes Chanteufes , qu'Ofiris ou Bac-
rfius avoit amenées avec lui lorfqu*il fit
le voyage des Indes, dans lequel il
cherchoit autant à polieer les Peuples
^ui y habitent , qu'à les conquérir par
les arme^. Comme il les avoit mifeç
fous U conduite d'Apollon , un de fe|
Généraux , les Grecs donnèrent à ce
ïîieuleîiom dtMuf^gete, ouConduc^
^ur des Mufes. Hercule, autre Géné-
ifal de ce Conquérant , fut auffi chargé
C luj
n
5f ^ Explication' nisTcmiovis
de la fiiême fonftion , lorfqu'Ofîris, fui
de retour en Egypte ; & on lui donna le
même nom. Les Grecs y qui n'igno-
^' roient pas Ikns doute cette origine, re-
gardoîent les Mufes comme des DéeC-
fes guerrières , ôc leur facrifioient avant
que de donnet bataille, Ainftpnnçfçait^^
s pourquoi Voflîus paroît furpris qu'oa
ait donné cette qualité à ces filles , puis-
qu'elles avoient véritablement affifté
aux conquêtes d'Ofiris 9 Se qu'elles
avoient été (bus la conduite de deux cé-
lèbres Guerriers.
(x)Ba>LU. Dans ces derniers tems, M. le Clerc
«îv. u6. ^ j^ ^ ^ j^ Chevalier Newton (2) , ont
Chîlm *"d[; adopté le fentiment de Diodore ; & lé
ancient iio- dernier prétend même, qu'Ofiris ayant
jvuatu pénétré jufques dans la Thrace, avoît
marié une de ces Chanteufes avec (Sa-*
grius , qui en étoit Roi ( c*étoit appa--
remment Calliope ) > & que de ce ma-
riage étoit né Orphée. Il ajoute , que
depuis ce tems-là , les Mufes devinrent
d'autant plus célèbres dans ce pays-là »
Îue les filles de Piérus ayant appris leur
lufîque & imité leurs concerts , prirent
le nom de ces Déeffes , ôc furent enfin
confondues avec elles. J'aime fort , dît
Eliante, l'idée de Diodore; & cet Ope^
Ta ambulant me plaît fprt. Il étoit % re«
desFables- J7
prît Alcîdon , d'autant plus digne de ce.
Conquérant , qu^on fçait qu*il avoir
amené' avec lui des Bacchantes, des Fau-
nes, des Satyres, &c. ; c'eft-à-dire, la
Come'die avec l'Opéra. Mais , dit enco-
re Eliante, comment nommoit-on ces
jolies Chanteufes ? On ne fçait point ,
reprit l'Abbé , les noms qu'elles por-
toient dans l'armée d'Ofîris ; car ceux
qu'on leur donne communément font
Grecs d'origbe. Celui de Clio tire foa
origine de la Gloire ou de la Renom-
mée. On la repréfèntoit tenant une Gui-
tarre d'une main , & de l'autre un plec-
tre , au lieu d'archet. On croit qu'elle
inventa cet inftnunent de Mufîque. -^w-
terpe fut ainiî nommée, parce qu'elle
procuré la joie, non cette joie évaporée
qui fait rire , car elle eft la Déeffe de la
Tragédie ; mais une autre forte de joie
qui fait quelquefois pleurer. Onrepré-
fente cette Mufe avec un mafque, qui eft
à la main gauche de fa. Statue , éc une
maflîië, fymbole des Héros qu'elle pro-
duit fiir le Théâtre. Le nom de Traite 9
la Déeffe de la Comédie, veut dire, la
jloriffante , elle tient aufC un mafque à la
main dans fes Statues; car autrefoi^jtous
les Afteurs étoient mafqués. Celui de
Melpçmene veut dire , attrayante ; c'eft
C v
58 EXPLICATÎOK HISTORIQUE
Tefièt dnB^biton, inftrument de Mufiq
qu'elle porte dans fes figures. Celui de*
Terpjtcon fignifie la divertiffanu : «lie
^toit la Déefle de la DanTe , & avoit
pour fymbole des flottes : voUa des ar^
mes parlantes. Celui d' Erét0 veut dire
V aimable. Pelybjmm y dont le nom vient
de la diverfité des chants, eftrepréfëntée
auffi avec la Lyre , ou le BarhitM , donr
je viens de parler , comme l*inv€îitrîc^
de l'Harmonie. Uranit, ou la Célefte y
qu'on croit avoir inventé l'Aftrononûey
cft peinte wi Globe à la main. Enfin CM^
K&pf, ainfî nommée à caufe de la dou^
^ur de (a voix y potte à la main un rcm^
leau, comme Pinventarice du Poème
Héroïque. Ainfî , comme votts voyez >
chaque genre d'Autèws a fit MtUè à in-
vo^er : mais il eft d'ulàge que fes Poë*
tes fc^^t les fèuk qui ttnt^or^^ leur |^o*
teftkwi. Le nom géftéraî de Mufès qu'oo
leur donne fait auiGaUufioii à kur qua*
li«é , feit qu'on Ietii>e, avec Dic^done, de
Afifin , qâi veut dire > tnffiguer Us ckmfea
fehP^s ; <m avec M. k Oerc, de Mnfa^
kivciiter ; ou avec Platon , d'un mot qui
l^vient à celui à^mfn^o , reeher<îhe.
Par tout ce que je viens de cËre , vous
tonoevcE qu'<Mrig»aiite» d'Egjrpte t les
DES Fables. 5*9
iju'Ofîf îs y pailà ; de-là dans la Grèce >
où elks devinrent très -célèbres, fur
tout par l'idée qir'op avok quelles s*af-^
fefflUojeDt avec Apollon leur chef fur U
PâHH^ % ou auprès de i^ Fontaine Hi«
poçrçi^e , pour y célébrer ces cbaimaas
coQÇçrts âont les Anciens ont tantpar«
lé : ^ voilà 9 pour le dire en paitant,
h véritable origine du fyâêrae poëtiquii
4u Parn^ei ^» Muiès» & du Cheval
?4gafe , q^s^ i d'im coup de pied , fit for-
tir 4e ter r«^ la Foisktaine que jç viens de
noHM»er.
l<ey* avanture che« Pyrënée , Tyran
d«f U Ph^cide, ^^ pendant un or|ig€>
l^ur d^mi^ retraite 9 Se qui voulut eiw
6^t0 ktir faire le plus &nglapt outrage ^
cpame PQ»$ l'i^prenons d'Ovide (i),, (o Ovid.
i)'eô 9 felan WiJtofquç , qu'une «éta^ ^*^ ^* *•
I^Qr^e 9 p^r UqueHe on a voulu nous ap^
Moudre qim ce PHnce n^a^n^pit pas lea
wÂf^4et*re$ » &/^*il avoit £ait démolir
4ms les JE^att^le^Ccdléças & lesaatres
Ijymx où ôji lei eniieigm>j^ Ces Déoflès 9
^ÎP^^tert'oil 9 poiur fe tirer des mains de
ce Tyran > eurent recours aux Dieux y
qn^ lâur dotuvétent des aiks^ ainfi qu^^'
les trouve repréfentées fur un moÀn^
ment ancien (2); & elles s'envolèrent (2) Ant.
par la fenêtre. Pyrénée , qui crut pou- ^^^ J' **
C vj
€o Explication historique
voir bazarder la même fortie , fe rompît
le col.
Vous trouverez , au refte r dans les
Poètes difféjfens furnoms des Mules, que
uÙ!^^*^^ Lylio Giralai (i) s^eftdonnéla peine de
railèmbler ; tels que font ceux de C4-
mœna^ qui veut dire Chanteufesi A^Héli*
coniades , d'une montagne de Béôtie
qui leur étoit cônfacréè ; de Parnaffi--
ies^ de la montagne de ce nom ; de
Tbefpiades ^ d'une ville de Béotie; de
Caftalides , de la Fontaine de ce nom ;
à'jiganippides , de la Fontaine Hipocre-
ne } qu'on appelloit auffi Aganippe ; de
fégà^des , du- Cheval Pégaze ; à^Aom-
des , des monts Aamens ^ dans la Béotie ;
de Piérides , de Piérus , dont nous avons
parlé ; celui-là-même dont les filles vou-
lurent les imiter, mais qui fortirent fi
mal d^^n défi qu'elles avoient fait à ces
i^^ Ovid. Déeflès (2)., qu'elles furent changées en
Pies, dont le chant , ou plutôt le babil
importun, marquoit le caraftére de ce»;
filles > qui croyaient ; par la douceur de^
leur voix , l'emporter fur les Mufes. Maî^
en voilà aflfez pour cette foiis : nous coiw*
tinuerons demain l'Hiftoire des Dieux*
du Ciel.
DES Fables. 6t
XII. ENTRETIEN. '
»
Suite de PHiftoire des Dieux du
Ciel.
NO s trois Afteurs ne furent pas plu- escuia^
tôt raffemblés, que l'Abbé corn- & ^^^^^^
mença ainfi la converlktion. A Phiftoire
tf Apollon on doit joindre celle d*Efcu-
lape , & des autres Dieux de la Santé ;
car Apollon lui-même étoit le Dieu de
la Médecine. Ciceron (i) compte plu- j^^^l^^^^
fieurs Efculapes. Le premier des Ef- «•
culapes , dit-il , le Dieu de l' Arcadie , ««
quipafla pour avoir inventé la Son- *
4^ , & la manière de bander les plaies j «•
eft fils d'Apollon. Le fécond , qu'un ««
coup de foudre tua , & qui fut enterré •»
àCynofiire , eft frère du iècond Mer- '«
cure. Le troifîéme , qui trouva l'ufage ••
des Purgations , & l'art d'arracher les^ •»
dents, eft fyisd'Arfippe & d'Arfînoë, cf
On montre en Arcadie fon tombeau , «
& le bois qui lui eft confàcré , aflez ••
près du fleuve Lufius. n Mais ce fça-
vant Romain oublie le plus ancien de
tous les Efculapes , dont parle Sancho-
niathon ^ & qui étoit Phénicien d'origi--
'^2 ExFLICATtOK HISTORIQUE
ne. Ceft fans doute le culte de cet Efca-^
lape rétabli dès les tems les|dusanciet^
dans l'Orieot , Se porté ^afis la Grèce
par quelque Colonie , qui donna lieu à
tom les f^fcuk^es dont piarle Cicor^ôP*
De toutes les villes d^ la Grèce <^ui le
reçurent > il n'y en eut point où il fut
plus honoré qu^à Ëpiddure : cequi dciiqiv
lieu à dire y que ce Dieu j avoît çrii
i^iTançe. On raçottt^ en dkt {09 hir
fipir^ : Q^ p^Uoît & géoéalogie » & oft
•^rlok 4^ Tes enfus 9 (w t<mt é& M^
cti^Q^ é: 4e Podalyye , qui V'éritakbler
m^iit (e éiém^^rts^ foit «a âége àc
Troyc , cpwne on pçut Iç vak d«ft»
plufieur^ f jû4roils d/e Tliiade ^1^0mere«
Aiug , pour t<asorcfer ks FafeJ es Gareao^
qu^s avec e^çs d«î^ Phàriçi^sa , çpf^A
dure -q«« la vil^k d'Epidaure > qui le (tti^
fiiii^a lofig-Ht^m^ dan^ h ojike du Dieu
de h-Médéçim > ilubâitiia m&i vu voxir
vel £^lc\dipe à T^di»» Ik Im dooorcfflt
p^i:yr p^ïf AfK)llm t au fttttôt q^A»
(px'm 4e fes f r&r^s ^ aour m^rt i Ckh-
Tftnis fille d«PW«jgia«. ApoBe» ki-Biifcr
TB^ 1 caQf^^ /Eut k miffBfioiè <de .c«
Dieu ^ r^poadit , ^u^il en étoit ie pe»#
j^ Pa^iifamas raconté , que Pfaltsgias 3 mi
des plvis bravées bonini^ (ie ion tems »
DÈf Fables; 4j
Séimre ; Se s'ëtant cachée <lan$ les bois ,
Biit au monde Efculape f m/elle expola' ,
Scqvi{ut nourri par une Ùiévre, Se en-*
fiike porté dans la luaifon d'un Ché-
Vfier y dont la femme 9 nommée Trigo*
ne 9 prît iôia de Con éducation. Dans la
iuite y il fut envoyé à TEcole du célé^r
bre Chiron 9 où u fit de grands pro|[rè»
dans la Médecine » dont enfin il fut re-
gardé comme le Dieu. Efculape époufa
dans la fiute Epioiie , ou , (èlon dfautre-s ,
Lampetie , dont il eut iîx en£ms 9 Ma-
ehaq;! & Poiblire ; 8c quatre fiUes , Hf^
gîéa , £glé , Panailë Se Jaio.
Aprèsr (à mort , Elculaoe fut mis au
rang des Dieux ; Se d^£piaaure » ion c\A^
teiè répandit {)ien*tôt dans toute la Grè^
tt 9 Se dans les pays voifins. On fçait 9
ain£ <fue k racontent les Hiftoriens 9 Se ,
après ecnc 9 Ovide , que les IU)mains 9^
affligés par la pefte 9 envoyèrent une cé«'
léboe amfcaffîkde à Ëpidauf e , d^où il»
yappoitérefiC une Coul^ivre 9 qui s'ér
tanteadbée dans une ifie difTybre, ap^
pellée aujourdliui Fifle Saicit Bartk^e*'
m jon y bâtit un Tempie en t%èiiiieuv
deoeDwu^ Je an environna l'ifle d^uf>
fm9p^ 9 en forme de navire. On repue**
fentoit ordlaakement £lculapefbus ia
figure 4%ui boimie ^ave > ay^mt pièa
'«Î4 Explication HISTORIQUE
de lui une Couleuvre , entortillée aiitôtcT
d'un Cyppe. Cet infefte en effet , eft d'un
grand fecours dans la Médecine. On lui
offroit en iacçifice, des taureaux > des
agneaux & des porcs , mais fur tout des
cocqs. On fçait que Soerate , prêt à ex-
pirer , dit à fes amis : N$us devons un
€0€q k EfcuUpe ; donnez, le fans délai.
TsiEsPHoRi Outre Efculape & fa &mille y les
Grecs & les Romains recoûnoiffoient
^ encore deux autres Dieux de la Méde-
cine; fcavoirTékfphore, & la Déeflè
Sdlus. te premier eft ordinairement re-
préfènté comme un Jeune enfant , & avec
un habit fingulier. C'eft une longue rob-
be qui lui couvre tout le corps, enfbrte
que les bras ne paroiffent point : il a fur
la tête une e(péce de capuchon , qui ne
laifle que le vifage à découvert, Cet ha-
bit eft prefgue en tout fèmblable à celui
4es Camaldules. Cet habillemeut eft
ikns doute myilérieux.Voudroît-il dire >•
que les Convalefcens doivent être bien
couverts? Veut-il dire autre chofe f C?eft
ce qu*on ignore. Elnfin , Meditrina , dont
le nom vient de mederi , medela , gumr ,
guérifon , étoit encore ime Déeffe de la
Médecine , que Varron & Feftus nous
apprennent avoir été honorée à Rome»
La principale cérémonie de la fête^nom-
DÈS Fables. é^
ifiée MtditfinalU , confîftoît à goûter le
vk nouveau , par principe de fanté. Le
Pontife du Dieu Mars , appelle Flamen
Mmialis , récitoît à haute voix cette
formule : Il faut boire le vin nouveau , & lé
vieux , comme un remède.
Les Romains qui avoient fait une salus , »■
Déefle de la Santé , fous le nom de Sa- }j ^^^f^ ^
lus , l'honoroient d'un culte particulier.
Ciceron , Pline , & d'autres encore , par-
lent aflez fouvent des Temples confa-^
crés à cette Déeffe ; & Tite Live fait
mention de celui que lui éleva le Cen-
feur Juntus Babulo , près d'une des por-
tes de la ville, qui pour cela fut appellée
la Porte de la Santé , Salutaris. Com-
me les anciens parlent fouvent de l' Au- '
gure de la Santé , & que Ciceron s'ex-
prime ainiî à ce fu jet : Sdlutem fofuH S<ir
eerdotes 4Ugurdntor ; il eft bon de fçavoir
que les Prêtres de ce Collège s'étoient
arrogés le droit de pouvoir demander
feuls y aux Dieux , la fanté de chaque
particulier , & de tout l'Etat , comme fi
chacun n'avoit pu la demander lui-mê-
me. Dion (i) nous apprend , que le jour (x) LiV. %}
deftiné à cette cérémonie des Augures , '
ctoit très-folemnel ; & comme il fâlloit
que pendant l'année , il ne fut parti de
Rome aucune armée , & qu'on joiiit
'S6 ExPtiCATf G* HI5TbRfQiUf
d'Hué profoAde paix » il dnrivôit ion*
vent qu'on ëtoit bien du tems à pouvoiif
prendre les Augures de la Santé*
Hilifoîfeac Aprèd vou^ avoir raconté dans notre
ULuNEf ^* dernière convérfation,i'hifïoire d'Apol-
lon , & des autres Dieux qui ont quel-
que liaifoB avec lui , je dois pf éfente-»
jûent vous» p^arler de Diane > de la Lu«^
m 9 Ôc des autres Divinités de la Nuit ;-
après vous avoir averti toute*fois, que
quoique les^ Anciens cônfondîflènt preft
que toujours Diane ^vec la Lune » ib
les diii:inguoieiit cependant quelquefois*
J'ai dit , dans la converfation précedcn-r
te 9. que Diane étoit foeor d'Apollon , &
Fun (5c l'autre enfails de Latone, qui le»
avoit mis'au Aïonde dans l'ifle de Délos»
J'ai ajouté > que de tous les Apolloos ,
Jb plus ancien étoit Qiîris ; & Je dois enr
conclure , que de toutes les Dianes ^ Ifia
étoit la pretniere. Elle étoit chez Les
£g3rptie0s le fymbole de la Lune« çom^
me Diane l'étoit parmi les Grecs & les
Romains ; & ce qu'on dit de fime peu*
convenir à l'autre. Auxû je pourrais ae
pas étendre davantage cet article : mai»
comme je vous dois l'Hiiloire de la
Mythologie Grecque & Romaine , fana
laquelle on ne fçauroit entendre lesaû-«
çien$Toctes ^ je vais vous rapporter co
BBS FXBLX& ' &J
0p^ eut dît de leur Dia^e•
Ciecron (I) recoanoît trois Dîones. (O^^n^,
Lia pr^Dicre , rjue Ion croil: mère de m
CupÂdon aîlé,étoit fille de Jupiter & de <«
Proferpme : ta féconde , qui eft la plus «
eouuë i étoit fille du troifîéme Jupi« ^
tor y & de Latone : la troifîéme > à qui «
fouveat ks Grecs donnent le nom m
de fbn père > étoit fille d'Upis & de r«
Glaucé*. •*
Strabori (2) & Paufaûias parlent d^u« (i)Ur. i<h
ne autre Diane nomi?>ée Sritomartis. El-
le étoit fille d'Eubalus > & aimoit fort
kcfaafiè. Comme elle fuioit Minos, qui
en étoit amoureux , elle fe jetta dans la
mer , & fut pri& dans les filets de quel-*
^ues Pêcheurs ; Ce qui 9 feloît Voffius y
fad fit donner le nom de DiSjntiA : Çt
TOUS n'aimez mieux dire 9 que ce nom
ki fut donné à caufe du mont Didé ; ou
bien ^ comme le prétend Solin f parce
Îu'il fignifie une Vierge douce & humaine.
i y a même bien de ^apparence , que
Gceron Se Strabon n'ont prétendu par^
kr que des Dianes de ta Grèce. Ovide
cft allé plus loin , puîiqu^il nous fait con-^
aoître une Diane encoie plu$ ancienne |
c'ëtoit celle d'Egypte , qui fe méta-
morphoià en chat , dans le tems que Ty-
phon fit k guerre aux Dieux : Fêle for 09
?'
ta
ïS Explication ttisTORi(ii/B
(i) uéui^s* Phœbi latuiu (i^C^eft la même que ceile
(t) Liv. u dont parle Hérodote (2) , nommée Bu-^
bafiis. Mais parce que les Grecs ont tou-
i'ours copié les Egyptiens , ils ont attrî^
>ué à quelques femmes de leur pays, ce
E|ue ceux-ci difoient de leur Ifîs 3 car il
aut toujours diftingucr le Dieu naturel ^
du Dieu animé , qui en étoit le fymbo-
le. Ainfi le Soleil- & la Lune étoient les
deux Divinités naturelles ; & Ofiris &
Apollon , Ifîs & Diane étoient les per-
fbnnages qui les reprélèntoient.
Comme Diane aimoit la chafTe 9 on
la regardoit comme la Divinité des
Challèurs j & on la repréfente ordinai-
rement avec un carquois & des flèches ,
accompagnée des Nymphes de fa fuite.
Il faut remarquer cependant, que lort
qu'elle repréfentoit la Lune 5 elle étoit
fur un chariot , pqur faire plus aifément
le tour du monde ; & alors elle s'appel-
loit Lucine : comme on la noramoît rro-'
ferpine , ou Ecate 9 quand elle étoit re-
gardée comme une Divinité des Enfers.
De-là , le nom de Trifûrms , & l'ufàge
où l'on étoit de la repréfenter avec trois
têtes. Lorfque cçtte Déefle étoit invo-
quée par ks femmes en couches > on
Tappelloit Lucine ; & elle étoit 1^ mê-
me que Junon Fronuba. De- là, cette
DES Fables* 69
formule û ordinaire dans les Poètes :
«
Jum Lucina , fer opem.
On lui donnoit encore pluiîeurs au-
tres noms , comme , entr'autres celui de
7r/w^, pour marquer qu^elle étoit ho-
norée dans les carrefours ; celui de C/4-
rr4, comme on peut le voir dans Spon ;
& une infinité d'autres , tirés des lieux
où elle étoit honorée. Les Phéniciens ,
les Arabes , & les 'autres Peuples de
l'Orient, Tappelloient Militta.AliUu &
Auîtis , comme nous l'avons déjà dit.
Aurefte, nous ne parlerons pomt du
culte rendu à cette Déefïè j qui étdit
pref^ue auffi étendu que celui du So-
leil i tous les Payens étant comme con-
venus d'honorer les deux Aflres qui
nous éci^ent le jour & la nuit. Com-
me Diane étoit fort chafte , elle ne
pouvoit foufFrir , parmi fes compagnes ,
celles dont la réputation étoit équivo-
que. Elle chafla de fa troupe Califto ,
lorfqu'elle eut découvert fon crime j &
fit déchirer par fes chiens , le malheu-
reux Aftéon , qui avoit eu l'indifcrétion
de la voir dans le bain , comme nous le
dirons plus au long dans FHiftoire delà
famille de Cadmus. Cependant , dit Al-
cidon en riant, votre Déeflè fî chafte,
avoit^ un Amant , nominé Endynuon >
70 Explication historique
qu'elle fe donnoit la peifte d^âlièr voir
toutes les nuits ^ dans les montagnes de
la Girle* Ne ibyez pas ^andalifée^ Ma-
ilame , reprit l'Abbé 5 de ce que vi^itdc
m'objeâer Akidoa. Eodymîoa étoit im
Roi d'Elide^ qui fe retiroit ibuVeât la
jiuit im iule itiontagi]^^ pour ob&rVer
les mouvemens de la IiUfle« Voici d^
<i) r» UVcf;. quelle manière Pau&niaâ ( i ) rdCoate
cette Fable ^ qui ^ dans lefond^eâ un4
véritable Hii&ire* « La Fable» dit* il »
M l-aconte qu^Endymlon fut aimé de la
m Lune ;) & qu'il en eut cinquante aies*
»' Mais une opinion plus probable ^ c'eft
M qu'il époufa Aftérodîe ; d'autre£ dî*
M fent Chromie 9 iîlk d'ItonUs 5 & pe*
$, tite - fille d'Atnphiftyoft j d'aigres 1
» Hypéripné > fiUe d' ArCas } & qu'il eut
trois Bs j Peon 4 Epéus &: Etolus , ëi
une fille 9 nommée Eurycide. Endy-
mion ptopofa dans Olyjtipîe un ^Irik
» de k cot^rfe > aux trois Pri&i^es jfes
u en&ûs* Çt prix étoit le Rôyauiiieé
u £péus remporta U viôoke 9 régM
9 après Ton p^e » & iès Sujets furent
M appelles EpéenS.Ondit, que fonfr^
■u re Etoiul- demeura avec lui dans I9
«* pays ; fladis que Péon » itic6n(blabk
»» d^avoir ^té vaincu dans uàe occaflori
n de telle importance » aUa cherchex
ê»
desFab]:«£s« jt
fortune hors de fa patrie ; & s'étaot «
arrêté fur les bords du fleuve Axius » -
il donna fon nom à cette contrée 5 qui «*
depuis s'^ araellée la Pémiie. Les «
£léen3 & 1^ HéraçMiôte^ fte s'accor- «
dent pas &ur la mort d'Endymion : •%
car les £l<^n8 rnootrefit f(Mi tombeau .^
dans la ville d'Olympie ; & les Hé* m
facléotes 9 onii fottt voiiîris de Milet > ^
difent 3 qu^Êndymion (é retira (ur k «
mont Latmus. j^ effets il y a un en* «
droit de cette montagne > que l'on «
nomme encore aujourd'hui la Grotte m
d^Esdymion. <t
Le même PauÊmias dit 5 que le tom»-
beau de ce Prince étoit dams la place
qtd précédoit le Stade d'Olympie 9 qutr
l'on Rommoit U Barrière ; de qu à Méta-
poate étoit une Statue de ce Prince 3 qici
étoit toute d'y voire ^ à la rëferve de
l'habit.
Comme 9 en vous parkmt du Soleil ,
f ajoutais un mot de PAurore > qui le
déyance » je doii vousr dire aujourd'hui
queicpe chofe dç la Nviît , autre Divir
nité rayenoe* Selon Itéfiode y elle étotjt
fille du Chaos ; Se , felon ks My tholo^
gués 9 c'étoit la plus aâcietme des Divir
mtés. Il eil vrai 9 tn e&t , que les té^
iràbr^ ont été avant la IvMséfç ;& c'en
72 Explication historiqite
aînfî qu^on doit juger de cette chiméri-
que Divinité ; & qu'on doit entendre
TAuteur d'une Hymne qu'on attribue à
Orphée ^ où la Nuit eft nommée la Mè-
re des Dieux & des hommes. Théocrite
la repréfente, courant fur un chariot ,
f récédée des Aftres du Firmament,
^autres lui donnent des ailes., comme à
r Amour , & à la Viftoire j mais Eurî-*
( 1 ) Dint pide (i) l'a mieux dépeinte , en la repré-
fcxrag. imit. f^j^^^nt fur fon char , accompagnée d'E-
toiles , & environnée d'un grand voile
noir. Ce portrait s'accorde aflèz avec un
• deffein qui fe trouve dans un Mamxfcrit
de la Bibliothèque du Roi , que le P.
de Montfaucon nous a donné dans fà
Paléographie , où cette Déeflè paroxt
vétuë de noir , avec un voile parfémé
d'Etoiles , qui voltige fur fa tête , ayant
fon flambeau tourné en bas, comme ili
elle vouloit l'éteindre. Les Anciens
donnent à la Nuit plufieurs enfans , tous
{^erfonnages métaphoriques ; la Dou-
eur , la Crainte , l'Amour, l'Envie » la
Vieilleffe, &c. dignes fruits de cette
I Déeffe , & de l'Erebe leur père.
Hiftoirc <!e . Je vais , Continua l'Abbé , vous par-
VESiJtf , <te jçf maintenant de Venus, de Cupidon» &
de««k«cei. des uraces. Ce lu jet, dit.iiuante çn
riant » conviendroit mieux à Alcidcm.»
qua
DES FABLSf. . 7J
iqu'à vous , Monfîeur l'Abbé. Croyez-,
moi , Madame , repartit T Abbé , ce fu-
jet, quand il eft approfondi >eft plus fé-
rieux que vous ne penfez ; & on xie trou-
ve pas chez les Peuples * d'Orient , qui
ont honoré cette DéeiSè dvant les.
Grecs , toutes les badineries que ces
derniers y ont ajoutées. Ciceron ( i ) r&* . (i) d* v^u
çonnoît quatre Venus. Lapremiere ,dit-^ ^**'« '• ^^
îi 9 étoit fille du Ciel & de la Lumière :,
la féconde , étoit celle qu'on croyoit;
être formée de Técume oe la Mer » &
qui fut mère de Cupidon : la troifiéme «-
ctoit fille de Jupiter & de Dioné : c*eft
celle <ju'on dit avoir été la femme dij
Vulcain & la maîtreiTe de Mar3 > dajcit
elle eut Anieros^ ou le d^ntre- Amour : la / ,: .
quatrième enfin » étoit Aftarté , oée à -. -v
lyr, en Phénicie » & époufe d'Adonis^'
Paufànias, ^ d'autres Auteurs, re*'
connoiilent encore plufieurs autres Ve-.-
nus ; & # à les bien compter 5 on en trou?*
veroit jusqu'à dix ^ dont les deux les plus,
célèbres 5 étoient:la Venus Céléfle 9 ou!
Uranie ; & la Venus Vulgaire ou Popu-
laire. C'étoit celle-ci qui étoit la Déeflc.
de la Volupté. Mais 5 dans le fonds , je ^
crois qu'il n'y en a eu -^ju'une.^ qui eiï
cette Aftarté ^ femme d'Adoms ,. dpnt
je vous ai fîiît l'Hi^çire dans nos pré»
74 ExPLtCATlON HISTORIQUE
ftîîers Entretiens. Son culte pafla dail#
les ifles de la Méditerranée Se dans la
Grèce , avec quelques Colonies Phéni-
ciennes ; âC comme la Colonie s^arrêta
d'abord dans la petite ifle de Cythére ,
<on publia qu^èlle y avoit pris naiflance ;
car , fui^ant la remarque jùdicieufe
d'Hérodote $ Pétabliflement de quelt-
ques Divinités dans un lieu, étoît re-
préfenté fous Hdée de la naiflance de
cette Divinité dans ce même lieu. De
Pîfle de Cythére , la Colonie alla dans
la' Grèce , où elle porta les cérémonîe$
du culte que les Phéniciens rendoient à
Aftarté : fur quoi les Grecs bâtirent la
Fable , que près de l'ifle de Cjrthére, 6n
(0 Htfioa. avôit vft Sortir (i) de la Mer une Déeiïe
'^^^^^* (àiârmafite, accoirtpagnéé dés Grâces &
des Ris 9 qui étant montée dans le Ciel >
àvoit charmé tous les Dieux» par fa
Kcauté j qu'elle avoit été formée ae l*é--
cùifie dé la Mer , & qu^on lui avoit don-
né pour cela le nom étAfbYofne;qvl
veut dire écuine. C'eft ainfi qu'en parle
Héfîode» Mais Homère » qui a fuivi une
trd:dition moins bizarre & moins fabu^^
ïeufe , dit , qu'elle étoit fille de Jupiter
&' (Je ^ï)ioné. C'eft ainlî que Içs Grecs'
trayëftîflbient , à leur manière , les Fa-
îàèà qu'ils recevoient à^ pays étraa*
DES Fabi-ïs* ^ 77
|ers. Mais, peut -on, dit £Haiite,fur
cette idée , expliquer ce qu€ ks Poète»
ont publié de Leur Venus ? Il n^eft , nt
fiécdTaire 9 tû pcfCble, reprit PAbbé «
d'expliquer tout ce qu'ils ont dit , fit
dans cette Fable ^ ni dans les autres»
L'on içait # que lorfqu'ils ont eu un fu-
jet «n main , ils l'ont embelli à leur
fantaifie* Ils avoient oui dire 5 qu'Aflar-
fié avoit aimé pailionnément Adonis $
ïs ne manquèrent pas d'appliquer cette
circoûftance à leur Venus. Ils pou(fé«
Tent leur pointe ; & regardèrent l'A-
mour comme le fils de cette DéefTe > âc
lui donnèrent pour filles les trois Grâ-
ces. Enfin , ils formèrent ce fyftême
d'Amour , dont les idées ont lèrvi , dans
la fuite 9 à embellir les Ouvrages de
leurs Confrères. Une fille fort de l'é-
cume de la Mer , & paroît fur une Co-
quille ; elle s'arrête fur le mont Cythé*
te 9 où les fleurs naiflènt fous fespas;
les Heures » chargées du foin de fon
éducation , la conduifent dans le Ciel^
où tous les Dieux , charmés de fa beau-
té , la demandent en Mariage ; elle
époufe Vulcain , le plus difforme de
tous j elle fe dèshonnore , par fes galan»
teries avec Mars & Mercure ; elle a de
l'un , Cupidon : & de l'autre > le Contre*
Dij
7,6 Explication historique
AmoUf ; Bacchus eft fbn Ecuyer : enfit
elle préfîde aux Mariages & aux Corn-»
merees de Galanteries ; & , pour cela ,
on lui donne une Ceinture myftérieufe >
«ommée le Cefte de Venus , qui la rend
non-feulenient aimable , mais qui a le
don de rallumef les feux d^une piaffion
(0 Uka. éteinte ( i) , &c.
Comme on prenoît Venus pour la
Mère d'Amour, on chargea fou hi-
ftoire de la plupart des galanteries écla«
tantes. Quelque belle ayant été fiir^
prife dans un conunérce d^unour V don-r
na Ueu à l'adultère de Mars Se de VenuSj
& au Stratagème de Vulcain ; Se peut-?
être tie (èrez-vous pas fâchée. Madame ,
de fçavoir l'origine de cette FablcPale-»»
phate (2) dit que Sol fils de Vulcain Roi
d!Egypte , voidant faire obferver à la
rigueur la loi de ibn père jcontre les
adultères , & ayant été informé qu'une
Dame de la Cour avoit commerce avec
un courtifkn , entra là nuit dans fà mai-
fon, & l'ayant fiirpri£e avec fon amant,
la punit féverement ; ce qui lui attira
la bienveillance du peuple. C'efl, ajoute
cet Auteur, l'équivoque du nom de Sol
qui donna lieu à la Fable qu'Hpmere
propofe aux Grecs d'une manière enve*
loppée , Se à laquelle Ovide joint des
(») InFrdgm»
téÛtxions peu propres à donner it Khoiw
reur du crime.
Ce n^eft pas la feule galanterie qu'on
ait mis fîir le compte de cette Déeflè.
Anchife, pour Ce mettre à couvert de la
jaloulîe de fa femme,publia qu*il avoiteu
Enéëde Venus*. Le célèbre M. Newton,
dans fa Chronologie des anciais royau-
mes , dit que la véritable mère d^Enée
«toit Caljccjds \ fille d^Otreus Roi de
Phrygie, que Thoas fuf nommé C y nie-
ras époufa. Se h. laquelle il érigea des
Temples à Paphos , à Amathonthe Se à
Byblos, qui font véritablement les lieùt
où Venus fut le plus honorée. Ce
fçavant & ingénieux Auteur ajoute qu^il
ne faut point chercher d'autres Venus
Que celle là ;:& que fi on a publié que
Voius avolt époufé Vulcain , c'efl qu«
Thoas Roi de Lenînos étoit k même
^ue ce Dieu , ainfi que nous le dirons
dans la fuite de cet Entretien. '
Toui bien çonfidéré , j'en ifevîens à
ce que j'ai dit, qiie la- plus ancienne &
la véritable Venus , éioit celle des
Phénicien^ , pu Aftarté : ou pour parler
plus jufle 9 c'étoit la Planctte qui en
porte le nom> ou la Venus célefle, à
laquelle on, rendit d'abord un culte Re-
ligieux^ j c^-, i?omme nous i'avoi» dit
D iij
*78 ExPLJDCArtOK HTSTOtïÇUfi
plu»d^une fois i les Aûtes ftttent le pre^
mier objet de Tldolâtrie. Ceft fur
^ctte Déefle des Phémciens que nousf
avons un curieux Traité de Lucie iiy que
vous pouvez lire dafis la Tradiiâioa
de M. d' Ablancoùrti
Comme on diftinguoît cette Venu»
célefte, ou Urame^de la Venus Vul-
gaire, leur culte étoit bien difierent;
Celui de la première n^avoit rien tfin*
Récent ; mais dans celui delà dernière r
on avoit porté la difTolutioiï aux der-
jùers excès , puifque les fiéflmmes & W
£lles croyoient l^hfiwïorer en fe profti^
«uant publiquement dans les Temples»
Tirons le rideau (ïir de pareilles infei-
inîes , qui dèshonoroient égadement la
2)ivmité en Fhonneur de laquelle on le^
conunettoit, & ceux <|ut $^y abandon-
noient. Oti 6ffi-ôit à cetteBéefle des par-
IHUes où iletitroit de k chair de moi-
neau. On lui immbloît une diévre
blanche ; de les femmes lui' con(àcroient
leurs cheveux j qu'elles laif£>ient dans
fes Temples. Cythére , Paphosr,. Gui-
de, Idalie , Amathonté , Se d'autres
lieuix encore 9 & dillinguérent par le cut-
tequ^on yrendoit à la Mère d'Amour.^
Parmi les fleurs y la roCe ïm étoit ^cia-
kmentco&iàoréei parce qu'on Croyoit
x>Es Fables; 79
^'elle avoit été teinte du fang d'Ados
m» Le myrthe lui étoit auffi dédié , pur-
ce qu'il vient au bord de Teau » élément
dans lequel Venus avoit pris naiflance^
Parmi les oiièaux , ceux qui lui étoient
les plus chers , étoient le moineau , le
cygne , & les colond>e$ » qui traînent or-
dinairement Ton char , dans les figures de
cette Déeflè que les Antiquaires ont fait
graver. N'oublions pasia Fable que
les Grecs inventèrent au fujet des co-
lombes contacrées à cette Déeilè« Cohx-
aie elle avoit parié un jour en jouant
avec Adonis» qu'elle cueilleroit piué dé
âeurs que lui > elle fut aidée par (a
Nymphe Périftere , & gagna la gageÛM.
Ce qui piqua fi fort Adoiiis, qu'il isL
changea en Colombe : Fable fon(£ée unîo
^uement fiir le nom (xrec de la Nyn^
phe, qui veut dire une Ctf/itffli^r* .
Les anciens Poètes donnent une infi«
mté de noms » ou plutôt d'épithétes a
Venus , qu'il feroit inutile de rapporter.
£t il fujOSt de vous dire^ que ces nom^
font pris des Ueux où elle .était hono*
fée, conime ceux de PofkumK^^AtÇj^
th^té^ ScQ. ; ou deschofts mti lui ^tbient
confacrées , comme celui de Mjrtié ^ 'à
caulè du Myrthe ; bu de (à bjcauté > tel
^ue celui de CaUyfigé §. om de jde. (lu^dk
D uij
était fbrtie de la mer^ ainfî que celui âê
Mmnd ; & ainfi des autres.
De tous ces noms, âc des autres attri*
buts qui lui étoietir propres , étoient ti*
réesles diâ^rentes manières dont on la
repréfentoit.
- Lorfqu^elle ell prifè pour la Venus
Uranie , elle tient un Globe céleâe à la
niain* I^orfqu^on la peint fortant de la
mer^eUe eft fur une coquille tirée par des
Chevaux marins y ou par des Tritotis*
Quélqurfois Ton char eu traîné par des
Moineaux & par des Cygnes, ou par des
Colombes : quelquefois avec Ton cher
AdonisL & Tes. Cluehs ; fôuvent avec un
JDauphin; prefque toujours accompa-
gnée des Grâces ; quelquefois armée;
&lon Paufànias, elle étoit ainfi repré-
&ntée.daâ5uiî. Temple delà Grèce:
enfin ^avto Jb Gor^e d^abondance » pour
4ilarquer lesrrlcheflès' que produit le
commerce de. la mçn
ciTPiDON . j îAprpS! àvo& . parlié de Venus » je
eu I'Amour. ^^ :vous fiarl^. dé Gupidon (on; iSk , ou
i' Amb^r.. Ce n'efi pas. que le^ Anciens
n^'^ent, sieacofanU*. qirun feul Cupidon- ;
fiftr.ilàÀbhifredDnnii;)urqu'à douzeroù
(t)D#K4/. ^çize«vCic£r6n: cependant (i) n'en ^*-
DcM^. /. I • fconnoît que trois , dont le premier etoit
£1$ d^Mercure ôç de ^ première DktàHi ;
I' ' .
DES Fablss. 8i
k fécond , de Mercure & de la féconde
Venus j & le troifiéme , qu^il appelle le
Contre-Amour ou Ameros , de Mars 8c
de la troifiéme Venus. Et Héfiode (ï) (OTh/«g<
ne parle que d'un , Se c*eft le plus an^
cîen , produit en même-tems que le Ga-
hos & la Terre ; en quoi il paroît aVoir
fuivi les traditions Phéniciennes , qui
reconnoifibient l'Amour pour le plus
ancien de tous les Dieuk 9 comme nous
l'avons dit en rapportant le Fragment
de Sanchoniaton* Nous laiflbns-là^toUB
les autres Cupidons 9 pour dire un mot
des deux qui étoient connus dans I9
Grèce, Ey95 & Anter^s ^ c'eft-*-dirô>
Amour, ouC ontrè* Amour , tous deux
fils de Venus ; le premier ayant eu Mei^
cure pour père , & le fecond Mars, Dans r •
le fond , il n'y eut jamais d'autre Amoi/r
que celui dont parlent Sanchoniatônâc
Héfîode j c'eft-à-dîre , ce principe phy-
fique , ou plutôt l^Iniô^ Wiême dîes «par-
ties de la matière , d'où furent formée
les diffërens corps qui compofent l'Unir
vers. Car pour cet Amour badin & fo-
lâtre, à qui on donnoit Venus pour mè-
re, on peut le regarder comme le fruit
de l'oifiveté des Grecs; & il n'en fut, .
jamais-parlé dans les pays d'Orient,d'où
nous en<veauëla cofinoîiTance de Venus*
D V
8a Explication histoivi quf
Les Grecs , à qui ildevpit fon origine il*
le repréfentoietit Gomme ua jeune en-
fent^aveugle» ou les- yeux couverts d'à»
bandeau 5 i^utant ,■ daafant ^. jpuant r hsL^
dînant» montait fiu: des acbres^; toujours
avec fon petit carquois^ Se des flèches^
^ont les bleilures caufoient les paffions^
les plus violentes. Quelquefois on le
,voit jpuant i^vf ç & mère ^ ou' fe battant
contre un cocq.^ fur lequel il. gagne la
^iâoire > ou a^fur un Centaure rpour
aous apprendre que , jusqu'aux n^on^
ôres mêmes r tout étoit fourni* à l'A^
snour. Pour tout dire en uiv mot y ce
pieu , exerçoit également fon empire:
^dans le Ciel» fin: la-^Terte <Sc dans les
£iifers. • .
AxnKQS^ Anteros r ou lé Goiitre*Arapur,.que
Venus a voit • eu de Maïs , eft é^le-
ment reptéienté comme un enj^t ,,
■ainfi que fon frère r & on les. trouve
tous deux ftur im feKas^elief • rapporté
car Béger.dans fon .Tréfor de Brande-
bourg. Il partagea «auffi les honneurs
divins avec Cupidon ; mais le culte
^u'on leun rendoit 5 ne.diiTeroît pas de
:celui qu^on rendoit à leur Mère»
IcfCRACis..: L^Hiffoire des Grâces doit n^t^ui^
lement fûivre celle d^ Venu«:>dont elles,
ëtûient les . âdddesi ^^mjfagQ&9* ;Qomi9fi-
DES Fabljks» 8j
ïesGnces donnoient aux lieux» aux
peribimes , aux ouvrages & à chaque
chofe en fon genre , ce dernier agré-
ment qui embellit toutes îles autres
perfeâions ôc qui en eft conune la
fleur ;& qu'enfin on ne pouvoit tenir
que d'elles ce don làn$ lequel tous- les
autres font inutiles , je veux dire le don
de plaire ; auffi entre toutes les
Déeâès, il n'y en avoit point qui euâènC
un plus grand nombre d'adorateursu
Tous les états > toutes les profeflîoin»>
tous . les êigts leur adreilbient des
vœux, & leur préfentoient de l'encens.
^Chaque fcience & chaque art avoit en
particulier ia Divinité tutélaire: mais
tous les arts Sç toutes les fciencea ré*
connoiflbient l'empire des Grâces. ,
Recherchons en peu de mots leur .. ,
origine & leur nombre > les différents . OXVoye*
noms quon leur a dôni^s> leurs attrjfc- acMr. l'Ab-
buts, le culte qu'on leur rendoît^.*: ^/^^^l^^l
enfin quels étoient les Heos dont xxi cadTdcs^Bcii
les croy oit Içs àiS^eo&tiicxa* (i ) • ' *«* " ^^^^* »
Quelques anciens ont'crClquîelie^-fil- ^*'
rent le fruit d^un Mariage légitime, Se
qu'elles naquirent de Jupiter & de Ju-*
non ; mais Hefiode: aflSire qufellas
étoient filles de. ce Dieu' &/de la 'btih
|iurynon»e:£lk. de l'Oaeah , qu^Ond-
^4 ExPLMATÏOK HlSTpRKiUfi
xnacrite nomme Eunomie; Se h^Sbsi^
ce 9 ancien commutateur de Stace ,
Harmione; Suivant Antimaqûe Poète
très-i-ancîen > fa mère s'appôlloit Eglé ;
& felon '• dfautres » Eurymeàufe , ou Atï-
tinome. Enfin t^ôpinion la plus généra-^
iement reçue, eft qu'elles doivent le jour
à Bacchus & à Venus. *
On n'étoit pas plus d*ACcord fur leur
nombre que fur leur origine. Les Lacé-
.dëmoniens Se les Athéniens n'en recon-
<noifIbient que- deàx> aufquelsils don-^
noient des noms diffèrens ; mais Héfio*-
de 9 Pindare & les autres Poètes en ad-
.mettent trois qu'ils nomment Eglf^
Tbâtic , & EufbrQfyne. Homère change
-le nom d'une de ces trois Graces^» &
ii)V^Xi^. rappelle Paiîtiiée. (i)
i%)inB€9i." Paufanias (a) ajoute une quatrième
' ' * . Grâce , qui étoit Pitbo , ou la Déeflè de
' 4a PerfuaiÎQn ; voulant nous infinuer
.paif*4là!i que le grand fécret de perfiia-
' !^ fder^ic^fiîde 'plaira
i Au çD)nroenca»î9nt , on ne repréfen-
•' ' -tait cos; Déefles', que jpâr de fîmples
.pierresfqui n'étaient point taillées; Se
-l^elles étbient , comme nous l'avons déjà
remarque aîlleursr v les- anciennes Sta-
jtuq^ Mais on les répréfenta l^entôt fous
é&^ lîgttrQs .faufziaines > b^)Ulé^ de .gaze
^7 ^.L
besPableî. 8f
dans les premiers tems , & toutes nues
dans la fuite. Paufanîas (l) avoue qu'in*^***»'**^
ne fcauroit lAarquer l'époque ou l'on
ce/Ta de leur donner des habits. On le^
repréfentoit ainfî> pouir faire entendre
que rien n'eft plus aimable que la fîmple
nature j & avec de fimples gafes , pour
nous apprendre que fi quelquefois on
appelle 1 art au fecours de la nature , on
ne doit employer les omemens étran-
gers que fobrement ôc avec retenue. Oh
les peignoit jeunes , parce qu'on a tou-
jours regardé les agrémens comme fe
partage de la jeuneflè. Communément
on croyoit qu'elles étoient filles Se
vierges : cependant Homère en marie
une au -Dieu du Sommeil , & l'autre à
Vulcain. On repréfentoit encore lès
Qraces dans l'attitude de perfonnes qui
danfent.
Des Divinités fi aimables ne man-
quèrent ni d'Autels , ni de Temples.
On croit que le premier de ces Tem-
ples fut bâti par Ethéocle Roi d'Orcho-
Biene dans la Béotie ; ce qui le fit
pafler pour leur père. Mais les Spar-
tiates en donnoient la gloire à leur Roi
Lacédemon. Quoiqu'il en foit, pour con-
noître tous ceux qu'elles avoient dans
la Grèce^ il n'y a qu'à lire Paufaidas. De^
8^ Exï'LiCATÏON HISTORIQUE
toutes tes fàifons de l'année , le pritt^
tems leur étoit fpécialement confacré t
aîniï (ju'à Venus leur mère. G'eit ea
éâet alors le tems des grâces & de^
ris : quQÎqu'à dirp vrai, il n'y eût prefquç
point de jour» dans l'année qui nçr
fut marqué par quelqu'afte de Reli--
giën y ou par quelque Sacrifice qu'cay
oflroit en leur honneur.
Leurs Statues, qu'on trouvoit prefque
par tout étoient ordinairement de la mai0
des meilleurs Maîtres j & elles étoient de
marbre, d'yvoire,& quelquefois d'or,
ainfi que nous l'ap^enons^ de Paufa^
nias , qui entre à c^ iiijet dans un gran^^
détaiL . .
Enfin quant aux bienfaits qu'on aç-
tendoit de ces Déefles , on croyoit
qu'elles difpenfoient aux hommes , ooa
feulement la bonne grâce ,; la gayet^y
l'égalité d'humeur, .^maîs^ encore là libé-
ralité , l'éloquence.. & la fageile , ainiî
que le dit Pindare : mais la plus belle
de toutes les prérogatives des Grâces,
c'efl qu'elles préfidoient aux bienfaits
& à la reconnoiiTance j îufques-là que
dans prefque toutes les langues ,. on i&
fert de leurs noms, pour exprimer Si la
f econnoiilance & les bienfaits,
^prè^ avoir parla de. Ycnua-âc de9
Grâces s je dois vous raconter l'hiftolre"
de Vulcain que les anciens Poètes aflTu-'
x€»t avoir été Tépoux» ou de Y eaïus ellQ<«
même j ou d^une des C^aces : Allégo*
lie y qui> pour le dire en pailànt » noud
aprend que tous les arts même les plu&
mécaiûques ( car Vulcain , comme vous.
5:ave2 y. étoit le Dieu des^ Forgerons )
oivent avoir pour objet la perfedion^
que doûneot lesGcacfss ôc ù beauté;
Vous jugez bien > Madame > que ks
Grecs ne manquèrent pas de revendiquer
ce D jeu > comme tous les autres > quoi-^
qu'aiTurement leur Vulcain ne ibit pas
le plus ancien de ceux dom parlent
Jeurs Auteurs, Ciceron (i) nomme qua- (o m nsk
ire Vulcains , dont le premier étoit fils ^^'' '• *•
du Ciel; le fécond» que les Egyptiens,
sommoient Opas , avoit le Nil pour
père; le troifiéme étoit fils de Jupites^
Se de Junoii y ou de JqAon feule y Cvl^
Vaut Hélîode y fuivi en cela par les-
wtres Poètes j & Là quatri^nie enfin >
fils de Ménalius^» étoit ce célèbre For-
geron qui habitoit les ides Vuicanies-
Ciceron avoit manqué le premier ($c
le plus ancien Vulcain > qui eil ians
doute le célèbre Tubakaïni dont il. e/f
f arlé dans la Genèfe t Â^^qui le pr<^-*
Mm: avak inventé rftrtde.fajrgjjïyr^ te:
88 ExiPLtCATiÔN HISTORIQUE
fer. C'eft fetts doute 1^ modèle de toîïS
les autres. Après celui-là , vint le Vul-
'caîn d^Egypte^ qui, dans la Théogo^
-nie des Eg)fptîens, étoit le plus ancielk
(0 v*ye» de leurs Dieux (r) : & je- ne doute pàé
Hétodote, le que ce ne fôt le Tubalcaln due Moyfe
met dans la ieptieme génération i Se
Sanchomâton dans la^ première^ Il eft
naturel de croire qu'on coiiferrâ en
Egypte, quîfiit un des premiers payîs
peuplés après la difpefiiîon de Semiaar »
la connoiiïance d'un homrtie célébré pat?
l'invention d'un des afts les plus^ né*
ceflTaires , & dont les Annales Phéni-
ciennes fâifoient mention : à moins {oiï-
tefois que les .Egyptiens h'ay ent don-
né ce nota à quelqu'un de leurs Dieux-,
c^eft-à-diré, de leurs premiers Roi^»
fous le règne duquel fut renouvelle &
peut-être perfeétioné l'art que Tubalcàid
avoit inventé. • î*
^^ Pour cequi regarde le troifiénie Vuï-
cain , voici les Fabtes que les Grecs en
ont publiées; Jupiter piqué de> ce- que
Junon Tavoit eu fans ia participation y
& le trouvant d'ailleurs fortlanl, le fit
culbuter du ciel en terre d'un coup de
pied ; Scjl Ct Ceroit tué immanquable^
ment^ [aps le fecottrs des habitans de
'LemsoS; <|ui^ le- ièçittmt ètttte leurs
Uc, t, io«
Brai } que cependant îl lui en coûta une
jambe dont fl demeura boiteux. Selon
Pauiànîas (i), ce fut Junon elle-même (d /«
qui le chafla du Ciel- Que Vulcain, pour
s^en venger , fit une chaife d'or avec un
reflbrt caché , Se l'envoya dans le Ciel ;
& que Junon s'y étant affife y fut prife
& expofëe à la rifee des Dieux : mais
Bacchus ayant enivré Vulcain , le fit
revenir dans le Ciel , où il tira fa mère
de l'état embarafïknt où elle fe trou-
voit. Que les Fables anciennes fe fou-
tiennent mal ! Homère prétend au con-
traire que Jupiter ne chaflà du Ciel Vul-
cain que pour avoir dégagé Junon 5
qu'il avoit /iifpenduë en l'air avec une
chaîne , à caufe qu'elle avoit excité une
tempêtepour faire périr Hercule.
Ne pourroit-on pas, reprit Eliante,
dire que ce Vulcain étoit un Prince
de la race des Tytans , qui ayant don-
né quelque mécontentement à Jupiter
ou à Junon, avoit été chaflK de la Cour
qui étoit regardée comme le Ciel 9
aînfî que vous noui l'avez dit ; & qu'il
y fut rappelle. Je vous affiire , Mada-
me, repartit l'Abbé, c'eft ce qu'on
peut penfèr de plus jufte fur ce fujet ;
& votre explication revient à peu près
à celle du célèbre Newton i qui 9 iansi
$6 ÉxPtteAri4Mti litSt<fRl(3!;^t
£à Chronologie des Royauiixes^en pairltf
âînfi: Il n'y eut jamais, dit-. il, d'autre
(i) Voye* Vulcaih(i), qucfThoas Roî de Lem-*
ce ç'on en a ^ç^^ qù: il avoit établi des forfi;es. Ce
ftoirede Ve« prince epoula Calycopis, cette mem^
»*"• Vertus tfu^on croybit mère d'E^ée',^ Si
fille d'Otréus Roi de . Phrygk, Oir
: donùa à Thoas le nom de Cinyras » ^
^ caufe de fon habileté à jouer de la
Lyre ; ce qui fit publier qu'il avoit ét^
aimé d'Apollon ou d'*Orus. Bacchuff
devemi amoureux de la femme de
Ifhoas, fut furpris dans^ un ciommerce
de galaAtefie avec elle : mais il fçut
àppaifer le mari en lui faifant boire du
vin. Vulcain tomba donicr du Ciel âes^
Dieux de Crète , quand il alla de Crè-
te à Lemnos poujr forger les métaux ^
^ il fot rétabU daa^ ce mên^e Ciel ^
lorfque Bacchu» lui donna les RpyaoK
mesf de Chypre & de Biblosrcar les
Cours dô tou^leS'Princey de ce tem's4à>
dit toujours le même Auteur ^ en étoient
Regardées comme le CieLCe- fut dansie»
états^ <pxe Thoa& ouf C^nyri^s fit bâtir
desTemples en l'hoitofur de Venus ik
femme 9 comme wous^ l'avop^ dît daii^
îpn Hiftoire. Cette explication reprit
• Alcïion, elï fort ingénie iife : maïs fuf
^el foadeoienc po^te -^t'elie f AWhQU-
fcufement , dit P Abbé 9 elle n'eif ap«*
puyée qite d^ui £^1 paflàge de Jidlia y
qui dans le fond n'efî ^as- trop conw
cluant. Aioiî faifbns honneur à Mada-'
me. Se tenons-hotts-ed à ùm explicar^
tion. Quoiqu'il en foit ^ rien if étoit
plus célèbre dans l^ailtiquité fabukufe'
que les forges de Pille de Lemnos ; dC
an attribuait au Dieu qui en étoit le
maître', les ouvrages les plus excel-
lents , que le» Gyclopes fe^ Forgeron»
febriquoient pa* Ces ordi^es ; tels qu'é-
toit le Palais du Soleil , felon Ovide j
les armes d'Achille , félon Homère j
celles d'Enée» il nous en croyons Vir-^
gîle; le collier d^Hermione^ la cou-
ronne d'Ariane , le fameux chien d'ai-^
tain que Jupiter donna à Europe ; Pan-^
dor^ dont nousr avions parlé dans PHii^
toire des Titans j ces Trépieds dont
parle Homère^ quialloient d'eux-même»
à Paflemblée de^ Dieux ; enfin ces
Cymbales d^airain dom il fît préfent
à minerve, qui les donna à Hercule , 3c
au bruit de(quelles il étourtfo G fort le^
. OifeauicStympbalides'rq^^lestdatoù^
tes uns^ après les autres.
On étoit il perluadé à Lemnosv dit
Alcidon , que les Forges de Vulcaâr
étoienC dans le» cavernes^ de leur iih >
92 ExpLiCATroK" &rsTaRi<iu«
3u'on y croyoît entendre ks coups re*!
oublés des Cyclopes : ce qui ne ve-
•noît que des feux foûterrâins ^ (|ui nïu«
^iffoient dafis les antres de cette iile»
Port fiijette aux treitiblemens de tierre.
Auflï en <£roît--on autant des Mes Vul-
canies, voifïnes de la Sicile; du mont
£tna i & des autres lieux où il y a voit
des Volcans.
Comme on avoit attribué , reprit
l' Abbéi les plus beaux oUvi'ages à Vul-
>cain 9 on lui donna de même p6ar eh&ns
ceux qui fe diflinguérent daiis le même
art que lui f tels que Brotëus , Erichto-
nius» Olemjs^ Albion y &c. On lui donna
aufC piufîeurs noms 9 tirés la plupart des
lieux» où il étoit honoré.
Fluiieurs péiqples fe diâinguérent dans
•le culte qu'Us rendoient à ce: Dieu y fur
;tout les £g3^tiens > qui avoiént b&ti
en ion honneur ce temple célèbre , dont
parlent Hérodote & les autres Anciens,
& à l'embellifTement duquel tant de
Hois avoient travafllé : & les Romains,
qui tenoient dans fes Temples leurs a£^
femblées les plus Iblemnelles ; ce qui
étoit , félon Denys d'H'alicamaire > ta
plus grande marque de re%eft qu'on pût
donner aux Dieux.
Comme on croyoît que Vulcaia jàvoit
DES Fables. P3-
CA^eigné tous les ufages que les ou^
vriers Se les autres hommes peu*
veDt ffure du feu >. tous ceux qui tra«
vai}loient en métaux 5 ou pour parler
plus jufie 5 tous les hommes en géoéral f
cfiroient à ce Dieu des ikcrifices^ eare-r
coiinoiflàace d'un préfent û avantageux ,
mû que nous l'apprend Diodore de Si- <
dle(i). ' (1) Liv.f.
Dans la principale de Tes Fêtes y on
çouroit avec dts torches allumées^ qu'il
^lloit porter , £àns les éteindre , aun
bout de la carrière à l'autre > (bus peine
dWamie ; pour apprendre aux hommes^
OU qu'il étoit lui-même l'inventeur du
£eu, ou du moins de l'ulage qu'on ea
lâiToit dans les forges»
On reconnoît ailement ce Dieu fut
* ♦
les M onumens anciens» où il paroît tou-
jours avec de la barbe» la chevelure un
peu négligée » à demi couvert d'un ha-
bit qui ne lui defcend qu'au-deflus da
genquil , portant un bonnet rond & poia-?
ta, tenant de la main droite im marteau ^
ôc de la gauche des tenailles.
. A l'Hiftoire de Vulcain , je doii MiMB^in.
joiqdre celle de Minerve 9 par la liaifon
que vous verrez qu'elles ont enf^mble»
Les Anciens (a) reconnoifToient cinq (OVoy«
Deeues de ce nom. La première etoi^ îi^.oewJ.y
454* Explication HirPotiQuier
la -mère d* Apollon : la feconde rappof-
tt)ît fon origine au Nil : la troifiéme
étok fille de Jupiter: la quatrième avoit
le même père , & pour mère Goriphée t
fille de FOcéan^ nommée parlfes Arca-
dienàjÇorie ; & c'eft à elle qu'on doit
l'invention -des chars à quatre chevaux
de front : la cinqvûéme » que Von peint
avec des talpnniéres , eut pour père
Pallas , à qui , dit-on , etle 6ta la vie ,
parce qu^il vouloît lui faire violence.
Vous voyez , Madame ^ pour le dire
une bonne fois pour toutes , que dan»
rénumération des Dieux des Grec» Se
àts Romains que fait Ciceron $ 6ç qui
prefqu^ tous portoient plufîeurs noms»
il y en a toujours quelqu'un qui tiroii:
fon origine d^Egypte ; & c'étoient les
lus anciens, Ainfî la Minerve , fille du
il , dont nous parierons dans la fuite ^
doit être regardée comme la première
de toutes. Maïs lès deux Peuples que
je viens de nommer , jaloux de leur an-
jeienneté , avoient cherché à obfcurcîr
les traditions Egyptiennes^ fouvent par
des Fg-bles auflîablurdcsqu'imp^çtra-
Jbles. Voici celle qu'ils publioient, au
^jet de la naiffance de leur Minerve*
Jupiter , difbient-îls , époufa Métis j &
h voyant prête d'accoucher , il la dé-
li:
t>B5 Fable'I. 95"
tofa, parce qa'un Oracle lui avoît ap»
pris qu'elle alloit mettre au moode unie
filk d'une fageiTe confommëe , & un fils
à qui les Denkiées réfervoient TEmpire
du Monde. Qaelque tem$ après , (è fen-^
tant une grande douleur de tête , il eut
f ecoiu-s à Vulcaki , qui , d'un toup de
hache, lui fendit fe cerveau, d'oùfortit
Minei^e toute armée. Les Mytholo^
gues anjciens& modernes ont cherché de
grands myftéres dans une naiflance il
bizarre, même celui de la produâion
du Verbe Etemel. Mais c'eft prophaner
des vérités re^ftables, que de croire
que la tradition qui les apprenoit , s'était
confervée dans Quelques Fables : celle-
ci 9 (ans doute » n efl que le fruit de queU
que imagination déréglée.
Quoiqu'il en foit , plufîeurs anciens
fie reconnoiflbient d'autre Minerve
fu'une fille qui ^ fur les bords du lac
Vîton en Afrique, fè diftingua par les
beaux ouvrages de laine qu'elle fâifoit
avec l'éguille j ce qui la fît prendre pour
la Déefle de^ arts de cette nature : 5c
tel a été en effet le principal attribut
de la Minerve des Grecs. Pauônias (i) (t)ibtAéi
qui eft de ce fentiment , ajoute que cet- **«► t, m#
te Minerve Tritonienne étoit fille de
Neptune , c^eô-^-djure , de quel^uç ma»
/7
5)5 Explication historique
rm 9 Se de Tritonis. Mais l'opinioii la
plus commune , eft que Minerve avoit
pour père Cécrops premier Roi d'A-
thènes: ce qui encore n'^ii fondé que
fur ce que ce chef dé Colonie avoit
apporté dâns,FAttique le culte de cette
DéeiTef adorée depuis long^tems à
Sais , dans la baffe Egypte , d'où il étoit
parti. Car il faut, toujours en, revenir
ail principe d^Hérodote , qae Ik naiflai^*
ce d'un Dieu ou d'une Péeffe.daSas un
lieu , n'étoit que rétabliflement de leur
culte dans ce même lieu» Car la ieule
Minerve qu'on doit recoftnoître eft cet-^
te fille du Nil dont parle Cioei:Q9 , qui,
pour avoir cultivé les açts^ fur tout
ce^ de faire delà toile, delà brode^
rie, & de la tapifferiè » en fut r^gar-r
déé comme la Dçelïèt Son culte s'é-
tàbUt d'abord dans l'Attique > d'où .U
fe répandit bientôt: dans tous les Tefle$
de la Grèce , & de^à <kfi$ l'Italie , &c;
ï#é nom qu'elle pottoit en Egyipte , Ce4
r-lé^'^'' l^n Piatpn (I), étoit Neits ; de feloçi
(z) Et Eu- d'autres, Ogga, om Onk^ <;2) ; ce qui. eft
çh©rion,dan« plus vraifcmblable. Les égyptiens» qui
B^Mte^ii^- ne la regardoient pas fans doute comme
fichin«,.*c. une fille qui confervât toujours & divii*
aité,lui donnoient poui: époux Vulqijb la
plus ancien de leurs Pieux ; ^U lieu que
ie«
<
DES Fables. $y
les Grecs lui avoient donné pour fem-
me Venus ; pour nous apprendre ians
doute que la prudence & la fageflè»
dont Minerve ctoit le fymboie , ne con-
viennent pas moins aux arts que les
grâces & la beauté.
Les Grecs 9 qui honorèrent partîcu-
liérem^t cette Déefle» lui avoient con-
facré une FcteappeliéeAthenée^du nom
d'une des filles de Cecrops que l'on con*^
fondoit avec elle : Fête qui n'étoit d^a-
bord particulière qu'à l' Attique ; mais
qui fut enfuite reçue dans toute la;*
Grèce, fous le nom de Panathénées y
& c'étoit la Fête la plus folemnelle de
•tout le pays (I). ^ ^ mIiLûÏ^'*
Les Grecs à leur manière» publiè-
rent au fujet de cette DéeiTe plufîeurs :
Fables dont je dois vous expliquer en
peu de'' mots les principales. Celle du
fameux différend qu'on dit qu'elle eut
avec Neptune , pour donner un nom à
. la ville d'Athènes , eft fort ingénieufe.
On avoît établi , que celui des deux
qui produîroit la chofè la plus utiles au^*
roît le privilège de donner ce nom;
Neptime ayant frappé la terre d'im coup
de trident , en fit fortir un Cheval ; &
Minerve un Olivier , arbre qui fut jugé
par les douze grands Dieuxv afiemblàil
Tûmll. E
^
j
^8^ Explication HïSTORi<iufi
pour- cela , plus utile que le Cheval , Si
la viftoire ayant été adjugée à Minerve t
elle donna £bn nom d'Athénée à la ville
de Cécrops*
Cette Eable fut ingénîeafcment in-i
ventée, pour nous apprendre que les
Aiiiéniens balancèrent quejique tems iùr
le parti qu'ils dévoient prendre j^pu fur
la navigation & le commerce» ou la cul->
ture des terres. Conmie le terrein de
TAttique eft fort pierreux & fort ftéri-
Ic , plufieurs pendhoient pour ie com^
imèrce maritime : mais Cécrop& y ayant
planté des Oliviers', qu'il avoit appor**
tés delà ville de Sais, dont ils faifoient
toute la richefTe , & qui^y vinrent fort
bien; H fut ordonné, par mi/ Arrêt .de
FArébpaçe quîon abandonneroit la Na-
vigation ,^ pour donner tous. fes foins à
la culture des Oliviers : ce qui •fit dire
que Neptune avoit été vaincu par Athé-
née ou Minerve, qui donna fon nom à la
viUe d'Athàies.
On parle encore d'un autre différend
que la même Déeflè eut avec Aradiné >
fille d'Idmon , qui voulut lui difputer la
gloire de mieux travailler quelle en
broderie & en tapiflèrie. Ovide , qui a
. , écrit Thiftoire de cette difpute (i)avea
^^^ ^ ' beaucoup de feu^^ d'élégance ^ dit quç
t
DES Fables. 95r
Minerve, jaloufe de la beauté de l'ou-
vrage d' Arachné , lui jetta ùl navette à
la tête, doQt cette fille fut fi outrée,
libelle alk fe pendre de défefpoir , &
t changée en Araignée. Pline (l) (i)Lîv,ii.'
parle de la fin tragique d' Arachné , fans: ^ ***
en dire le fiijet. Et comme elle s'étoit
rendue célèbre dans la Lydie par les ou-i
vrages dont nous avons parlé , quelque
bel-eiprit publia qu'elle avoit ofFenfd
Minerve. Cependant Bochard croit que ^
cette Fable n*a; aucimrappoit avec THi-
ftoirc , -& qu^elle n*a pour fondement
que le mot Ardcbs , qui veut dire filer ;
& dont le texte Hébreu fe fert pour
marquer les toiles des Araignées*
Les Mythologues^ confondent fou** Paiias.
vent Minerve avec Pallas ; mais ie.croii» ,
qu'il faut les diftinguer. L^une étoit fill©
de Jupiter ; Pautre du Géant Pallas,
comme on Ta déjà ààt* La première fa«9
vorifoit les Sciences & les Arts; lafe*
conde n'aimoit que la guerre & les com-i
bats : ôc Quinault a bien fçû en faire la
différence dans ce Vers :
O Minerve fçavante ! 6 guerrière PalIas !
Enfin leurs figures font diflferentes
dans les monumens qui nous reftent.
L'une y eft repréfentée comme une jeu»
£ ij
t*6o Explication HrsTORiQirff
ne femme , grave , fage & modefte i
ayant ordinairement une chouette qui
etoit fon fymbole : l'autre y paroît ar-
mée de pied en cap » lie cafque en tête 9
la lance à la main ^ & fur la poitrine la
' terrible Egide » avec la tête pe Médufe»
BiiioNE. Les mêmes raifons qui diftinguoient
Minerve de Pallas , engagèrent fou-'
vent les Anciens à confondre, celle-eî
avec Bellone, compagne ordinaire du
Dieu Mars. Mais je crois qu'en bonne
Mythologie elle ne doivent pas être
Înfes Fune pour Fautre. En efiet 9
léfiode dit que Bellone étoit fille de
Phorcys & de Céto, ce qu'on n^a
jamais dit de Minerve ; & Varron dans
S. Atigùftin ajoutç qu'elle étoit ibeur
de Mars, ce qui né convient nullement
à Pallas. Leur repréfentation même en
étoit diflFérente : Bellone y paroiflbît
en fenune édievelée » armée d'un fouet ,
attelant les chevaux au charriot de
Mars ; mais jamais avec l'Egide. Son
culte même oifFéroit de celui de Pallas j
& fes Prêtres nommés SellonArii, rece-»
voient leur facerdoce par une incifipn
qu'on leur faifoit à la cuiïïè 9 montrant
par-là qu'ils étoient deftinés au fervîce
d'une DéeiTe qui aimoit la guerre Se le
l^arnage.
BEs Fables. \oï
L^Hîftoire de Pallas & de Bellane» Hiftoùe de
tious conduit natureUemeftt à celle de ^^^^
Mars (i). Ce Dieu était i félon Homo- ^ .(0 Appel-
le (2) , fils de Jupiter & de Junon ; & ici orcct.^*
ce ne furent que les Poètes Latins qui (d iliad, U
imaginèrent dans la fuite que Junon Ta- *•
voit conçu en^ touchant une fleur que
Flore lui avoit montrée. On confia d'a-
bord , fuivant Lucien (3) , l'éducation (j) DUi.de
du jeune Mars à Priape, un desDadyles ^ ^*^^*
Idéens, qui lui apprit ces danfès mar-
tiales, & les autres exercices du corps 9
fi propres à la guerre.
On reconnoiflToit plufieufs Dieux de
ce nom. Le premier ^ à qui Diodore at-
tribue riûvention des armes, & l'art
de ranger les troupes en bataille, eft lans
doute Belus , que l'Ecriture appelle
Nembrod , le premier & le plus ancien
des Guerriers : le fécond Mars étoît
un ancien Roi d'Egypte : le troifîéme,
•Thrace d'origine , devint très-célébre
Îar les armes , & fut toujours la grande
)ivinité des peuples de ce nom , qui le
repréfentoient militairement & fans fa-
çon , fous la figure d'une épée , comme
nous l'apprenons d'Hérodote : le qua-
trième eft appelle le Mars de la Grèce,
fumommé Ares: le cinquième & le der-
nier, eft le Mars des Latins; celui-là
. E uj
tffléme qul'eritra dans la prrifoh de Rhéa
Syl via , & la rendit mère de Remus &
-de Romulus; & celui-là étoît Amulius
-frère de Numitor. Enfin on donna le nom
de Mars aux grands Guerriers : ôc chaque
■ Peuple fe fit honneur d'en avoir un ,
'-ainfî qu'un Hercule ; les' Gaulois fous
-le nom d^Hefus , comufie nous le dirons
en fon lieu ; les Perfes , fous le nom
(i> De hM. . d'Orion, qui , félon Voflîus ( i ) , étoit le
• * 's* ■ ' . Nembrod dont nous avons parlé. Enfin ,
.fens parler ici des autres Peuples, TEm-
pereur Julien fait mention d'un Mats
(») Onu^ d'Edette, furnommé AxÀfus (2).
Les Grecs , qui rappôttoient tout à
leur Théologie , ont chargé l'Hiftoire
de leur Mars , des avantures de prefque
tous les autres ; & ont ainfi coi^ndu
PHiftoire de pluiîeurs perfonnages cé-
lèbres , qui nàéritoiéht fans doute d'ê-
r tre connus féparément. Ce qu'on {çaît
du leur , eft fon avanture avec AUirrb»
•tius, fils de Neptune. Ce jeune Prince,
/ \TiM comme nous l'apprennent AppoUodo-
0)Biw. .1.^^ (?),,Paufanias (4), Démofthene &
Plutarquè, étant amoureux d Alcippe
^lle de Mars , & ne pouvant la rendre
'fenfible , lui fit violence ; ce qui irrita
fi fort fon père contre ce téméraire »
^ qu'il lui ôta la vie. Neptune déferre
Ses Faïlïj. 1135
de la mort de fon fils , fit appeller Mars
en jugement ; & les plus graves Athé-
niens s'étant afTemblés fur une affaire
fi férîetrffe , le déclarèrent innocent , iSc
le purgèrent à la manière accoutumée*
Le lieu où fut porté ce célèbre juge-
ïnent, fut appelle 1* Aréopage ; nom
formé de celui de Mars , qu'on nonl-
moit Aris > & du mot P^gos , parcîe
qu'on s'étoit aflembté fur urie hauteur ;
ou bien 5 ce qui revient à peu près a\i
même, Méuu Rufes^ la Roche (fe
Mars. Voilà, pour le dire en J)afla/it ^
l'origine du fameux Tribunal de l'A-
réopage, il connu dans la fuite. Cet
événement, qui fait une des époques de
l'Hiftoire Grecque , arriva , fî nous en
croyons la Chronique de Paros, fôûs
le règne de Cranaiis , c'eft-à-dîre , l'an
1^60 avant Jefiis-Chrifl. Comme on
n'écrivoit guéres dans ces tems-là d'é-
nénement fans l^embellir, on dit que
Mars avoit été abfoûs par le jugement
des douze grands Dieux, parce que les
Juges qui travaillèrent à fon procès 9
étoient au nombre de douze des pre-
ïnieres familles d'Athènes.
Arnobe, qui vouloir prouver aux
Payens que le Mars de la Grèce n^é-
toit qu'un homme déifié, nous apprend
£ iiij
<î04 Explication hictcriquk
ÎluûcvtTB particularités de fôn Hiftoîrtf#
1 leur reproche d'abord qu'ils ïçavoient
bien qu'il étoit né à Sparte > ou , feloa
d'autres » dans les extrémités de la
Thrace ; qu'il avoit demeuré treize mois
en Arcadie dans une prifon^ où les
Aloïdes le tinrent enfermé ; que dans la
Carie ^.on lui immoloit des chiens ; &
chez les Scythes 9 des ânes.
Comme rien n'eft plus intérefTant
pour les Etats & pour ceux qui les gou-
.vernent , que les cvénemens de la guer-
re , il y a eu peu de Divinités dans le
Paganifme qui fe foient attirées plus de
refpeâ que le Dieu Mars. Nous avons
déjà nommé plufieurs peuples chez qui
il étoit honoré j & on ne finiroit pas, fi
on vouloit les nommer tous. Mais il n'y
en eût point qui lui rendit un culte plus
particulier que les Romains, qui lui
avoîent élevé plufîeurs Temples, parmi
leTquels celui qu'Auguftelui dédia après
la bataille de Philippe , fous le nom de
Afars le Vengeur , étoit des plus célè-
bres. Parmi les Collèges Sacerdotaux ,
celui des Saliens , Prêtres de Mars , qui
ëtoient deilinés à garder les Anciles , ou
les Boucliers facrés, devoit fon infti^
tution à Numa Pompilius , qui l'éta«
l)lit à l'occafioa d'un événement rap-
BE s Fables. lojr
porté par Denys d'Halicarnaffe.
Un Bouclier étant tombé du ciel , on
confulta les Harufpices £ir ce prodige ;
& ils répondirent, que l'Empire du
Monde étoit deftiné à la Ville où ce
Bouclier feroit confervé. Numa Pom-
piUus 9 de peur qu'il ne fut volé , en fit
faire pluileurs tout-à-fait fèmblables,
afin qu'on ne pût pas reconnoître le vé«
ritable , & les fit mettre au Temple de
Mars. Flutarque ajoute , >j que le Roi «<
Numa prédit des chofes merveilleu- <•
fes fur ce Bouclier , qu'il difoit avoir «•
apprifes d'Egerie & des Mufes. Cet «
Ancile , difoit-il , étoit envoyé pour •■
le Mut de la Ville ; & il falloit le gar- «
der avec onze autres de même figure «
& de même grandeur > afin que la dif- ^
ficulté de le reconnoître empêchât les <«
voleurs de le prendre. Ce fut Mamu- •«
rius qui fabriqua ces Boucliers ; & il ce
n'eut d'autres récompenfesdefontra- «•
vail, que la gloire de les avoir faits. «
Numa Pompilius avoit établi douze
Prêtres Saliens. Tuilus Hoftilius en
ajouta douze autres. Dans les Fêtes de
Mars , ces Prêtres portoient ces Bou-
cliers par la ville, en fautant, danfant^
& chantant des vers qui avoient rapport
à la folemnité qu'on célébroit. Pendant
E y
io6 Explication HISTORIQUE
que duroit la Fête de Marsi tous les
aôes civils étoient interdits.
* Les Poètes & les Hifloriens donnent
Îlufieurs noms & plufîeurs épithétes au
Heu Mars. Mais nous en avons afièz
dit à ce fùjet^ en parlant des Peuples
différents qui Tbohoroient. Les^ autres
noms font tirés des lieux où il avoit des
Temples & des Autels ; ou ils ont un
rapport manifeiie avec la guerre & les
ravages qui l^accompagnent.
Pour les figures de ce Diets y elles
font allez uniformes ; c'eft-àrdîrej qu^on
le repréfente conune un homme armé
tf un cafque 9 d'une pique , Se d'un bou-
clier ; tantôt nud , tantôt avec l'habit
tnilitaire ; même avec un manteau fîir
les épaules ; quelquefois barbu ; mais le
^lus fouvent fans barbe r quelquefois en-
fin avec le bâton de commandement à la
main. Mars vainqueur paroît portant uit
trophée. Mars Gradivus eff repréfenté
dans Kattîtiidc d'un homme qui marche à
grands pas, ainfîquele nom de Gradi-
vus le fignifie. Quelquefois il a fur la pot»
trine une égîde , avec la tête de Médu-
fe : Se Mars Quirinus, qui étoit une autre
ëpithëte que lui donnoient les Romains»^
étoît repréiènté par une lance, félon Var-
fotti du moins dkm le tems ^e ce peu*
DBS Fables. ïo^
çle n'avoit point encore de ftatuës de
fes Dieux;
La Viftoire étoit trop inféparâble dfe La Vic-
Mars, pour n'en pas parler à la fuite de ^^^*^
lUiftoire de ce Dieu ; & je vous don-
nerai en cent à deviner quelle étoit fon.
origine fuivant les Grecs. D^abord H#*
fiode (i) lui donne pour père Pallante » (i)Thé0^
& pour mère le Styx, ce fleuve d'En-
fer, oupour parler plus juftev cette Foiî-
taine d' Arcadie , dont l'eâu^oit de totis
les poifons le plus fubtil , aiiifi que nous
le dirons dans la fuite. Cependant c^oni*
me risn n'étoît fi arbitraire que ces gé-
néalogies poétiques , le Mythologite
Furnutus la fait fille de TAchéroni iaii-
tre fleuve d'Enfer. Cet être puremeiit
■imaginaire , mais perfônnifié par lés
Grées, affifta', dit-on , Minerve dans le
combat des Géants. Paufanias nous ap-
prend , que cette Déeflfe avoit plilfiëurs
Temples dans la Grèce ; & Tite Live
parle de ceux qiï*elle avoit à Rome.
Lorfque les Romains firent venir de
Peflinunte là Déeflè de Phrygie , ils por-
tèrent fa flatuë dan$ le Temple de ht
Viftoire, jufqu'à ce qu'on lui en eût fait
bâtir un. mais les Temples qu'elle avoit
à Rome n'étoient pas les plus ancieiîs
de l'Italie , puifqué Denys d'Halicar^
Evj
io8 Explication HisTORiQtrs
{t} AAt.Lx« naflè (i) nous apprend^ que les Arcîb»
diens» à leur arrivée en ce pays-là » lui
en firent bâtir un iur le mont Aventin*
Sylla^ au rapport de Ciceron^ établit
des Jeux en ^honneur de cette Déefle*
La Viâoire ^ comme il paroît par le$
médailles Se par les marbres , étoit tou«
jours repréfentée avec des ailes» volant
dans les airs , & tenant dans La main une
i:ouronne ou une palme. Mais les Egy-
ptiens la repréfentoient fous la figure
d'un Aigle > oifeau toujours vidorieux
dans les combats qu'il a avec les au*
tres;. Les Romains fe fervoient quel-
quefois 9 pour la repréfenter , du laurier
où de la palme. .Quelquefois on la voit
.montée fur un Globe , pour nous ap-
prendre qu'elle domine fur toute la terv*
rej& c'eft ainfi qu^elle paroît fur les
Médailles des Empereurs, parce qu'ils
:fe regardoient comn^ Maîtres du Mon*
de. Quand od vouloit défigner une
bataille navale , on la peignoit montée
.fiir une proue de navire : Se lorfqu'elle
tient un taureau par le mufBe > elle indî*
que les iacrifices qu'on . faifoit après
avoir remporté quelque avantage*
La Viftoîre avoit plufîeurs noms*
Chez les £g3rptien5, (mvant Flutarque>
$Ile s'âf^^lioitNéifbtbé : chez les Sabins^
îDKs Fables. lop
Fdcuna* Le nom que lui donnoient les
Grecs 9 marquoit qu'elle étoit {kns ai*
les ( I )• Ils la repréfentoîent en effet (1) d'
ainfi , fuivant Paufanias , pour l'empê-
cher de s'envoler. On l'appelloit auifi
quelquefois Fitula , mot dérivé de ceux-
ci , Face léUari , Se réjouir , pour marquer
la joie dont étoient accompagnés les fk-
crifices qu'on lui offiroit. Les autres
noms qu'on lui donne, tels que ceux
èlEteralceA, dont fe fert Homère , pour
marquer qu'elle favorifbit les deux par*
tis,c'eft-à-dire, le$ Grecs & les Phry-
giens ; l'épithéte de Prufes , fymbole de
k légèreté ^ celle CéUigotta , qui nous
apprend que la viâoîre vient du Ciel;
& quelques autres 5 doivent peu vous
embaraflèn Enfin il paroît par les An^
ciens qu'on ne lui oifroit rien de faim
glant y mais feulement des fruits de la
terre*
Mais en voilà affez fur les Dieux du
Ciel. Notre première converfation rou-
lera fur ceux de la Mer. Sur cela> on fe
leva pour aller chercher la Compagnie»
J'ai à vous faire » dit Eliante y une que-
fliqn y qui ne vous embarraflera pa$^
beaucoup. Les Dieux du Ciel ne ve^
noient-ils jamais fur la Terre ? & ceux
de la Terre , de la Mejr Se des Enfer»
:i 10 Explication histork^ub
ne rendoient-ils paint quelquefois vi{rfe
à ceux du Ciel > du moins dans ces af-
fembiées générales dont parle fi fouvenc
Homère ? Chaque Dieus reprît l' Abbé>
étoit content de fon partage & de Ton
féiour ; & nous ne voyons pas que FO-
cean , Neptune , ni les autres Dieux
terreftres ou maritimes allâilènt dans
rOlympe , dont les Dieux feuls compo
(oient les confeils dont vous venez dépar-
ier. Cependant pour les Dieux du Cielv
fans parler de Mercure & d^Iris, gui
'ëtoient continuellement en chemin > Se
dont le premier conduifoit les âmes en
Enfer ; nous trouvons dans Homère j
que Jupiter & Junon d'efcendoieût fbu-
vent fur la terre : le premier , pour Ces
cohquêtes amoureuies ; & Junon , pour
fe ViCnger de celles qui avoient trop lç&
plaire à fon époux. Cette queftion , coit-
tinuart^ , nous meneroit a ces épipha»
nies ou apparitions de Dieux dont par-
lent les Anciens ; mais nous aurons peut«
être occafion d'en parler ailleurs. Pau-
jrois dû mettre parmi PHiftoire des
Dieux du Ciel celle de Bacchus. Mais
comme j'aurai occafion d'en parler dans
•celle de Cadmus , avec laquelle elle eft
totalement liée> je la réferve pour ion
«ticle»
1
XIIL ENTRETIEN-
Des Dieux de la Mer.
DAns la dfvifioiï que nous fuivorwv
aux Dieux du CieU (îiccédent ceux
de la Mer , des Fleuves, des Fontaines^
& des autres amas d^eaux : <Sc cette partie
du monde terreftre étoit pour le moins
autant peuplée de Divinités que le Ciet
même. On trouve en effet peu de Peu-
ples Idolâtres qui n'ayent rendu un cul-
te religieux aux Eaux & aux Dieux qui
y prélîdoient. Et, fans prétendre vous^
faire une énumération exaâe de ces diS*
férens Peuples , je me contenterai de
vous dire qu^Hçrodote l'afllire en par-
ticulier des Perfes ; Strabon , des. Cap^
padociens ; Tacite , des Gaulois & des
Germains j Se prefque tous le difent des
Egyptiens , qui avdient une véhératioft
particulière pour le Nil , ce fleuve bien-
faifant, Tunique caufe de la fertilité de
leur pays , qui , faute de pluies , ne fe-
roit qu'un aride défèrt. Pour ks Grecd
& les Romains, tous les Anciens con*
viennent qu^ils rendôient un culte reli-
gieux aux pieux des Mers > des Fleuves
tî2 Explication HisTORiQue
^ & des Fontaines : & comme c*eft la My-
thologie de ces deux peuples efl particu-
lier que nous expliquons, voyons quela[
étoient ces Dieux \i & quelle efpéce
d'honneur on leur rendoit*
L'OCEAN. Le plus ancien Se le premier des
Dieux de cette claflè étoit TOçéan^
qu'Héiîode dit être fils du Ciel ôc de la
Terre j c'eft-à-dire , çn iiiivant le fyftêr
me des Princes Titans , d'Uranus Se de
Titée. A ne confidérer que l'écorce des
Fables que les Anciens en ont débitées»
comme quand on dit que toutes chofes
étoient forties de TOcéan^ que l'Océan
étoit le père des fleuves j qu'il avoit
plus de trois mille enfans 9 en y com-
(t) Jïry: in prenant les fontaines & les étangs (i);
' ^* on doit le regarder comme une Divinité
naturelle , fous l'idée de laquelle on a
renfermée l'ancienne Philofophie, qui
enfèignoit que l'eau étoit le principe de
toutes chofes ; que chaque être en tiroit
fon origine ; & que l'Océan, par confé-
quent , devoit être adoré comme l'au-
teur de tout ce qui (e produit fur la ter-
re : Philofophie que Talés Miléfîen re-
nouvella long-tems après. Si cependant
on veut examiner le fond de cette Fa-
ble , il efl aifé d'entrevoir qu'il y a eu un
Prince Titan, frère de Saturne » qui a
DES Fables. 113
porté ce nom (i) , ou à qui peut-être (ii Voyct
on a donné celui de TOcéan, parce BoccGéi-dcs
qu il eut pour fon partage cette partie quciquîs An-,
de ^Afrique qui en eft voîfine , où At- "««»•
las régna enfuite^ & à qui peut-être ce
Prince céda une partie de fes Etats, com-
me à fon parent & ami. Du moins £C-
chile (j2) nous apprend-t'il que l'Océan (1) in Vm
étoit intime ami de Prométhée , frère "*'^^* '
d* Atlas : & lorfqu'Homere dit que Ju-
non s'en alloit un jour aux extrémités
de la terre vifiter l'Océan & Thétis ks
"parens , chez lefquels elle avoit été nour-
rie, on peut très-raifonnablement croi-
re qu'il fait allufîon à quelque ancienne
tradition, par laquelle on apprenoit que
Rhéa , pour dérober fes enfans à la
cruauté de Saturne , avoit envoyé cette
Prînceflè chez l'Océan fon beau-frere.
Mais lorfque le même Poëte raconte,
que Jupiter & les autres Dieux alloient
palier douze jours chez l'Océan , parmi
la bonne chère & les feftins, il veut
nous apprendre une ancienne coutume
des Peuples de Mauritanie , qui , dans
une certaine faifon de l'année, celé-
broient des Fêtes Jolemnelles , pendant
leiquelles on portoit en proceflîon les
Statues des Dieux , & on leur offroit
des facrifîces, qui étoient accompagnés
f 14 Explication HisTCRiQtrff
de grands feftins ; ce qui duroit douze
jours, C'eft apparemment de ces feiïins
que les Qrecs & les Romains avoîent
pris l'ufage de leurs LeSifternes , Fêtes
pendant lefquelles ils fervoîent de g'rands
repas auprès dès Statues de leurs Dieuxi
placés fur des lits à l'antique j fuivant la
manière ordinaire de fe mettre à table.
Cette coutume ^ au refte, étoit très-
ancienne parmi les Payerts , ain{ï qu'on
peut le voir dans le f rophéte Daniel <
qui parle des mets que les Chaldéens
oflGroient chaque jour à Bélus.
Je fçais que ceux qui veulent trouver
du mynére par tout , difent qu'Homère j
dans cetteFable,fait allufion à laPhyfîque
de ce tems-là, qui apprenôit que le Soleil^
la Lune & les Affres, dont les Dieux
portoient les noms , fe nouriflbient des
vapeurs de l'Océan ; mais j'oferois bien
affurer que cet ancien Poète n'a pas
feulement fongé à cette allégorie , que
le Philofophe Cléante n'inventa que
long*tems après. Mais dans le fond , dit
Alcidon , tout cela ne fait-il pas allufion
aux traditions des Egyptiens , parmi let
quels le Nil , felon Diodore de Sicile
(0 L. X. (i) , appelle Océan , étoit regardé com-
me le plus ancien des Dieux. Cette
conjefture y repartit Eliante , me paroît
mss Fable?. iijr
fietireufe , fur tout s'il eft vrai , Cotnme
MonfieurrAbbé Ta dit plus d\me fois,
que prefque tontes les Fables venoieat
d'Egypte. Concluons, reprit PAbbé,
que laFable de i^Océan eft mêlée d'Hi-
ftoire & de Ph3rfique ; & qu'il feroit
auffi ridicule de vouloir tout rapporter
à des faits hiftoriques y que de donner
tout à la Philofophie.
L^Océan , fuivant ceux qui font pour
FHiftoire , eut plufieurs enfans de Thé-
tys, fa fceur & fa femme. Cependant on
ne doit pas lui donner pour enfans tous
ceux que nomment les Payens , pxiit
qu'ils mettent de ce nombre, non-feu-
lement les Fleuves , les Nymphes , les
Néréides , & d'autres Divinités de»
Eaux ; mais auflî tous ceux qui fe
font diAingués fur la Mer, ou qui
avoîent régné fur les bords de la
Mer , tels que Protée 9 Etra femme
d'Atlas , Perfëe & quelques autres.
Au refte , les Mythologues difîinguent
cette ancienne Thétys d'une autre
de ce nom , qui fut mère d'Achil*
le & fbeur de Lycoméde , comme nous
le dirons dans la fuite (4). Que penfez-
vous , Monfîeur l'Abbé , dit Alcidon ,
{«) On écrit le nom de celui de la d^inic^e ,p2f un
la première par un j ; & (impie tts^
ii6 Explication HisTORÎQLûE
de la Fable qui porte , que les Dieuir r
ayant un jour enchaîné Jupiter , Thé^
tysy avec le fecours d^Egéon, le remît en
liberté ? C^efl: apparemment , répondit
F Abbé, que les Titans , dans le tems
qu'ils faifoient la guerre à Jupiter , le
prirent prifonnier; & qu'Egéon^qiii étoit
de la même famille , le rendit aux inftan-
ces de Thétys. Ce ne font-là que des
conjeftures, reprit Eliante j mais elles
font très-vraifemblables : car enfin , les
Fables renferifient prefque toujours quel-
que ancien événement ; que peut figni-
fier celle que vous venez d'expliquer 5
que ce que vous en avez dit f
Parmi les enfans qu'on donne à FO-
céan , contînua-t'elle , vous avez fort
bien remarqué qu'il y en avoit quel-
ques-uns qui lui appartenoient : appre-
nez*nous , je vous . prie , leur Hiitoîre.
Nere'b. On peut mettre de ce nombre Né-
rée , un des plus célèbres Dieux de
(i) Théog. la Men Héfîode (1)5 qui lui don-
ne l'Océan pour père , dit qu'il épou-
fa fa fœur Doris 9 fuivant l'ufage des
(z)Voye* Princes Titans , & qu'il en eut les
leurs nom» Néréides , au nombre de cinquante
dcUiMytUoL (2)> OU de trente-trois feulement, fi
(})lliad.ltf. nous nous en rapportons à Homère (^)*
Nérée devint fameux par ks prédio*
DES Fables. 117
ttons ; & ce fut lui , fuivant le Poète que
je viens de nommer, qui prédit à Paris
la guerre que l'enlèvement d'Hélène
devoit attirer fur fà patrie ; Se à Her-
cule , les lieux où étoient les Pommes
d'or des Hefpérides. Il voulut , dit-on,
k dérober aux pourfuites de ce Héros 9
en prenant différentes figures ; mais il ne
put lui échapper : & il fut obligé de lui
déclarer où étoient ces Pommes. Apol-
lodore nous apprend , que Nérée faifoit .
fon féjour ordinaire dans laMerEgée (i), j ^| A^r^
où il étoit environné des Néréides , qui
le divertifïbient par leurs chants & leurs *
danfes (2). Il eft évident qu'il y a beau- 4«!?2ÏS
coup de phyfîque mêlée dans cette Pa- wiV.
ble , les Poètes ayant pris fouvent Né-
rée pour l'Eau même que fon nom fîgni-
fie. Héfîchius fait vemr le nom de Né-
rée de vetçoç , qui veut dire 9 coulant ;
d'autres de nabar , qui en Hébreu veut
dire , couler. C'eft pour cela qu'on a dit
qu'il étoit le perè des Nymphes & des
Néréides ; & ainfî du refte. Mais je crois
cependant que le fond de la Fable nous
repréfente quelque ancien Prince de ce
aom , qui fe rendit fameux fur la mer >
& qui perfedionna fî fort la navigation ,
qu'on venoit le confulter de toutes parts
$ix les dangers des voyages maritimesn.
ii8- Explication histohiquh
Ces prétendues métamorphofes t Se let
figures^ différentes qu^il prenoit pour iè
défaire de ceux qui venpient le confid*
ter V ne font que des fymboles qui nous-
marquent qufil étoit ûttôc rufé^^i^ge Sc^
prévoyant I ccmupenousle dirons .<lens,
un moment de Pfotée^ Quelques Au-
' (0 Voyei tcurs (i) cependant ont cru que Nérée*
Nttaii»,!.», 3;voit été l'inventiPur d^Hydromantie,
^ ' ou de la Science de pi^édire.rayenir par
le moyen de l'eau>; étque c'eftpour ce-
la qu^on le repréfente conmie im grand
Devin ; Se peutrêtre mêine-que ce rfeft
que pour, cette raifon qu^il a été mis aa
«rang des Divinités de la Mer. M. le
(0* Voyc* Ckfç (2) confirme ce fentiment parune^
Héfio^ heureufe conjedure 9 faîfant venir le
nomdeNérée de la langue hébraïque 9
dans laquelle il {ignifie Prophéte^^^roj;
& c*eft ce qui l'a fait regarder par tous
les Anciens comme un homme habile
dans l'art de prédire l'avenir ; ce qu'flo-
(rtHoiace, j^ç exprime ainfi.(^) ; •
- - Ut canerftferi ^
. Ainû I pour diémèler cette Fable 9 il
feut diftinguer deux Nérées : l'un poëti«*
DES Fables. 119
réel I dont THiftoire a été chargée des
idées poétiques.
Mais , reprit Alcidon , que penfer des
Néréides lès fiUes ? Doit^-on les regar*
der comme des personnages réels , ou;
ièuiement comme des êtres poétiques?'
Je dis , répondit F Abbé , qu'à la vérité
Nérée eut de £sl femme Doris quelques
filles 9 qu'on appelia. Néréides y comme
Thétis & quelques autres ; maiç que
dans la fiiite on donna ce nom aux Fnn*-
ce/Iès qui hàbitoient ou dans quelques
ifles.» ouAxr les côtes deia mer, ou quii
iè rendirent fameufes par l'établiflement
du commerce ou de la navigation. On
le tranfporta enfuite non -feulement à'
quelques perfonnages poétiques, & dont
l'exinence n*eft due qu'à des étymolo*
gies conformes aux qualités de leur
nom ; mais aufli à certams poiiTons , qui
ont la partie fupérieure du corps à peu
près femblable à celui d'une femme»
Pline (i) dit que du tems de Tibère y (Or.^. >;
on vit fur le rivage de la mer une Né- l;J!:f^^
reide telle que les Poètes les repreferv Kereû humdm
tent; & qu'un Ambaffadeur de Gaule "^'^^'^
avoit dit à Augufte qu'on avoit vu fur ^^^ y
les bords de la mer plufîeurs Néréides fonEntrct.dc8
mortes. Albert le Grand (2) , & quel- ^.T'^^r"
ques-autres , parlent fouvent de pareils w</,.
120 ExPLICATIONT HISTORIQUE
prodiges. On doit dire la même cho*
îe des Tritons , que les Poètes re-
préfentent comme des monftres i ayant
la moitié du corps d'un homme > & rau-
tre d'un poiiXbn > avec une conque à la
main , dont ils font retentir le rivage (^i).
it)têCf€st. Le même Pline (i) dit, qu^on écrivit à
Tibère , qu'on en avoit vu près de LiP
bonne fonnant de la conque , & tels que
Ton les repréfente ordinairement. Oi\ a
vu fouvent prendre par les Pécheurs des
poifTons af&z reffemblans à ce qu'on
nous dit des Tritons ; & c'eft peut-être
fur ces relations qu'on a inventé les Fa-
bles que les Poètes racontent de cesf ê-
tes qu'ils donnoicnt au bon Nérée , oh
Triton , Trompette de Neptune , mar-«
choit fur la mer avec ion chariot & Ces
(i) TriiM, chevaux bleus (2). Cependant, comme
€ttfMte$f per jgg Néréidës fe trouvent fouvent nom-
tjmf. Ovid. mees dans les Poètes , comme Ho-
*p.Did. jxiere , Virgile & quelques autres» &
Su'Héfîode en a parlé , je vais join-
re ici leurs noms par ordre alphabétif
que , fuivant le catalogue que Beyer
s'eft donné la peine d'en former.
' (il) Voici la defcription d'un Tricon , en pailani
. que fait Virgile (liv.ip*) d'AuIetes:
Hue venit immanh Trii$n f & eeeruU tùwthJl
Exterrens frets ; €ui Ufernm tenus hifpida nanti
frmt Homintm prétfeth in Ttifiin définit almii.
Ne'&e'ides;
x>Es Fables.
N :e' R E* t D E s.
lût
Hîppothoé^
I/aomédîe
Lîagoré ,
tyiïaîiaflev
Mëlîte ,
Mériippe,
Némerte f
" Néfaià.,
. .;Néfo^-
OPahope t
Pafithée,
Phérufe,
Pontopérîa »
' • Jalynome ;; -
Pronoéa/ '"'
: Pi-ota, ^' •
. Promédia/
Pfamathe >
Sao ,
Spîo, ; - ';
Thalîa, ' . '
Thémife- '^'
Agave, ^ ;.
Amphitrîte\,
Autonome,
Cymatologe,
Cymo,
Cyqiodocej .
Cymotboe ,
Dynaméde,
Ei'one ^
Erato j
Evagore j
Evame.,
Eucrate ,
Eudora ,
Euliméne^
Eunica ;
Eupompe^
Galathée ,
Galène^
Glaucé ,
Qaucoméne^
HaEméde ,
Hipponoét* * t t
Mais nous avons afièz parlé de POr
céan 3c de fa famille : venons^à un a^t^f
Dieu de b Mer encore jh^ celébreque
lui. C'efttïe Neptune que' je veuy pasfef»
On peut regarder N^me çoipiiLjiiip niptuni.
Têm. II. F
Ï2a ExPLiCAtlON HISTORIQUE
Dieu naturel ;.&. en ce cas^Iàyii eft
le même que la Mer : ou comme, ua
Dieùanloiéj dont on connoît la généa*
iogie j & c'eft .fous cette idée que je
vais vous raconter fonHîftoire. Il étoit^
(OTh^og. félon Héfîode (i) , fils de Saturne & de
Rhéa , & frère de Jupiter & de Pluton-
On n*a aucune, traditiofa qui nous ap"
prenne^ dé quelle maniéré il échappa à la
cruauté de foa-perei qiu'dévoroit fes
enfans à mérurè qu'ils venoient au mon-
de. Il y à apparence qu'il fut enfermé
comme les autres j car , comme nous
l'avons dit, c'i^ft-làle véritable fens
de Cette, fiftio^: & que dafis la fuite,
il fut 'mis comme eux en liberté. Neptu-
ne, pendant l^s longues' guerres des
Princes Titansj s'appliqua beaucoup à
la marine ; ce qui engagea Jupiter fon
frère a lui donner le commandement de
(à flotte; ce qui dans la fuite lui fit don^
ner par Us Grecs le nom de Pofndon,
îjui veut dire Brife-vaiflèau. C'ell-à-di-
re, reprit Eliante , pour 'parler le lan-
rage des Poëtes» que dans le partage
que les trois frères firent du Mondé > la
tner'9 lesifles & lés côtes, coinpoferent
te Mot de Nêî)tunfe ; car 9 conoime vous
Wfej ,' ffivhUn' retefn» ce . que vous
.ry:r,-':: iièks dîtes dflkhs une de nos ^conVerfai-
©ES F AS LE S. • î:%î
lîone. C'eft là , répartit FAbbé » cô
qu'on doit penjfer au fujet dç cett-e Fa-<
Ue. Et LaÀaace n'a pas manqué de le
remarquer après Evheniif re; ( I. ), C*eft J^' \^ ''^'''•
auffi ce qu'eiv ont penfé Dom Pezroa \1 • .
{2) &M. le Clerc, dans fes Remarquefij hung'ilf'cuS
fur Héfiode 9 p(>ucv4 toutefois qu'on Cciic*.
borne le département dont noujs parlons
à la Mer Méditerranée ; car TOcéan
etoit trop peu connu du t^ms des Ti-
tans , pour que leuj?. Empire fe foit éteiv-
du jufques4à. Ils n^ pafférent pas leH . ,
Coloxnnes d'Hercule-, & Be connurent
par conféquent que les coins de cette
vafte étendue d'eau* Ce que vous ve-^
nez de nous dire, reprit Alcidon, n'eft
pas une fimple conieftujre , puiA
que Diodore de Sicile (3) nous ap-. ^'^ ^*^' '•
prend que Saturne , dans le teta^ qu'ii
étoit reconcilié, aveic i^s etifan^» donnât 4
Neptune le commandement de. fa flotter .
& qu'il s'acquitta fi bien de. cet emploi»
qu'il renverla toujours lé» projets defli
Titans , ^ rendît mutités fe& tentative»:
qu'ils firent pour 's'ét^WirjdA^^sqîidquo
iîle , 6c fe mettre paf-Ià en état de ne
plus craindre mSatiwrne, ni fes enfans,
Lorfque les adirés ehwigérent de face ,
& que Jupitet fit la guerre à fon père &]
aux auttpesTilan%>ïeptwe.ei^t toûjoiufft.
F i j
t
124 ExPI/ÎCATiaN HTSttfRiqtU*
te même emploi fur la mer; Se quand on
eut oblif^ë ces Princes rébéles à fe reti-r
rer dans les ç ays occidentaux, Neptune
les y ferra dfe fi près , qu'-il ne leur fut
pas poiflble d*efi fortir : circonftajicef
fui donna Uéu à 4a Fable que nous avons
éja expliquée ,' & qui portoit que c€
Dieu tenoit les Titans enfermés dans le'
Tartare , c'eft-à-dire 9 fur les 1>ords du^
Tartèfè » dans la Sédque. '
Lorfque j'ai dit que Neptune étoic?
{i)loe.€t** F Amiral de Jupiter, je ne l^ai avancé
qu'après Ladànce (i) » qui Favoit apy
pris de l*Hiftoire facrée d'Evhemere,
qui fubfîftoit encore de fon tems » Se qui
compare la charge de Surintendant des
JMers qu'avoit ce Prince » avec celle
qu'eut dans k iliite Marc Antoine :
CuJM9 ffgnum tédi fui£e dicimus , qudi
Mdtci Antonii fuit f infinitum iilud Imper
tium , m toHus ord mmuimét foteftdtem Se^
ndius dicreverai. Evhemere 9 pour le dir
te en paflanf ,n^avdît point flatté ces pré^
fenduies Divinités) qui ifaiibient l'<:4>jet
de la véjiération pubtique ; & il avoit
raconté leur HinoVe ainfi qu'il Fa-
voit apprife des plus anciens monumens.
Voilà le fondement de toutes les Fa-
illes qu'on a puUiées de Neptune» com-
me Dieu de la Mer : & quand vous tir
« <
tezles Poètes qui en parlei^ fous cette
idée, qui repréfentént ce Dieu le Tri-
dent à la main 9 calmant lesftéts irrités » .
zccampagtié des^ Tritons t dés Nym- .
phes, &de tout le cortège maritime; .
TOUS içaurez à quoi vous eh tenir.
Neptune a toujours été'regfirdé comiliie
tm des plus grands Dieux du Paganifihe ;
Se Ton culte fit de grands ^ogrès dans-ta
Grèce y ôc enfuite dans ITtâîie* Si nous
en croyons Hérodote, les Grées avoieitt
appris des Lybiens* à honorer ee Dieu^
qu^ils ne conhoi/Toient point lorfque lea
JPélafges leur apprirent le nom deS' au«-
très Dieux ; & il n^eil pas étonpant.9
qu^ayant étendu Ton Empire fur ie$ cô^
les d'Afrique ,4es Péupks que je vîen«
de nommer ayent été les premiers à lui
rendre un cuke religieux. Plufieurs lieux
k rendirent Êiûetrx par le culte qu'on y
tendoit à ce Dieu, fiir tout Treiène.À
nfthme de Corindie , oè Ton célébi<oit
en Ton honneur les Jeux , qui , dans leur
origine , avoient été icddituës pour, k
jeune Archemore t comme je le d\x.ai
dans xme autre converfation. Ce fut
Théfée , qui vouloit pafler pour fils dç
Neptune , qui y fit cette innovation lorf»
quM les rétablit. Le taureau étoit la
Viâime qu^oninunolôit dcdiriairemeplà
F Uj
Itsï6 Expiration: KTSToiir<îuiff
Neptune : Se Pon n'eiitre[M*eQoit gaéres
•de navigation (ans lui offrir un âcrifice ^
(r) Ea.L 5» ^iî que Virgile nous l'apprend d'Enëe
i2)L.ii.cio. ^i)jJufïm> d'Alexandre le Grand" (:2) î
ii)DêBeiu À'Appien> de Mithridate (9)^ qui fit
MJMd. précipiter dans U mer des diaoiots atte-
'liés de quictre chevaux.
; Neptufie eut pourfemme Amphitriter
Se comme ce nom iignifie ennranner,
féàreletour (a)9>& que la mer environne
les terre» , plufieurs Mythologues ont
43rû ^ue ce rfénoit qu'un perfonnage
«poétique. Pour embellir l'IIifioire de
-ce prétendu mariage, on dîToitqueNe-
ftune n'ayant pu obliger Amphitrite à
devenir fa femme 9 lui envoya un Dau>-
^hki / ii|ai içut fi- T)ien la perfuader ^
ifpL^él le c^ofifentit enfin à époufer ce Dieu^
)ce qui^par recomi0âlance>vd:ut à ce
Ttotmd&ft une-^^sK^e.xiansle'Ciei^où H
forma le Sime du Dauphin. Sicepei>*
dânt qudqio^un vouloit foutenir qu' Am-
|>hitrîte étoit un perfonnage réel , je lui
^aSeàkki&is de* dire que Neptune &ier«-
Vitdu mimilére de quelqne habile hon^
(a) AV^fiTiiVuf» cinum ter ère i4nde Ovidius (M^.l« i»^
"éà :
^. • . - - • Nér hfétthi* l^g^
Margine t erratum porrexerdi i4mphifntt.
jConfultei Hvj^in. Cçth ^Puh ^firm^ CzS\a » Cmtm
,in 0elpbin0; 1
Diw* /• &•
•me , qui régla toute cette affeîre ; car
tnfin , il lie faut fas trop fe fier aux êty^
mologies ; & on rie doit que le moins
'qu'on peut s'éloigner du fens hîftorique
que préientent les Fables. Dirons*non9s
par exemple^ que parce que^ félon Ci^
ceron ( ï) , le nom de Neptune fîgnifîe ^(i) ^« n-«'»
nager , ou covprir: Nepmnus à nando { vêl
k nubendo , hoc eft ttgftido ; ou vient de
Napbia^ qui en Hébreu veut dire/^itf^y
2 n'y eut jamais de Prince Titan , qui-r
pour's'être rendu fameux fur U mer » eti
fiit dans la fuite'regarflé comme le Die©?
Le croira qid voudra : pour moi, je ne
^aurois me le perfuader* Trouvei-vouSy
&t Alcidon 9 quelque fondement dans
îes Fables quV)n a mêlées à l'Hifloirede
Neptune ? Pourquoi a-t*on dit qu^if
avoit bâti les «imi:ail}e& de Troye; &
qae Laomédon , qui l'avoit employé à
cet ouvrage , n'ayant pas voulu lui don-
aer le falaire dont il étoit convenu , ce
Dieu 9 à force d^înondatîons , renverfa
fon ouvrage. Se fit fortir du fein de»
flots un moiiflre , auquel on devoît ex-
pofer Héfione , fille ae ce Roi ? Je voufi
expliquerai cette îngénieufe fiâion , ré^
partit l'Abbé, dans l'Hiôoire d'Her-
cule , qui délivra cette Prînceflè, Il fuf-
fit pour lepréiènt de vousdire^ que ces
mj
"92% Explication HisTORf^itnr
murs ^bient£ bien bâds , & les _
^u*on avoit élevées fi fortes ^ qu'on pUr
Ûia 9 fuivant Tufage (fàttiibûer aux
Dieux mêmes >. ou aux Cjclopes» les
«euvrages; de cette nature y que c^étoit
Neptune lui r même qqt ea avoit été
■ ') Touvrien Mâî^ conmie rien ne réiîfie
•' * ' au temSy encore moios aux fréquentes
inondations de la mer V tout l'ouvrage
tomba en ruine ; ce qui fit diire , que
.Neptune s^étoit vengé du perfide Lao^
'fliédon , qui ne lui avoit pas donné ce
©ck ^^*^'** *q^'^ l^i avoit .pft>mb : Meueie paSi
^* idejktuif J>eos, commele ditHorace(i) :
.axLtre circoi^ance qui a Ton fondement
.4ans FHiftoire ; car il efï vrai que ce
Prince pour faire ces murs & ces digues^
, avoitr employé l'argent quKfe trouva.
.ds»s le ttéfor du' Temple de Neptune #
iivcc prome/Te de. l'y remettj&e , ce qu'il
•ae fitp^S'^: & donna lieu par-làà le faire
itegarder comn^e un impie & un perfide.
iVoUà,ditElîante, un trait dlliftoire
«nveloppé fous une ingénieufè fidion*
•Apprenez-moi maintenant ^ continua
*'€lle,t Ta raîfon pot$r quoi Neptune por-
te le Trident. C'eft > répondit gravement
Alcîdon , pour marquer les trois qua-
lités des eaux qui le trouvent furla terre:
jcellea de la mer qui fool falées.^cdles
DES FaBUËS» lt^$
qui font douces ; & celles de qiielques
beux particuliers > qui tiennent de^ unes
& des autres > comme l'ont ingénieuier ^
ment* remarque quelques MytholQgues
(i) : ou , fî vous voulez > pour marquer (0 Veye»
le triple pouvoir de ce Dieu, fur la u/cfr*'*
jner^qu^il peut agiter par les vents & les
tempêtes 9 qu'il appaiie quand il veut^
& qu'il confer ve par fes Ibins, Vous Qt^
charmé,* dit Eliante, de toutes ces fortes
d'allégories forcées : mais je fuis fûre :
Îue ce ne font que de pures vifions. Le
rident de Neptune & celui de Pluton,
quoique l'un eût trois pointes & l'autre
feulement deux y étoient les fceptres _
-dont les Souverains fe fervoient dans
ces anciens tems. Vous avez raifon»
Madame , repartit l'Abbé : & il ne faut
pas y chercher d'autre myftére. Il n'a»
faut pas aufli chercher dans les diiTéren-
tes métamorphofes de ce Dieu que rap-
portent Ovide & les autres Poètes,
puifqu'elles ne font que de fimples. en-
veloppes qui -coirvrent fes intrigue»
amoureufes. Ainfî quand ils difent , qu'it
changea Théophane en Brebis^ qu'il fe
métamorphala en Cheval pour féduire
Cérès ; & en Dauphiir pour Mélantha,.
vous devez croire , ou qu'il les enleva;: . j
&i des vaiiïêaux qui portoient ces noms^
î3d Explication Hktokique
eu qû^il leur donna quelques pièces d'or
bu tfargent qui avoient l'empreinte de
ces animaux ^ conmus les avoient les an-
tiennes monnoies» Il fe peut faire enco*
' / j ' ' / ^? ^u'ôtt ait ch^gé ïHx&oht du Prince
.^.. . doiitnôus padïms de celles des autres
Neptunes : car il y en a eu pluf^ors ;.
c'eft-à-dire , la plupart de ceux qui £c
ireuiKrent célèbres fur la men On étei>-
«it même ce nom , fi : nousi en *croyon«
(i)L.i^cjz» Avlu Gellé (i) 9 à ceux qui a voient au^
tant de Sérocité que de valeur ; ou du
jnoins , on les fit palier pour les enfans
de ce Dieu , comme les Cyclopes , Cer-
cyoUyScyron & les Leftrigons. Voflius,
^jjerfuadé deJa pluralité des^Neptunes-jL.
' en a trouvé plufieurs, ,& a déterminé le
(iyz>*/i/©/.'tems auquel ils ont vécu (2) centre au.-
A. 10.. ^tres celui qui eut de Lybye Bélus Se
Agehor , Se qui vivoit 1483 ans avant
l'Ere Chrétienne* Ce Prince , que ce
^fçavant hommô-cpoit Egyptien d'arigi-
iiej^étok yendu fameux finr là mer, &
^ cttîtnêrtie-tettis^piar le foin qu'il aveât pris
-^ ^dompter les chevaux: & voilà, pour-
' lÉ<lire en paflant 9^ ce «qui donna lieu à la.
Fable , qui attribuditià J^.eptuizeia Tfait-
vjfence. du premier cheval ^aiûfî «pe le.
CiJGeoig. i^pp0plentr Virgile {9)^ -Pattfkniafiç.&
^^' Jbi a feit^donaca* L' épithote. (TJ^as^ fek&L
ï)ésFables: 15 i
froclus. Celui qui d'Amymone , fiîle
ëe Danaiis > eut Nauplius père de Pala-
méde, vivoît plus de deux cens ans
avant la Guerre dé Troye, ainfi que
je le prouverai en parlant de la Colonie
que ce Prince conduifit dans la Grèce,
^mymone étant allé à une fontaine pour
y puifer de l'eau,- rencontra un Satyre
qui voulut lui faire violence. Elle implo-
ra le fecours de Neptune , qui à la véri-
té la délivra des pourfuîtes du Satyre ;
mais il lui fit la même infulte qu^dle ve*
noit d'éviter. Ce Neptuife étoit appa-
remment quelque Corfaire qui croifoît
fur les côtes de l' Argolide , ou plutôt
quelque Prêtre de Neptune ; car ce fat
auprès du Temple de ce Dieu qu'arri-
va l'avanture. Celui qui fut père du fa-
meux Cercyon, qui tua Théfée, dans
fon voyage de Trézene à Athéne , vi-
voît cinquante ou foixante ans avant la
Guerre ae Troye; mais on ne fçait qui
il eft. Celui qui de Tyro , fille de Sal-
menée , eut Pélias , vivoît à peu près
dans le même tems. Celui que Théfée
difoit être fon père , étoit Egée , Roi
d'Athènes. Celui qui a donné Keu à cet
article, & qui étoit frère de Jupiter,
'vivoit vers lé tems de Jacob & d'I-
'feac , »coînme nous l'avons dit* dans
F v]
15'2 Explication HisTORKiUE
VHiftoire des- Princes^ Titans.
On peut trouver deux Neptunes» en-
core -plus anciens. L^un, eft Japhet , qui ,
ifelon TEcriture-Sainte , eut les ifles en
partage C'efl de celui4àiaQS doute que
SanchonJaton dit 9 qu^il creufa le. tronc
id^un arbre, pour en faire un vaiflfeau.:
Et nous pouvons ajouter que Bochart
fait de ce Japhet un parallèle avec Neptur
ne., qui ne reflèmble pa^ mal. Mais le
plus ancien , & le nwdéie de tous les
Neptunes , eft fans contredit PjT^é luir
inême , qui fe fauva du I>éluge:<lans FArr
che , qui étoit un véritable vaiileau»
Quoiqu'il en fbit,, comme Neptune
frère de Jupiter eft k plus fameux de
tous , ,c'eff lui feul qu'on trouve repré-
fenté'fur les Médailles,, & fur d'autres
monumens qua l'antiquité nous. aconr
£brvés , fous la figure d'ua homme âgé^
traîné fur une conque par deux Chevaux
marins ,,c'eft «à-dire , qui ont la partie fur
.périeurede cet animal, pendant quel'aur
tre nwDÎtié'du corps fe termine en queue
.de poiflbrr. ; teaiant d'une main fon Tri-
dent , & dé l'autre un Dauphin* Telle eft
la manière la plus ordinaire de repréfèor
tO HfTrit, ter ce.Dieu. Cependant,felon Platon (i)r
les". Chevaux qui traîi;K>ie:nt Ion : char r
.etioiient quelquefois des Çhey^x^aïUa»
Les Poètes ont donné plufieurs noms
a ce Dieu y ou par rapport aux lieux où
il étoit honoré d'un culte particulier, ou
par rapport à l'élément dont il- étoit le-
fouverain. De tous- ces {umoms j celui
qui eft le plus ordinaire, eft celui d'/^
fias, ou Cavalier , dont nous avons déjà
dit un mot ^f à caufe du Cheval qu'il ût
fortir de terre , ea la frappant de fon Tri-
dent; ou parce qu'il apprit aux Lybiens^
ou , jfelon Sophocle % aux Athéniens , à
dompter les Chevaux : De4à la Fable
delà dilpute de ce Dieu avec Minerve «
que nous expliquons ailleurs* Cependant
à bien examiner L'origine de cette épithé*-
te> il parok qu'elle lui fut dpnnée, plutôt
pour avoif appris aux hommes l'art de
coûfhruire des vaiileaux, qu^à manier des
chevatdc. £n effet , le prétendu* cheval
qu'on dit qu'il fit fortir de terre, fut
liommé Scjfkium^i mot qutligniHe im na^
vire^ De4à eft dérivé, fans doute 9 le
nom de ^hipb^ , dt>nt les- Alkmands fe
fervent pour défîgner ua vaiffeau. Le$
faabitans^de Gades,.ou Cadis, appelloient
des chevaux les petits^ vaiflèaux dont ils
fe fervoieiïty à caufe de haur extrême lé^
géreté. L'hifloire de Perfée , ôc celle de
Beliérophoa, que nous rapporterons
iws la fiûtc de nos Entretiens > fooi;
1F34 ExPLlCXTUDN HISTORIQUE 1
une preuve qu'on a fait , des vaiflfeaux '
dont ils fe fervirent , le fameux cheval-
Aunes DU Après ^^^epturi1e , viennent toutes ce*^
j^tté» de ]» Divinités qui 5 dans lesPoetes, compo-
fent fa cour; Triton, les Néréides, Sec.
Mais comme ce ne font que: des être^
poëtiquesy ainiîque les Dieux des Fleu-
ves , des Fontaines & des autres Eauic r*
& qui n'ont de réalité *qufe1*itttaginatîoa
«ui les enfanta, foufFrez qpe je^n'entre'
«ans aucuit' détàîL à leur iuj^« Ils font
«bus aifésàconnoître dans les Statues ou-
ïes Bas-reliefs que l'antiquité nous en a^
eonfervéi^i Vousy voyez les Fleuve»
fous la figure d'hommes âgés,, lèsche*
^eux étendus, & négligemment appuj^éfe
fur l'urne d'où coulent les eaux qui tor^
ment le Fleuve ou la Rivière, vousefr
avez de be^x modék» au Jardin des^
ThûîUeries, dont deux font copiés dia-
prés l'antique, le Nil & le Tybre. Je ne
Vous 4irai rien nbri plus de quelques au*^
très Dieux de là mer, tels que Ph&rc^,
€éto , &' quelques* autres ; qui étoîent
plutôt <les monftres que des EHeux* Pour
^e qui -regardé les Nymphes & l'es Naya-
^ès , je-me réfërve à woisb en parler , lorP-
<âU'il rà*a queffibn des Dieu* de la Terre.
$liaàA je vai&m'-éte^r^ tuirpeu iiir. Pix>^
tée^ Eole, & les Sy rennes, C*eft ici le
lieu de vous en faire l'Hiftoire.
Je commence par Protfe. Kappor- Hiftoire dt
tons d^abord fa Fabk ; & nous Texpli-
€uerons enfuite. Homère (i) y dans le ^ <*> ^^7^-
di£:ours. de Ménélas àXélémaqtie , lui * ^
feit raconter comment s'étant égaré près
d-une petite iilè d^Egypte , Idothée fille
de Protée kii apparut, & kii confeilla-
•d'aller confuksr Ion père , pour appren^
dre de lui fes deftinées j-l'avertiflànt tou--
tefois que ^ pour en venir à bout, il fal^
loit Je Ûer pendant qu'il dormoit ;. ôc ne^
point le laiflèr échapper , quelque figure*
qu'il prît > jufqu'àce que, revenu enfin
en fon premier état ,. il. loi eut révélé iès^
•avantuFes;
Virgile r qui a G bîeir réuflî en travail*
iant prefque toujours>i^ diaprés les idées
du Poëte Grec y nous- raconte (2) com- (2) G<ojg^
ment Ariftée , fils de Cy rené & d' Appl- *• ♦•
Ion , a3rant perdu Ces Abeilles ^-que la mar
iadie lui avoit enlevées , alla trouver fà
mère , pour tâcher d'apprendre d'elle les
moyens de réparer cette perte. Cette
Nymphe lui dit que Protée feul pou—
voit lui donner là - deflùs' d'utiles coiw-
ièils. Elle, lui' apprit que' c'étoit un-
gmnd Prophète , inftruit delà connoîf—
bnce 4u paile^. du gréfent ^ ôc de Ta-
^
2^6 îTxPLfCATIOÎÏ H'ISTORIQUJê
Venir (4); qu'il avoit reçu cedontïe
Neptune^ (îbnt il garde les troupeaux:(t) ^
mais^ qu^il eftij^poflibU de l'obliger à ré-
véler ravemr, fi l'on ne Tattadie ayee
•des liens pendant qii'il dort(^) : &^lle
Tavertit que j dès qu'il fera attaché» U
fera tout ce qu'iL pourra pour rompre
fes liens j qu'it prendra même 9 |>aur î'é^
pouvanter ^ plufîeurs forteç de figures ^ fe
jnétafnorpboiànt tantôt en ferpent 3 tan<^
tôt en tygfe , eh eocbon , en lion , en eau
& en feu (rf) tmais-qu'il doit bienpréndr^
garde, quoi qu'il' fafiè^ de ne lè kiflèr
point échapper ,r jufqu'à ee qu'il ait r«r-
Î>ris ià première figure , & ait révélé
'avenir. Plufîeurs autres Pofftes parlent
de ce Pxotée^ & en difentles mêmes
chofes*
(a) •- .«^^^ Ntwit'n^niifut otêniM P'atts %•
^Uéejint , quét fueriht ■ yu^r mox ventuta ttdhahtHr;,
Virgif. Ibco cit. veif. 391*
0>) S^ippe ità T^èpluno 'uifum ffl\ immanU cnjky
Ibid. vcif. 394*
{ç)tjanifiae*vi non u(U'dabitpracept/t , ne^jne Ulum-
Ofanko fleB'es* Vim duram ^ vincuù iapïo
tPtmde : dùUcirtùut hétt detriim fi^npntttr iHantf.
lbi<l# Tcrf. 398«
(d) Vtrùmubi çitrtpiMwnnâtiibMS vinclisque ttnebis f.
Tant variée iiîudent jbecies Atque ora fer^rum-
Tiit mm ptbHo Sut iiwItidHt ,' éttré^itf T^tis ,
Sfmmùfit/que Pyacù , Cr ftdvi cervice Le^nd * &€•-
• -^- ^ut in ^t^kàs fenncf dilfpfrs Mbiiiu
©KS P A EL ES. tyj
. Cette Fable n'eft pas aifée à expliquer ;
& les Auteurs varient autant &ûp cefu-
jet, que ProtéevarioitPlui^même; Lei
uns difènt que c'étoit un Orateur habile ,
•^ui fçavoit aiiëment faire changer de
•intiment ceux i qui il parlait. Lucien
^ffiire que c^étoit un Comédien extré-
Hiement Toupie 9 qui prenoit » poiu* ainfi
dire , toutes fortes de figures. . Pontitus
Héraclidès prétend que la Fable de Frot-
tée renfesniele myflére de la formation
du monde;, que , par iès changemens ,.on
a voulu nous apprendre que la matière
pouvpit recevoir tovXes fortes de figu-
res } & qu'Idothée^ qui confeille de fier
fon père y c*cft la Providence divine 9 qui
£xe à certains fujets cette mêmematiére.
D'autres prétendenr que Procée irgmfie
la Vérité , qui demeure cachéç à tous
ceux qui ne s^attadîent pas à Tétudien
Mais l'opinion la plus vraifembiable $
ik qui eft commune parmi les anciens ,
au nombre defquels font Homère (i), (0Odifl,l4,
Hérodote (2) ,. Diodore de Sicile ( j) y (*> ^'^- *•
Qément.d' Alexandrie (a.\, Lycophron ^'^ ^'''' '•
iS)^ Ifaacius, & plufieur& autres^ eft ^ «^«-J-
que Pirotee a été un ancien Roi d'E- ^^caflkodîcé*
gypte, qui tenoit fa cour à Memphis, &
qujrregnoît versie.tems de la guerre de
Troye. AulE Homère fait-U arrîvcy:
T38 E5fl?Lit:ÂTroîJr JïtsïttRfQûfi'
Ménélas à la cour de Protée i xnais^îct
Poëte le feit- régner daifôl'ifle de PJiaW
ros. Ce Prince CTok fort fkge & fort éio^
quent. *Sa prévoyaiice, qui lui faiibir
éviter les dangers , lui tenoit lieu de pro
phëtie (*) r & .coTimîe il- étoit très-diffi»^
cile d'apprendre fes'fôcrets, on a «irai*'
£Dnde dire qu'il falloit le lier. Il étoit
d'ailleurs extrémemeiit fier, & paroiC*
foit peu en public. Il rt'étoit permis 2-
'perfonae de & trouver en fon chemin :-
il n'y «voit qu'un petit nombïe de gros-
^Seigneurs , qu'Hotnerc nomme allégo^-
iiquement les gros poiiibns ,. W«ae^, qut
pMent l'accompagner. C'étoit ordinai*-
Tenient fur le midi qu'il fbrtoit de fon*
Palaisjjque^le mêftïe roëte appelle fa Ca-
verne : â^lloit prendre 9 ftor le bord de*
la mer y k feaîcbear du vent àk NWd ;:
coiuvert peut'-étrexl'unpariafeivqu'ilaptk
pelle un nuage. Oh le voyolt quelque-^
fois au milieu de fes fbldats r comme un*
pafteur aumilieu de Tes troupeaux : Il en-
^âvoit le nombre & les nom^ r & en '&i*
foit fbuvent la revue. Pi'ompt & vif joA-
qu'à l'excès, on pouvoit dire qm'il étoit
ibutdefeu;^ âc maître de fa p&ffion 9 il
Ç^) Facile exiftimuri pê^ Go^nelii» Népot , àMêh
$tji f VruHeHtiam^uedam- Vie d'AtUCUlé
mtd» ^ -Difvin*ti9mtmi ■ - ^
ï>E s Fables. n^ff
pftfoîSbit un moment après plus fouplc
Se plus coulant que l'eau^ Ne paroît-il
pas , par tous ces trait», que nos deux
Poètes, ont voulu peindre allégorique-
ment un Roi (âge & prévoyant , fin âc
rufë , & non un monftre marinfRien n'eff
plus ordinaire dans les Poètes , & même
dans l*Ecrîture-Saînte , que <:es defcri- -
ptions fymboliques , qui nous marquent,
fous des termes couverts , le caraftére de
quelqu^un, Ainff le Prophète Ilàîe regar-
de Nabucbodonofbt comme Faiîre du
jour ; & Jacob y (on fils Judas , comme uft
lion (i)> Sec. î ce qu'on: auroît tort de (0 <?wf/^4^
prendre à la lettre. De même , parce peu-
ple maritime r gens bumïda P$ntiy il eft
évident 'qu'Homère entend parler des
Egyptiens^ voîfîns de la: mer j & par ces
veaux marins , turpes Fbocas, des Satra-
pes d'Egypte : Et s'il fes. appelle les trou-
peaux de Neptune, c'eiî dans^le même
fens qu'il dit que Protée étoit fils de ce
même Dieu , parce îqu'îl étoit puiflant
for la mq§, &. étoit maître de Tifle 'de
Carpathie (a) ; ce qui l'a fait, dans k
iuite, regarder lui-même comme un Dieu
marin. Peut-être auflî que l'équivoque-
( y Virgile, Jocô citatô» coup de Veaux maïiiw; &.
Quelques Autcuri pri^tcn- que c'«jft pouf cela que Prcs»
.dent que, près de i'ifle dé tée a pafie poux en êtxe lit-'
Xarpathie « it y a^ok beau> gardien.
140 ÊxPLlGATION'ÏÎK'PORKiUÉ' *
du nom Cctts qu^ii.portoit , félon Dio^
dore y & cpi veut dire une baleine ou on
gros poiflon^ a fervl à donner çomïs à
cette Fable' : Et ce qui confirme, ad-
ihirabkment ces conj^ures") c^eft que
Honiefcy qui en eft Taut^ur /' Favoit
apprifedes Egyptiens, qui couvroieiu;
fouvent leur hiftoirfe des yoiks ingé^
BÎeux de rallégori& & de la fiâion.
Fourroit *pn maintenant vous' demaif-
jder , dit Alcidon,^ ce que veut dire le
fn Daiwla rtiyftérieux Lycpphron (i)-, lorfqu^il
Caflàndie. ijous apprend que Neptime fàuva Pro^
téô de la cruauté de les. çnfans ^ en le
faifant aller, par des cavernes,; de Pal-
lene en Egypte ? Il fait allufîon,. t4^
pondit t'Abbé,. à la-tradîtioft^rquipor^
toit que ce f^idnce étoît origiosaire de
Theilàlie, d'où il s'étpit embarqué-,
ij^\» Ç& retirer en £g3rpte , fans qu'joa
fçût ce q^'il étoit devenu. La bacba*-
re cruauté de Tes deux enfans f Poly-
gone ôc Téiégone y qui faifoient moui-
nr tous ceux qui venoient ^Igger chez
eux 9 après' les* avoir vaincus à la lut-
te , l*oBligea à fe retirer en Egypte.
Hercule , après fbn départ r leur .ôta
la vie. Virgile dit que Protée retour-
na à Pallene , où apparemment il finit
fes-joufs.- Servius confirme tout:.iQ^
© E s F A BLE S. 141
^e nous venons de dire ( 4 )•
N'oublions pas de dire* au refte , rer-
çrit Alcidon , que Diodore (i ) , qui con- (OXiv« 't
Tient avec nous que Protëe a été Roi
d'Egypte , prétend que ce qui a-donné
lieu à toutes ces métamorphofes, c'eft
qu'il omoit fon cafque , tantôt de la peau
d'une panthère, tantôt de celle d'un
Mon & d'un ferpent, «pour paroître plus
brillant & plus re(peôablc. Vouspour-^.
fiez ajouter , reprit l'Abbé , qu'un fça-
vant r rélat ^étend que toute cette Fa^
ble eft fondée fur les changemens mira^^
culeux de la verge de Moyfe. Je veux
croire , dit Alcidon , que le fouvenir de$
miracles de Moyfe , a pu fervir à orner
l'hiftoire de Protée. Mais cela ne prou-
ve nHllement que ce Roi ibit le même
que le fkint Légiflateur^qui vivoit plus de
240 fflis avant lui, comme le remarque
k fçavaat Critique d'Horace (f). Mais
en voilà affez , dit l'Abbé , fur Protée.
Parlons maintenant d'Eole, qu'on met
(a) Cfrpathûf , induit , refi9Â nMtem TalUne civL
iëfuU tp jcontrÀ u£gyfliitm\ $aU Tbêffali^^ ad tgUMm tom
i jiU vicinu/ peUgtu Caf» mep uverféS efi pofieÀ^
f'éithium aPffttUtum efi. Hic i^iod tfitndii ttiàm Fit*
^Uqudndo rt^nofvit'FroteHS^ Îusm , €Hm ait:
• -,.« « fMirUmqHe revifit
'Pédlenem* Sçxvins ^ in Geozg«4
(t) M. Dacier,ain/îque Protée à It Guene d#
^m ceiix q|ii font ;^iv,ie Xre^e.
t^2 EXPLICATTOV HISTORIQUE
auflî parmi les Dieux de la Mer , parc^
qu'on croyoit qu'il étoit le Dieu des
vents & les tempêtes.
CoiE. Ce Prince , iâs d'Hipotus , Se que Coî^
feui mérîiie a fait paâei* pour ûls de Ju-*^
Îiter 9 vivoit du tcms de la Guerre dç.
Voye, & régnoit, fi nous en croyoïîs
ServiuSf après Varroîi, fiir les ifles qu'on,
appettoit Vulcanies (4)9 Se qui ont depuis
porté leiaom d^EoKes* U étoit. fort ià*
ge & fort prudent, .& receyoit bien Içs:
Étrangers , leur donnant de bons ayi^
touchant les dangers de la navigation s.
ainfi que Diodorc de Sicile le remar-*
f j) lîv. ^ <}ue ( I ) . Comme l'ifle de Strongile, l'une,
des Èolies , jette fouvent de la fumée 5
il s'appliquott à l'obfçrver, & eonnoK^
{bit par-là, félon PUn^, la nature des*
(2) PiimL vents (2): il poufla même fi loin les
«.^€.9. connoifTances ià^deflus, à l'aide d'un peut
(3) ifacîM. d'Aftronoraie(^) , & par l'inlpeûion du
flux Sç du reflux de la mer , comme le
(f)SuabAi. dit Strabon (4), qu'il prédifoit fouvent
quel vent devoit îbufller pendant quel-
ques jours : ce qui n'efl pas impofÇble à
prévoir , lorsqu'on a long-tems expéri-
menté dans un climat que le vent qui y
(a) Parce qu'on croyott re , font dant la Mer Je Si-
2ue Vulcain f avoh ctabU cile , près de Pdlote* Tlm^
!È Foi^^tL Ces ifles , dont Strab. Diêàm
lapfiacipale t'appelle: Juij^Af
DES FaBLBS. 143
HïJgne un jour , y en dure ordinairement
quelques-autres de fuite. Comme il vi-
yoit dans un tem&.oà la navigation étoit
fort imparfaite t & ou il étoit fort difK-)
cile , lorfqu'on s'éloignoitun peu des cô^
tes, d'y revenir & d'éviter la tempête,
.€0 avoit ibuvent recours à lui, pour fça-^
Wr quels vents dévoient fouffler pen-
dant qu'on feroit fur mer» Plufîeurs per-
fonnes fe trouvèrent bien de fes con*
feils ; & fa réputation alla il loin , qu'on
le regarda cpmme le Roi des Vents, leur
Maître & leur Surintendant (4).
Les Poètes défigurèrent enfuite par
leurs fiâions cette Hiftoire. Homère ,
au lieu de dire Amplement qu'Uliffe , qui
avoit confulté ce Princ^e » n'ayant pas
ajouté foi à fes confeils, Se étant demeu-»
té fur mer pluslong-tems qu'il ne falloit,
le vent ayant changé , il enuya une rude
tempête , qui fît périr fe flotte à la vue
4e 1 iile d'Itaque ; dit d'un^ manière
enveloppée , qu'Eole avoit enfermé les
vents dans une peau de bouc> ^ le$
avoit donnés à Ulyife , lui ayant défendu
fiir tout d'y toucher avant un certaia
(a) - • - Ifie 'On/U 9ex t/^olus an09
im^erU ffemii , ét^imUf 0* tkr€w frm^^
Virgde, IBjp&ÀmUu
£lomere dit prel^ué la mèaje chofc ^ Im9 cli%
i ,
144 Explication historique
jour. II ajoute, que les compagnons ié
ce Prince le voyant endormi, s'imagine^
rent que cette peau reftfermoît Ces tré-
fors , & l'ouvrirent ; & que dans ce rhp-
ihent les vents fortirent 'avec fiiretir'j Se
excitèrent cette liorritfe tempête , qui
les fit périr. Virgile , travaillant diaprés
les idées du Poète Grec , a encore plui
JlOJBmli, enibellile (Ujet^ Il dit(i), <jue Junon,
voulant éloigner Enée de flfatîe , où el*
le fçavoît que les deftins fui promet-^
toîent un étabKflèment , alla trouver
Eole dans les ifles pu il faifoit Ion fë-
joùr, & oh il tenoit les vents enfermés
dans une profonde caverne' (4) ; qu'elle
le pria d'exciter une tempête , pour élôi^
gner Enée des cotes d'Italie ; & le
refte. Les autres Poètes en f)arlerit "dé
même. On en vint même jufqu'à dire ,
Iu'av^t qu'Eole eût pris l'intendance
es vents , ils caufoient fur la terre
des renverienïens épéuvéntables ; qu'ils
avoient féparé la Sicile de • la terré fef-*
me ; qu'une tempête avoît autrefois oih
vert ce fameux paflage de l'Océan dans
(4) Séneqoe taille Virgile Ventt font ^ant unintre»
4'avoir entexm^ les Venu à .feu près comme VAi*
dans une caverne, puifciu'iis daDsi'fiolipilc • 4!où il ne
Ae font tcb'^ae vu lettt chercht^Q^^s'exMeIa.vec
mouvement i impétueux :• imp^ruouré : &celaûe£uc
Mais cette critique tombe .^uime^eftioj^denoii^
4'j^e-MkttkC , puifque cci ' - hi
la
d(
DES Fables. 145*
là Méditerranée , qu'oit appelle le Dé-
troit de Gibrakar. Mais , dit EfiantCt
cette cîrconftance des v&kts renfermés
dans. une peau de bouc 9 ne renferme-
t'ellepas quelque myftére ? Sans doute,
dit Alcidon ; Se les Mythologues (i) y (0 veycx
ont fait plusieurs découvertes fur la na- ^,?^* » ^"'^
ture des vents , qui feroîent admirables,
a les Auteurs de cette Fable y avoient
penfé. Pour moi , dit PAbbé , je crois
qu'Homère fait allufîon à quelque an-
cienne coutume , (emblable a ce qui Ce
pratique encore aujourd'hui dans la La-
ponie , où Ton trouve plufîeurs person-
nes qui vendent les vents à ceux qui
s'embarquent , & qui leur promettent,
moyennant une fomme d'argent , de te-
nir enfermés ceux qui pourroient trou-
bler leur voyage. Il y a apparence que
les Anciens pratiquoient quelque choie
de femblable ; ce qui a donné lieu à cette
clfconftance que nous expliquons. Et
puifque nous fommes.fur le chapitre des
vents , il eft bon de vous dire , que la
fuperftition payenne alla jufqu'à les ado-
rer comjne des Divinités. On leur fàcri-
fioit lorfqu'on entreprenoit quelque
voyage (a) , comme plufîeurs Auteurs
CétJere dtinde J4bt$%
Tmell. G
i^S Explication KisTOiMguj?
nou5 l'apprennent. Ovide parle du Tefjir
pie qife Sqipion érigea aux Tempêtes*
^j[0^^«'A Augufte, félon Sénequ.e (i), :bâtit un
c/i^' * ^ * Temple dans les Gauks m Vent Cyr*-
(») Enei U cius : & Virgife (2) dit j, qu'Enée facn-,
liv* i* fia aux Zéphirs une brebis blanche: Pecu^
dent Zefbiiis felicibus dlbam. Sur quoi i)
.cft bon de remarquer ici , que les Grec^
dans le culte qu'ils rendoient aux y.ents«
^ dans la Fable d'Eole qu'ils en avoient
fait le Souverain, avoient imité les Peu**
p.les d'Orient, fur tout les Perfes, quîj
(î) Liv.i. au rapport d'Hérodote (3), rendoient
un culte religieux à ces Divinités fbu>
gueufes : & c'eft à cette coutume que
J' Auteur du Livre de la Sageflb mt
alluiion , quapd il met au nombre de$
Divinités des Gentils, l'Air & le Vent j
(♦) Séfa. !• ^*^ Vtmum , âut celerem Aercm^ Dtos pU"
UVitunt (4.) ; & cela 4àns im tems où
apparemment l^s Fables des Grecs fiir
ce (ujet n'étoient pas encore paflees ee
Orient. Mais , pour revenir à l'JEIiflolr.p
d'f oie , il ne faut pas oublier la conjeo-
(5) Boch. ^ture du fçavant Bochart (j), qui croit
Chan.Ui.r« que l'origine de la Fable d'Eole viemt
^^* d'une équivoque de la langue Phéniciern
ne 9 dans laquelle étoit écrite l'Hiiloirc
de cç Prince ; & que les Grecs ayant
trouvé le mot Aal^ qui , dans cette lanr
DES FaBLBS Î47
gué 4 ainii que Aelia dans la Grecque»
V€ut dire Tempête , ont crû que c'étoit le
nom de ce Prince ; âc on publia qu'il
«toit le Roi des Tempêtes. Quelque»
Auteurs ont prétendu qu'Eole inventa
Pulàge des voiles des navires. Quoiqu'il
en foit , ce Prince eut plufîeurs enfans »
parmi lefquels Aftioche luifuccéda (i). (0 t)loÀ,
Au refte , il ne faut pas le confondre *'
avec l'ancien Eok fils d'Hellen & chef
des Eolides.
Enfin 9 pour ne rien laiiler à défirer ilur
les Divinités de la Mer, nous devons
£nir notre converfation par l'article des .
Syrénes.
Vous fçavez que les Poètes reprélèa- Hîftoîtc des
tent les Syrénes conune de belles per* ^y""^*
fonnes qui habitoient des rochers eC»
carpes fur le bord de la Mer, oh ayant
attiré les paflàns par la beautjé de leur
chant , elles les faifbient périr. On ajou«*
toit 9 qu'elles étoient filles, du FleuVe
Achéloiîs & de la Nymphe Calliope ;
ou du moins^ qu'elles fortirent du ùatg
qui coula de la playe qu'Hercule fît au
Bieu de ce Fleuve » en lui arrachant une
corne. Leur nombre n'étoit pas déter-
miné. Homère n*ën reconnoifïbit que
deux : d'autres cinq j fçavoir , Leucofie ,>
Ligie^ Parthénope, Aglaphpn & Mopfe*;
G ij
148 Explication historique
d'autres enfin ne reconnoiflent que le^
trois premiëfes de celles que je vien^ de
.CO*'"'/»/ nommer (!)•
»ww/ '* * On débite plufîeurs Fables fur leur fu-
j€t« Ovide dit qu'elles accomp^gnoient
rroferpîne , lorfqu'f lie fut eitlcvée ; &
que les Dieux leu^ donnèrent des aîles 9
pour aller chercher cette Princefle. Il
ajoute que 9 dans le défe^oir où elles fu-
rent de n'en point apprendre de nou^
velles, elles s'arrêtèrent fur fjes rochers,
où leur occupation fut de faire périr
fx) kfct.l. $. ceux qu'elles y attîroîent (2).
(i)Odifla.i2. Homère (3) , qui place les Syréne?
au milieu d'un Palais enfanglanté du
meurtre de ceux qu'elles avoiênt fait
mourir {4) j-nous apprend que le Deftin
leur avoit permis de régner jufqu'à ce
^ùe quelqu'un les eût trompées : que le
Î>rudent Ûlyflè fut celui qui accomplît
eurs deflinées, ayant évité leurs ernbû-
ches 9 en bouchant les oreilles de fes
compagnons avec de la cire , Se fe ùl"
lànt attacher au mât de fon vaifleau. II
ajoute qu'elles eu conçurent tant de dér
fefpoir, qu^elles fe précipitèrent dans la
(m) Virgile les place fut Ae$ Kocheti entiioiiii^t
d^oitèBienc :
JÀmqut adêo ScêfidûS ^yrtnum adduBu pAibéi •
DifiiUis é^H9Bddm , mdtÊfumfm •gibus nAt,
. SnckL liT« 5«
i)Es Fables; 149
mer > oh. elles furent changée» en poiP
fons^ de la ceinture en bas. C'eft» poiur
le dire en partant , au fujet de ce» deux
opinions, d'Homère & de Virgile, c^'on
agita, il y a quelques années, la quei^
tion, fi les Syrénes étoient regardées
parmi les Poètes comme des poiflbnSy
ou comme des oifeaux. Un îUuftre Pré-^
lat (i) la décida, en di&nt , qu'avant leur (i) M. Huet,
métamorphofe , c'eft-à-dire, avant qu'el-
les fe fudènt jettées dans la mer, on les
regardoit comme des oifeaux, à caufe
des ailes que les Dieux leur avoient don-
nées (2) ; mais que depuis on doit lesre- (s) Ovtcf,
garder comme des poiflbns & des Divi* ^^ "''*'*^
nités de la Mer. Cependant les Peintres
les ont repréfentées dans leurs Tableaux»
quelquefois comme de belles filles, avec
des ailes ; quelquefois comme des monC*
très , ayant la partie (upérieure du corps
d'une femme. Se reflemblant à des poif»
fons de la ceinture en bas : on en trouve
même , fur d'anciennes Médailles , avec
des pieds de coq ou de moineau (4)9
& de différentes autres figures (F). Ser-
vîus croit que cette Fable tire fon ori«
gme de certaines Princefles qui régnoient
(«) Voyn le Traite qu'a Elian. liy.7. Serviut in r«
fiût fut cç fujet M. l'Abbe c/£»ei /• Voillus de îtUUK
Nicaife. ^ liv. 3 ,& l'Abbé Nicaile p
(4) Ovid« Mcam. liv. 5» if dtdto.
G uj
ijd Explication HTSToUîQinK
autrefois fur les côtes de la mer de Tof-
cane , près de Pélore Se de Caprée , ou:
dans trois petites ifles de la Sicile , qu* A-
riflote appelle les ifles des Syrénes. Ce*
petites Reines étoient fort débauchées y
& attiroient par leurs charmes les Etran-
gers, qui fe perdoîent dans leur Cour pai^
la molleffe & la dépenfe (4). Cependant
il y a des Auteurs qui croyent que la Fa-*
ble des Syrénes tfa d'autre fondement
^ue l'équivoque du mot Grec Syrin , qui
veut dire attirer a foi ; ou Syra , qui veut
(i) :z*rm , ^^ chaine (i). Le fçavant Bochart (2)
•ti ^tffk. dit que cette Fable vient du mot Hébrei»
çz) chati. Sir , qui veut dire cantique ou cbanfon ;
• '• ^* ^» ^'où pQn a compofé le mot de Sjrénfi ,
comme qui diroit chanteufes.
Ne pourroit-on pas, pour concilier
CCS Auteurs, dire qu'il y a eu vérît»-
blement des l^rincenès ciébaucbées Cwê
les bords de la Mer ^ qui oat donné lieu
à toutes ces Fables : mais que le nom de,
Syrénes ne leur a été donné dans la fuî-^
te j que parce que ceux qui trouvèrent
(a) Sjrettes t fecttndtim Câpre is infrU hMiéLfunU
TÂhulam , très in parte vif- Secmidàm venUtem » merà^
f'ines fnerunt t in pMrte a/«- frires^erumtj ^tut ttsnfeu»»
Hires f jttheUi flwvii (*r f^' tjJtkiÀm ducetnent Md r«
] CMliicpes Mm fit fli^ : Hm» geftéiem , his fiSéifuntiu^
pmm 9uia voce, Mitera fybiis^ féru nduffAgié* Scivius in $
alterét hrÀ carelfdt : fsr P^i' iËacid*
mè juxti TeUrum, pafieÀ in
i>ts Fables. ip
iâans Pancienne langue le mot Sir oii «f/*
fen , qui marquoît leur caradére , le pri-
jent pour leur nom véritable ? Cette
conjefture eft hettreufe , reprit Eliante :
Mais pourquoi nous dit -on qu'elles
étoient filles du fleuve Achélous?C'eft>
répondit TAbbë, parce que Tifle de Ta-
^hos , dont on dit que ces Syrënes
ëtoîent fortie^ pour venir s'établir à
Caprée 9 eft à l'embouchure de ce fleu«-
Ve. Sçait-on-, dit Eliante , en quel tenu
tivoient ces Reiniss f Si nous en croyons
Ovide, répliqua l'Abbé , elles vtvoient
du tems de rroferplne , puifqu'il aiTurc
3u'elles accompàgnoient cette Pçncefle
ans ies prairies d'Enna , où elle fut^n-
fevéfe (4). Homère les fait vivre dgi
lems d'Ulyfle ,♦ aprè^ la guerre de
Troye : & je penfè que pour ajufter
tes opinions oiâPérentes ,- nous pouvons
dire qu'elles n'ont pas vécu dans le mé«-
me tems, mais les unes ^près les ai»»
très j que leur régne a duré jusqu'au
tems d'UlyflTe , qui fit peut-être périr la
dernière Princefle de cette ifle. Il ne faut
pas s'étonner cjue les Foëtes àyent réu-
ti tout ce qu'ils ont dit des Syrénes ;
(a) ^n f»i4 1 «M» hgtu* fiûfet Tf fetfwn *u«mt , .
Z)# wmtf comittim , d9fèn Syrtnet , tratis f
Lib* 5- M*t«
lya Explication HisTORîQUE
ce n'eft pas k première fois qu'ils ont
rapproché ou reculé de plulieurs fié*
des les événentens des tems fabuIeuY ;
& je crois que cela vaut mieux i que de
dire fimplement ^ que par la Fable de^
Syrénes , Homère n'a eu d'autre vue,
que de nou» apprendre que (on Héro«
évita les charmes de la vokipté , lui qui
le fait demeurer fept ans chez Calyp£b ,
& qui le rend fi amoureux de Circé. Je
fie dois pourtant pas dilEmuler qu'u^
f i) ArchW ancien Auteur (i) a cru que l'origine de
iuk L %V^ la Fable des Sy rênes vient de ce que près
des Promontoires , ou de Sorente , oti
de Ca]^rée, on entehdoit un certain bruit
harmonieux caufé par les flots de la mer»
ref&rrés entre des rochers ; ce qufatti-
xoit les paflanâ , qui y faifoient 9uetqu&-
fois naufrage. Sur quoi on peut dire que
cette circonflance n'a peut-être pas peu
contribué à embellir la Fable: Du moin9
iane pareille harmonie, mais beaucoup
plus défagréable» a^t'elle contribué a
celle de Carybde&de Scylla> comme
(i) Veyci nous le dirons une autre fois {p^. Mais^
rAifl, <ru. reprit Eliante y dites-moi, je vous prie,
' ^* que veulent dire les Relations qui not|S
apprennent que des Pêcheurs ont quel-
quefois trouvé des Syrénes dans k mer,
a peu prè^ comme celles que les Peiaues
DES Fablss. 1^3
lepréfentent dans leurs Tableaux» &
Îu'ils ont quelquefois apporté dans les
leurs des Princes (a) ? Je répons à cela,
dit TAbbé , qu^on a trouvé quelquefois
des monftres dans la mer , qui avoient
une figure afièz reflemblante au vifage
d'une femme avec une queue de poiflbn^
mais fort noirs Se couverts d'écaillés ,
& qui ne rellèmbloient nullement ni aux
Syrénes, ni aux Tritons des Poètes ; &
vous devez penfer que tous ces préten-
dus Monftres , Satyres , Nymphes , Sy-
rénes, dont les Relations font remplies ^
n'ont jamais exifté que dans le pays que
Rabelais nomme le Pays de Tapilie-
rie.
Âpprenez-nous 9 je vous prie , reprit
Alcîdon , ce que veut dire le faint hom*
me Job , lorfau'il dit (b) qu'il pleuroit
fes malheurs fur le ton des Syrénes, Je
crois i répliqua l'Abbé , qu'il ne vouloit
parler que de certains oifeaux des Indes,
dont fait niention Pline (i) , qui endorr 0)l-*xf»
moient ks paifans par la douceur de leur
chant : & comme ils habitoient dans des
lieux déferts, le fàint Homme a voulu,
marquer par-là l'affreufe folitude où il
( « ) ftinc , Albert le {(-) Fm8ms fnm fréter Sy
Qiand & plufieurs ^txe« unum t^ frdalh Tsjftnm^
Aufcius eo pazlent* Ca^» 3 o«
G v
C«f9«
ry4 ExPT.rCATrON HISTORIQUE
ëtoit réduit , Jtcut PaJJtr folitarius in tecn
I». M?is, reprit Alcidon, le Prophète
Ifkïe n'a-t*il pas voulu parler des Sy-
Ki)Cdf,ii. rênes (i), lorfqu'il prédit que la ville
•V. nlt. ^ç Jerufalem feroit habitée par des Mon-
tres i qui dévoient avoir la partie fiipé-
f îeure du corps femblable à une belle
femme > & Its pieds & la queue d'uir
âne ? C*eft du moins cette idée , conti-
nua-t'il, qui a donné lieu à Pancien Ar-
chitefte qui a bâti l'E^ife de Notre-Da-
me de Paris , de faire graver fur un des
Portiques une Syréne avec le corps d'ur-
ne femme > 3c les pieds & la queue d^un»
(i) VoTcx âne (2). J'avoue , dit FAbbé, que les Se-
Ntctifc , «• plante, & après eux S, Jérôme , ont tra-
duit le mot Tanin,, dont s?eft fervi le
Prophète , par celui de Syréne ; mais il
eft clair qu'Ifàïe tt'a voulu marquer au-
tre chofe en cet endroit-là-, que la foli-
tude où devoit être réduite un jour lar
ville de Jerulàlem, en prédifant t|ue les
Montres mêmes y feroient leur féjour,.
& qu'il n'a feit aucune alhifion à la Fa-
ble des Syrénes ; non plus que le Pro-
phète Jerèmie par les Lamies (a) , qui.
* , ^
(a) P&ilrilrate dit ,7», vi foient voir pour atnrcr le»
/i ^pU^L 4.» ^ye eu la- paflàns & les dénorer. On>
siies avoienrle rifâgc coBi* croit que le nomdcLamie
«le une femme, &lagor|;e vient de lamot^ qui vcyl
DES Fai&lkî. xss
découvroient leur (ein aux paflaos pour
les attirer & les dévorer ; & qui étoient
de certains Serpent qui fe cacholait dans
lés buîSbns, ou ils dévoroient les paiTans
^ui s'en approchoient.
Mais eh voilà afièz fur les Divinités
de h Mer; il efl tenis.de finir notre na<»
vigation. Neptune > cpmme vous volez»
Madame , nous a été très-favorable ; &
Eole n'a pas ofë troubler notre voyàgeb
Cet après-midi 9 nous parlerons des
Dieux de la Terre*
qm veut dire dévorer ; ou Maîtreilc de Jupiter, dont
f Iticôt d» mot Arabe LmIia» Junon fit moarir les enfâna.
«M , qui y feloa Bochart , £Ue devint û fitrieufe ,
figiufiela inêaie chofe. 11 y qu'elle déverott tous ceux
H ctt autrefois une Lamie qu'elle trouvoit.
G v)
ts6 Explication hictoriquk
XIV. ENTRETIEN.
Oà ton traite des Dieux de la Terre:
D
/Abord après^ dîaé, oit alla ie
profneaêr fur la terrallè du jardin
qui dor^tc (ur le bord de la rivière » &
qui aboutit à un Sailon oè les Darnes
entrèrent pour éviter ht chaleur du So^
leil. Eliante propofa un jeu ; puis - elle
fortit avec Alcidon & FÂbbé , pour al-
ler dans le bofquet > où ils ne furent pas
plutôt arrivés , cme F AbKé commença
ainfî : Parmi les Divinités, de fo Terre .^
il y en avoit de deux fortes dans le Ar-
fiême payen : les unes n'étoient que des^
Peribnnages poétiques & des Divinités
purement naturelles ^ qui repréfentoient
ks choies, qu^on àdoroit Cous leurs
lioms} les autres étoient des Pexfonne»
déifiéesj & ^iétoknt régardées comme
ks fymboles des chofès qu'elles avoien^
ou inventées jt ou cultivées.
i>EMoGox- On doit mettre dans le premier rang
^*'' Démogorgon (4), cette ancienneDivir-
(4) Ce mot vem ^e Xf!"fU^ ï^&ft» Offét^
Dieu de la Terre ;* comme La^Unce*
DES Fables^ lyj
oké dont on dit des chofes fi étonnantes;
Cétoit , jfelon Théodotion, un vieillard
cralleux, coavert de moufle , pâle & dér
figuré 9 qui habitoit dans les entrailles de
k terre (i). Il avoit pour compagnes ^i\^^^
PEtemité & le Cahos. S?ennuyant, ajou- otcia , u it
te-t'il, d«nscettetriftefolitude,ilfitune «P»^ Oc.de
petiteboulej&r laquelle il s'aflrtj&s^ét an t Dieta]\u
élevé en l'air, il environna toute la terre,
& forma afnfi le Ciel (2), Ayant pafle par ^^^ Jp^
kazard fiir les monts Acro-Cérauniens napidct,«^ttii
(4), il en tira de la boue enflanunée, Bocc/^f.oi^
qu'il envoya dans le Ciel ,, pour éclair-
rer le Monde ; Se forma ainn le Soléil>
Ju'il donna en- mariage à. la Terre s
'où naquirent le Tartare & la Nuit %
&c.
Il eif aîie-de ju^r,.dlt Alddon, que
ce ri'eft là qu'une Fable phyfique^ fous
l'enveloppe de laquelle les Anciens ont
renfermé, d'une manière fort groflîére, le
myftére de la création du monde, qu'u-
ne Tradition défigurée leur avoit ap^
pris. Voici à peu près ,.reprit L'Abbé, de
ouelle manière cette Fable s'eft intro-*
duite. Les Anciens ayaiït vu que la terre
portoit d'elle-même des fleurs & des
(4) Mot <f\ï vent <fire, mes; ce qui fuffît pour es-
fopp^delafoudre.Lerûm- pliquer cette cùcenfiance
açt de- cçi montagne» jet- deU Fable»
^ quelquefois de» flaaor >
%SS Explication historique
fruits ,- s'imaginèrent qu'elle étoit anî-
mée , ôc donnèrent à fk Divinité le nom
de Déniogorgon {a). Il y a apparence
que les Philoibphes n'entendoient paf
cette Divinité » que cet e^rit dedialeor
qui donne la vie aux planter (^) ^mais le
peuple s'imaginoit que c^étoit ua vén«
cable Dieu , réfidant dan^ les entrailles
delà terre, auquel on offîroit des ikcri-
fices 9 fur tout en Arcadier En voilà a£^
fez fur cette Divinité naturelle ; difons
Ïuelque choie de plus confîdérable de
:3rbelle» dont la Fable eft mêlée d'H>*
iloire & de Phyiique. Commençons par
THiftoire , qui eft rapportée diffërem-
ment par les Anciens. Voici d'abord
f r) Lit. !• comment Diodore la raconte (i). ^
Hiftoire de Méon y Roi de Phrygie , eut de fa fem*
Ç¥B£2X£. j^g Dyndime , une fille qui fût expolëe
(ùr le mont Cybetle » où elle fut nourrie
par une Lionne (4). Sa beauté la rendit
.célèbre dans tout le pays ; & le foin
qu^elle prit de cultiver quelques arts^
J» Ils avoîent tam de yé- qne et que Lucain L c , ft
lationipoiTrcenom tciri- Suce ].4, difem du Dkf
hle , qu'il iTétoit pas pet- qu'il n'cft pas pcrmii de
mis de le p rononotx : & Ù- nomner , ie dote enteiMlie
éc&va X ^o doit rematquef de Pémogofgon»
<b; SpiriUiJ intùi slit , HUm^ê ivfujk pffétftHt
Meni éptéit moUm* Vtrg« 1. 2* des Geofg.
U) Ce qu'EÊuit eatendxe-dItqiielquefciiiiiieiiilBfBt
BEs Fables. lyp
Se de compofer quelques remèdes pour
les maladies des enfans , la fit chérir du
peuple. Son père l'ayant reconnue , la^
reçut avec beaucoup de joye. Mais cette
J^rinceile étant devenue amoureulè du
jeune Àtys (A), fon père le fit mourir*^
La perte de cet amant l'accabla de dé^
felpoir ; & devenue furieufe s elle fe mit
à couriF comme une folie par les fhon*
tagnes de la Phrygîe. ApoUon , c'eft-à-
dire, comme dit Voffius, ou quelque
Prêtre de ce Dieu , ou quelque perlbnne
diftinguée par les Belles - lettres 6c la^
Aluiîque(r)9 la rencontra » en devint o)t>tOfis>-
amoureux; 5c la conduifît avec Marfy as, ^^^ '• **^'"
qui Favoit toujours accompagnée , dans
le» pays du Nord , oix elle mourut. Quel--
que tems après , la pefte ravageant la
Phrygie , l'Oraclç répondit qu^ , pour
laire cefler la délblation » il falloit enter*
fer le corps d'Atys , & honorer Gybelle
toffune une Deeâè : Se là-defRis Mydas^
tui fit élever un Temple.
. Arnobe dit qu^Atys^ étoit un jeune
garçon qui gardoit les troupeaux ; oc que
Cyoelle déjà vieille en devint, amou».
reufe (4) ; Se quoiqu'elle fût Reine ^il ne
(4) On lui avoir dbnn^ ce /4|e/ , Tavoit nourri,
nom, parce ^H'on croyoic (bj Centra decus éeuHr ^
qu'rnie cuivre , que 1er illuTeffinvniU Oyndimtnê
Kbrjfgtei» n#mmoicDt .4* iff BmMù unint MmfltM».
i6o Explication historique
laiflà pas de la méprilër : Ce qui fait dke
(I) Ap«i, àTertullien ( i ) :
Cybtk PaJîortmfufpiratfaJFidiofum.
Mydas , Roî de Phrjrgîe % voyant lia
fierté de ce jeune honune> en conçut
bonne e^érance »& lui deftina & fiUeen
mariage (4). Mais comme ilr appréhen-.
doit*la jaloi^e de la Reine amoureufe >
il prit la précaution de faire fermer les
Eortes de la ville ^ le jour qu'on célé«
roit le niariage. Cybelie avertie qu'une
jeune rivale lui enlevoit fon amant 9.C0U*
rut comme une furieulè à Peifinunterâ:
en ayant fait rompre les portes 9 ou ayai^
obligé le» Gardes à les lui ouvrir ; c^
que la Fable exprime ^ en difaot que 9
d^un coup de tête 9 elle les avoit renver-
fées : elle entra dans la viUe avec Ces
troupes > y fit beaucoup de ravages ; &
ayant enfin trouvé Atys caché derrière
un Pin i elle le fit traiter comme Cotlus
avoit été traité par fon fils {i). Agdiftis»
c'étoit le nom de la rivale de Cybelie»
ftagithfà appitUione gtpirt ttlcere , 0tiuhtrttm.jmmm îs-
L. 4»aav Gentei • felkittr p^atiinm , ^h9' iàm
(4) C'eft Atnobe qui la- ipfi dt far mis ^ 'vtuU » m
conte cette Hiftoire. mnltorum Deûrnm m^tgr ,
(it) Minatius Félix fait al- ddfin^tum iUictte non pHf»
liifion à cçtte Hiftoire , lorf- f «•/ , txpi uU ^tit Ueum pif,
^u'il die» dans fon Odaviuc, iu tS [a, tut caum hump.
0BS Pablïs. ï6i
n^ayant pu furvivre à ia difgrace de fon [p^*^*°jî|*'
amant, fe tua de défeipoîr. Servîus (i), nit^u
Tatien (2) , Laâance Sc S. Auguftin , (^> ctmirâ
lacontent un peu différemment tHiftoire x»»'''»
de Cybelle & d' Atys : mais il paraît tau-
iaurs qu'il s'agit des amours d'une vieille
Reine pour un jeune homme qui la mé*
priia. Quelques Auteurs prétendent, que
tout cela n'eft fondé que fur ce que le
jeune Atys étant Prêtre de Cybelle,
ne garda pas la chafteté qu'il lui avoit
VMée, ôc qu'il s'en punit lui-même de
la manière la plus cruelle. On n'ajouta
que la Déeflè l'avoit changé en Pin y que
parce que cet arbre lui étoit confacré.
Mais il y a plus d'apparence > comme le
remarque Voflîus (3), qu'il s?agit d'une (j)i«.'«i^
véritable hiftoire r Et la différence qui
k rencontre (ur ce fu jet dans les Auteurs^
ne doit point nous âoigner de ce fenti-
meat , puifqu'il eft prefque impoflible de
trouver de l'uniformité fur des fujets fi
anciens.
Catulle 3, qui a fait unr petit Poème
des amours de Cybelle & d' Atys , nous
apprend feulement que ce jeune Prince
ayant quitté le lieu de fà naiflfanee , fe
retira dans les bois de Pbrygie j. où s'é-
tant mutilé , par je ne fçai quel tranfport
de rage , Cyoelle le prit au nombre dt
fôl ÊxPLlCATioSr HtSTÔ^fQUtf
Ses Prêtres. D^autres dîfent qu'étant aî-^
mé cle Cybelle,il fe punit aînCpour avoir
été fenfible aux charmies de là belle San«
garide. Ou plutôt oit peut- penfer , que*
Cybelle étant diéia vieille lérfqu'elle de-^
vint amoureufe du jeune Atys , lui don-^
na quelque* breuvage pour s'en faire ai-
mer ; & que ce breuvage trop violent fit
loire à ce pauvre garçon k folie qu'on»
nousr dk qu'il fit.
Il y a apparence" que" toutes cesHîC-
toires ne font fondées que lur la pturalké
des perfonnes qui ont porté le même nom;
Je crois que la première Cybelle eft la'
même queTitée,-femme deCœlus, dont
fe nom* Veut dire Terr^. La deuxième ell'
Rhéa 9 foeur Se femmes de Saturne. La-
ûroifîéme étoît une Princefle de Phry*»
gie , qur vivoit du tems de Marfyas, dont
l'Hiftoire a été chargée des avantures*
des deux autres 5 qui avoiënt demeuré^
en Phrygie , où les Princes Titans te-
(x) Voyttt noient leur Cour(i). C'eftdanscepayS'
A^^T**!* ^P^ "^ ^"^^^ ^^ notre Deedè fut établi.
La"ng1le ^dcî Le^ Prêtres, dans la fuite, embrouillé-
CtUôi. j.gji( fon Hiftbîre ; & lui donnèrent le nom=*
deCybelle (4), d'unemontagne de Phry-
' {d) On lui donnoît plu- toient tous tirés des Itcuz
lieuTs noms 4 comme ceux où elle écoit honotéc, Oft
de Berecinthf , Peflinunthc, la confondoit fouvent avec
Pyodimenc y &c. qoi^ Ifis , Pt ofeipiac- >. Ccz^s'i
DE 5 Fables. rë^
pe. D'autres tirent ùe nom tf un mot Hé-
breu , qui veut dire enfanter âPee douleur ;
& prétendent que la Tradition d'Eve eff
cachée fous cette Fable. On y joignit
des circonftances impénétrables : on dit
que Nana , en touchant une Grenade ou
un Amandier <mi s*ctoit formé du fang
tf Agdiftis , que Bacchus venoit d'immo-
ler à fii vengeance , avoit conçu. Atys j &
mille autres^ fottifes , à quoi il ne faut pas
même penfer (i) , puifqu'ellés ne renfer- (,) on pwi»
méat que les Myftércs abominables de confuitcrvof-
fa Théologie des Payens , comme le leur ^"'•^•'•^'^^
reproche Arnobe (2> il^fi^l^n^i
Le culte de Cybelle devînt célèbre ,
fiir tout dans la Fhrygîe. Ses Fêtes y
étoîent fplemnîfëes avec un grand tu-
multe. Les Prêtres faifant retentir le
bruit des tambours , & frappant leurs
boucliers avec des lances , danfoient
Se faifoient pluffeurs mouvemens de
leurs corp*& de leurs têtes j ce qui leur
fit donner le nom de Corîbantes (a). Ils-
y mêloient des cris & des hurlemens ,
pour pleurer la mort d'Atys, dont ces.
malheureux Prêtres fouffroient volon-
Op8,Vcfta, Rhéa^ qui que ces Fêtes rcfTembloicnr
ttoient, comme elle.lc fym- aflez à celles de Baal , dont
boledelaTerrc. . Il cft parle dans l'Bcii^
(a) ^afi inter fe dirie. tuic.
Untci, ©n peut xemaic^ueft
1^4 Explication HISTORIQUE
tairement le rupplice. On les nom)hoit
Gain , & le Grand-Prêtre , Arcbigalluf,
Gn ne fçait pas trop Forigine de ce
nom. Ce n'eft pas apparemment , comme
(i) th€. 4« rapporte faint Jérôme (i)> parce qu'on
^*'' ne prenoit que des Gaulois pour être
Prêtres de Cy belle, & qu'on 1-es trai-
toit ainfi , parce qu'ils avoient fait bruief
la ville de Romej ni parce que t 0re-
Siephanu^ffur "lier Prêtre de cette Déefle s'appelloit
i« «otc?w/i./. Gallus(2) : mais plutôt, comme l'infî-
Ca) faft.1.4. nuentOvide(3), & Feftus, àcaufe du
fleuve Gallus , près duquel ces Prêtres
s'impofoient le fuppKce' dont nous^ par-
lons,, pour fatifaire à la loi que py belle
leuj; avoit prefcrite^ L'eau de' ce fleuve
les faifoit entrer en fureur : ^i ^ibit, inde
furit , comme dit Ovide. C'efl^ pour la
même raifon qu'ils honoroient le Pin ,
près duquel Atjr» avoit été mutilé;
qu'ils cotu-onnoient fes branches , & en
couvroient le tronc avec de la laine y
I^arce que la Déefle afvoit aînfi^ couvert
e corps de /on Amant t efpérant lui
redonner la vie qu'il venoit de perdre ;
qu'ils s'abfl^enoient de^ manger du pain ,
parce que Cybelle avoit obfervé un
long jeûne pouf mieux marquer fon
<♦> VcTc» afifidioû (4). Ehffii toutes leurs, autres
Aniob€,L5. cérémonies fembloient n'être qu'un mé-»
DES Fablbs. l6f
inorîal de l'Hîftoîre que j*aî racontée.
Ces prêtres au rçfte étoient les plus mî-
férablés & les plus Infâmes de tous les
îiomraes. Ils couroîent le monde pour
mandîer 9 &portoîeflt de petites jSgures
de CybeHe , qu*on nommoit des Béty-
les. Maïs parce que la Fable de Cy-
"belle , Wftorique dans fon origine, de-
vint ph3rfique dans 4a fuite , & que cette
Déefle fut prife pour le fymbole de la
Terre, S Ce mêja dans fon culte plu-
sieurs circonftances qui y ont raportj
ce qu'il eft bon de vous prouver en peu
de mots.
Tous les Anciens ont confondu Cy-
belk avec la Terre, que l'on appelloit
Îoor c€4a la Mère ou la Grand'mere des
tieuK , putfque c'eft elle qui donne la
naîflànce à toutes choies. Le nom de
Rhéa quelle portoît auffi, vient du ver-
be pet ir y couler » à caufe des pluyes qui
communiquent la fécondité a )a terre ;
ou plutôt du mot f p« , ttrr^^ par une fim-
ple tranfpofidon de lettres : & ee nom
tire fon origine de l*Hebrc« ereis , qui
fîgnifie la nteme chofe. On la aommbit
auflî Vefta, ^uafi ftoribns veftiebaiur : ou
, Maia , qui iîgnkîe mère ou nourrice :
on^pulrnf, conmie qui diroit terre
mère (i). On la repréfentoit ccmune une
î-^^ Explication HISTORIQUE
femme robufte & puiffante , & prête
d'accoucher, pour marquer la fécoa-
Jité de la Terre. Tout le refte de fbn
équipage y faifoit auïïi allulion. Les
clefs qu'elle tenoit à la main > fîgni-
fioient que la Terre renferme dans £011
fein pendant l'hiver les femences de tous
ies fruits. Sa couronne de chêne y faî«
Toit reiTouvenir qoe les hommes s'é-
toient autrefois nourris des fruits de
cet^rbre. Ses Temples étoient ronds»
pour marquer la rondeur de laTerfè":
elle étoit couronnée détours pour faire
allùfion aux villes. Auprès de fon char
dtoit des Lions couchés & tranquilles ,
fOMT nous apprendre que les terres \
même les plus . incultes , peuvent deve^
nir fertiles : cllç étoit aflîfe , fymbole
de fa ftabîlité (a). Le bruit des. tam-
bours Se des lances y faifoit alluiîon au
bruit des inftrumens d'^irain^ dont on
fe fervoit pour labpurçr la Terre avant
J*invention du fer.
. Le culte de la Terre eft très-ancien ;
Se ce n'eft p^s dans la Phrygie qu^il en
^aut chercher l'origine. Si nous en
<f ) De Diâ croyons L^cien ( i ) , il y a beaucoup dç
SjTid. preuves que la-Déeilè de Syrie eft la
(«) ToDt cela eft tiré ée Anguftiri , Lty. 7. de la 0*
Vttreii , & nppDité ^t!$t ce & Dieu ^ clu z^.
DES Fables; t6j
«même que Rhéa, puifqu'elie a comme
>elie des Lions, des Tambours, des
Prêtres eunuques > & k tête couron-
'née de tours, Macrobe prétend que la
Déefle Atergatîs des Syriens ctoit par-
mx ce peuple, le fymbole de la Terre (a)m
Voilà donc déjà le culte de la Terre
4$tabli en Syrie* Mais ce peuple n'en
jétoit pas le véritable Auteur , puit
qu'il ravoit puifé des Egyptiens qui
honoroient la Terre fous le nom d'Ius.
C'eft ce quenojos apprécient Servius (i), (o r» j»
Se Ifidore ^rèslui : J/isJingui jEgyptUh •^•"^
tum^eftTerra.MdiCTohe & plufîeurs au-
tres Auteurs dirent la même chofe ; Se
Hérodote convient quTfîs eft la mcmç
ue Cerès, Divinité toujours çonftn-
uë avec la Terre ; & c'eft pour^ela que
les Egyptiens fe fervoient de Tambours
& d'autres inftrumens femblables dans
les Fêtes de leur Cybelle , comme Aur
foneTadit:
Jjiacoi agitan$ Mareotica Jiftra iufmism.
" dp que je dis là-n*eft point oppofé a
'Ce que j'ai rapporté ailleurs de la même
jPéeile, puiique les mêmes Dieux é^
' (>) >4Bi^i Dtê Adad im- Terrawêijue intelUitntiuS»i
mtn diderunt; fmhfunfftfit ei tuin, liv* X« c« 1|«
J^um Adsugatim $ S^Um
1
ï58 EXPLI-CATION HISTORIQUE
toient fouvent le fymbole de plafieurs
chofes différentes : voilà fans doute l'o-
rigine du culte de laTerre, qui pafla avec
les autres cérémonies des Egyptiens ^
d'abord dans la Syrie & la Phénycie ; \
de-là dans la Phrygîe qui eft une partie
de l'A fie mineure, de-là dans la Grèce, ^
6c enfin en Italie : c'eft le chemin ordi-
naire des Fables & de l'Idolâtrie.
Les difFerens noms de cette Déeflè ne
doivent pas vous furprendre:
I **• Parce qu'il y a bien de l'apparence
que lorfque diacun des peuples que je
viens de nonmier , recevoit le culte
'de la Terre , il l'appliquoit à quelqu'un
d^es Dieux.
2**. Comme cette Déeflè fut. particu-
lièrement honorée dans la Phrygie , elle
en tira une partie de fes noms. Dyndi-
nie, Cybelle^ Ida, font des Montagne*
de ce -pays : Berecinthe, Peflînunte,Ao-
dîna en font des Villes; Mygdonie en eft
une petite contrée : & c'eft ainfî qu'elle
prit les noms de Cybelle , de Dyndime-
ne, Berecinthe Mygdonienne, &Cê Ce
qu'on peut voir plus au long dans Lj\W
(j)/[^#.4. Gjtdi% ( I ) , â( dans NâtiXù C<k
Les Komaîns ne fe diftin^uérent pas
moins par le culte de cette Divinité » que.
les
T)ES F ABLiSS. Kîp
les Phiygîens. Ce Peuple (4) averti par
quelques vers de la Sybille , envoya une
<;élébre AmbaiTadè en Phrygie , & fit ap*-
porter la Statue de cette Déefle, qui
^toît d'une pierre jioire , qu'il reçut avec
beaucoup de pompe & de folemnité. De
graves Auteurs racontent que le vaifleau
y étant arrêté à Tembouchure du Tibre,
ians qu'on pût le faire avancer , on fut
obligé de oonfulter l'Oracle des Sybil-
ies ; & l'on apprit qu'une Vierge devoît
Je faire entrer dans le Port. Alors Clau«
die [ celle des Veftales dont la réputa-
tion étoit la plus équivoque 3 croyant
que c'étoit là une belle occafion de
prouver fa v^rtu , qu'un air trop libre ,
joint au trop grand foin de fe parer,
(-f ) Les Romains ne man- Dëedê , comme pluneurf
<luoient pas tous les ans d'aU A uteurs nous Tappx enncM ;
1er laver dans le Fleuve Al- Lucain dit , liv. j,
mon le Simulacre de cette
E$ IcUm purvo nvccdut ^Imwe CyheUm.
Et Ovide , Pajftoriun liv» 4 > dit :
Ej? loiut in Tiberim , «ko Inifricns infittii ^ilmm X
'JUhc purpwei CAnut cum vtfit Sueerdas
^Imùnis Dcmitéim SacTéUiui iéivit MéfiHim
Valerius flaccus , li^r. 8 , cejice eShéaée daiu lei tê^
de Oaudi?)i dirent la sicme tes de cette D^eflè : Véifim
chofe ; & AnniTOien Marcel- omnibus ludendi iicen4iéi
lin dit que cette cérémonie fttmffk , ^r. Cet Auteuf
fe fàifoit le 6 des Calendes dit qu'on y pertoit tout ci
d'Avril* qu'on avoit de plue fom*
H^rodien^dansTHiftoire ptueux tn meubles ft «n
derBmpereUr Commode, vaiflelle»
ajoute qu'il tégnoit tue li- . ^ . ^ • '
Ttée IL H
170 11.XPLICATION HISTORIQUE •
avoit rendu fufpefte, fît fa prière tout
haut k la Déefle ; Se ayant attaché ùl
xeinture au Vaifleau , elle le fit avancer
ifàns réfiftance : ce qui la fit admirer de
' tout k monde* Je fai , dit Alcidon 9 qu«
Tertùllien attribue cet événement au
démon ; & je n'oferois dire que Fhabile
Veftaie profita du vent gui commença
alors à (buffler : mais je dirai fans craîn-
.dre de blefler la vénérable Antiquité t
• que Claudie étoit ou bien effrontée , ou
.bien (uperfiitieufe 9 de tenter ainfi la
,DéefIê.
Il faut remarquer que romAie on diC-
tingttoit deux Vefla , dcMit Fune étoit
regardée comme le fymbole de la Terre»
& l'autre du Feu , leur culte étoit un
.peu diflferent; & celui de la dernière
•onfifloit feulement à garder le Feu qui
tes Vdialef. lui étoit confàcré. Les Romains avoient
des Vierges deftinées à cet ufage , qu'on
appelloijt les Veflales ; on croit que
Enéè doit être regardé comme Pinftitu-
teurde cet ordre en Italie, queNuma
•Poimpîlîus rétablît. On choifîfToit de
jeunes filles entre l'âge de fix & de- dix
ans , dont la naîfTance devoit être fans
. tache ôc le corps fans défaut : on n'en
çfit d'abord que quatre, on y en ajouta
deux dans la fuite. Xes dix -premières
DES Fablïs, * 171
années étoîent pour le Noviciat ; peo-
tlant les dix années fuivantes 9 elles fai^
foient les fondions de Profeffes j &
pendant les dix éertkiértSj elles for-
anoient à leur toiw d'autres Novices :
après trente ais il leur ëtoit libre de
ibrtir , & ^ême <Je fe marier j mais pen-
dant le tems qu'elles ëtoient confacrées
à la Déeffe , on exigeoit d'elles une
chafteté fi fcvére , <}ue loriqu'elles pé-
chôient contr^e leurs voeux, on les en^
terroit toutes vives (a). Quand le Fe«
"fecré v^noit à s'éteindre par leur faute^,
ie Pontife ks puniflbit févérement , 4c
on en tiroit toujours de mauvais au-
gures. On croyoit même , outre les ca-
lamités publiques dont on étoit ane-
nacé, que la Déefle voulait marquer
par-là le crime de quelque Veftak 5 &
celle qui jétok foupçoonée fe trouvoît
obligée de -s'en purger. On ajoute qu*?!-
milie jetta pôut cela fon voile au mi-
lieu 4e la cendre facrée , & que le Feu
fe raUu3itô.< On le laifloit* éteindre ièuk<>
ment ati dernier jour de l'an ; & on le
ralluBioit le p^reniier jour de Mars , qui
•^toitie i^remier de 1 arniée. Vous de-
{d) L*Ç|ïipcreuï Com- n^lie, qu'pii accufoit tfa-
Q^oâe,.poiif rCRdiefon.<«- voir ^te* fuborncc pat un
. giàe .jrçfoip«)an4abIe , fit ChçvUici Komain nommé
' cntenctlamalheuxeiirecot- Celei»
Hij
^j2 Explication HisTORiQui?
vez ajouter, dit Alcidon, que l'opi*
jîîon coçimune étoit que Ton coaferi»
ïvok dans le Temple des V.eftales , our
Ire le Feu (jsicrpy pluiSeurç autres chofes
.^u'Eaéç avok apportées de Phrygîe ;
c'étoit fa^is doute le véritable Pallar
vdium, avec ks DieuxP.énates^ & quel-
ques autires Images 4^$ Dieux Samor-
traces que Dardanus avoît apportés en
•Phrygîe , & que Je rçligieux ^née avoit
4ipporté« en Italie. Ce fut pour coa-
/erver ces précieux 4ép0t5 qu'on regai?»
doit comme néceflaires à h con&rva-
txon dç k Ville , que C^cilius Metelliis
ie jetta au milieu des fiâmes , lorfque k
Jfeu brûioit le Ten^le des Veftales , &
jque fe^ timides Prétrefles s'enfuyoient ;
vce qui liu mjérita une Statue dan« 1^
iCapitolej avec une belle Infcription.
:N'x>ubKons pas, reprit TAbbé^ de dirie
-Xiue c'étoit X^uma q^i avoît fait bâtir
ice Temple ; Romulus n'ayant jamais
, ^fé , quelque dévotion qu'ij eut à la
. I)éefl€L, en faire élever un ^ de peur de
fenouveller 1^ orimp 4e fa mère 9 4c
' /d*autorifer par fon exemple le dérégle-
. nient de? aj^tres Veftali^s : 5*étant coiv-
tenté [ comme nous l'apprend De-
( X ) L^ 2. nis d'Halicamaflè ( 2 ) ] de faire ële-
AauRoin. y^^ ^ l*^Qnneur de Ve% dp pj2ttts$
DES Fables. 175
'Ghàpelles dans chaque Tribu;
Ileft confiant que le culte de la Déefle
Veita Se du Feu , avoit été apporté dé
Phrygie en Italie , paf Enée & les au-i
très Troyens qui y abordèrent (4) :
mais les Phrygiens eux-rnâmes Pavoient
reçu des autres pieuple^ d'Orient. Le»
Chaldéens avoient une grande vénéra^
tion pour le Feu^qu'ib regardoient com-^
me une Divinité : il y avoit dans la
Province de BabyloÉe , une Ville con**
ikcrée à cet uiàge , f ue Fon nommoit
la Ville de Ut ou du Feu. Les Perfes
étoient encore plus fuperflitieux fiir ce
iujet que les Chaldéens : ils avoient des
Temples qu'ils nammoientP3rrées,defti'*
liés uniquement à coùferver fe Feu isN
cré , fuivant les loix de Zoroaftre. Ils
avoient même tant de vénération pout
le Fett>qu'ils nf^y jettôîent jamais aucune
ordure i & qu'ils n'ofoient pas même
réteindre a:vec de l'eau ; m àuroient
plutôt laiile brûler leurs maifons : 8c
fi la terre qu'ils jettoient deffus ne Pé* ^
teignoit pas , ils fe retiroient fans ofer Th.' HyJe?
«'oppofer à (ts ravages (i). Le cuite du R«i>g»on «ici
Peu n'étoit pas renfermé chez ces deux t^^ "*
^) . • • . • Weflémjiie eruent/im ^
9/£i€fnmmiHe Mdytù ejftft ftuetralibHf fgntm^ «
174 ExpLicATTOw HirronKXtrfi
anciens peuples : il étoit répandu juC*
^p^ux extrémités de T Afriqtie , comme
Virgile nous l^apprend en partant d'Iar-
bas Roi de Mauritanie (4). Plutarque
aflïire que cette coutume de conferver
le Feu fecré étoit relîgieuiîement obfer**
(t> In jiitméy vée àAthenes. & à Delphe» (1) ; & Pau-
iknias joint à ces deux Vilks plufîeur»
autres lieux de la Grèce», où il j avoit
des Templey confàcrés à cet élément >
qa^on nonimoit Prytanées* Mais ce
qui» vous étonnera peut-être y eft que
non- feulement le Feu étoit une chofè ut-
crée dans pluiîeurs lieux de F Amérique j
mais qtie les Péruviens avoient , pour
le conferver > des Vierges {embkbles à
celles de Rome, & dont les déréglemens^
étbient punis du m âme! genre de fuppUce
ifue- celui des Veftàles » ainfi que nous
Rapprenons des Relations dé ceux qui
firent la conquête du Pérou. Les Gauree
DU Guébres , qui habitent aux extrémi-
tés de la Perfe, ont encore po\Ér le Feu
le même re4>eâ que tou^ ceux éotA nouisr
. : yenoas de parla*.
Il y a bieit de Papparence que cette
, coutume étoh venue des Juifs 9 qui con»»
iêrvoient avec tant de loin le Feu fàcré
m. -
(a). • - - rigilemifme ftcrépvttéi ignem ,
1
»Es Fables. Vff
(^ï leur ëtoit tombé du CieK Les Ro»
mains fembloient même y faire allufîon »
|)uifque , quand le Feu étoit éteint par la
négligence des Veâales y ils le rallu-»
jhoient avec un miroir ardent j comme
j)our apprendre qu'il falloit faire venir
du Ciel même le Feu 9 dont il. étoit au*
trefois defcendu. Mais avant que définir
cette matière 5 il faut remarquer deux
chofes :
La première , que ce û^étoit pas feuler
ftient dans le Temple de k Déeffe'Vefe
que l'on confervoit le Feu (àcré. Chaque
particulier avoit foin de Pentrcrtenîr à. la
()orte de fa maifon : & c'eft dè*là 5 fi nous
en croyons Ovide (i), qu'eft venu Ife (i)F-»jf#r,/t€f
nom de VejUbule. Les Romains avoient
auffi reçu cette coutuare ào Phrygien
Virgile dit qu'Enée , en partant , retira
le Feu des Foyers facrés qui étoîent dans
fa maîfbn (à) : car chaque maifon avoit
fon Foyer facré.
La féconde, que le nom deVeftaeff
fynonime avec celui dé Feu ^ appelle par
les Grecs Eç-m (A) , & par les (Jhaldéens
JEfta. Et c*eft làns doute, fi nous en
croyons Monfieur Hyde, ce qui donna
(a) t^tetiium^ûê' âdj^tis tffeti ptnetréîtihus ifntmm
H iiij
tj(S Explication historiqitê
occasion au fameux Zoroaftre de don-
ner Ion Livre , dont le but étoit de preP
ft ^f^^^^f ' crîre aux Perfes le culte du Feu , fous le
anciens Pcx. Qom d jîvefia , comme qm oiroit la GoT'*
^''* de du Feu (i).
Marsyas. On a mêlé , continua TAbbé , les
avantures de Marfyas avec celles de Gy-r
belle j ainfi il eft à propos d'en expliquer
la Fable en peu de mots. Vous fçavez
qu'on dit qu'Apollon l'écorcha , parce
(2) Ovii qu'il avoit ofé lui faire un défi (2). On
croit qu'il eut quelque diflferend ave©
un Prêtre d'Apollon , & qu'il fut puni
de ÙL témérité ; peut-être même qu'il
fut écorché de la manière que le raconte
Ovide : du moins Hérodote dit qu'on
voyoit fa peau pendue au milieu de U
place de Célene , ville de Phrygie , où
il étoit né. Strabon , Faufanias ,* Aulu-
Gelle & Diodore croyent que cette
avanture eft véritable. Suidas ajoute i
Sue Marfyas fe voyant vaincu , Ce jetta
e défefpoir dans le fleuve qui a depuis
porté fon nom. Cependant 5 fi nousea
croyons Tite Live, & après lui Quinte*»
Curce , cette Fable n^efi qu'une allégo-
rie j Se c'eft le fleuve Marfias qui y «
donné lieu. Comme il tombe d'un Ueu
fort élevé , il fait aux environs de Cé-
line uu bruit dèiàgréable^ & Jon cours
DES Fables. 177
venant dans la fuite à être û um> qu^on
ne Fentend prefque pas , il paroît mar-
quer par Ton iîlence fa punition. Mais
cette explication tombe d'elle - même ;
car il eff vrai que Marfyas fut un célè-
bre Mufîcien ; lequel > fuivant Strabon
(i ) , inventa une efpéce de flutte y qu'on (i)I4t. z*«
dit qu'il avoit volée à Minerve , parce
que cette Déeflè s'en étoit fèrvie avanr
lui ; & qu'il avoit encouru par-là (on in-
dignation. Auili Paufanias fait mention
d'une Statue de Minerve , tenant un
fouet à la main pour punir Marfyas»
L'antiquité, nous a conîervé un beau
grouppe , qui repréfente ce malheu-
reux Muficien , dans le tems qu'Apol-
lon l'écorche.
Outre Démogorgon & Cybelle, on
reconnoiffoit encore plufieurs autres Di-
vinités de la Terre , comme Paies , Flp^
re , Pomone , Vertumne , Priape , Cérès
Se Proferpine.
Paies étoit la Divinité des Berger».
La Fête qu'on célébroît eh fon honneur
au commencement du mois d'Avril »
s'appelloit Pdttlia. Toutç la cérémonie
confiftoit à faire brûler de grands amas
de. paille 9 fur lefquels on &utoit (4)*
(t) JdtJdfue per ardentes fiîpu^ée effpiuntis scervot 9
TféjiiMs liltùfirenuA mew^brd ptàe^ Ovul. Faft./K
H V
178 Explication historique
Cette Fête 9 ati refle , avoit été m*
ôhuée pour célébrer le jour de la fon-*
dation de Rome ; & e étok Roinuiu»
lui-iriême qui l'étabKt,! après^ en avoic
jette les foUdemens. . Il c& bon de re-*
marquer qu'on n'y tuoit poiat d'ani-*
maux ;. & que les purifications fe fai-»
jEbient avec ae la fumée de fang de che*»
■val > & avec les cendres d'un veau qui
avôit été tiré d'une vache immolée ; ou
avec des cendres de fèves. On purifioitr
tuilt les troupeaux avec de la fumée det
XouHrej d'olivier ^ de pin^ de laurier &
de romarin : Se après que les bergers
^voient faute autour du feu dont nous
»vons parlé 9 ils oi&oîent en facrMce
du lait > du fromage y du vin cuit y Se
des gâteaux de millet : Fête véiitaUe-
ment paflorale 9 Se propre à faire reiToo*
venir qœ le Fondateur de Rome avoit
été nôursî par un berger «. de avoit kdU
même gardé les troupeaiuB dans Sai jetk»
fieâe;:
no RI. ' L^or%me de la Divinité de Flore cif
£iigulîére. Voici comment Pbitarque kl
f aicbnte r Un Prêtée d'Hercule s^avifa
un jpuff déjouer avec leHéros^ àcon^
dîtiôn que celui qtû gagn^oît régale^
yeit ilmtEe. Après cette coQ.yentioa.>ii!
DES Fables. 175^
jetta les dés pour lui ; & enfukc pour
Hercule , qui gagna. Pour Éitisfaire à ia
promefle , il fit préparer un fuperbe fe-
flin : & T Tuivant la détefïable coutume
de ce tem9-là > il fit conduire dans U
Temple tme des plus belles femmes de
la vÛle , nommée Laurentia , pour y
paflèr la nuit. Cet Auteur ajoute, qu'elfe
plut au Dieu qui lui apparut', de qui lui
dit, que la première perfonne qu'elle
trouveroit le lendemain au fortir du
Temple la rendroit heureufe , Se la
combleroit de biens. Tarrutius , homme
riche ôc puifiant , fut celui qu^eBe len-
contra le premier , de qui en devint fl
amoureux , qu^étant mort quelque temd
après , il lui laiflk d'immenfes richefles- >
qu^elle augmeiïta encore par Knfâm^
métier qû^elle exerça pendant plufîeur»
années: &lorfqu*clte4 vit fur le point
de mourir , elle nomma héritier le Sénat
Romain , qui en témoigna beaucoup de
reconnoifÊmce. Son nom fut écrit dani
les Faftes j ât on inflitua des Fête» en
fon hornietrr. Comme fo» nom rappel*
loi* toujours fes infamies , on le chann
gea en celui de Flore j & on lui èdnr
lia Zéphire powr époux. Mai« ce chan-
gement rfabolit point te fouvenir de^
déi^attehct de Lêurentia» qu^Qf» avok
H V)
i8o Explication HISTORIQUE
foin même de renouveller dans les
Jeux Floraux, où Pon commettok une
infinité d'infamies , dignes de la Déeile
en Phonneur de qui ils avoient été in-
iiitués* N'oublions pas de dire, que qvteU
^ues Auteurs, confondent cette Laureiv-
tia avec celle qui nourrit Remus & Ro-
mulus , femme d'un caraâére égal à cel-
Je dont nous venons de parler. D'autre»
enfin penfent qu'elle efl: la mênïe que la
bonne Déeflè, dont les myftéres > fur lef»
^ quels les Anciens gardent un profond fi-
lence, étoient célébrés par les femmes
les plus confîdérables de Rome. Perfoa-
ne n'ignore Tavanture de Clodius , qui
^'étant déguiie r fe mêla avec les au-?
très femmes qui en faifoient la cérémo*
nie dans la maifon de Célàr.
fouo^n* ' Pomone étoit regardée par les Ro-
mains comme la DéefTe des Jardins. Je
ne crois pas qu'on fçache rien d'hiftori-
que fur (on fu)et : on peut feulement
conjeâurer
nom s'étoit
que quelque femme de ce
autrerois attachée dans l'I*-
talie à cultiver les jardins. On lui don^
jOe Vertumne pour époux , ainfî appelle
peut-être parce que , coname le dit Ovif
(i)llét,li4« de ( i), li prit plufieur& figures pc^r
trion^her de rimenfibilité de Pomone»
Il l'emaya ii fort ^ dit ce Poète > lorrq,u€;^
©ES Fa BLE S^. iSt
fous la figure d*une vieille , il lui ra-'
conta de quelle manière les DieuK
avoient puni ceux qui avoient réfiftéau3&
charmes de la tendrefTe, qu'il la rendit
enfin fenfîbk : ce qui pourroit bien ren-»
fermer la tradition de quelque Amant
habile & éloquent , dont l'mtrigue efl
décrite fous le fymbole de (ks métamor-*
phofes. Mais je crois que PomonerVer-
tumne & Paies , ne font que des Divinv
tés de l'invention des Poètes j & que, par
y ertumne & Tes métamorpkofes , ils ont
voulu nous parler de l'année <Sc de Tes
quatre iàifons. AufS Ovide dit-il, que
ce Dieu k changea en laboureur Se e»
moiffonneur , & enfin en vieille ,. pour
marquer le printems , l'été ôc Vhx^
ver.
On ne doit paspenfor la même chofe
d'une autre Divinité adorée ea Italie ;;
c'était jinna Perenna , que quelques-^
uns croyent fauffement être cette Anne
ibeur de Didon , fi célèbre dans Virgile-
C^étoitune bonne femme qui demeurpit
parmi quelques bergers fur le mont
Aventin*, & quf , dans la retraite que fit
le Peuple Romain fur cette montagne ,
lui fournit des vîvre^ dans le befoin
extrême oili il fo trouvoit. En recon-
notiikace die ce fervice ^ on écrivis
t^2 Explication HTSTo*i(iufi
fou nom (a) dans les Faftes. On établît?
©ne Fête à fon honneur, que l'on celé*
Ifroit tous» le» ans^ au mois de Mars ; Sc
pendant laquelk ^ comme nous l'apprend
Macrobe, on lui offroh des (àcrifîces>
tant en public qu'en particulier. Ainfî
vous voyez que fi les Romains divini-»-
foient le vice, commie dans l'exemple de
Flore , ils honoroiem auilî quelquefois
b vertu.
DetSaryxes, Les Satyre» étoiewt regardes parmî
aet Faunes , jgj Payei]» comme autant de Dieux , oif
des Sylenes; t a i % • t%« vi v • •
de Pan , de plutot Qc dem^Dicux , qu ils s^imagi-'
^yivanm, *c. j^ient habiter dans le» Forêts oa dan$f
les Montagnes ;, & qti'its répréfentoient
comme de petits homme» fort velus >
avec des cornes (ur la tête , des pieds dé
chèvre , & une queue derrière le dosi
On les nommoit indifféremment ou
#îJ/?&^î' Pans, ou EgypanS', ou Satyres, on
Tius, furiafi- Sylencs j avcc cette différence que lear
giK™ dc^^r/- Sylenes étoient des Satyres avancés es
gik» âge , fi nous ett croyona Faoi&mas (r)^
fif) Ovide enpttle ainfi dtn^fesPaftci ;
^féi U^ui ^ fi 40 i ptsfitifumHymphd Kumiiir
Cependaof il y a plus tm «voit donn^ ». ft que f«it
#^pparence qine le nom «de nom fut éternifé par uxm
9»eHH4i lut fut donne' parce Fête dt dei- facfifieer. Ms*
ffe le Peuple Ce fouytnc ciobe le dît danafttSanilr
iaiÔottit dafbeouM tt^^eBc iwki^ '
DES Fables. i8j
Le Poëte Nonnus (i) dit que les Se- (o dîoh^
tyres naquirent de Mercure & de la ^^* »♦•
Wimphe Yphtimé. Mennon , dans Pho^
tius , prétend qu'ils tiroîent leur cH-igine
de Bacchus & de k Nayade Nlcée fille
de Sangar^ qu'il avoit cnjrvrée en chan*-
géant en vin l'eau: d'une fontaine oin
elle buvoit ordinairement. Mais ce ne
font là que des^ origines fabuleuTes.
. Quelques Auteurs ont cru que les Sa-^
tyres étaient véritablement hommes j
Se faint Jérôme a été de ce fenttmeAt.
Albert le Grand a penfé la même chofe j:
Se Pic de la Mirant qui Ta fûivi i dii^
tînguc deux cfpcces d'hommes^ Saty*
tes, &n on Satyres. Mais il efi pluS'
Ti;aiiôml)iable que l'introduâion des Sa*^
tyres dans le moaûe poétique, ef! ve*-
mre : x^ ds l'apparition de quelques
Bémonsp pendant les fiécks dttregn^
étt Prince des ténèbres, qu'oane peut
mettre en doute; a®, de ce qu'on* a yii
^elqueCois* dan» ks^boîs^de gros Sîn-*
ges reflemblam aâez à des hoimnes^ ve-»
Jbis^ou peutt-être des Sâti/vages qu^o»
prit pour des Sat3rrea C^eiile ièfttimenl
4e PHne qui prend (4) comme nous s- le^
Sétytes poof une di^ce de Sit^;!«^: H
184 EXPLICATIOK HlSTORlQUIfir
cet Auteur aflùrë qwe dans une môn^
tagne des Indes il fe trouve des Saty-
res à quatre pieds^ ayant aStz la reffemf
Mancedes honimes. Ces fortes^de SW
gQS ont (buveftt épouvanté lesr Ber-'
gères. Se pouffuivi queiqtiefois les Ber-
gers ; & c*eff ce qui a peut-être donné
lieu à tant de Fables touchant leur com-«
plexion amoureufe : fur tout fi vous y
ajoutez y àk Alcidon , que quelques
ibergers cou^verts- de peafux de chèvre/
ou des Prêtres de Baicchu^j ont fouvent
contrefait les Satyres, pour féduire
d^innocentes Bergères. Dès là , reprit
F Abbé 5 l'opinion fe répandit que les
bois étoient rcrafpfis de ces^ IHvinités
ittalfai(àmes^; Usr Bergères tremblèrent
pour leur honneur , Se les Bergers pour
leurs troupeaux. C'eff ce qui fît qu'on
chercha à les appaifer par de$ &crifi-
ces , Se par les om-andes des premiers
fruits, ou des prémices- des^ troupeaux^
On compoÊi quelques Ganti^pies , que
les Pafteurs chantoient dans les forêts ,
ôc où Ton: tâchoit en les invoquant de
ië les rendre favorables. Les Poètes
ayant trouvé la matière belle, inventè-
rent mille contes fur ce fujet. Les Pein-
tres donnèrent auilî quelque cours; à
leurs Fables > en peignant Fan Se les
DÉS Fables. iSf
Satyres comme des hommes. Telle a
été fans doute Porigine de cesDivinitéy
champêtres ; tel a été le motif de leur
culte & des fàcrifîces qu'on leur offroit.
Je (eroîs afTez de votre avis, dit Al-'
cidon : mais tant de grands hommes ont
cru le contraire , & ont humanifé le»
Faunes & les Satyres. Ah , mon Dieu !
interrompit Eliante , êtes vous efclave
des préjugés ? Penfez-vous que la plu-
part des Auteurs examinent les ma-
tières fur lefquelles ils travaillent ?
Croyez-moi;ilsne font que fé copier
les uns les autres : & dès qu'un grand
homme, un Grand Albert, par exemple^
a avancé une opinion , ils ne manquent
pas de fbumettre leur raîfbri fous le
joug de £bn autorité. D'ailleurs on aime
mieux ne fe point fetiguer par des re-
cherches ennuyeufes^ que d'éviter l'er-^
reur par un plus grand foin. Vous rai-
fonnez-lâ bien à votre aife» Madame ^
dit Alcidon. Mais que direz-vous , s'il
vous plaît, à faint Jérôme (i^ , lorfiju'il ii) Vie fLê
rapporte que faint Antoine allant vifî- p;^* j/ j^^
ter {aint Paul Hermite 9 rencontra d'à-: mc^
bord un Hyppocentaure , & enfuite un
Satyre, tel que les Poètes & les Peintres*
les répréfèntent ; & que l'ayant inter-*
^Qgé j il lui répondit qu'il étoit une de
*8j5 EjnPLicATioïSr HtstôRf que
ces créatures mortelles qui habitent le*
déferts, & que Taveuglé Paganifine ap^
pelloit Fauûes où Satyres ? il lai pré-*»
fènta même àa fruit; je crois que c'é-^
toit des dattes. Je dis, répliqua Elian-f
te , que c'etoit quelque démoiî, qui
apparut au bon' faim: ; auiîî étoit-il ac-»
coutume à en voir fouvent fous diffot
rentes figures (a). Quoiqu'il en foit ^
ajouta-t'elle en riant, pour les ^ttesy
je vous afïure que je les hd aurois laif*
fées ; Ah ! que je ne prerïdroîs rien' dtf
diabk ! Vous avez raifon^ Madame , dit^
FAbbé , apïès avoir applaudi à fa ré-^
ponfe; il faut redouter même jufqu'au^
prcfens de nos ennemis (b). Vous pou-^
vez ajouter encore , continua-t*il , que
le Cardinal Baronius dit que ce prétend
du Satyre n'étoît, npn plus que les au-»
très , qu^im Singe à quî Dieu permit de
parler, comme autrefois à l'Ancfle de
Balaam» Fort bieur reprit Alcidon:
Mais que répondrez^-vous à ce que rap*
fiyUAf^c, porte Paufanias (i) d^un certain Euphe^
mus , qui ayant été jette par k tempête
avec fon vaifleau fur les côtes d*une
(4) M MaiuSjdans fon Hi» avons trop de refpcâ ]>out
lloire des Anin^aux , tiaite S* Jefôme pour penCei ainii^
•ela de Fable* Mais noua
(V) • -' - TimtêDdKdos^vfldoudferentei.
* - Vif gjk. Etui.»»
ÎËe icferte, vit venir à lui des efpéceS'
d^ommes fauvagesi tout velus, avec
âes queues âerriere le dos , preique
«l(& . langues qiie . celles des chevaux ,►
ma voulurent faifir leurs femmes avec
tant de fureur y qu'ils eurent bien de
la peine à les arracher ; cd qui fît appel-
le! ce pays Tifle des Satyres ? Ptolo-
mée (i) dit que fur la mer de l'Inde tO Ge©£«,
«u-delà du Gange, il y a trois ifles ^*
habitées par des Satyres : & Pompa-
nîuis Mêla, ajoute (2) qu'il y a au-delà (i^Geofi^
de la Mauritanie y, dans TOcéan Atlanti- ^' 7»
que , des ifles , où il. ne paroit perfonne
pendant le jour r mais que la nuit oh y
voit de grands feux , & on y entend un
ferait cornus de flûtes Se de tambours ; &
que l'on croif communément que ces-
îfles font habitées par dés Satyres Pom-^
podbs au refte n*a fait que -copier la
relation du fenieux Annon chef des Car*
thaginoîs , qui avoit été dans ces ifles*
Et Plutarque (3),car je veux vous acca^ (,) ueSyXÂ^
bler d'autorités , rapporte que. du tems
de Sylla on trouva en Epire un Satyre i
tel que les Poètes les décrivent, qui for*
moit quelques voix feriiblables aux cris
des chèvres , & queperfonne.ne put ex-*
plîquer. L'Archiduc Philippe , félon (4) (4) Tiaîi^
Albert le (irand , eamcna deux à Geaes ^^•^««*
ï?8^ ExPLKÎATÏÔÏÏ HlSTcJUtQU*
Pan 1 5*48 , lorfqu'il y fit fon entrée : céi
Auteur ajouté qu'ort dn prit deux dan*
les forêts de Saite, 1*uh lûàle de l'autre
femelle ; que la feinelfe étaifit morte » oa
àpprivoifa I0 nfâle f & qu'on lui apprin
âiême à articuler qudiques paroles*
Tout cek n'eft pââf un' article defoi , je
tous Tavouê ; mais il me femble qu'oi<
pourroit y faire qtielque' attention; Je
téponds, dit P Abbé^qu'on peut fort bien
expliquer tout cela de ces elpéces do
Situes dont nous àvoifô parlé api-ès Pli*
(^z#f* wv; D^ (!)• Ge que dit f ompohius Mêla é
A'eft pas difficile à expliquer : Lor&
qu'Annon alla daftî? ces ifles qxifbn croit
être vers Piflc de feint-Thomas fur le*
côtes de Guinée ; au plutôt près^ de cet
les du Cap-verd , les habitans ef&ayés
fe cachèrent pendant le four dans des
cavernes', atlaiméretit du feu pendant la
nuit, & firent un grand chariyari, poui
épouvamer ces étrangers', & lès obli-»
g'er à fortir de leur iflè; ce qui leur
réuflît. Je veux croire cela, dit Alci-
don. Mais que direz-vous enfin du Sa-*
tyre qui paffa le Rubicon eff préfence
oe Céfar & de toute fon armée ? Voilà
ailèz de témoins, DieU^merci , pour
fendre la chofe croyable. G'eft à moi ^
f^il vous plaît à répondre , reprit £liaa«r
•DES Tables. t8f
Ic^: Je dis que Jules Céfar voyant la
peine que fes foldats avoîeat à paflèr ce
fleuve, en fit habiller un en Satyre f
pour çerfuader aux autres que puiC-
qu'une Divinité leur avoit montré le
chemin, ils pouvoient & dévoient y
çafler. Mais Diodore (i), reprit Alci- lOJJr.n
wn , dit que Bacchus , ceft-à-dire , Ofî-
jis ( car c^eft de iui qu^il parle en cet
endroit ) , fut accompagné dans fa Con-
•cjuête des Indes par ^quantité de Saty-
res. A cela Je réponds, dit F Abbé, que
quelques foldats de ce Conquérant
45'habillerent peut-être en Satyres pouf
<épouventer les peuples qu'on alloit fub^-
juguer ; ou bien qu'il mena avec lui de
ces fortes dcgrosSing^s qu'on trouve en
Afrique , pour le divertir , ou faire deç
gambades avec fes foldats habiilé^ corn-
me eux; ou ,^omme l'ont voulu quelr
«eues Auteurs, on lui amena quelques
Éthyopîens groflîers & tout velus ,
Îour le divertir & l'açiufer ; car ce bon
rince aimoît fort à fke , iî nous en
-croyons l'Auteur que vous venez de
'citer {4), & n'aimoit nullement à Ce bat-
Jtre, n'ayant entrepris ce long voyage
que pour apprendre l'agriculture aux
> (a) Dkm in y£thhpiâ sddueitur * quor pil^t $%
Î90 Explication HisxoRKiiTfi
peuples étf angersA mériterp^r-là d'êtrfl
mis après ùl mort au rang .de6 Dieiix«
Jl ajoute qu'il aimblt fort hsL danfe & la
jnuuque 9 ayant av^c lui plufieurs chai:^
teurs & baladins. Voius^pOuvez ajouter
À tout cela . qu'on n'a jasDatô fait tant 4c
' Jécouvert^ que d^uis deux iîécles^
£c qu'qn ne voit pas qu^on ait rien ti;our
vé de femblaWe aux Satyres. Aprèf
(i).chan. tout, fi nous en oroyons Bôchart (i)^
ti.x.i2. l'origine des Satyres vient du^mot Hà-
breu S^r , qui veiit «dire «un démon fow
ia figure d'un bouc: & c^eft pou«r.cela#
feloncet Auteur, qu'on les répréfente
comme des e^ces âe boucs danfàns •&
fautans d'une manîece fortiubrique f^}»
JNous pouvons confirmer jjiotFC fentir
;in)ent fur la itature deslSatjrres , par ce
Îui eft rapporté dans une tdlation des
odes Orientales (2) , ou l'on dit . qu'o»
tenv aux inf trouve danfiTifle de Céil^n des Satyres
dcf , t. 2. ^^ Bj^iaifis , que les Indiens nomment
iOfitngs , c'^ft-à^itre h9wmâs f4M94ge$. Ils
fontprefque4é la.fnême:figQre que les
\^utr«s hommes, ont ie à&sitQvit cour<
vert de poil 4 le nez plat.iâc le Vtiàge
(4)LesAalMns^aduirciit le Démon tki MMy ; èc
le mot. J&ircw/ par celui de par les Vêint , donrpaile
Satyre , 6c le mot .)4fr|at Ifséie , m entendent les S*«
tcelui de Bovc ,on de .Di> «Éyiet , babkaRS du àÉfeu^
©ES Fabi-es. ipi
^ivuic % ils font robuftes , agiles & har-
^dis. Oà en prend avec des lacets; & on
ies apprivoife fi bien, qu'on leur mo&-
tre à marcher for les pieds , ou plutôt
fur les jambes de derrière. Ces Satyres »
ajoute l* Aiiteur,rendent de bons lêrvices
à leurs maîtres ; ils lavent les verres ,
verfent à boire , tournent la broche , Sc
"balayent la maifon. Un autre Voya-
geur (i^ dit .que du tems qu'il étoit à ^Ci)Vândrti
Angola on tua a AJanicongo yn de ces
Jiommes fauvages , qui avoit le corps
jiériflfé de poil , le nez plat , les narines
Jarges , & une queue fur le dos. On le
prit dans un arbre oit il étoit avec fa fe-
melle & fon petit, qui fe fàuverent. Da-
-per dans faKelation de l'Afrique parle
ti'une autre efpece de Satyres , qui font
- encore plus relïêmblans à l'homme» C'eft
£ins doute de ien^blables animaux ré-
pandus autrefois dans les bois dont la
terre étoit toute couverte , qui ont doiv*
né lieu de les prendre pour des efpéces
• d'hommes : ^Sc je n'en fiiis nulknaem Çvlu
♦pris, puifqtj'i^s reflèmblent beaucoup
plus aux Cafïres & aux Hottefttots qui
habitent dans ks extrémités de l'Afri-
que , que ceux-ci ne reflèinbléAt aux au-
-tres hommes: & on auroit moins de
fujet dé s'étônner^fî'on aveit regardé <cé$
î^^ ExPLiCATiaN HISTORIQUE
•derniers comme de véritables Satyr^^ j
^ue de ce qu'on a pris les Singes dont
nous venons de parler^ pour de véri-
tables hommes. Mais en voilà aflez fiir
jcc fujet. Difons maintenant un mot de
Faunus, de Silvain & de Pan, que Ton a
toujours regardés comme des Divinités
£hampêtres , Se les pères des Faunes 3c
4es Satyres.
Favnus. Faunus , fi nous en croyons Virgile
<i) Enèd. 7. (i) 9 étoit fils de Picus , dont nous par-
lerons dans la fuite , & quatrième Roi
d'Italie. Il vivoit du tems que Pandion
f égnoit à Athènes » vers l'an 1 3 lo avant
Jefus- Chrift , cent vingt ans avant la
Guerre deTroye 5 ou un peu plus tard,
û nous en croyons Denis aHalicar-
fiafle, c'eft-à-dire du tems d'Evandre Se
d'Hercule. Ce même Auteur ajoute ,
qnç c'étok un Prince rempli de bravou-
re & de fageflè ; ce qui « apparemment ,
W 0?Me,. £t publier qu'il étoit fils de Mars (2).
* Xaftanee nous apprend qu'il étoit tort
^religieux- Eufebe .^ft de l'avis de ces
deux Auteurs , lorfqu'il place Faunus
dans le Catalogue des Rois Latins.
. Comjiie il s'appliqua pendant fon régne
. à cultiver la terre , on le mit 9 siprès ûl
tnort j au rang des Divinités champê-
tres 1 <Sc OA le repréfenta avec tout Vi^
quipage
DE^ 'Fables ijj
^tapage des Satyres (i). On ailuroit (x)Uf*u
même > qu'il rendoit des Oracles; mais
cette Fabk rfcft fondée que fur Féty-
molagie de fon nom ; car Pim en
Grec^ dcfarirtn Latin, dont il eft corn-
pofé,, ûgrti&c parler r. & c'eft -peut -.être
Îar la nniême raîfon » «qu'on a nommé
'auna & &mme , Fatua , comme qui di-
roit Fâtidka, Devinereflè. C'étoit une
perfonne très-chafte^ û oous enxroyons
yarroft (:2)^ & Lâûance , qui l'a copiée C* J^»
va jufiqu^ dire j qu'cJle^pouflk la retenue ^ **
& la pudeur.Jufqu'an point qu'elle ne
voulut jamais voir d'autre homme que
Çcm mai^ Etlea'Vôit'acGQutûmé de pré-
dire l'avenir aux fenunes^ comme Fau«
nus en ufoit à l'égard des hommes. Tant * ^
de bonnes qualités la£rent mettre, après
fa mort, au rang des Divinités ; & oa
l'appella /tf Bomu DéeJ[e. Les femmes lui
oi&oient des iàcrifices dans des lieux oà .
il n'étoit pas permis aux iiommes d'en*
trer.î^e fçais<}ue Plutarque (3) & Ar* ;(i)QSJLom.>
nobe ne parlent pas li avantageufement
de Fauna , que Laftance & Varron ; &
-que ces Auteurs cr oyent même qu'elle
étoit un peulîijette au vin* Mais auroit-i
on divinifé une perfonne qui auroit eu un
iléCaut fi basj& fi indécent à ion fëxe ?
CeuX'^ui v^eat rapporter les Fables à
Tom. II. I
fi)4 ExPLïCATioïf ntsrofiiqxjÉ
Palliégorie , ne manc[u^nt pas de dire ici 4
^ue Fauaus & F^jtua p$ foai: que des.per^
fonnages feints p £^u$ |e nom defquels
)ies Payens adorokm fe Terce,; & a^u^'û^
neibatconnas ea Italie^ queparoe qu'E^
Yaadre apporta d'Atoadte le culte d^
ces Divimtés. Mais )es témaigiiage^
ibrmels de Varoa^ de Dems^dl^Haiioar^
Baâp , de Pludgrque & de ï^aâaïKre > dodk
ifent Peniportçr iùr cçs AU^gcKriihï^
^ui ite font tombés daAS cette erreur^t
que pouf n'avoir pas içû # que io»
vent une menie perfonne étoit -^ danf
(I) Voyei la Théologie Payenne ^ use pivini^
? i"' d flbf ^ ^^^« ^ patttrfille(i) joe quîposiFf
dans Te qua- taftt eft Ift cl^ d^ |a plupart d^s £at
tiiëmcEnwc- y^g,
"sylvanus. • Sylvanufi ^ fek>n ovielques Auteurs p
X*)i'«ai. ^^^^ ^i* djc Fatiuie. rktarque (2) dit ^
Hift. 2z. ' qu'il étpit fil$;de Yatériiis 4c de Valérîa
(3) Sut rîE- »' fii^c» JÇliûn & Probw.(^) lui donnent
glogue ^. 4ifié lorigine i^corip plus infâme : maïs i)
' \ «fi&ut ^as blei&r vo$ chaâes orâUllea ^
l^ar le récit fabuleux des amours d^ Cra^^
"Ans* Ce Princ,e a été trè^-femetix dasis
jte pays des Aborigènes ^ ou anciens I9
taUeas , par le foin qu'il prit àç FA^
griculture $ [çç qui lui mérita les hon^
iievrs divins. Oxi croyoit qu'il avoit
ifoin p % $o}f& > : des li^àâte^ è^
iÂaaips (4). U y a apparence , au relle^
^u'on donna le n<»m àt Faunes Ôc dé
Sylvain^ a^ux' enfans .^'on trovira dans
les Bais ; Se c^â ppur odia qù^'OH fiegacdc
<^Piînçe Çidmifite iieitr'pere : du mon»
^ftnbl iur j 0ue le jUs-qu^fnëe^utdeLa/»
wkÀSL 5 late fut appelle Sylvnis^ <|np fsx*
«e <|u^UétoÂt lieras Ias Bais. .5/ ^
: i.Qnrcelebs$>bà41hanoeYirtk 'oesjdffût '
i}ivinité9.*rd^ Fêtiez ^u^cm ap^ettoidLni»
n^cak^ZiE^mdtQ leRaÀi^t;ui{ttt»çes'à
l'honneur de Fauni» 9 iorfque chafOS
^'Arcadîe* pouraivoirtiié'fan'pere >ilfe
relira en Iteàit » & y £at três-*bien reçu.
X»e mot de LÊtper^Les- veooit'de Lufus^
fiarce fpi'on y îmmolok on^ chien , eonen
4ni du loup ipoiir pri^ ces Dieux de ga^
mntbr le« troupeaux contcè les ioiqïs ],
félon Suétone. Il s'étoît mêlé dans les
Xrupércales une cérémome fort fîngûllé-*
5;e : oe y faîtbit courir^ par les rues ^ de
Jeone^genstoiitnuds^ eniuémoiredèce
.^qu^iai jcLur, comme on Iqs célëbrciti^on
.vint aver^ le^Petiple ^ que quelques vb^
leurs V^Qient jettes fur les troupeaiK
•4e U campagne ; ceux qui les pourfuivi-
jnent.i ik déshabillèrent pour courir pl«(s
facilement après 'eux^Augufle retrancha
f ♦
.f>
\
fp($ Explication Hisf ôriquiî
cette cérémonie , qui avoit duré depuis
(4 tnjttiguft. le tems de Komulus {x).
Pan. : Nojis avons pylé du Dieu Pau , fidf
vanties tcaditionsrJBgyp tiennes : voyons
tnâîntenant.ce au'en peiifôknt les Grec^
Erefque tous )éur«' Auteurs conviens*
cieat qac Pan étc^t fils de Pénélope Se de
(a^ Hetod. Meroire (2), qvi fe-métatfKM'phofa ea
i^.pitt Ï.UC. g^^ g^r , jg ^^^. Teigetj !, dù cette
JB tiKeflè g^doit les troupeauk'd'Icarius
jbnpeiie<iii)iB^aiitres Ibi doïiâént à^Mh
tres'pacens : de <]ifti fait x:r6iire qu'il y a
«ùpUeurs perâmeirde ceaobi. Noh.
(1) ).m 4* jius (5!) en-cômpte douze : le plus ancîea
,dl càui d'Egypte 9 dont ^arle Diodo«-
4re ; «Se U eâ: 'Vj:iifemblable » que pou|r
..poiiyrir qudque g^ariterie de Pénélo^
»pe> on fit intervenir Mercure » & ou
;ilànna à foh fils le «om de Pan.
► ' * Apparenuneot que Pan (è rendit re«
fiComma&dable par le foin qu'il prit de
^Cidiiver ia terre ; ce qui le fit regarder ^
fdaps- ia vfùke » comme la Divinité des
..fieis ides Berger^ & des Troupeaux (^).
^Ou avoit coutume de l'habiller en Saty<-
re j 4es cognes i la tête 9 des .pieds de
?.Chévre> ayant la face rouge 9 & tenant
Ac.^ font fiU de Pénélope (6) Vicgi(e appelle Pa^
ft de fes Amaps I «ni Tctl»- mtêmncufiis^- -
fkifjgïà, feàdaot raUeace \' > -
. î>ïs Fables; t^f? '
j^une main une baguette y' & de l^sntte
cette elpéce de flûte , que les- Grec*
nommaient Syrinx ," dont il étoit l'in«^
venteur , & fur quoi on fit la Fable que
je vais vo\is dire'.
Oti dit que ce Dieu pourfuivant uh
jour une Nymphe , liommée Syrinx, fille
du fleuve Laden y dont il étoit devenu
amoureux , les Nymphes de' ce fleuve la
changèrent en ro(eau. On ajoute , que
Pan foupi^oit auprès dé ces rofeaux ^&
que l'air , pouffé par des Zéphirs", répé*
toit Ces plaintes > ce qui kii fit prendre Ul
rëfolution d*en arracher cJuelques'-u^s^,
dont il fît une flûte » fept tuyaux (a) y
^ porta le n^m de la Nymphe,
ha vérité dé la Fabfe efl , que Pan
çrit des rofeau^ du fleuve Ladon » pour
îake cette foïfte de flûte , que les Grecs^
notoment Syrinx , après avoir remarqué
tfue VtÀr a^té y rendoit quelque efpéce
de fc^ ; ce qui donna lieu à la Fs^le ât
au nonî de la Nymphe :
Panpnmus caUmot ctrdconjmigire plurtê
htftituit (ly. ^fOVÎr».
Je (çais bien , aii refte , 'qu'Hérodote
(2) remarque judicieuferaent y qu'on ne (») j^ luttrf^
9
T •••
4 é '
.H».
croyôlt pas' qiie Fan fôrÊuft ebumicai^
£atyre fma» on ftic bkâ àife de loi doû»^
fier Fëquij^age des autres ZXivinité»
champêtres : & ce qui peut y avoir don**
fié occafion , eft la FaMequi difoit , que
Paît ayant trouve en Egypte les Dieux
échappés des mains des Géan5 y leur con^
feiUa , pour n'être pas reconnue ,àQ Cff
révêtir de ha figure db- dii^érens ani^
maux j & que prour leur donner l'exem-
ple 9 il avoit pris celle d'une Chèvre : ii
combattit même avec beaucoup dfe vi-
mjswTr en? leur faveur x^ontre te Géant
ïyphon j & les* BieuM , pou* te récom-i-
{yenfer r le placèrent dlans H Ciel r & ef^
formésent te ffgne du Capricorne : At
c^éft de-là qu'eff venue la coutume die lé
icpréfentèr comme un Satyre.-
Il n^ eut point d'èndïïoit dans t^ute^
ia Grèce , où ht Rmnîté die Pan fot ^h»
Uanotée que dans l^Arcadie {a) i ott
croit mêmex]ue c'ëft là oà ii r^^dô^it &»
Oracles. On lui; af&oit en §à:cm&ce t ék^
miel & du lait de Chèvre ; & on^célé-
broitauiÏÏen Ton honneur léaLuperca-
les , dont Evgiidre porta les cérémonies-
ch Itafie^ 0]l^attr%uëâufliip)Hfie^i^ M->
tces chofes ai» Dî^^ Paît r comme dV^
voir découvert à Jupiter le lieu oiù Ce-
' («} 74» DtHS ArciidU. ¥itfiie » EgU «o*
ilki s'ëtok cachée , après VetiéveitkM
de Proferpîne» Jtipiter , fiir cet avis i en*-
voyà 5 dit ^ on 5 les Parques à fa fïlie ^
|)our la confoleir , & Tobliger ^ par leurs
prières , de faire cefièf h ftérilité que foti
àbfence avdit caufée fur la terre (l). . (i)TMuféut.
Si cela tfeft pas uhe allégorie > faite aprè$ *" "^'^ *
coup , il feut dire > que quelque Prince »
qui pot tpit ce nom du teins de Taiftic**
âon de Gérés , lui donna quelque bon
confèil* Après tout , il taut avouer
S l'on ne fçait rien de ftir de cet aiïciea
ieu y là du tems auquel il a vécu. Afois ^
dît Alcidon, vous hé dîtes rien de^ rei^*-
i^urs paniques , dont oti attribue l'origî^
tic à dette Sivinité y ayant infpiré aut ^
Gauk)is qui étoient allés $ fous leur
Chef Brenrius , jufques dans la Grèce »
tane crainte fi iùbite 9 qu'ils prirent la fui*
te ians (çavoir pourquoi. Il y a appa-
rence , rd^ondit l'Abbé , que les Grec»
ayant idit retentir peridant la nuit le
Honimyâérieixx: de P^ï^ inffirérertt cet- ^
le frff^enr amc Gaulois. C'eâ^ de cettç
maniéfe , que les Athéniens mireiït une"
im ea fuite l*A*niée redoutable des
iMIédes. PItitârque cepeiidant rapporte
(2) une autre origine des terreurs pani- ^\p^j^
ques i & dit , que les Pans & les Satyres » gô^
eâGrayés de la mort d'Ofiris , que Ty*
I liij
200 ËXPMCATrcnf HISTORI(ÎXrr
phon avôît maflâcré inhumaiittarferit ,• fiv
rent retentir les rivages dirNil^dè lëurr
• hurlemens & de leurs plaintes»; & que
depuis on appella terreur pAfùque , cette
crainte vaine & fubite^ qui furprend;
uiiX^T* Paulien ( i ) rapporte L'oirigine de ces
terreurs , au flratagême dont Pan , Lieu^
tenant Général d'Ofiris, fe fervit pour
dégager 1^ Armée de ce Prince , furprife
la nuit par les Barbares^,' dans une valv
lée : il- leur ordonna de jetter des cris Se
des hurlemens épouventables , dont les-
ennemis furent lî effrayés , qu'ils- prirent
la fuite. Si vous n'aimez mieux j après
tout , vous en tenir à ce que ditrBochart
i^d) 9 que PJaan'apaffépour êtîrt; la caufe
^ ces terreiu's , que parce qu'on expri^
me en Hébreu, un homme épouvante V»
par le mot de Pan ou Phan»
il eft btîn de remai?quer icr, en naft-
fant , que pîufieurs Sçavans confondent
Pan r avec Faunus & Sylvanus ; âc
croient que ce n'étoit qu'une même Di-
vinité , adorée fous ces difFerens norns^
Ii€ Père Tbpmaflîn j que vous pourrez
.fconfuker ià^leffus, le prouve par pliè»
iîeurs^ exemples tirés des témoignagtés^
(a) Idei Tan tUeituf Ut» Vtl Phan heùtéiUè is dicitmr
ftfts f.wU9t immitUre t W étUmitus fiufitm Chafti
f«ÎA tHUtm liitifis B«i u u^ it*..
DEsFaBLÉS» 201
des^ Anciens , aufquels il pouvoît join^
dre l'autorité de Probus, dans (es Com-
mentaires fur Virgile , Fenefiella , &
pludeurs autres. Les Lupercales mêmes
ëtoient également célébrées à l'honneur
de ces trois Princes , qui étoient , à la
vérité 3 difiërens dans leur origine > mai^
qui furent confondus dans la fuite , parce
ou'ils avoient également contribué à po«
kr VeCDrit des Latins , & à leuif apprend
dre rÂgriculture.
n faut avouer pointant , qu'on a foit
allégorifé la Fable de PanV cans k fiii«
te; & que ce Dieu a été regardé comnle
le fymbole de la nature. Son nom md^
me y en Grec (a) 9 fignifie tout : attiH lui
met-^on des cornes à la tête , pour mar"-
3uer»difent les Mythologues^les rayonift
u Soleil ; la vivacité & le rouge de Coh
teint , marquent l'éclat du Ciel ; l'étoile
qu'il porte (ur fon eftomach , eft le fynf-
J>ole du Firmament ; 6c Ces pieds Se fes
jambes couvertes de poil , marquent la
Îrartîe inférieure du Monde , la tefre >
es arbres & les plantes. Les Egyptiens «
après avoir adoré le Soleit, fous le nom
d'Ofîris / la Lune fous cdui d'Iiîs , la
Terre & le Blé fous la forme d'une va-
che 9 ScCé adorèrent toute la nature fous
I V
.a02 ExVLlCATlOU HISTORIQUF
lefymbole de Pan. Aibfiil y a beawcottp
d'apparence , que le cube de Pan a» été-
porté dans^la Grèce par les Egyptâcm^f.
& comme ce Dieu a été pfeis honoré en^
^Aîîcadie , que dan^ks^P^aVoifios^ cm
a cru quUl ert avoit été %ol: A moks
^pie de dîne > reprit Aleîdûn> ^e qudk
<}ueRoid*Afcadie ayant porté eenonr>.
on* Ka confondu dans la Suite avec Tan»*
.çîen^Pai»»^ qiui^eft ùtùs doute une its^ pbis-
anciennes Divinités, du PagantÛAe. Ob
J^^ ir,ou»f^Ten;efièt 3f dÎÉ KAbbé , enEgy-
4IQ >fdur. teimS' tj^o Ses Dîeuoa ^ attstc^ués*
jw les Géans j^'y rtéfcgiéFenfey &, fo-
tf ifi. Vd^ ^ Plutarque ^ï) , ksTaûs Si k*Saty-
£iis. fi^s forent k$ presaÉêt». qui pkurérent la-
(i) Liv. I. JBfko^t d'CWîrisv I>ipdorera:J!emlc (:a)taoffi ^
vO^^ Paiï aeeofupaghtr Baccluisi dans &
rÇonquâte^ desi^ iii&» : or >: Iblon toutot.
^])$»â|»f ^ilefïdes^le BaQchw ^iti fit est^
(3) Voyei JG«û(]^èlfe,.éèoiijEg5^ieni(j3r)t5*ptdf^
iié^JEn"^: ^*^^^ 0firi«'feii-nîê«e. LcsJS^tiené^
fHiAoifc de iii)€»£9^ef oyons Hérodote rmottûôftsie.
«acchw. jp^^ ^ lionne des hui^ grandes Divin
jQÂtfés; .Ce lâéme Anfienur ajbcae> eoimoe
Aou» levons! dit 1 ^^.diami k lûllb lér
JMiead^s^^. qm pc»»toit «rnémi^ àeâufe dkr
l^iexi PàO' qioi y élott âoniQcé fcm» la £.
ipifie d- itt Bo^tQi.9:pfi^tMtmtis9,àan
h..lwgfii^, d4>Pa¥S «ily avoit. utt fiante
éonlacsé à ce Dieu y après )a- âiort &q^
qad tout le monde était eivduëil , c(ynt^
me à Mempbls, af>rè5 la mort d^Apî^.
Que fi on k repréfentok (bas une figufie
fi ïôieufe , G'eô ^'on le r egfardok cont-
ne leiyjd>olc de la fécondité de FEgJ*-
Ç;e ^ oa {dutdt parce qu^il était te Génie
atdaire ou le Démon du Pays : or }és
Démons » dans rEcriture , font fouvent
«ommés fihfi : le terttie niéme S'€hifm\
fij^niâe mn R$uc. Les Grecs ^ qtiii ne {yif-
ttétrér^tpas cette raiibn y en donnèrent
^zSégçfnsfaM , comnie nous venons dfe
le dire. Ce peuple , au réfte» ne reçut qo^
San tai^ le culte de ce Dieu , puifque
{es Poètes pubfiérènt qu^k étoit ûh de
Pénéky^e* Ce fut Evandre qui le fit ho*
«ofser en Arcadie , Se qui lit célébrer à
^lï honneur tes fèteS' qu^on avoit inftî-
9aées' aUpâr^Vaût^à l^honneur de Jupitet
M^s y reprit Alcidori 9 qtae dites-Vou^
■de cette fameufe voix qu^on entendit feir
ie cirage des ifles Echinades : LtpànA
FAUt^WUH ( I) ,^ qu*iïn Matelot^ noifihi. c i ) Twît^
iùé Tlianauff , affura avoir entenduef Je ^*Vj* * ^'^-
Sçzu bieti qne ks Aôrolôgiies dfe efe , *
tXEiffs-làdkenl àTybere, qu'elle cfeyok
«?cntôndre de* Pan- , jSls' de FénéFope *:
mais étoit-il ca vie encore plw^ëe ï200
I vj
204 Explication historique
ans après ? Je penfe , répondît TAbbéy
que Thamus a voit été fuborné, pour
épouvanter ^Empereur : il vous n'aimez
mieux .dire , avec Eufébe ^ que cette voix
étoit furnaturelle , & que Dieu vouloît
.par-là ^ apprendre à FUnivers la mort
du Meflîe> arrivée fous le ré^^ de cet
Empereur Romain. Et pourquoi ne pas
dire ^ reprit Eliante ^ que c'étok un Sylr
phe ou un Gnome 9 qpi apprit cette nou*-
velle à la Cabale f C*eft le grand Para?-
celiè ) Madame ,. dit Alcidon-/. qui vous^
a fourni cette admirable penfée ;nlut qui
.croyoit que les Satyres & les Nymphes
n'étoient q}xt des Sylphes Si dos* Gno-
jnes ; & qtti a mérité , par fes: rares déé-
.couvertes ,, d'être un des principauir-
Chefs de. la Cabale. , & un digne de&
cendant de. Zoroaflre. Jîe pui» même
•vous aflurer^ Madame ( mai^^. s^ihvotm^
plaît y que cela (bit dit entre nous ) > qu'il,
trouve-encore aujourd^ui bieades Par-^
tilàns : & les Cabaliftes • . • Mais gar^
dons-nous de révéler leurs féeWsy dè-
peur que quelque Sylphe vindicatif ae*
nous, traite comme, feu^ le CcMBite de
Gabalis f que devant Dieu fbit fdn amâ
Mais en voilà atCez au fujet des Faunes^
.&: des Satyres ; dkbnsrun mot des NjpBfr-
phe&oudes Nayades*; .
f
i>rs FabliêTs. 20f
Les Nymphes étoient parmi les ^^^^
Payens des Divinités champêtjes atta- 5«7Niy»3S|.
chées auxBoi»&r aux Fontaines, ou qui *«•
Îréfidoient fur les Eaux , les Fleuves &
îs Montagnes ; ce qui leur fit donner
plufîëuf s noms. Celles qui habitoient fur
la terre retenoient le nom de Nym-
phes ; celles qui gardoient les Fleuve»
& les Fontaines,étoient appellëôs -Nay a-
des : on nommoit Lymniades celles aur
habitoient les Etangs ou Marais ; celle»
qui préfîdoient fur les Boccages , Nap-
£ëes r celles qui fe plaifoient dans le9
ioisjDryades ;:.ouHamadryades,fi elles
étoient attachées à quelque arbre par-^
ticulier; & celles-ci naiflbient Se mou-
roient avec lui : celles qui étoient fur les-
Montagnes 5 Oréades (4); & celtes en*»
fin q ui habitoient cdanS'la Mier, Néréi-'
de^» On leuroffi'oit en fêcrifice du lait^
de l^huile Se du miel ; âc on leur inmio*
loit même quelquefois des chèvres.
. B n'eft pas aile de dire guette eft Pb-
rigine des Fables qu'on débite lur les
Nymphes ;. car de vouloir rapporter
(4) Tous ces oems ma>« qu'elles tiroîent', oa du liev
qaoienfi> en Gzec les lieux de leur natâance , ou plutôt
^u*-eUes halntoient. Foyei^ des lieux où elles étoient:.
NT Comte j /. 5 e^ it. Elles adorées , comme Pau£mur
«nteuauffi plufioirs autres & Sfiabofi kl infeipi^» 4
aoms y comme lonidesf, lî^ tentt
mtsûàe»^ ^ cent autica».
» i
tout ce qu'en ont dît le$ Portes,! à de Jm^
|Jes allégories, c^eft ce qui: n'eâ pà»
£>iitenaî>le. Je ne iaiâ-ois nie perfifwer
ifa^oa ait voulu feulonent nou9 laiâsr
feus ces fymlK)lès l'idée ^9 proptiétëè
de Feau & d^s corps humides^, €p£. CoM-
tes Blindées de la gâmératiûit' de» atérei
te deâ plâiAeSj paiHse que pea^ti^ h-
mot de Tl^ympht vient de Lyntfha (^
^ veut dire de Z'^fn -, Se qne c^eft pour'
^ia gu'Héfîode kfs £ii(r naître de l'éca^
meèeh Mef yaitifr ^^ Venus ;:& cpjtfoir
mou» dit <|u'elles étotenti nieres; des Fk^
re^ » filk^des £at»&ouide l'Océsui^t^ fib
teâe. Aiïifi je cioisqueFidée desNyh»^
phes efi^ venue de^opimoi^ oà l'on étoit '
fiâckmiemefit f mie les- aihes^ des mott^'
earsKDierlt aufcmf des^ tonàsâàux air leuni^
cidrps étoiedf enlevés r ot^dani' tes lie«it
(pfT>e\Anfr. otf'dk^ ^^ent ))a!)ités pendant bnir
vymph* , f. j^i^aar dwis'ce monde : c'eil k &iriciiïiefib
*^it)DeXeg. ^^ Pbiptoe C^)*^ Meurias remsffqud
X4C. £biff àpropoS'làHde(&s (Iz)^ que le mot
OJN^M GjTeç Njimfbè (^y, n'eu atitte que ier
sa^ Phéfiieteii MefIfAs \ qui reut drié
4Mfe: ) (Sç iiajouteqiie cette opttiiD0> ain-r
fi que pbmeors autres de ce tems-là^
(a) het Sçavaas donnent bteu , nmph , fiilUte ; d'oà
à ce nom plufieurs autio* ks Grec» ont iaitIeuT»Na|*'
ctyriiologies* Quelques-iNM pées. yûfff% U 7. Thvm^
le feoc^ venix ^ mot Ué- iitf^wifo»-i^«A, ir ft««^1l^
t 4
VISÉ VjLttS^ OiQff
%éssM Tenue des Phémcieti».
V^nt eiitetKÏre mieuir cetee p€fi(€e > it-
&ut vous reiK>uvenir qu^avant le 8ylié«*
tte des CbdfAp^ Elî&es âk du Tartare^
dont Vo^tÀon nf'étoit guére9 phia an-^
eîeone papmî les Grecs qu^Opbde ft
Homere^on csoyoii;,ou (}ue tes âmes de*
meuFoieflt auprêsdl^tainbeaiiir^ou dafls^
ks jardins & les bois dëlîcieu« qu^elle^
â^fioient firé^ientés^ pendant leur vie t
on fegfardaii: même ces^ lieuse a^ec toi^
fe^eâ religieux'? en y iavoqtïoit fcâ
entres de deux ^oa crof^ y habi^
ter ; on tkM^Àt msèmt de fe ks rendra^
fevorabte^pap des> rœuK A: des fâcri^
ice^> afin dJe ks oMi^ à veiller fur
tes troupeaux & (&r ks maifem. De42^
cft reiiitë rducienne* coutume dé fecri»
fler (bus dîes^ arbres yerds ^ feus k(^uel^
(Êftt GËOjok (]uie ks ames^efrafi^s Se ^m^
Ibknt beauc^M^ rcôutJume a«i«fefofs fe^
meu& chëia nos anckns Giaul^is em^ Cet*-
fesr ^u^ &crifioknt fôùs de» chênes ,r
q^ en bngue Cekîque s^i^eHoîent
i5iFwrdè*làfc»flom* des Dryades ék Ra**
madryadeS' y oa de ces Nymphes' qui
Babît aient' 4*àn^ îès bois,.
Mais ce qui donne encore beauisovp^
ie crééSt à cette opinion, c^ëff Kdéè que
foa MfMt çiectetts ks Aftres étamn*
û08 ExptîCATioïr msTORixixfÉ
'fr)Voyct animés (i) ;.ce que Ton étetidit enfuîte
•e que nout jufqu^auxFIeuves & auîcFontaines^à qui
jvo^^udan. ^ Jonnadôs Divinités tutélaires. Voilà
foutes, à b qu'elle a été l'origine de ces Divinités
champêtres: mais ilfauta vouer qiie dans
la fuite ^imagination ppëtique s^eft doa-
née des^eflbrts ; & qu'on a pris pour de*
Nymphes ,- iufqu'à de fîmples Berge-
jpes (4), & des Dames illujftres dont ori
apprenoit quelqiie avanture (^). Ainfi
aos Poètes fidéles^imitateufs des rêve-
ries deà^ Anciens, appellent ordinaire-*
ment du nimï' de Nymphes^, les belles
perfonnes qui entrent dah^ les fujets de
leurs poèmes. Enfin on peut ajouter ce
Ca^Ii.3. que dit Diodore de Sicile^(2)> queleà
lemmes. des A tlantidés étoient cornmu*
nément appellées Nynaphes :• ce qui me
fait crcfire que c'eft en ce f^ays-là que
prit naiiTance l'opinion de l'exiftence
des Nymphes ; parce que les Poëteâ
croy oient cbmmunémentravant lefyftê*
me de l'Enfer Poétique > que c'etoil
dans les Jardins délicieux de la Maurita-
nie Ting^tane , ou près du Miont Atlas j^
(a'j'Oe^foutctUrfum' nembre des Nymphes étok
^ome qu'Homete appelle lédoitàdèuxcens. H^fiodc
KyiDphesPhaëtafe&Èiin' eh met' croîs mîiUe v & Je
petieycelles qor gardoient penfe qa'i( étoit apfts axbK
en SicUe les troupeaux du traire « v& le nombre det
SoléiU perfonnes à qui on a donn^
:• i^X $elott. Serpui « k loai^ift4cN|jiifjMS.
r
ru% Aîtoîeht après^leur iHort les amei
[es Héros.
Maïs dites-moÎ5 reprît Eliante, les
croypit-on immortelles ces prétendues
Divinités" fNoii pas tout à fait , répon-
dit l'Abbé : mais on s'imaginoit qu'elles
Vivoieiït très4ongtems (l>Héfiode(2) (OPtutoatk
les fait vivre plufîeurs mÙliers d'aftnées ; ^*) ^»3r*#v
J^lufarque a déterminé le nombre de
leurs années, & il a réglé la chofe à
P720 ans (4). Expliquez-nous , dit At
cidon^ ce qu'on a voulu dire par tant
de métamorphofes de perfbftnes- chaxb-
gées en Nymphes, en Dryades, Sec.
Je paife , répondit l'Abbé ^ que^ lorfque
^elque Pririceflfe étoit enlevée à la
chafIe,'ou qu'elle périfibit dans les
fcoiy, la reflburce ordinaire des flateur*-
iJtoit de dire que Diane ou quehju'autre
Divinité favorable l'a voit changée ea
i^ymphe. Oh dîfbit la même cfeofe dé
celleS'^i par defe^oîr feretiroient dan»
les bots poxir y pleurer leurs malheurs j
car fî elfes mouroient auprès de* quel**
tmos fontaines , on ne manquoit pas de
«ire qu'elles en étoient devenues les
Kymphes,. 6t onfaiToit là-deflus quelt-^
Uy I^am fofi-trairé de lâ ment mcoyaUe, qpel<|ae àl-
ceUation dèi Oncles , où il légone qu'on y YeuiUor
fiût fin ccfiife»^ ua xaiibmic* cbcKhctb
que Ppëm€ où l'on doonoit* à U fotlP
taine le hom de la PrihcefTô. Qiie me
direz-vous , reprk Bliante ^* d^Egelie f
cette célèbre Kymphe <pxc iivimSL Poôv
{lilius alloit û ibùyeht confultâr dai^
a forêt d'Aficie ? Je crois, répoi^lk:
r Abbé i que ce Priàce , pour perfiiader
au p^upie Romain que le culte religieul:
quil avoit deflèin d'établir r étoit di-
vin , publia qu'uïie Nymphe lui en dic*^
toit les cérémonies } & il ià venta ce'
prétendu cômnâerce ave Égerie. Vout?
içavez 5 je penfè ^ que les^ Româifis for^
teht âfTez crédules potcr aller chercher
après la mort du Roi cette prétendue
Nymphe ; & que n'ayant trottvé qtr'une
fontaine dans l'eridroit où Ntûna fe ré^
lîi'oit , & où vraifemblableMènt S avo^E
fait quelque aâe d'hy dromiancieiComme
le prétend fklnt Augoi&r^ off /înSàg&ât
que laNymphe a vole été changée en foDr
taine. v ou^.devea juger ^ cet exem^lr
de toutes^l^s autres Fables ^'odr a par
bliées au fujet de» Nymfiied ois éesf
J^avades. Nous ne dkoM ritâ^ aa teSk
4k la belle dsfcriptioA que fait Hometfr
.de PAntre des Nymphes ;, aï de cû^
vers , où Horace nous répréfente Bao^
chus iniiruiiànt les Nymphes (m) r car
iy«rff A«t«?. art
Iftf feriez point conHMie ^ aUél-
gùfies qu'oiî dit y être peniermées; ft
encore iiioin^ des obfcénitës qu'un Pbi-^
fofophe 'Stoïcien, homme grave & fé*
rieux, a débitées là-deffus (ï).Mais il eft ^^(^l^^^^\
tems dte vov^ parïer d^s Divinités Doi- jj^na^fonïi^
mefti<p2es cjue Taveu^e Pa^anifme àdoi »nu tuft«
Toitjje veux dire desLarcs & de^Pénâtes^
Les Dieux Pénates ou Lares étoient i>c« dîoi»
€e certaiiïes Divinités choifîes 8c ado- J«^^* P^-
ptées pouf garder 8c protéger te^villes
&Ies maiibns particulières , aufqueiles
tm ks eroyok attachée», & qui y étoient
^cialemeht honorées (2). On les ap- (t^ vpfet
pelloit indiflêremment ou Pénates ^ on Ainob. 4^t^
Lares j ou Génies y ou Junons , ou Lé- clteVatioiir
mures , ou Mânes (4). Ces Dieux étoient
les Proteâeurs des Eknplres, des Viï-
îes 5 des Ghemïns-, des Mâfons , & des
î*artîCttliers. De -la ks Laresf puHtcir,^
jittBHci ; ceux des Chênes , tjumqukami
Ife la Mer , perrnmim ; des Chemins y. vitèm
Us •, des Champs > riir4rf^ ; des EhnemîsV
Thfiitts ; ceux des Maifbns partâtuEeres^^
famHwrcs. Le nom dte'Z^ff vteRt vérita-
tfemeht du motTofcan-, Lâxso^ Lmt^.
i|Lii veut dire Chef ou Cooduâeur»
Il vct fitut pas slmag^er d^abord q»
*M Èx^tjrt;ÀTioîï;»iSTORÏQtrîf
.Us Di^x-Pénates fkflènt diffërefis^ deif
lïutres Dieux; au- contraire > ils étoient
^hôîiîs paiTiai leur nombre rc'étoit quel^
tjuefois Jupiter , quelquefois Vefta j ain-»
fi des autres , fèlo* la dévotiort du peu-
Île ou des particuliers , qui en faifoienf
; choiit. Et par4à%ou« toncilier^ tous
les paflkges que vous trouverez là-deC-
fus dans les Auteur^ , qui aontment tan-
tôt une Divinité jparmi les Pénates >
(i )' jqigi. tantôt lûie autre. \Jn ancien Auteur (i)'
^w . dpud diftingue de quatrê'fortes dé Pénates f
^n. 4 tn» 1^^ ^^^ ç^^^ ^^ rang^de Jupiter ^. c'eft-à^
dire/foitt choifîs parmi les Dieux da'
Ciel ; les atitres du rang' de Neptune ,
c'eft-à^dire » des Diié^ux^ de la Mer ; W
û-oifiénies fottt parnii les Dieux des En-
fers : & le» derniers font du nombre'
des hommes' mortfels. D faut poTirtant
âvoiier qu'orf éntendoit ordinairementf
^ar fe^Dîetiit Péhates ceux des Samb>
ifliràc«s j & c'étoient les grands Dieux
des j^oniains & des ^tres^ Nations i^
quoiqu^^près toiït chaque particulier
'«ût le droit de chbiiir Hès Lares dans la
Catégorie des Dieux qu'U^vouloit (4)^
•
(4) Voyct Tur tout ced et ctîptkms , où Fon^ voit ddk
«le M. Baodelot eo a écnt , Dieux Larer de toutes fox^
dans fon Livre intitula, X//i. tes, & même dés £m|^
tité fies yrfagis : Vous y zeofS viVMiS»
ttouvcxe» d'ancicimei- InK
•On choififlbit même quelquefois, parmi
fes Ancêtres , celui pmir qui oft 9Voit .
•Çlusde vénératîe« & de confiance. ^ - t
' Je cric|i^ que ce qui a donhé lieii à rîrw- ' * ;"
troduftipft des Dieux Péilates , c'eij Po^
pinion où l'on ,étçnt -que les Ma^és de*
Ancêtres fe plaifoîent encore après leur
mort à. demeurer dans 4eur; jnaifons j
oîi même fouvènt on les faifoit 'ehtêf:^-
:rer,-fi:ttous en croyons Servîus {0)9 St ' '
où l'on gardoit ordinairement leurs por^i-
traits dans les 4ieux les plus reipeftai^
i>les de là maifdn : car après les avolf
«gardés comme des perfbnnes iiluilre^
on vint ^eu à'pen à leur rendre des hom?»
tnages & des re(pefts ; enfuité on imt-
plora leur ûifîâançe ; on leur établit .
un culte & des cérémonies. Ainfî je
crois qu'anciennement les premiers La-
res il'étoiept que les Mânes des Ancê-
tres,, comme faint Auguftin le prouve
fur-Pautorité d'Apulée & de PhofinXi) J (^ d^<^^
mais dans'la fuite on y ailbciàles autres ^^^^'^ ^•'**
-Dieux fans diftindion.
On faifoit faire les ilatuës des Dieux
Pénates, non-feulement de cire , comm^p
ie prétendit quelques Auteurs , mais
indifféremment de toutes fortes de mér
<a) ^effvms, (ui cç^ paroles «le rjEfi^kle^l,^:
StiilfHshimtfrferMnufrist
aï4 ExPLICATïOK HXST0RI<iUE
<i) Voyet taux , & même d'argent ( i ). On le9
£^RJîS/'dc fporaw xJafls le lieuJe.plus féçret x^
T«imaldeiu fa malIoA > qu'x:^ app^Uoit ie JUéffMm
(z) ?<«#- r^ (a) : 1^ ojileiir éW^t de petits Au*
^^^'^* tête f « on le^f coafàccojt de^ lampes 4(
4!$^^^ ^7^?^^^ %^ mar<}aoieot ipus
)a vi^Ubncei» comme lecluen , dont cis$
&atuë& portQÎept ipi^vi^t la pf^au.for
i^Uf£ i{sai4e^ t pu ^Q. avoi^itf à J(eu7$
()) voytt $9e$k noe fig^e-Cx)* X'Orfqu'cmiiavqll:
rHarpo€x«te ^iQ^ fi^râiuk <mantité de Dieux Lares^
^ XHi oommoit queiqu un pour avxDir foia
«de lew cuite » & pour tealr prof»^ if
jybu iqui kur étoit co^aGré (^. {^ vdit*
ie de ieuE» Fétes^^x^a avoit iom de £ix>r
ier les Statures avec du baai;ne& .4e 1^
^cii!^ j pour l^s rendre prop^e$ & lui&xw
tes 9 âc pouvoir impriip^ iefi(,voeiu:
^u^>nie]ariai(bk. Andefiaemestonleur
s^^4[Àx,À&% en&Aseo facri£ce rmaisBrur
4u^9 c^Iui (^uichailk les Tar^jukis» cbaiip
;^Qaf ce /£u»rifice barbare &a. u&plus rai^
• ' ^ - iomiablei i & Qn^ie leur ofirît.dafis la
fuite que du vin & de P«nceBS;(^), Op
les couronnoit déferons d'ail âcoepa*"
vot : on y ajoutait plufieurs autres pe^
tites cérémoaies qu'il eâ kiutH^ de rap^^
<4) 11 s'appeUoit Magi- (h) £i quelquefois des
^rt^. Il tû, bon de remarquer feule*
meat^ que fhns les &crifices wiblios
qu^oa £ufaieiit' aux PëMCes ou Gompii»
taies ^ -oa j>eur immolait un« Tmye^
.eommenoasi' âfyprend Votron^ ôc ^rè$
jUri Praposce <i). / ^>i''-«'
Cbitmieiiafi^-lèidemeBt le^ Pjurticaf-
Itt^avoicBtJchdmi leuNTs Dteuic Man^
eo ¥éaàtxB<0 imii qi^ chaque Petipl^
eo. choi^(Ii9it:ppia: veilleir à la cooferva^ .
tîéni^de #fitat> M VoycHt dans Rome
un TeiBple coaûcré aux Dieux Lares. ;
€c oU'^r avoît YMrqué uti jour de Fé^
te, qUf'oQ oél^rok avec Beaucoup dèi
ÊdemiMé » ie4eux<k8 Calendes de Jatl^
'iâer;On y |oîg«iok lesf Jeux , qu'on apj»
fidloil: CimfitMes , eemn^ qui diroit
iies iC^ivtffburs ^ parce -^ue les Pëftatel
y pnéifîdoiei)):. \
xlnfiu on avolt tant 'de re^eâ pour
les Dieux Pénates , qu'on n'enlrepre-^
flDÎent rien M con^dérable ans les con^^
felter: (MÎ portoit même qudiquefoi^
daars les voyages leurs figures ; ainff
que fur les chemins , depuis qu'on eût
pris la coutume d'y enterrer les morts 5
& oîi avoit foin d'en placer dans les
grands Çhemixis 9 dans le$ Carrefours »
& autres lieux publics ^ çonjuçe ooi^
ji'apjpriend Ap^uiée>
^î^ EotLICATÏON HISTORIQITK
.. Il efl conftant qu'il n'y a point eu de
Peuipie idolâtre 9 où la Xupîeràitioa pôiic
ië$ Dieux F^énac^ dit été û loia que
jyarmi ic9 . Romains -; quoique prefque
toutes les Ni^on^ les ayént eu:en griui^f
^e vénération (4) 9 comme hs Grecs »
J^s *Eg;rôtièns , les Phry gieos , les Qàel-
^i^ens. il 7 a japparefice:qiifi.ce.,Gnbié
AVotil:- ^té apporté k* Tiimc par !Jiesi!hrp
.gkfis. . yicgiie ni)3i^ s^pprend qù'£née
§^' gtaiid foin de 4)ren4i» lavèc . lui* Ces
Dieux; Péna:tes (/^):, fui vanti'drdre qu'il
jèri avoit reçu di^'I>e^^'(r)-jpar k
fcoucKe d^Hieftor. On doit dire auffi
x}i|^ lés IfleUs <f|ue' Jaç<Qib ^i^rifHMrta . dé
la {naifpa ,de f(l>n> beàu-^éré Laban-» Bc
5}ue ' rËÔvitWfirS^nte - appelle du nom
^e ., Tp'^p^Htn.^riépoient ,auiS d^s Dieux
Pénates , dont le culte pallà àsois la fui^
te eft Phrygiej'de4à en Grèce & en Ita-
lie ; &, ç!eft f là leur vérkable origine t
Mais .^pomme les Romaias ne' la iça^
voient pas , Us publièrent fur ce fujet
luie Fajble c[u:'il.^ boji d^ vous appren-r
-dre.
(a) Et ttt9 fuiffèjimmifi p vodbwFtaiinwM ^dimfiê^
j^ Ms.om'nihuj y êmnium /Mf« PljnQ,!. It
(b) llium in ttédUm ptrfapty viff$fqHt'^TtnéUuEiu)ù
fc) SéiifM ptefwte Hbi eammend^nTrûfd TtndttSp
Uu t0fiféit9jmm cmUii^ hit m§mU ^uéktt,
Uoe
DES Fables. zi^
Une certaine Nymphe nomme La-
Tonda(4)^ dîfoit-on, ayant découvert.
à Junon le commerce de Jupiter & de
JutJiurne, ce Dieu liri arracha la langue »
& ordonna à Mercure de la conduire en
Enfer. On ajoutoit que fon ConduAeur
en étant devenu amoureux , la rendît
mère des Lares. Je ne fçai quelle avan- '
ture peut avok donné lieu à cette Fa-
Me ; à moins que de dire que quelque
Confidente de Juthurne fut punie , pour
avoir divulgué les intrigues de fa Mai-
trèfle ; & qu'étant envoyée en exil., ce*
lui qui k conduifoît s'en fit aimer.
On reconnoiflbit encore dans le Pa- IcCenii.
gamfme une autre Divinité domeftique j ;
c'^toit le Génie , qu'on croyoit naître
& mourir avec chaque perfonne : on
croyoit même qu^on en avoit deux , Se
que le fort de diaque homme dépen-
<doit de la fupénîorité de fon bon ou de
fon mauvais Génie. Celui des. femmes
s'appelloit JiMïon. Il eft bon de remar-
quer ici que la Théologie Payenne en-
feigaoit que chaque lieu avoit fon Gé-
jaîe particulier-
' Servius (i), Feftus , êc plulîeur« au- COSufje,.
(4) DW»iatii»nMiient. & wcontc la Fable <c 1^ .
r^ppeuo Z4M,.ou M«/4, xappoztex, ^
T0mII. K
aiR Explication gusTOMQXfï
. très Auteurs difent la même chofe ; S(
c'eft à cette multitude de Génies que Pér
trône f^t allufîoQ^ lorfcju'il dit /que le
Pays où il habitoit , étoit fi rempli à»
ijjiyinités > qu^il étoit plus facile d'y
(0 MéHtm. trouver un Dieu » qu'un homme .( i ) •
Toutes ces Fables des Génies ve-
naient fan$ doute de l'opinion adoptée ^
dans la fuite par Platon & les Philolb-
phes de fa Seâe , que l'air & le monde
cçtier étoient remplis d'Efprits qui le
gquvernoient » de en régloient tous le^ ,
tuouvemens : fiflên^e dans lequel ont
donné plufîçiurs grands Hommes ^ mè^ ;
me depuis l'établiilèmeat du Çhriftia^
niûne ; Se auquel les Cabaliftes ont mê-
le leuri^ rêveries > en fubftituant à la pla-
cç. de.ces Efprits, je ne fçai quels Etres .
imaginaires^ foi^s le npm de Gnomes, dé
Sylphes , & de Salamandres ; chimères
Î[ui pi:ouyent que l'efpri^ de l'homme »
Qr£qù'il ne fuit pai; les lumières de I4
r^oUrguidée par la Religion j eft capa-
ble dje donner dans les extravagances
Içs plus outrées. Le Génie étoit repr^' .
fente fous la figure d'un jeune honmie^
qui tenoit d'une main un vaiflèau à boî- '
(») Voy^ re , A: de l'a'iitre line corne d'abondan- .
g4'dciDiwx..ce {2); quelquefois fous celle d^un,
ii)inEiUc. Serpent j fur quoi Paufaniàs (a) racon-
DBS Fables. it^
te que les Eléens étant en guerre con-*
tte les Arcadiens 9 une femme fe pré-
ftntà aux folâats avec un enfant à la
màmmelle , difant , que les Dieux l'a-«
voient avertie de le leur donner pour^
compagnon de gaerre. On la crutuir à ^
jmrolef & on mit cet enfant à la tête
àé l*arm'ée. Quelque tems ^près, le*
ennemis étant venus les attaquer , il fè
changea tout d'un coup en Serpent ; ce
cfui les épouvanta fi fort , qu'ils prirent''
li fttitse. Les Eléens viftorieux appelle-
rent cet enfant Sijtpolh , Sauveur de la *
VtUe. Le • Serpent s'étant coulé fous '
terre , on lui éleva en cet endroit un
aiitél. Ceux qui cherchent des myfté-
T6S dans toutes les Fàbfes des Grecs •
îî^iuront pas depeirieà appercevoir dans
ceBe-cî une ailufion à cet enfant divin,
dent la mère devoit écrafer la tête du
Serpent (i) , & qui devoit être le Sau- (t) Voy»
véur, non d'une Ville feulement, t^^^ ^^;uaTàtn
detdutela terre.' Mais je croifoîsplus Poëcc»,t.2,
volontiers que lé bruit qui fe repdndit
èê cette métamorphèfe , n'étoit qu'un
ftfetagême des Eléens , qui voulurent
épouvanter par«-là les ennemie; «ce qui
lepr, réuflît i & que cette Hiftoire ado^
ptée «tfabof d par le peuple , toujours
porté à ereiiie le furnaturel » efl paflëe
Kij
aaa Explication historique
enfin à la poil^rité fan$ avoir été exa»» •
minée. Qi^^iqu'il en foit , rien n'étoit fî
ordinaire ^ que de croire alors que le
Génie de chaque iie\j , fe préfentoit fou? -
vent £o\ji;s la fîgujrp d*un Serpent. Vif gi-» -
IjS dit^ que lorfqu'Enée -céléb^oit dan?
Fille è^ Sicile F Anniverfake de fon per .
(a) Encia. ^^ Àndiife (i) j il fortit du toaibeau ua
^' ^* Serpent , quHl invoqua comme le Gé?»
lue du Uei^. Survins (4) & Perfe (f) dif
fentlamêmechoCe* Cependant les Gé-*
iûe$ apparoifToient quelq^i^eifoi^ fous la -
figure d'un granà„homme noir, comme
noujs l'apprenneirt Plutarque p Florus,.
Se y alere^Maximjp , des Génies de jBrur^
tus Se de Gai]ius.. Paufanias Se Suidas
racontent .que les Témélilens , Peuple de
l^ Abruz^ en Jtalie ^ étojLent fi eflfrayé?
p^r les Ir^quentes appariticwis d'un Gév
fâp épouvantable 9 qu'ils étaient prêts à
quitter leur pays , lorfque l'Oracle leur
>épondit , que c'étoit l^ombre d'un deç^
çompagnc^s d'UlyfTe, tué dans cet en-f .
idr^pit en pourfuivant ime Bei'gére dont
il étoit amoureux $ & il ajouta ^ que
Soujr l'appaifèr , il faljoit lui bâtir ui|
'empïe p Scy inmiolier tous les ans une
(a) t^ulluf enim hcnsfinf fJttwm tpa ùfifnditur.
j|éûne fille : ce »qui fut exécuté. Cette
barbare coutume dura jufqu'à ce qu'un
certain Eutime , amoureux d'une belle
][)erfonne , que le forp avoit deftinée au
îacrifice , conibattît lé moftHre , & To-
bligea de fe précipiter dans la mer; Si
le Génie redoutable rie parut plus dé-
puis ce tems-là. L'heureux Amant 9
pour récompenfe , époufa celle ^our
qui il avoit Uvré un fi dangereux coni*
bat. Je n'entre pas ici dans la difcuiïîoa
critique de tous ces faits : car foit qu'ils
txc firent foodés qud fur des tfaditicas
inal examinées , foit que le Prince des
ténèbres , qui n'étoit pas encore enchaî-
né dans l'abîme , parût fous ces formés
hideufes , & demandât ces facr^ces bar-
bares , pour éterriifer l'idolâtrie dont il
étoit l'auteur ; il eft fur qu'il ne feroit
pas aifé de réfuter de graves Auteurs y
qui les racontent fans aucun intérêt.
Mais en voilà affez fur de fujet j il efl
tems de finir cet entretien^ Pouf ce qui
regarde Gérés 6c Proferpine , quî étoient
àuffi des Divinités de la Terf e , leur Hi-
ftoire étant liée avec celle de Pluton »
liousen parlerons deniain, en traitant
4es'Dlçux de l'Enferi^
Kiij
iïU2 £xFZ.<CAXI0N'K£STORfQUS
• X V. ENTR.ET.IEK. •
Des Juteux de r.Enfef^
PiuTON. Y^^Omme k converfation 6s:voit
\mJ être un peu longue , FAbJbé avoît
averti Eliante de fe lever plus^ mat»
qu'à rordinaîre. Aiqfï dès fept heure»
elle^ fe trouva dans fon cabinet , où elle
étoît déjà attendue. Et dès qu'elle fijt
arrivée, l'Abbé commença aînfî.
Dis ^ ou Fluten, que les Cjrecs nom*
fnoient Ades , le Monarque fouverain
des Enfers , étoit, comme nous l'avons
dit en parlant des Titans j le cadet ders
trois fils de Sâtutne & de Rhéa. II eut
(i)Stfabon, pour partage les pâys Occidentaux (i).;
DomP«rcï & U alla s^étabUr dans le fond de l'Efpa*
Bochait,Vofl gne , où il s'occupa à faire travailler aux
fiiif , *c, mines d'or & d'argent qui étoient dany
la Bétique , & «qui s'étendoient jufqafà
Cadis (4), Suï quoi il efl: bon de vo»»
..faire remarquer , que quoique l'E(pagi\e
(m) La Bet^ue , où Plu- Ce fleuve (btmoiriliittetdU
ton s'établit , ^toit cette à fon cmbouchiixe une peti*
i^rovince qu'on nomme au- ée Hle , nommée Tà^tèf^ ,
)ourd'hiii TAndaiouite. Le avec nne vi\ï% du oiême
fleuve Ectis , qu'on appelle nom. C'ecoit la Taxtefle des
aujourd'hui Guadalquivii , Ancieni, d'où leTaitties
lui avoit donné ce nom* été fotaîéê
^c Colt pas regardée aujourd'hui comme
un pays fertile en métaux , cependant lei
Anciens nous eh parlent comme d'une
contrée où il .y avoit beaucoup de mi-
nes d'or & d'argent. On nous dit , que
•les montagnes oc lés collittes étoient g
t>our ainfî dire , des montagnes d'or (l): (0 Poflîdo-
- % \ . 1 T» \ /• «P • nuis*
qu auprès du Tarteie , il y avoit une
inontagne d^argent (2). Ariftote nous (OAvicnui.
apprend que les premiers Phéniciens
qui y abordèrent ) y trouvèrent une û
^ande quantité d'or Se d'aigent , qu'ils
ent leurs anchres de la matière prë«
deufe de ces métaux. L'Auteur du Li-
vre des Machabées (a) ^ pariant des &o*
inains , dit que , par la conquête de l'£(^
pagne , ils fe rendirent maîtres des mines *
o'or ôc d'argent qui étoient en ce pay^
là. Le Poëte Silius (*) appelle l'Efpagne
une campagne dorée (5). C'eft fans dou- ( 1 ) Voy «t
te ce qui obligea Pluton , qui étoit ha- ^^^^^
iile dans cette forte de travail , d'établir
là demeure vers le T^rtéfe j & c^eft
auffi ce qui le fit pafler dans la fuite
pour le Dieu des Richeilès , & lui fit
(t) Et quantd fitentnt h meulld mtginti ^ nuri ^um
-ftiiwt Hifpdnùe , O' 9*^' i'^<<' /«»'• Machab. lir* i«
i« p9ttfisttm rtd-eieruHt ch* 8.
(k) • - - - I^m ttrrâ teJii Iteféi ^
,4HriferiJ $dtidèm Thmnix dt^nlfus ab orir«
K iii j
a2^ EtPZfC Artois ttïSTCïMQVÊ
donner le nom de Pluton (a) , au lîeitt de
celui d'Agéfilaus qu'il portoit : ce qui
Ta fait confondre fouvent avec Plutus,
le Dieu des Richefïè^, qu'on difoit être
T^l" rfils de Cérès Se de Jafîon (i>, Divinité
poétique 9 qu'on a dit avoir été aveugle »
pour non» marquer que la diftribution
aes Richefles étoit plus fouVent le fruit
de l'injuftice que de la vertu.
C'eft au^reile la fîtuation du Royaui-
me de Pluton 5 qui étoit un pays fort
bas à l'égard de la Grèce , qui l'a fait
paffer pour le Dieu de KEnfer : H habi-
toit dans le centre de la Terre, qui eft
le lieu des mines , qui nous font defcenA
.dre pour ainfî dire jufques dans l'Enfer
& dans les fombres demeures des Ma*
-> nés s pour les aller chercher (Jf). Ceux
qui travaillent aux mines y meurent or*
dinairement : ainfi Pluton ètoit regardé
comme le Roi des morts; le nom même
qu'il portoit , jides , fîgnifioît perte »
niort(c). D'ailleurs on regardoit l'CK
céan fur les^ bords duquel il regnoit»
comme un lieu couvert de ténèbres j
& c'eft là, je crois, le fondement de
( a ) DiBni tfi flUto > quarimus ^ noi ad Inftréf
£]rt n «Xvrv; hotejl ^ i di- diunt» Pline , 1. 33. c* i» .
iftitiu i^tut ex terr^ entuntur (0 U paroit fbrmt dit
nfïfceribus. mot Ph^nicîcii £<i on «^</^
4b) infede MdnsMm^tf ^xitiwnm
DES Fables. 22^
toutes les Fjables qu'on a débitées dans
la fiiite fur Pluton & fon Royaume. Il
eft vraîfemblable , par exemple, que le
fameux Tartarê , ce fleuve fi connu dans
TEmpire de Pluton, vient du Tartèfe
qui eft près de Cadis (i) ; le fleuve (,) Voye«
Léthé eft le Guadéléthe , qui coule à ^"i«n > ^
roppofitç de Cadis j & le Lac Averne AmTq^uVd^i
eft tiré du mot Aharona , qui veut dire c^'«
ijui eft aux exftémtés j nom qu'on a don-
né à ce Lac, parce qu'il eft près de l'O-
céan. A uflî Pluton eft-il honoré fpécia-
lement à Cadis fous le nom de la Mort ,
comme le remarque Philoftrate (4) ; de
quoi on ne fauroit douter, puifque les
.Phéniciens , dont la langue s'étoit éta-
blie à Cadis avec les Colonies que leur
Hercule y avoit conduites ^ appelloient (a) Boch
Pluton Muib, qui parmi eux veut dire f^^^"'^^^^^^
mnrt (2). Nous ne devons pas diflîmuler chômai.
.pourtant qu'il y a des Auteurs (3) qui (3) Diod.
Î rétendent que Pluton n'a pafFé pour le ^* U l""^^
lieu des -fc^ters & des morts ^ que par- lin , &c.
ce qu^il eft le premier qui inventa dans
la Grèce Fufage des pompes funèbres &
des autres cérémonies des funérailles.
Quoiqu'il^ en foit , tous les noms qu'on
lui donnoit dans les diflerens pays oà il
(a) Sêli hominu!» feftis btéttit. dit -il 4a Peuple
Untibus àlwum <#/«• de Cad»»
K V
226 Explication hxstoriquk
étoit honoré, ont tous rapport. à cette
qualité de Dieu des Morts. Les Latins
l'appelloient Sumanus (a) j les Sabins
Soranm^ mot qui a rapport à celui de
cercueil ; d'autres Orcus , ou Argus (ùy ,
ou Ftbfuus (f ). Les clefs qu'on mettoit
à fa main au lieu de iceptre , fîgnifioient
que ce Dieu avoit les clefs d'un Royau-
me dont on ne revient jamais : les faai-
-fices qu'on lui offroit de brebis noires^^
& autres chofes de cette nature ^ y £d-
.foient auffi allufîon.
Au refte Piuton^ quoique retiré dans
le fond de l'Eipagne > apprit des »ot>-
velles de k beauté de Proièrpine fille
de Cérès Reine de Sicile j& réfolut,
félon une coutume fort ordinaire de de
*em^-là , de l'enlever : peot-être même
que l'ayant demandée en mariagey cette
jeune riMyceSk ne voulut point quktcr
Ùl mère pour aller dans on diinat qu'on
regardoit comme le bout du monde»
D'autrcsPrinceflès a voient éxé appareim*
ment d:u même gontr& c'eft ce qui s
&it dire aux Poètes (4) (ans do«te y que
^4> Comme qui diiob: fùtum.
Vèen des Mdntt. CO ^*^ ^^vx mot Ittm^
(fù) §Haf urgtftt m in- tebruo^ifutio , lupro^
(4 Dux ^rehitpèvndim tpmidss tHarfit ht iftcs-,
Tr^iid mêturus Superh , ^fuèU frlut eitret
C^itnMif »fle*iiff^^* dià eonfiameret nnwBU
CUHikuRis^ de iUptu Pioftr{iQff yii i* •
hus Fables. 227
ceD îeu s*étoît plaint hautement , que >
quoiqu'il fut frère de Jupiter & le plus
riche Prince du monde , perfonne ne
vouloit Pépoufer : ainfî il réfolut d'enle*
ver Prdferpine.
Dio (4), c'eft ainfî que s'appelloît
Cérès, étoit Reine de Sicile (^)* Le
règne de cette Princçflè fut recomman-
dabte par le foin qu'elle prit d'enfeîgner
à fon peuple Fart de cultiver la terre
& de femer du bled : elle établit auiS
plufîeurs loix concernant la police (z) <»}poîphf-
& la propriété des terres', afin qiie cht- ^^i"**^
cun put recueillir fans être troublé, le
bled qu'il avoit femé (c) : c'eft ce qui a
fait toujours regarder cette Reine com-
me la DéefTe du bled Se de la terre* H
cftbonde remarquer toutefois que Cé-
tès n'apprit l'agriculture qu'aux Grecs ;
les Egyptiens^ les Chalaéens & plu-
sieurs autres peuples l'exerçoient long-
tems auparavant. Il y a même ' bien
6e l'apparence , que cet art n'avoit
pas été inconnu dans la Sicile & la
Grèce , jufqu'au tems de Cérès ^ &
(4) Voycï le t. 6. de la ih) 11 y i ett une aucse
Bibl. univ. eu M. le Clerc Cérès , fille de Coeliu»
explique cette Fable, aprèi Btsh. /. Geneal. Dior.
Th^odontius & les suites (c) Ce que Virgile
•iKiens Auceius > fiuTébe , appelle s ?4rfir> . limrtt
àtm camfnm,
K vj
.228 Explication historique
qu'elle ne fit que le perfeékionner. -
r«mL. ^' Gérés faîfoit fon f^jour . ordîr^aire
Diod. liv. 5» dans un lieu délicieux de la Sicile (i) ,
^^i^^f/^* jl .nommé- Enna, qui veut dire fontam
9c auttcs. Agréable (2) , où il y avoit de belles prai*
(2) Boch. ries arrofées de fontaine d'eau vive^ (a).
Cham Uv. X. Sa fille unique s^appelloit Pheref^Mta,
qui veut dire/rwi/ dlandant. Comme elle
iè pramenoit un jour à l'écart dans ces
agréables prairies y cueillant des fleurs
O) Straboft» avec fes compagnes (3) ^ quelques Cor-
L 7. Orphée, fàires qui avoient été envojpés^ d'Occi-
Ovia'^a^î.* dent par Pluton,rcnlevérent; & l'ayant
¥rirfinwf,9cc. mîfè fur un chariot , la c<Miduifi^rent fuç
le bord de la Mer , où s'étant embar--^
.quée> elle fut conduite dans le fond de
rE(pagne à la Cour de Cott oncle. On
publia que Piuton lui-même l'avoit enr
levée , parce qu'on attribue au chef ce
iqui fe fait par fes ordres (i). Et comme
ceux qui l'enlevèrent s'étoient cachés
pour répier dans les cavernes da mont
Etna , on dit que Piuton étoit foyti par-
la de l'Enfer. Cette montagne qui vo-
mit fins ceile des feux & desr fiâmes , a
toujours été regardée par lès Poètes:
* comme un foupiraiL de l'Enfer. Cérès
(t) VtoUs alixfqut fiêtwm {b) PanTam in C»rintb,
•tnttihHt t/iridem* Diod. Le Pbëte Claudien a fâitun
*«r. eit, Cic^fon, Uc. cit, en ex<Jelîent Poëme fui le SUgc
6ic u^c bflk 4efcriptioat de Pxoferpinc,
DES Fables. 1^25^
Kiformée du malheur arrivé à fa fille y
Talla chercher par toute la Grèce ; &
^pf es bien des fatigues, elle^arrêta dan»
im bourg de F Attique' nonHné Eleufis y
eu eUe apprit que le vaifTeau qui la
pottoit , étoit allé du côté d^ Occident.
Elle fe plaignit hautement de cette in-
jure à la Cour de Jupiter : mais «lié n&
put obtenir d'autre fatisfaftion, finoi>
que la jeune Reine auroit quelquefois la
liberté d'aller voir fa mère > & de, paflèr
auelque tems avec elle r ce qui fan»
oute a donné lieu à feindre que Jupi-
ter avoit accordé à Gérés que fà fille
lèroit fix mois en Enfer & fîx mois fur
la Terre avec elle. La Reine de Sicile
fiit appaifée j on kiî avoit perfùadé que
ce mariage convenoit à fa fille > quoi-
qu'il y eût un peu de différence d'âge
lentre elle Se fon oncle (4)^
M. le Clerc ^ dont nous avons em-'
prunté une partie de cette explication ^
prétend , après^ Théodontius y que cç
n'eil pas Pluton qui enleva Proferpine j
jnais Aidonnée Roi d'Epire y ou Orcus
Roi des Mololïes. Comme Aidonnée
faifbit travailler aux mines ^ & que
(«) Virgile , £v. € y^dit AtxmelTeneiit, qja'eUe éioiir
.iiî^ce de Pkton :
^our aller dans fon pays il felloit paif€#
un fleuve rfctomé rAchéron>il eft fur
qu'on a fouvent confondu ce î^rincô
avec Plutoft j & l'on ne peut pas doutef
mêrtie que fon Hifloire ii'ait fort fervi
à embellir celle du Dieu des. Enfers*
L'Epire qui étoit un pays fort bas j^r
rapport au refte de la Grèce, étoit prife
pour l'Enfer ; & il eft fur même que l'on
regarde les voyages que Théfée , âc
après lui Hercuie ^ firent en Epire ^
fi) Veyn comme des voyage» d'Enfer (i). M^
lu^éâsf^ aprè^ tout» le Rapt de Profcfpine ne
fcauroît être mis fur le compte de cet
Aidonnée ; puifqu'il ne vivoit que vers
le tems de la conquête des Argonau-
tes , environ 2^ ou 30 ans avant le dèr-
mer fiége de Troie- , & que PltA:oil
(1) Voyn yivck du tems d'Ifàac (2) , & Çérèi
I? Hiftoirc cies euvîron ce tems là. Et certes v a-t'3
tftii». apparence que cette Keme n ait enieigné
à la Sicile & à la Grèce l'art de cùlti^
ver la Terre, que du tems^ d'Hercute
& de Théfee (4) ? Vivoit-on alors> dé
gland Se d'herbes fauvages. Et dès le
tems des Lycaons & des Phoronées, la
Grèce a'avpit-elle pas appris à fubft^
(•) Trififd, Ctrei nncê terram Jimovit ardif ^
Tfim4rdtdi$ffngt9 » alimentéit^e mitin terris^
Vtfg|J»QetfS»Li»
DES Fables, 251
tuer une nourriture plus folide à cel-
le qui lui était cammune avec le^
bêtes (tf) ?
Je fçai que ce fçâvânt homme diftiit-
gue d^x Aidonnées , un conf emporainr
de Théfée » & Tautre d'Abfaham ou
d'Ifaac ; qu^il dit que ce fut du tents de
ce dernier que Proferpine fiit enlevée»
Mais outre que ces deux Rois d'£pire
fe reflêmblent trop pour être difiëren*
Tun de Tautre y il fera vrai de dire que
ce n^eû plus qu^une queftion de nom ;
& qu'il ap|>elle Aidoftnée le Prince _que
je nomn^e Pluton ; qu'il lui donne TE-
pire , & moi l'ECpagne pour partage.
J'ai oublié de dire que Céirès étant
arrivée à Eieufis(^), fe trouva fî fati-
l^e 9 qu'elle fut obligée de & repofer
attpj:è9 d'un puits > où les priûcîpaax du
f>ays k vinrent voir /i) : encr'autres» ^, (') f*
1 riptoleme > & une bonne femme nom-* api et Ai no-
jnée Baube». qui lui offrit fa maifon , & >« » Gicmc»
1 • 1 ^ t r '^ !_• t ' Alex. AmU
Im donna 9 pour la rafraîchir , un breu- lod, ftc.
vage compcîfe de miel & de vin , que Gé-
rés but avec beaucoup dWidité.Un jeu-
^ (4) On ne- ff ait t>at qiiel àt l'Att^ue à VOcâéiStte
ctoic le mari de Cerès.Hë- <r Athènes. C'efi aujouf^
Û0àc dit <|u^il s'appeiioit ^Kui Lepfine* kfwi«%ra-
Jupiter. Théodomius dit iîe avènement. Ainfi iiy^»
ou elle avoir epcMiTé un iU)i - lieu de oroire ^ue ce nom
4e Sicile. fut donn^ au lie«i où ir'aisi-
(^; Jblettiû eft une Tilk laC^fèfc
aji Explication tusTOKiQXJ^
ùe enfant qui la regardoit s'étant pris!
irlre 9 en fut puni fur le champ : Se coià«
me il s'appelloit ^eut-être Stellib , on lie
• doit pas^ chercher d'auti'e fondement que
la refleinblaiice desilbmsirta métamof-
f f) iiv, 5. phofe d'Ovide (i)> qui dit qu'il fut
changé eii LéfàrA
Comriïe le famet« Trîptoleme , fils
de Céleus , Pririce d'Eleufis , fut un (^a)
de ceux qui- fit le plus d'accueil à Ce-
f es, elle ïuî apprit T Agriculture & les
Loix qu'elle avoit données aux Sici-
liens: ce Prince s'en fervit avec fiiccè^,
& les fit obferver danS' la Grècè:& peut-
être même que Ijp nom de Triptoleme^,
|ui veut dire , Rompeur défilions , ne lui
fut donné que parce qu'il enfeigna l'ait
de cultiver Je terre. Cèrès^lui avoit prè-
le im de (es vaiflèaux ,> (ur kquelil par-
courut toutfes les côtes vojjSnes. Les
dangers qu'il courut en quelques en-
droits 9 ont faits doute donné lieu à la
Fable de Lyncus ,. dont oa a marqué ki
cruauté en le changeant en Loup-cef-
OJ ovîd. vier (i). Triptoleme çchapa heureufb-
"•^^^ ment des mains de ce Tyran r q«i > ja-
(4)Homere,0().L 5 , croit Plmiit, Pieu «Ws Richeflèt ;
'WAme que Ccrès aima Tri- ce oui veut dire que le fotiv
ptoleme ;' & le Scholiafte de 1 Agriculture produit V^
et Théocritc dit que c'cft bondanct ft les zi«h^fijcf »
M cette intrigue ^ue iuu|uit
.?;
îôUTC de fa réputation , vouloît le faire
mourir. Que fi la Fable dit que Tripto*-
Jeme 9 dans fes voyages , étoît monté fur
iin char tiré par des Dragons ailés , c'eft
par une équivoque de' la langue Phéni-
cienne 9 dont les mots employés dans
cette Hiftoire , fîgnifioient également
ides Dragons ailés , ou un vaiflean gar-
sn. de pointes de fer (a) ; ou fans y cher-
cher d'autre myftére , parce que ce vaït
leau s'ajppelloit le Dragon. Les Poètes
dilènt que Céf es nourrit de fbn lait le
jeuneTriptolemejce qm veut dire qu'elle
le forma : ils ajoutent que la nuit elle le
mettoit dans le feu fous la cendre ; ce
qui doit être entendu de quelques purifî-'
jCations.
Cérès de Retour en Sicile y régna pai^
jîblement le refte de les jours. Après fa
mort 9 on établit dans cette ifle 1 & fur-
tout dans la Grèce , par les foins de Tri*
ptolenie 9 plufîeurs^^ Fêtes en fon hoiw
neur : c'étoient les fameux myiléres £>
leufïens (*) , qu'on célébroit avec tant
dç fîlence , 6c qu'il n'étoit pas permîa
de révéler. Je n'ai pas deflèin de m'éten-
dre beaucoup fur im fujet traité à fond
f<) Voyex le CUrc, fêc, rd, /'. j, a 14.
fit* qui fur les lumières (b) Ainfi appelles , parce
ée BochnCy a fourni cet^ . qu'ils fiitenc inftitués i £«
te cpajeâiue. Bêcltéiri, Hii^, Icuiù»
i
ft34 ÊxpLi«ATïtiisriÉfisToATau«r
ar tarit de grand* hommes (^. ToutdF
fes cérémonies qui s*y obfetvoîent y
avoient quelque rapport aux Loix que
Cérès avoît établies^, Se à PAgriciiltu*^
te qù^eïle avoit enfeignée. Mais parocT
qu'on pourrok me f eprôche# de n'avoir'
]^int parlé d'une matière fi' ihtéreflàn**
te , je vai» Vous apprendre en peu de'
feots, ce que c'étoit que ces myftéres j
& ce que j'en dirai Ce réduira à trois^
chefs : Je parlerai à*ai>dtd des Fêtes $
eniùite des Initiés ^ enfin des Prêtre»
^ui les céléSfoient.
Les Siciliens 5 pour recorinokre leisr
obligations qu'ils avoient à cette Déefr
ie , établirent def Fêtes Se des Aflem-^
t)lées folemnelles ^ pour perpétuer la
mémoire da ks bie»aits< ÎÀ tehis mê-^
Aie dé l'année niarquoît la railbn de leiir
Inftitution^ puifqu^on les célébroit un
Îeu avant la moiâbà en l'honneur de
^rofèrpiiïe;^ & dads le tetftd des (ëmait^
les f eiï l'honneur de Dio. L'une Se Vaw
tre de ces Fêtes fe célébroit avec beau<i^
Coup de folemnité ; Su Diodore de Si*
cile nous apprend qlie dans^ceile^ci, qui
duroit dix ^ours , on y fcpréfentoitl'an'^
eienne maâiére de. vivi^e des hommes ^
(«> lifex M€ttt£tti , ^ui a fint an 4oâe Tnité fitt ca
rtvaât (Ja^oneût inventé rAgrIculturé#
Les habitons de l'Attique , touchée
'des bienfaits de Cçrès , aioii que les Si-*
.ciliens , fé difiin^uérent auilî par les Fè^
t^ qu'ils inftituérent à Coti honneur.
La première s'appelloit Proerojiâ ,
.]>arce qu'on la céiébroit avant que def
Jëmer & de labourer ; & on donna à la
.3>éefre le furnom de Froerojie , félon la
coutume des Anciens f qui donnoient k
leurs Dieux autant de noms , qu'ils 4-
voient de Fêtes & de Temples.
La féconde , qui étoit célébrée à A-'
Aénes pÊU it te!!!î après , c'eft-à-d^-
re 9 vers la mî-Oftobre , étoit nommée
TbefmopborU , c'eft-à-dire , la Fête de la
Ligtflatme, Ce fut Triptolerae qui lin*'
ftitua.Mais quelques cérémonies Egyp-^
tiennes ajoutées dans la fuite à Focca-
iion d'Orphée & des Danaïdes > firent
croire à quelques Anciens, que c*étoit
une Fête d'Ifîs & d'Ofîris , paffée d'É-
gypte en Grèce. Cette Fête duroit cinq
jours : & l'on choififlbit chaque jour
deux femmes nées d'un légitime mari^*-
ge» pour y préfîdet; & elles faifoient
offrir des facriiîces, félon leurs moyens^
par un Prêtre, nommé Stepbanophare,,
ou Courvnné^ Elles partoient d'Athènes
poiu: Eleuiîs j oà fe ^ifoient les £icri&«
ces le deux du mois Pyànepfîon {ay^
' Se l'on appelloit cepurAk^ Anod(rs\ c'eft-
à-dire, U Montée , p^fce qu'on itibntoît
à Eltufi^. Ces mêmes femmes pof-
toient fur leurs têtes les lîvfès^des LoSc
de Dîo' f Se charitoient deis Hythnes à
fon honneur. Quand elles étoient arrî-
vées à Eleufis , elfes vivoient dans- urie
grande retenue , éloignées de fe com-
pagnie des hommes, & paroiflbieht* darts
des habits niodefles & fahs couronrie
fiir la tête , s'abftenant fiir tout de marf-
ger des grenades , dont le fruit avoîC
été Û funeffe à la D^effe: Elles jeût-
lioientle troilîéme jour,qu'ellespafroieat
ëans fe Temple' de Cérès , affifes au pied
de fès autels. Eniuite elles' iè difoienr
des injures,' pout tâcher de fe' faire rîrè.
Enfin on faifoit des- faCrifices en fécretf ;
& il n'étoit pas permis d'en publier les
cérémonies. La Fête fihîflbit par un (a-
crifice nônfimé Zemia , c*eft-à-dire , Je
' F amenda ; Se c'étbit potfr expier les fau-
tes qu'on ppuvoit avoir commifes pen-
dant là folêmnité; * .
La troîffiéme Fête ctoît cdébrée au
ihois de Décembre ; elle 5'appelloit -^-
tâdt du mot Aies , qui veift dire une Grétt^
gey parce que c'étôit le tems où Foo
(^ U^x^ondoiren partie à'obtrè mbtt dK>ôobte. ■
1> ES F A BU s 5. ^57
«Yoît accoutumé de battre le bled , 3ç
.de demeurer dans les Granges.
Mais la fjus foleninelle était .cellie qu'oa
célébroità EleuSs au mois d'Août (a) t*
& qu'on nommoit par excellence les.
myftféres d^ Dio. On ne convient pas,
qui f^t celui qui inftitua cette Fjête : il y
a des Auteurs qui ont cri^ que c'étoïc
Ereâhée s d^autres , Mufëe^ ou Eumoh-
pe^ ou Orphiée. Trois chofes avoient
donné lieu à Finilitujt^oa de cette Fête s •
rinvention de l'Agriculture 9 les Loix
de Cérèsj & les autres avaatures qui
iui ëtoient arrivées à Eleuiîs : & le foû^
vvenir de tout cela étoit renouvelle par -
des» cérémonies particulières (*). Ainfî
cette fplemnité railèn^bloit l^s motifs
de toutes les autres.
Lfîy-myftéres Eleufîens étoîent de
deux (brtes ; les grands Se les petits : Sç
dans les uns & les autres il falioît être
capable de garder un grand ièc^et. Com-;- ,
me Triptoleme avoît pr^çn&é qu'aucun
Etranger ne pourroit être initié dans les
grands myftéres ; Hercule cependant, à .
qui on n'ofoit 4en refuJêr ^ demanda d'y
être adinis } 6c on iaft;tua à fon pcca;-
M Ç^toit dans le opoif {h) Vo^^ï Meur/uts, da^P
Bocdtomipn , .qui fjépond fon Traité dei Myftcfçp
ÎJ.Pî^Je i ootté mo» lilenficiw; dr M. le Cleilt •
flfjS Explication HisiroRKiUB
£on quelques cérémonies » que Ton ap^
Jella les petits myftéres^ , qui forent ce-
Jbré$ dans la fuite à Agra près d'A-^
tihénes. Ceux qui a^iroient à y^tread-^
mis 9'fé resdoient dans ce lieu au moit «
de Novembre , Élcrifioient à Jupiter , 3ct
gardoient la peau de la viftimc pour la»
; liiettre fous leurs pieds» Ibrlqu-oft le#
purifioît au bord du fîeuVe Il^fiûs. On^
lit fçait pas au juâè de quelles cérémcMi
ùes on fe fervoit dans ces luftrations ; •
00 fçait feulement qu'o» y employoît^
du fet; des feuilles de laurier -, ae l'or- ;
ge des couronnes dé fleurs , de Teau
de la mfBr & dé celle du fleuve. Celid:'
qui fàifoit là cérémonie , ^âppéHoît È^ -
^Mifoi , pltfcequ^it verfok de Fèau fer>
ceux quiafpiroient ajixmyftéfes* Rfel-'-'
léit aufli garder la chffftété pendant ce
tèmps-Ja , 8c facriflèr enfin une TVuye^'
pleine* Ges petits? myftéré»- fervoicntî*
de préparation aux grande. Ceux -et"*
éfeiént célébrés à Eléuife ;* Scj c'étoiç^
piàr leur moyen qu'on 'étoit èiitié auic-
cérémortiès fécretes de Çértfs.^©* eflSfct , .
aprè» avoir paflH^paf ces- IbrmaHtéi^i ori: *
(1) mW ^t»îfr Afjfie-^ r ) , c*:efl^^itey tw éVast^
d'être bien-tôt ^niti^ à Eleufis 5 oà Too .
(1) ViAmm dey énôit £pi^e (a) , ou témoîrts des cé-
rémonie' l69 pius^ ^prettes ; ce qurV>o**
^ jdesFa^le*» 939
^'ôbtenoit-qu'après cinq an^ de noviciat
pendant lefquels on poi;voit entrer dans
je vefti^ule du Temple j mais non dans
hi. iànânaire : & même lorfqu^on étoit
£p0pte , il y avoit encore bien des cho?-
1^9. dont la coppoiflànçe était réfervée
aux %ils Frêtreç.
Quand on imuoit quelqu^un 9 on le
£dfbit entrer de nuit dans le Temple »
après lui avoir fait laver les niiains à
l'entrée , 4^ Pavdîr couronné de myr-
the : on ouvroit enfùite une eaiTette oin
ëtoient les Loix de Cérèsj & les céré-
monies de ces myftéres ; Se après lui
co avoir fait la lefture , on les lui fair
foit tran(crire« Unjéger repas» en mé-
jaoire de celui que la Déeflè avoit fàt*
chez Bàubo , fuccédoit à cette cérémo*
lûe^ Après quoi les Myftes (4) entroient >
dans, le fanâuaire^ 4ont le Prêtre tiroit
le voile ; & tout étoit alors dans une
grande obicurité : }xn moment après> une
vive, lumière faifoit paroître la Statue de^
Cérès magnifiquement ornée : 6c tandis^
.qufâs étoient appUqué^ à la confîdérer>.
lalumiére djirparoiilbit encore ; Se tout
4toit de nouveau couvert de profondes
-ténèbres. Les éclats de tonnerre qui C^}
U) lefl Myûci icoieyit à p^ pxèf (emUajbles à nof
^o Explication historique
faifoîent entendre , des éclairs qùibrîl-
loient jde toutes parts » la foudre qui
toniboit au milieu du fanéhiaire 9 & mil-'
le figures monftrueufes qui paroifToient'
<le tous côtés 9 les rempliÂbient de cr ain«
te & de frayeur^ Mais uii moment après^
le calme fucccdoit ; & l'on appercevoit.
dans un ^and jour une pfalrie agréa*
Ue 9 où Foh alloit danfèr 6c £e réjouir;
Il y a apparence que cette prairie étoit»
dans un lieu enfermé de murailles ^ der-
rière le fanAuaire du temple 9 que l'on
ouvroit tout d'un coup lorfque le jour
étoit venu ; & ce (peâacle paroifibit
d'autant plus agréable , qu'H fùccédoît
à une nuit où l'on n'avoit prefque rien
VÛ que de lugubre & d'ef&ayant. C'é-
toit-là où dans la joye ôc les plaifirs on*
révéloit fous les fécrets des myftéres.
C'eft-Ià 4 félon quelques Auteurs , où
régnoit la licence la plus effrénée. On'
y faifoît voir le Mjllos , que les Slcî«,
Uens portoient dans les Fêtes de Cérès 5
£c Tertidlîen y ajoute le Phallus des E-
gyptîens. Mais après tout , on ne fçait
pas trop ce qui s'y paflbit. On garda
iong^tems un fecret impénétrable : A?
^ns quelques libertins qui fe firent im«'
lier pour révéler ces myftéres , on n'en
àuroit jamais rien içû. Ce qui eft vraif
c'eft
DES Fables. 241
c^eft tjue l*on éxigeoît beaucoup de re-
tenue .y Se même une chafteté aflfèz fe-
vére des Myftes Se des Femmes qui
1>réfîdoient aux Fêtes de cett^e Déefle :
es purifications Se les ablutions qu'on
pratiquoit , feroient même croire qu'on
û'y ëtoit pas fi difiblu que quelques
Auteurs l'ont prétendu i à moins qu on
fie veuille dire que les dëfordres dont
les Pères de l'Eglife parlent , n'étoient
pas de la première inftitution 9 dc ne
s'y étoient glifles que dans la fuite. La
nuit s'étant paflee dans ces cériémo-
niês , le Prêtre congédioit rAflèmblée
^vec quelques mots barbares , qui font
voir qu'elles avoient été injftituées par
des gens qui parloient une autre lan-
gue (4).
Mais après avoir parlé des Fêtes de
Cérès, & des cérémonies des Initiés,
il faut, avant que définir, dire un mot
des JVCniftres qui y préfidoient. Le pre-
mier ëtoit un Hjeropbdnte , ou un Afy^
ftdgogue , c'eft-à-dire, un homme qui
montre les chofes facrées (i) ; & il né*
toit pas permis aux Initiés de dire fon
nom aux Profanes. Cet Hyërophante
{et).. Ces mots étoient 1er 9: ntfint faire dt méiL
'tMxjkpmipax t ^ueM^le (h) On l'appelloit «uffi
Oei c prctoid %mfieff v(i7* « mi^lftielMs Piephéte.
Tm. II. L
^^ Explication historique
devoit être Athénien » de la famille dêî
Ëumolpides ; il devoit avoir un cei taîti
âge, & d'autres qualités prefcrites par
ks Loix ,. Se garder une continence per-
pétuelle. Le (ècond étoit un Ddducbe ^
on Porte-flambeau.Le troifiéme, im Hé^
saut fàcré. Le quatrième , un Minjlilre de
l'autel j c'était un jeune homme qui
prioit pourrAflèmhlée, & obéïflbit aux
«utres. Il y i|voit ^ outre ces quatre Mi-^
iiilres , deux Prêtres pour fkcrifier , Se
cinq Commiflàires pour avoir foia que
tout fè fît dans l'ordre ; Je premier s'apt»
pelioit le Roi , & les quatr/s autres Efjm
mfletes.
La Fête de l'Initiation duroît neuf
jours. Le premier s^appelloît Agjrmos,
ou jour de l' Aflèmbjée j Se c'eft celui
qui étoit employé ^x cérémonies dont
je viens de parler. L^ fécond i on en»
voyoit ks Myfles à la mer pour fè la*
ver. Le troifîéme , on facriiioit uA bar«
f>eau avec de la farine & des gâteaux»
Le quatrième $ on faifoit tirer par des
boeufs un chariot , dont les roues étoient
faites comme des umbours. Les fenw
V[it% marchoient à la fuite de ce chariot^
criant : Bon jour y Mère Dio ; Se portant
àts cailettes 4 dans lefquelles il y avoit
desgiteauxi de U Im^p dé? gren^de^
DES Fables. 24}
«dr de* pavots. Nul profane n*ofoit/r©»
garder ce chariot ; & fi Ton fe trouvok
^aux Fenêtres, il falloit fe retirer. Le
cinquième , on marchoit toute la nuit
'àsns les rues, pour imiter la recherche
qu'avoit fait Cérès de fà iîlle. Le iîxié-
me , on conduifoit d'EIeufîs à Athènes
la ftatuë d'un jeune homnïe couronné de
tnyrthe , & portant à la main droite un
flambeau. On Tappelloit /acches ; nom
que M. le Cl^c dérive du Phénicien
Èaacbj qui marque une' interjeftion de
joie & de tranfport. En effet, on ac»
compagnoit cette ftatue avec de grands
cris de joie & des danfes ; & il y a toute
apparence qu'elle liepréfentoit quelqu'un
de ceux qui fuivirent Cérès dans fon af*
fliftion. Le feptiéme , on célébroit les
Jeux Gymniques^, où les combattans
•étoient nuds. C'étaient les plus ancien*
feux de la Grèce, inftitués en mémot*»
re de l'invention du labourage. Le feuÎ4
ùéïùè étok employé à l'initiation dé
ceux qui ne Favoient paS' été. If était
BOhimé EpiddurU , parce qu'Efeulapé
^oit arfhré ce jour-làd'Epidaure pour
^tre initié; ce qu'on" avoit bien vouhi
feire en fa* faveut* Le neuvième étoît
tm^yé èrêmpKr dMx vaiffeaux avec
de reau i ^ftèstpji^ i on tes verfbit eo
L i}.
';Î44 ExPLîGATION HISTORIQUE
prononçant quelques paroles , par let
Îuelles il fembloit qu'on demandok à h
>éefle de la pluie , pour rendre la ter-
u^k a7^ *^^ féconde (i ) ; & ce jour-là fe nottimoit
/•/.«>. ^'Plmochcé^ conuiie qui diroit un vaif^
-feau de terre, plat au fond. Tels étoient
les plus grands myftéres de la Grèce 9 &
aufquels prefque tout le monde vouloit
être initié. Tout y repréièntoît PHîr
iloîre de Cérès , fes loix & le foin qu'eU
le avoit pris de l'agriculture. Le fécret
y étoit fur tout extrêmement recom*
> roandé > non pour ^n cacher les abomi*
nations ; mais » comme le prétend M. le
Clerc , après M eurfius Se quelques An«?
ciens, parce qu'on découvroit aux ini?
fiés la véritable Hiftoire de Cérès &
de Ùl fille 9 qu'il étoit important de ca-?
cher au public > de feur que venant à
fçavoir 'que ces deux prétendues DéeA
fes n'avoient été que i&ux femmes mor-
telles 9 leur culte ne devînt mépjiikble,
i4?fi2f.T ^^^*^^" fayoriiê cjette opînios (2) ,
l't^u * ^ infinuant que c'étoit l'humanité 4e
Cérès & de fa fille > je lieu de leujrs. fé-
pulgres , & plufîeiu's autres chofeSt de
cette nature > que l'on tepoit cachées
. avec tant de foin. Cepeadajit il ^eft J>oa
de fcavoir qu'on permettoit aux initiés
jde /ça eptreteoir çatre eux£ ce qui fai?
^
fiifis Fabien; ù^f
îoli que le fécret les incommodoît
moins. t
Comme il fe mêla dans ces myftéres
plufîeurs infamies & quelques cérémo-
nies Egyptiennes , c^e& fans doute ce
qui a donné lieu àDiodore (i) & à (i) Lw^u
quelques autres , de dire que Gérés
étoît la même qu'Ifis (a) , Sc que Tri-f
ptolénie , venu d'Egypte , avoit apporté
dans la Grèce le culte de cette Déèflè;
Sur quoi on peut dire , que véritable-
ment Gérés étoit de Grèce ; mais que
dans la fuite on la confondit avec les f
qui avoit enfeigné aux Egyptiens l'a-*
gricùlture ; que l'une & l'autre étoit
tegardée comme la Déeffe de la Terre j
& les Grecs , qui vouloient que tous les
Dieux eùfîent pris naiffance parmi eux^
avoient dépouillé l'Hifloire & les céré-
monies d'Ifîs; pour en orner le culte de
Cérès (b). Car> dans le fond, tout ce
{a y Diodoxe pouvoir l'arrêtbit à (Quelque çhofe ;
Évoir appiis cela de San- tant la variété eft gtande
tkoniatnon , qui prétend dans les fentimena î Sc h
S [ne Proferpîne , fUle de même Dîodore captés nom
aturne , étoit d'Egypte , avoir dit dans le livre pre«
êc qoe fa Fable ne paiHi mier, que Cérès étoit ht
que long-teoM aprèv fà même qu'lfis , nous en pai-
mort en Grèce. Il ajoute, le dans le livre cinquième,
que cette PrinceiTe mou- comnike d'une Reine de Si-
xut jeune* Mais dans ces cile*
anciennes Hiftoites, on n'au» (è!) Sur tout rufase dki
toit jaauûs fini ^ £ on ne Pbiilui» qu'lfis avoit coa*
L iij
$4^ ExPUCATTDN HI5T«yRI(iUB
qu'on vient die dire ne reoferme que Vé^
tablifTement du culte d'Iiîs dans la Sici«
le & dans PAttique.
• Les Prêtres tâchèrent, dît Alcîdon ,^.
d'embrouiller dans la fuite la véritable
Hîftoire de Cérès, ayant eu foin fur
tout d*y mêler beaucoup de furnatureU
poiir perpétuer un culte dont ils tiroient
îeurfiibfîftance. Les Phîlofophes PayenSy
prefles par lesPeres de FEglife , qui leur
reprochoient les infamies du culte de cet»
teDéelfe^toiu-nérent tout à Paliégorie;&
4c dirent qu'on avoit feulement prétendu
nous apprendre par laFable deCérès^que
la Sicile ayant foufFert pendant quelques
années une grande difette> on avoit feint
que Pluton , le Dieu de la Terre , avoit
enlevé Proferpine , dont le nom lignifie
V abondance : & quelque tem» après, la
Terre étant devenue fertile , Jupitert
qui étoU l'Air tempéré, avoit rend»
Proferpine à Cérès , à condition qu'elle
il) Voyet demeureroit fix mois en Enfer , & fix
tj^i'S. 7?t- ï^^ois fur la Terre , pour nous marquer
près Vaiion. que Içs grains demeurent la moitié de
( 1 ) Dan* l'année dans le (èinde la terre (!)• D'au<-
Eufcbc, Pxcp. ^^g allégorifent après Sanconiaton (2) ,
•ùcté après la mcit de fon xodatc die avoir ece portée»
mari Ofiris , comme nous dans la Grèce pat les fiilei
l'avons dit dans foaHiftoii e; de Danaiis»
-AiesTesmophoiicsqu'Héi- ■ ,-
U l^tf Ue de Tenlé vement de Profefpinô
tj'une autre manière. Cette Princeflè >
qui, fuivant cet ancien Auteur» étoic
nlle de Saturne ^ étafit morte fort jeune 9
on publia que Pluton , que les Phéni-
ciens appelloient M$uth , qui veut dirtf
U Mort , l'avoit enlevée. Maisde la ma-
nière dont les Anciens parlent de cet
événement > il y a bien de ^apparence
qu'il faut le prendre à la lettre, puif-
que, comme remarque Diodore (4)jl€f
fentiment de ceux qui regardent Cérèt
comme une Reine de Sicile , fe trouve
confirmé par plufieurs Hiftoriens. Il faut
|>Ottrtant avouer , contirtua-t'il , qu'on a
dit dans la fuite des choies de cette
iJée/Te, qui ont rapport à la Phyfique y
& qu'on ne peut appliquer qu'à lôTerre y
dont elle étoit le fymbole : ce qui peut
fervîr de clef pour entendre tout ce que
les Poètes en ont dit. On la répréfente
comme une femme, avec un fein fort
gros, couronnée d'épics, & tenant à la
main une branche de pavot : circonftan-
ce qui fait allufîon à ce que difent quel-
Îues Auteurs , que Céres étant arrivée
ans la Grèce , on lui donna quelque»
grains de pavot , pour lui procurer le
(a) MuUi ycternm , înm teflimêniit fuit confirmant^
Uiforiii , ttim 'Put£ » Liv. s*
TT ••• •
448 ExftlCkTlOU HISTORIQUE
repos doiit elle n'avoit pas joui de^liîs
l'enlèvement de (a fille ; ou parce que
cette plante efl très-fertile« On lulo^ok
les prémices des fruits : on lui immoloit
la truie 9 parce que cet animal efE fort
nuifible aux femences. On ne fe fervoit
point dans ces fkcrifices des couronnes
de fleurs ; mais de myrthe ou de narcifle,
pour marquer le deuil qu'elle avoit por-
té depuis l'accident arrivé à Proferpine*
£t les Siciliens , pour imiter leur Reine»
coiu'oient la nuit avec des torches à la
main : c'étoit une des principales céré-
monies de leurs fêtes.
Au refte ^ quoiqu'il ne (bit ni néccflai-
re, ni poflîble d'expliquer toutes les
circonftances de ces fables ; je voudrois
pourtant bien que quelqu'un voulut ha« .
zarder quelques conjedures fur celle
que je vais raconter. On dit que pen-
dant que Cérès^ cherchoit fa fille , Nep-
tune qui la rencontra, en devint anK>u-
reux ; que la Déefles'étant cachée fous,
la forme d'une junient, le Dieu d% la
Mer fe changea en cheval , pour la fé-
duire ; dont elle conçut un fi grand dé-,
fefpoir, qu'après s'être lavée dans un
fleuve > elle alla fe cacher dans une ca-
verne. Cependant la ftérilité & la jpefte
commençant à ravager toute la Terre
pendant i'abfence de la Déeflè> les
DES Fables. 245^
Dieux la firent chercher de tous côtés ,
fans qu'on en pût apprendre aucunç
nouvelle ; jufqu à ce que Pan en gar-
dant Ces troupeaux la découvrit 9 & en
avertit Jupiter.Celui-ci envoya les Par-
ques , qui la retirèrent de-là par leurs-
prières. Cette caverne étoit en Sicile ,
& on y voyoit une ftatuë de Cérès vé*-
tue de noir avec une tête de cheval >
tenant une colombe à une main , Se ua
dauphin à l'autre. Les Siciliens Tappel-
loient Cérès, la noire ou TErinnie, pam
ce queFoutràge que lui avoit fait Nep*»
tune, l'avoit rendue furieufe. Je icais
que les Mithologues découvriront aan9
cette fable plufîeurs belles allégories ^
heureux qui rencontrera la véritable! En .
attendant j'avancerai ici que peut-être
on n'a eu d'autre but par toute cette fic-
tion , que de nous apprendre que Cérès
en cherchant fa fille par mer de par terre^ \
reçut quelque infulte d'un Corfaire dont
le vaifleau portoit la figure d'un cheval^
ce qu'on a enveloppé fous la fable myfté^
rieufe que je viens de raconter. Je fuis
aflez contente de cette conjeâure, dit
Eliante. Expliquez-nous maintenant ce
que veut dire Ovide (i), lorfqu'il dit (i)Wi.lù
iaue la Nymphe Cyane ayant voulu Cyanechaiw
jtaire 4es reproches à Pluton fur là vio- ^* ^^ ^^*'
Ly
ayo Explication historique
lence dont ii ufoît à Tégard de Profer-^
pine 9 ce Dieu la changea en Fontaine j
& enfuite ayant ouvert la Terre d'u»
coup de Trident, il rentra par-là dans^
fon Royaume. Cyane ^ dit rAbbé , étoît
une Fontaine près de Syracufc , où le»
ëniiflaires de Pluton fe rembarquérentr
pour s'en retourner en Efpagne ; & c'eit
ce qui a donné lieu à ce que vous venea::
ée dire (4). Peut-ctKe même , reprit AW
cidon, que qiaelque jeume Sicilienne
qui fe trouva par hafard fur le port , re*
procha à ces Corfaires la violence qu'ils^
^foient à la fille de fa Reine ; ce qui
donna lieu de dire que c'étoit la Nyirt*
Îhe de la Fontaine {t}. D'où vient , dit
Pliante ^ qu'on a dît auffi que -Profferpi-t
ne étant arrivée 'dans le Royaume de
Pluton , & fa mère ayant obtenu fôq^
tetour de Jupiter , fùppofé qu'elle n'eût
Afcaiapbe rien mangé depuis fon arrivée , Afcala-»
J^?"S^ *^" f^^ déclara qu'il lui avoit vu prendre
' fix pépins de grenade j & que Jupiter
«hofe d'Ar^thufe, qui cfl trem ftrunt turtn repenti
mrie Fdntaine près ^tt même extitifft , abrepum^ue ex
lieu; ce qui peut très* bien e^^o i/irginem ^p^rtét^e ^
«'rntenclre de quelque Ber- ac fkbifc n^t lo-ige à Syrénw
fétt l\w apprit ^ Cérès fis'penetntfie pih ttrrétf y i*^
tn^ement de fa fille. fumrftie et e^ loco tef*ntt
•* ijb) Etenim propter efi fpt' ex/z/i//^. Ctceron. Amoae
• • • tuiicm- ^tuetUm (wrverpt nd- é« in Vencou ^ -"
DÈS '^AÉttA 2^1
avoit ordonné , comme vous l'avez* dit>
que Profërpine (êroit ûx mois en Eofer ^
& les ûx autres mois chez Ta lâere j &
que cette Princefre,pour fe venger d* At
calaphe , Tavoit arrofé de Teau du
Phlégéton, & l'âvoit changé en Hibou ?
Afcalàphe , reprit l'Abbé , étoit un
Courtifan de Pluton^^, qui avoit confeil-
lé à fon Maître Tenlévement de Profère
pine ; & qui fit tout ce qu^il put pour
rendre inutiles tes négociations de Cé^
rès , & empêcher que fa fille ne lui fut
rendue. Profërpine le fit mourir dans la
fuite ; Se voilà ce qui a donné lieu à là
Fable : les confeils pernicieux qu'il
avoit donnés , furent cachés fous la
Fable de ces grains de grenade. Sa mé*
tamorphofe en Hibou n'eft qu^une mé-
taphore qui nous repréfente un homme
liaïilable : fi vous n'aimez mieux dire
toutefois qu'on ne l'a inventée , que
pour nous marquer qu'il fe tenoit tou-
jours caché dans les mines de Pluton >
dont il étoit l'Intendant, & où même
il périt. Il y a apparence qu'il fut écrafé
parla chute de quelque rocher j ce qui
fit dire auxPoëtes que Pfoferpine, pour
fe venger, l'avoit couvert d'une grofle
pierre. Son nom veut dire celui qm Ifftfr
des fîmes \Sl il ne lui fut donné appa^
L vj
2^2 Explication histcriqus
ifemment que poiur marquer (on emploL
Quelques Auteurs diiènt qu'il fut mé-r
tamorphofë en un certain Lézard , que
le€ Grecs nomment Afcâhabos ; Se c'eft
fans doute la * reflembiance des noms
qui leur a donné lieu de le dire. Suivant
vos lumières , reprit Eliante , j'expli-
querai fort bien auifi ce que nous dit
(i) M&. 1.5* le même Ovide (I) d'une fille nommée
Menthe 9 que la jaloufe Proferpine
changea en une plante qui porte encore
Ion nom (4). Je dirai que Proferpine
arrivant à la Cour de Pluton, ne put
fouf&ir une Rivale en pofTeflîon du
cœur de fbn mari ^ & qu'elle la fit pé^
rir ; fiir quoi, en écrivant les avantures
de cette Cour , on inventa la métamor-
phofe à laquelle la reflèmblahce des
noms donna lieu.
Maintenant , avant que de vous parler
des autresDieux de l'Enfer,& de vous en
faire la defcription fuivant les idées des|
Poètes ; faifons unedigrefiion néceflai*
re fiir ce que les Anciens ont pen£é de
rétat des jmes après la mort.
La cainoifTance de l'immortalité de
l'ame 9 dit-il, eft une vérité aufli ancien-
jie que le monde. Adam qui la reçût
«
(4) Lct Grcc9 nomment cette hcibe Ktihfofi ^ à cMic
ielll^MUCodeiit*
DES FAB-fESi 2^^
immëdktenient de Diçu ,• la communia
qua à fes enfans, & ceux-ci aux Patriar-
ches & à Noé ; & je crois qu'elle a
toujours marché de pair avec la con-*
coiuànce de Dieu. Otez les Athées qui .
n'ont jamais fait de corps féparé 9 ni
de ieâe > les Epicuriens qui penfoient
que tout étoit matière, & les Saddu-
€éens qui nioient les eiprits, tcîut le
monde a reconnu de tout tems la dif>
tinftion deTame avec le corps (i) : mais (^ ^Y**
on n'a' pas toujours eu des penfées fort d9idoi.\.\lh.
&ines fur fa nature. Plutarque & quel-
ques autres ont crû que l'ame n'étoit
qu'une hannonie, un accord des premiè-
res qualités. Démocrite a penfé qu'elle
étoit Gompofée de corpufcules les plus
déliés de fa matière ; Épicure > des ato»
mes le^ plus agités, comme fi ou la
délicateffe des parties-, ou le mouve-
ment le plus rapide, pouvoit donner de
la penfée à ce qui eff étendu. Heraclite
a crû qu'elle n'étéit qu'une exhalaifon ,
de feu : d'autres ont crû qu'elle étoit
compofëe d'une matière éthérée , ou de
Pair le plus pur , ou du feU le plus
délié.
Parmi ceux dont nous venons de paiu
1er, quelques-uns ont crû que l'anie
mouroit avecle corps : d^autreà ont d>t
v'.
a5'4 ExPLrCAttON HISTORIQUE
qu'elle lui fur vi voit à la vérité; mais
qu'après un long efpace de tems & des
révolutions différentes, elle étoit enfin
détruite. Quelques-uns même ont penfe
que l'ame étant détruite avec le corps,
elle reffiifciteroit pourtant un jour avec
kd. Mais la plus faine partie a toujours
crû qu'elle étoit immortelle : & chacu»
s'efl efforcé de deviner ce qu'elle de-
viendroit après la mort. On a vu que
la vertu n*^étoit pas toujours rccompen--
(ëeen ce monde» ni le vice puni: que
fbuvent îes plus illuflres fcélérats étoient
les plus heureux : & que ce qu'on ap-
pelloit la fortune & les richeffcs, étoit
prefque toujours le fruit des iniquités
& de l'injtrflicc : que les remords^ qu'o»
prétend être la punition du mal, n'é«
toient pas une peine fuffifknte pour des
gens qui commettent de nouveatix cri-*
mes , pour les étouffer. Ainfi on a tour«
jours crû qu'il devoit y avoir aprè^
cette vie des lieux deflinés pour pumr
tes méchans, & récompenfer les bons«^
Nos premiers Patriarches ont eu fàn^
doute des idées faines fur les peines &
les récompenfes de l'autre vie ; & quoH
que Dieu n'ait pas jugé à propos^ de
t'en expliquer clairement à Moyfe 5 on
tt laifie pas d'en voir des vefHges eu
J
DES Fables. 2^f
plufieurs endroits de fes Livres. Mais
comme Tidée de Dievr s'étant afFoiblie y
ainfî que nous avons dit (i)r<Sc ayant (0 ^«7^*
pris commerce avec ks lens y on le for- i'iaoiit»v
gea des Divinités fenfibles ; de même
ridée faine des peines & des récompen«»
fes de l'autre vie s'étant corrompue, onr
imagina un Paradis & un Enfer , coi^or--^
mément à fon génie.
. Platon efl cdui des^Philofophes qui a
le plus laifbnné fiir la nature de Telprit $
& fur rétat des âmes après la mort : mais
il faut avouer que (on fyftême , ainiî
que cehii de tous^Ies autres, eft mal fou-
tenu & rempli de contradidions. De»
qu'on eit éloigné de la bonne voie, on^
s'égare à mefore qu'on avance. LoriV
qu'un homme t& nïort, felon ce Philo*»
fophe , foo ame va dans un lieu qu'il ap»
pelle Divin , où elle eft jugée. Quand oi;^
amené une vie conforme aux lumières
de la raifon, on efl conduit dans un lieu
^evé , où l'on jouit de toutes ibrtes de
pro^rités <Sc de plaifîrs à la compagnie
des Dieux* Les âmes des méchans tom:*
lient dans un abîme oii il vlj a que des
ténèbres fort épaiflès, & où on foufee
toutes (ôrtes de maux. Ce Philofophe
feit enfuite la defibription de l'Enfer 4k
des Champs Elifëes ; & parle des Fleu-
i^6 Explication historique
ves de ces lieux 9 des Juges, des Fudes^
Sec. à peu près comme les Poëtes^- ixii-
vant en tout les idées d^Homere » qu'il
avoit potirtaût chafle de fa République.
Socrate fon maître avoit penfé à peu
près ta liiêifie cKofe. Il diitingue trois
fortes drames après la mort. Celles^ qui
n'avoient'été ni trop bonnes ni trop mé-
chantes 9 habitent, félon lui, autour du
Marais Achérufie , & fè purgent dans fes
eaux y pour aller enfuîte recevoir leur
técompeiîfe : celles des méchans errent
autour de leurs tombeaux y où elles font
tourmentées de difiër^ntes manières }
cnfuite elley vont boire de l'eau Au
fleuve Léthé , Se rentrent dans de nouh
veaux corps, plus ou moins nobles, Cdh
Vant leur mérite : les âmes des bons votit
dans les Champs Eliiiees.
Pythagore di(bît,que dès que les ame$
étoient forties du corps , elles s^envo*
loient fous la conduite de Mercure daià
un air fort pur, où il croyoit que leï
Champs Elifëes étoîent placés (/)^l que
là les âmes des FhUofophes qui étoient
les plus excellentes > devenoient fem-
Uables aux Dieux; & celle de» méchans
étoient condamnées à être tourmentées
Mr les Furies^': mais les' unes âc les au-
i') ViJgUe le» appelle «iiffi Aiftês Cû'mfu
ÏDES Fasles^ 2^7
très fbft oient, enfin de ces lieux pour
venir habiter dans de nouveaux corps,
même dans ceux dès animaux : & il e(l
le premier Philofophe qui a enfeigné eri
£urope la fameufe doÂrine de la Mé-
tcmpficofè (4), ou de cette circulation
éternelle des âmes dans de nouveaux
corps ; il Tavoit fans doute puifée chez
les Egyptiens. Ce font eux qui doivent
être regardés comme les Auteurs de
cette ancienne opinion de la Métempfî-
cofe j c'eli là que l'ont puifée les anciens
Poètes , Orphée , Homère & tant d'au-
tres, qui la firent pafler de leurs Ouvra-
ges dans le fyftême de la Religion des
Grecs. Et quoique cette opinion foit
ridicule en elle-même , elle étoit cepen-î
dant très-propre à conferver la tradition
de l'immortalité de Tame. Ainfi on a
raifon de regarder les Egyptiens comme
les premiers qui ont publié ce dogme.
Leurs Prêtres , au rapport d'Hérodo-
te (b) s enfeignoient que les âmes ne
mourant point avec le corps, Amenthés
ks recevoit. Cet Amenthés {c) étoit
(4j Homete l'avait en- Dmhs &* Mtcipitnti Itcnm
reignée plut de 400 ans fubterr4neut(t , in quim pttm
avant lai. unt MÎmAt fetri pffl inwi
(b) u£gyftn primi funt tem , v^c^nt jimtnthem «
qui Muiméim hominit im» quod nomen fignificdt acci»
morfalem dictrent, I., z. fient em <^ danfim* PltiC. dç^
{c) Ce ffloK veuc iUre, ifiiie.
A^È ÊxPXlCfAttCfïC ïîfs¥otiîQir«
tin lieu (buterraiti fèmblable à TEûfef
des Grecs; ou , pour mieux <fire, c^erf
fur cette îd^eque ceux-ci oiîtt formé le
leuf • De-)à cllês^ éf oîertt envoyées pre«
miérement dans les* cofps des animauit
terreftres ; enluite dans ceux des poif»
Ions ou des monftres itiarins } enfin dan#*
ceux des- oifeaux : & après avoir emn»
ployé troi^ mille ans à ces tranûnigra-^^
rt)H^fo- tions (ijf, eHes retournoietit dans le»
éùn^hi.iit. corps des hommes'^ d'où elles refor-
toient pour contiriuer le menie manéger
& par cette circulation infinie , ils prou-*
. voient que Tame étoit immortelle. De-*
iàle foin qu'ils" avoient d'embaumer le»'
porps ; de-là ces dépenfes extraordinai-^
tes dans leurs Maufolées ; ce <]ui fait
dire avec raîfon à Diodore de' Sici'^
|x) Lit. u le (2) y qtxe ce peuple étoit moins eu*
fi^ux de bâtir des maiibns pour le»
vivans , que des tombeaux pour le»-
morts.
Cette opinion dans la fuite a été (t
univerfelîe , qtie non-feulement tous le»
PoÂes , comme nous le verrons plu»
bas, mais la plupart de» Peuples l'ont
cmbrafléej & encore aujourd'hui elle
eft très-commune parmi les Nations du
JiCvant.
Les Juifs qui étoient partagés en trol»
Seâes avant le tçms de notre Sei-^
g;neur 9 ont eu trois opinions fort difïe-'
îentes fur l'état des âmes. Le$ Saddu-
ciéens ne Groyoient ni efprit ni réfurrec-^
tion. Les Pharifiens , qui croyoient le»
dmes immortelles) donnoienc un peu
dans f opinion de la Métempfîcofe 9 ôC
croyoient le retour des âmes dans d'au-
tres corps. Auflî voyons-nous qu'Héro-
de , qui étoit de cette Sefte , croyoit
3ue l ame de faint Jean , qu'il avoit fait
écapiter 9 étoit venue dans la perfonne
iJe Jefus-Chrift » comme les Evangéli-
Hes le remarquent. Les EfTéniens , fur-^
tout vers le tems de la ruine de Jérut*
iàlem 9 affignoient aux âmes deux for-
tes de demeures ; l'une fort agréable .^ ^
pour les bons , & l'autre éternellement h fuite de
troublée par des tempêter & dés téne- fé™*de* Jj^
bres pour les mauvais (i). Baihage*
Mahomet , qui a formé un Paradis fiir
l'idée des Champs £lifées> Se un £hfer
à ÙL mode » a des penfées fort fingulié-
^res fur l'état des âmes après la mort : il
les divife en trois Claffes (i) ; celle des ^*^ ^^y^
rProphêtes ; celle des Martyrs ; & celle
des Mufulmans ou des Fidèles. Il dit
que celles des premiers s'envolent d'a-
bord après la mort dans le Paradis y
où il fait trouver tous les plaiUrs des^
û66 ÉxvLickttovt nisTcmiovi
fens (rf) ; celles des Martyrs habiteriï
dans le gofîer de certains Oifeaust du
Paradis , où eUes font afiez hem-eufes $
Se celles des Fidèles ha&iteht autour des
tombeaux oùfôût leurs cor^s^ aveciine
Uberté entière d^aller où bon leur fem*
Me.
Les Periesf' Mahométans divifent leur
Paradis Sc leur Enfer en fept demeures ^
où ils font trouver des récompenfes &«
àés peines proportionnées au bien & au
mal que chacun a fait peïidant la vie*
Les^ aticiénsPerfes qui avoient appris leur
Religioû de Zoroaftre & des Mages ^
enfeignoient qu'après^ la mort les ame$
arrivoient au neuve Tcbinavar , où elles?
trouvoient un pont; gaf dé par deux An*»'
ges", qui , après les avoir interrogée»
lùr leurs aâions^les envoyoient ou dans
un lieu de délices ^ ou les condamnoient
à'deîS fourmens éternels (i). Et ce qui
efl foit iingulier , quel^ques bonnes ac*-
tions qtl'on eût faites , dès qu'on avoît le
malheur d'être mort fans laiflèr uii fiK>-
ceflèur , on étoit exclus du Paradis^
Les Bracmane^ , ou ,les Prêtref des
(m) On ne t'écend pas là- tvAé Sétâ-Jer , qui lenferme
deflÎM : chacun fçait afin îes princifct-<1e la Refigifali
ce que c'eft que le Païadts des Mage». Il a éti tiaduk
de Mahomet. pat Thomas Hydde»
^) Voyex k Lirtc îucî-
DES Fables. 261
Indiens , débitent encore aujourd'hui fur
TEnfer & le Paradis;, des Fables fem-
i>lables à celles que Platon & les Ppç*
tes Grecs ont pià>liées dans ieurs Our
yrages.
Enfin on lit peu de Relatioas , m^me
des Peuples les plus barbares , où Pon
ne trouve un fyftême fur Pétat des âmes
après la mort ; & l'on peut voir dans le
Livre d'un illuflre, Prélat (i) , les erreurs (i)M.Hucr;
monftrueufës où les honmies font tom- f^f i^ *'*'
bés fur ce fujet. Mais venons aux fenti- '
mens de$ Poètes , qui doivent faire la
matière de cet Entretien.
Les anciens Poètes croyoient d'à*
bord que les âmes après la mort alloient
dans les Jardins délicieux dç la Mauri-
^nie Tingitaoe 9 où elles enrôlent dans
les maifons autour dç leurs tonijbeaux^
Orphée j qui voyagea .en Egypte jjjetta
à fbn retour le plan d'un nouveau fyftér
sie fur ce fiijet ; & c'jtsfl de lui qu'eft
venue l'idée des champs Elifées Se du
Tartare , que tous les Poètes ont fuivie y
quoiqu'ils ayeot varié fouv^nt fur la fi*
^atioade ces Ueux.
. Qtielques-uns placent les Champs Eli-
Ces dans les. Ains (2); d'autres dans la ^J^ ]^*'«*
{iuney.ou plutôt dans le Soleil 9 comme
hifc^eDf^ le$ MaiiÛQhéfiQS ^ qui difi;)|ient
2.6^ E^PMCATîOltf HfSTORtqUfi
4}ue les ames^ <ies Juâes alloiefit d'àtscod
après leur mort dans le globe de la Lu<^
oe ; & quand il y en avoit une voiture
iaffifante 9 ce qui {>aroifibit lorfquèUt
ëtoit pleine 9 eÛe les alloit porter tk^ft
le Soleil , pouf y jouir d'une étemelle
félicité 5 enfuite de quoi elle devenôît
nouvelle ; attribuant à ce manège lé
cours Se décôufs de cette Planète : et
qui eft à mon avis ^ quelque altégori^
qu^on y attache r un des plus ridJcu-^
les égarement où les hommes foyent
jamais tombés. Mais- la plus commune
opinion plaçoit les Champs Elifées diM
les Iflcs fortunées de l'Occident, qu^on
croit être les Ifles Canaries j ou plutôt
lies environs de Câdis & de Tartèfe , Se
tout le chai^mant pays de la Bétique i
comme le prétend Ôochart. C*eft-là f
felon cet Auteur, que fe trouve le Tar-*
tèfe , qui eft le Tartare dès Poètes : tout
y convient à la defcription que les Pc^
tes nous ont MSèt des Champ» EMiëes;
D'un coté, le pay^étoit ébaifmant; teâ
bois & les iH*^ies y étofént âf^fiâes àé^
fleuves Se deruifTeaux :êé dfâutï'e celle ^
il étoit regardé cottmit t^Mtvémkié' du
ihofide. Cet oit-& ôjl ré^ditAI dès^«k^
liebreff étemeâe» , pu}l^^3h= trcpfys&i
que le ScAi^ a^t ê^ couchiez dans r(>^
/
DBS FaBI^ES. 2^3
^Mi ; & vous avez vu que c'étoît pour
cela qu'on avoit dit que Pluton , qui ré-
gnoit fur ces côtes (i) , avoit eu PEn- fi,["^^i^4^
fer pour foo partage. Pour ce qui re- Piucoa.
garde les Ifles Canaries , ce même Au»
teur croit qu'elles étoient inconnues aux
Anciens , qui n'ofbient guéres paffer Iç
détroit 9 ou du moins qui ne perdoient
Îas de vue I^ côtes. Quoiqu^il en fi>it f
lomere ( 2 ) fèmble placer FEnfer & Iç^ (%) lît. i x.
Champs Elifees au pays des Cymmé* ^^'^^
riens ; Se fur cela quelques Auteurs
croyent qu'il parle de« environs de Ga-
^9 leion l'opinion v^ilgaire de ce tems*
là : d'au<Tes penfent qu'il parle des Peu-
ples encore plus reculçs , comme fe*
roient les habitans de la Laponie & d$
la-Zemble , qui ont des nuits de plus d^
trois mois. Plusieurs Auteurs croyent
3ue ces Peuples habitoient fur les bords
u Pont-J£ïixin., près du Golfe qui por-
te ce ncwn. M. le Qerc (i) prétend que (J ) Bibi^
c'étpieat le« andeiis babitans de l'Epiw "^'^^^
4re , qui faifant oohtinuellemeiit travail^
1er aux mines 9 fur-tout pendaat le ré*>
gne d'Aidonnée ^ avoient fait une w&àr
té de voûtes lous terre où ils deme^
roient ordinairement : enfoHe qu'Hci^
eiere ja eu raifbn de dire que k ÉXéLoit
ys éclairoit Jamais j ce ^ui kwr fit dour
26^ Explication HISTORIQUE
ner le nom de Cymmériens. Mais îl y
a apparence que les Cymmériens d'Ho-
mère étoîent en Italie » puifqu'il y
fait arriver Ulyfle le même jour qu^il
ëtoit parti de l'ifle de Circé. JVlais pour-
aùpi , reprit Eliante , le même roëte
it - il que ce Peuple étoît eûviroimé
d'épaiflès ténèbres ? Strabon nous ré-
pondra , dit F Abbé , que c'eft parce que
. ce Peuple,chez qui il fait aborder Uiyi^
fe , habitoit dans des cavernes. Bo-
(I) chan. chart (i) qui réfute avec juftîce le fën*
Li«c33. liment de Strabon» dit que c'eil le nom
de Cymmériens , qui en langue PhAii-
eienne veut dire ténébreux , qui a don-
né lieu à cette Fable, Ainfî ce fçàvant
Auteur place les Cymmériens fur les
côtes de Provence , & fait la defcrîp-
tion d'une contrée de ce pays propre à
former les Champs Elifées. Quoiqu'il
en foit du fentiment d'Homeré, if eft
très -probable que l'ancienne tradition
du Jardin d'Eden ou du Paradis Terre-
flre , a fervi aux Anciens à former leurs
.. Champs Elifées : ces bois déiicieuic »
ces arbres chargés de fruits ^& ces qua^
$fe fleuves qui couloient au milieu 9 tef
femblent afïez à ce que nous en éà£wt
les Poètes. Si vous me demandez coro-
ment ils Favoient ^pris , je vous dirai
qu'ils
i>Es Fables. 26^
Egyptiens l'avoieat appris des lûraè- ci4cflufc
lites , Se en particulier de Moyfe 9 qui
demeura fi long-tems parmi eux.
Les mêmes Poètes ne différent pas
moins fur la fîtuation de l'Enfer : les uns
le placent au centre de la terre ; les au-
tres à Ténare , qui étoit une caverne
fort profonde > dans un Promontoire de
laaconie, qui portoit ce nom : Home- (*)0<lifl[;
re (2) au pays des Cy mmériens , peuples ' '*
couverts d'éternelles ténèbres , comme u^q^^ud
nous venons de le dire : Virgile en met fi>« >i *« p^.
l'embouchure près du lac Aveme (3) , g/^-^uV*^
ôc Lucain ( 4 ) auprès de l'Euphrate ; ^^j 5^/. a^.
chacun ayant choifi pour un lieu » dont
leurReligion ne leur apprenoit rien de cer-
tain 9 l'endroit qui paroifToit le plus pro-
pre à devenir le féjour des nialheureux,
• Il faut remarquer ici que les mêmes
Poètes diôinguent quelquefois quatre
chofes dans l'homme ; fon corps 9 fou
ame, fon ombre , & fon phantôme. Vir-
gile faiiant invoquer à Énée les Mânes
de fon père Anchife , avant que de cé-
lébrer fon Anniverfaire , dit :
• • • • Safvete , rcccfti
hftquiçqukm cintrts , aHimaque, umbraque
faterna (s). . . (j) En, 1.5.
Tome II. M
26iS Ektliç^tiov HISTaRiqUE
£t Didon , prête à fe domaer la mort i
fait cette réfléxîoo :
(i) En. 1. 4 • Et nunc magna met fuh terras ikk mago (i)*
Lucrèce s^exprîme encore plus claire^*
méat fur cet article :
. • . . Efft 4chfrujia templa 9
Quo neque perpianeant aninkç, neque cerf or
, nofira^
(%) Lttct.Ux • Sei^piaiamfimlacra wod^paUentia miris (>%
Ces Poètes croy oient donc par co&-
fcquent que le corps avok la terre poujr
fon partage ; que Tame aUoit dans TËn-
fcr ou dans k$ Champs Elifées ; que
Tombre erroit autour du tombeau; Se
le phantôme dans le veftibule du Royau-
me foûterrain. Quelquefois même ils
plaçoient dans l'Enfer l'ombre duHéros,
4ont Tame é^oit dans le Ciel ou daB&
les Etoiles.
Les Poètes ne font pas d*accord fitf
le tems que les âmes dévoient demeurer
ëahs l'Enfer ou dans les ChampsElifées.
Anchife femble infinuer à Enée fon fils^
qu€ces dernières, après une révolutio»
de mille ans , bûvoient de Teau du fleuve
Lethé, & venoient dans d'autres corps,'
fuivant en quelque manière l'opinion de
"la Métempfîcofe , comme nous l^avons
. dit. .
DES Fables. 2(^7
Haï omnetf ubi mille rotam volvertper annor,
Leihaum ad fuvium Diui evocat agmim
magno ;
SciUcet^ immemorei Jupira ut convixa revifam
RurJuSi & incipiant in corpora vtiU reversi ( i ) . ( t J Vîrg*
Il n'en étoit pas de même de celles qui
étôient condamnées ad Tartare, dont
«elles ne fortoient jamais. Virgile dit du
malheureux Thefée 9 qu'il y eft , & y
fera éternellement:
... • Stdiê » ifUriàtnlqut feiibiÊ
înfeUx Thefeus (t) ' ^^j ^^^
Et les autres Poètes difent la même
chofe des Ixions , des Tantales , des Tir
tans , & de tous les autres Criminels 5
quoique leur fyftême ne foit guéres con-
fiant fur cet article.
Pour ce qui eft de* ceux qui n'étoient
ni dans le Tartare , ni dans les Champs
Elifëes, mais dans les vaftes forêts qui
précédoient ces deux lieux , coînme Di-
don , Deîphobe , & les autres , qu'Enée
rencontra j après un certain tems de pur-
gation & de foufFrance , ils étoient ren-
voyés dans les Champs Elifées :
Qfiifquifms patimwr manet : exinde per amplum
Mittimur Elifitm i & pauci lœiaarvû ua€» (^i)lbid,
nun (z\
M ij
!x6S Explication historique
Çt c'eft ce qui fait dire %ncore à Deî-
p.hobç » parlant à la Sybile ,
... Ne favi , magna S(uerdQS :
' Vifcedam; epepUbo numerum, reddarque rt-
{i)lb$d. n€brii(i).
Maîs^ après avoir expliqué les dog-
mes de la Théologie Payenne , fur TEth
ier & les Champs Elifé^ ; il eft bon
de vous en faire une defcription éxade.
Comme aucun des Poètes n'a mieux
réûffi fur ce fujet que Virgile , nous al-
lons le prendre pour guide. Ce grand
Poète a mis dans up beau jour tout cç
gu'Homére , & après lui Platon , avoient
çnfeigné fur ce fujçt : fa defcription de
TEnfer bien au-delfus de l'origmal qu'il
(i)Hcin. a copié (i), & encore plus au-deifu^
Pdifl.l.xi. de Sylius Italicu», dç Claudien , de
f^ucain , & des autres jui ont travailla
diaprés lui , étant une Topographie par*
jfaite du Royaume de Pluton,
Près du lac Averrie ,^ dit ce Poëte ^
eft un Antre obfcur , qui conduit dans
. le féjourdes pmbrçs. Dès le vçfUbulc ,
on commence à jrojiver un grand nom-
bre de phantômes : on y voit les triftes
figures de la Mort , cle la Maladie , (Se
de la Famine , ainfi que plufîeurs liiop-
ftres, comme les Centaures , les Gor-
gonesr 9 les Harpyes 9 & tout ce ^ue la
nature a formé d'hydeux :
Veftibulum ante ipfum , frimifyue in faucibut
Orci ,
Ludui & uhricef pofuere cubilia Curtt. • •
Censauri inforihuijlabulant, SciUaque bifor^
En fortant de cet Antre 9 oti trouve
un chemin » qui conduit par des bois fort
obfcurs 9 au fleuve Achéron : c'eft - là
Su'accourent de toutes parts les âmes
e ceux qui doivent paffer au-^elà. Mais
comme il n'eft pas permis d'être admis
dans la barque de Caron 9 fans avoir
reçu les honneurs de la fépulture y .
Nec ripas ântur horrendas , nec raucafiuenta
TranffortartffriiiS quàmfedibus ojfa quiirunt ;
celles qui en ont été privées , font obli-
gées d'errer l'eipace de cent ans fur ce
trîfte rivage,
Centum erramannot, voUiontque haclittora
circum.
Quand on a pàffè la barque fatale » on
trouve d'abord un Antre horrible ,' qui
fert de porte au Royaume de Plutom
Cerbère , ce chien à trois têtes , fi fa-
meux dans les Poètes, en eft le gardien.
Dès qu'on eft entré dans ce tftfte féjour>
on trouve les âmes de ceux qui foi^
M iîj
Vjo Explication HiSTûRiQUE
«norts avant l'ufage de la raifon : enfmte
celles des perfonnes qui ont été înjufte-
ment condamnées à la mort , & de ceux
(lydtmjbid* qui fe font eux-mêmes ôté la vie (!)• Ici
fe préfente aux yeux hqc forêt de Myr-
thés , qui fert de féjour à ceux qu\m dé-
fèfpoir amoureux a privé de k lumière
du jour. Au fortir de ce bois^ on trouve
le quartier des Héros qui font morts les
armes à la main. Près de-là» eft une efoé-
ce de place qui aboutit d'un côté au 1 ar-
tare , & de l'autre aux Champs Elifées :
c'eft-là où Minos , Eaque & Rhada-
(2) Plat. 1» mante- exercent la juflice (2) ; celui-d
^ H^i ?^"" ^^^^ ^^^ Afiatiques , Se Pautre les Euro-
Viig.&cr * péens; & Minos termine les différends
qui furviennent à l'occafîon des juçe-
wens de fes confrères, juge. en dernier
reflbft ; & fur P Arrêt de ce Juge févé-
re 9 les. uns font renvoyés dans le$
Champs Elifées, les autresfont relégués
dans le Tartare.
Le Tartare eft une afireufe prîfon d*u-
ne profondeur épouventable > environ-
née des marais bourbeux du Cocite &
du fleuve Phlégéton, qui roule autour
des torrens défiâmes : trois enceintes.de
murailles avec des portes d'airain ren-
dent ce lieu inacceffible. Tyitphoney la
f lus méchante des troia Furies^i
i la porte » Se empêche que perfbnne
n'en forte. Rhadamanter juge de ces tri»
Ûes lieux 5 oblige les malheureux qui y
font à confefler leurs crimes les plus
fécrets , & les livre etifuite aux trois Fu-
ries 9 pour être punis félon leurs fautes :
On les voit toujours prêtes à exercer
leur fureur fur cies miférables viâimes;
d'àfifreux. ferpens qu^elles tiennent à la
xtiain 9 font les fouets dont elles les fra^
petit. C'efl dans cet aflreux fëjour qu'ott
trouve ces illuftres malheureux 5 dont
les noms ont tant de fois retenti dans
les Poètes. Les fuperbes Titans que Ju^
piter foudroya, lorfqu'ils entreprirent
o^aflîéger les Dieux dans rOiympcy
font da^s le lieu le plus profond du lar*
tare. Les deux Aloïdes , Ephialte Se
Othus » que Neptune eut dlliphimédie
femme du Géant Âloiis , y foum-ent une
Îeine proportionnée à leurs crimes (4)%
/infenië Salmonée qui voulut imiter
(a) n y a deux opiniofit poUon ayant fait paroîtK
fui l'Hiftoixe de ces Gcantt. une biche , ils voiilnzent la
Quelques Auteurs difent, percer à coups de flèches, A:
2u'aytfnt voulu efcalader le s'entretuérent Fun & l'au«
'iet , Se ayant mit pour ce tre. Ils font dans le Tartare»
fuietlemotOflafttrPèlion, attachés à une colomne
Apollon les tua à coups de avec des ferpens ; & il y »
IlechettD'ai^cs racontent, un oifeau nodurne qui , pat
«l'ayant trouvé Diane à la fet cris lueubres , lea efiray?
cnauê» ils avoient voulu continuellement VoyHji^^^
hi laite iFioleiice » &«i'A- Fdbit if .
. M m ji
VJ2 Explication histoeique
les foudres de Jupiter ,, & qui fat Ivà-^
même foudroyé. Le trop hardi Titye
qui entreprit de fe faire aimer de La-
tône 9 '& qu'Apollon pet ça d'un coup
de flèche , y fouflEre un tourment horri-
bte ; un cruel vautour lui déchire éter-
nellement le foye , qui renaît a mefiire
qu'il eft dévoré. Le téméraire Ixion
qui fe vanta d'avoir déshonoré Jupi-
ter, y eft condamné à tourner perpé-
tuellement une roue environnée de fer-
pens. Théfée qui entreprit d'enlever
Proferpine pour fon ami Pirithoûs , eft
éternellement aiCs fur une pierre dont
il ne fauroit fe détacher* Tantale pour
avoir voulu tromper les Dieux , & leur
avoir fait fervîr à table les membres de
Ion fils Pélops , y fouf&e la faim la plus
cruelle parmi des viandes qui fe retirent
à mefure qu'il s'en approche. Les Da-
naïdes, ces malheureufes filles de Da-
naiis, qui égorgèrent leurs maris , y font
condamnées à remplir éternellement un
tonneau percé. Sifyphe , pour avoir ré-
vélé les fécrets des Dieux, y roule tou-
jours une pierre , qu'il oA obligé de
• reporter au haut d'une montagne dès
qu'elle eft defcènduë. (Edip^, qui tua
ion père Laïus & époufa fa mère Jo«
' cafte 3 fes malheureux enfans 9 Etéoclç
DES Fa BLES. 275
& PoUnîce , qui fe firent une (î cruelle
guerre j & s'entretuérent tous deux dans
un funefte combat j Atrée , Thyefte ,
Egîfte , Clitemneftre , & tous les autres
illuftres coupables qui ont mérité l'indi-
gnation des Poètes, y foufirent des tour-
mens proportionnés à leurs crimes. Tel-
le efl la deicription que font les Poètes
de leur Enfer,. Mais s'ils ont inventé un
lieu fi affreux pour punir les méchans,
ils n'ont pas manqué en revanche de
nous donner une idée charmante du
lëjour des Bienheureux : écoutons-les.
A la droite du Tartare , fe trouve un
chemin qui conduit aux Champs^ifées^
dans ces ifles fdrtunées , où les âmes de
ceux qui ont bien vécu pendant cette
vie jouilfent d'une paix & d'une tran-
quillité profonde , ôc des plaifirs fcs
plus innocens. Figurez-vous des lieux
• enchantés , où fe trouve en abondance
tout ce qui peut rendre heureux (i) ; ^ ,y 1^,^.
des bois t<>ujours verds , des prairies Vire. Hom.
channantes entrecoupées de fontaines & * pind, ^
de.ruiflèaux qui^ coulent avec un doux
murmure , 4in air fain & pur , ime cha-
leur modérée > des oifeaux qui chantent
éternellement dans d'agréables bocca- r2,)ptgs.u
ges , un printems perpétuel » un autre g^* virj.
SQÎeil^ d'autres aftre3 (2)-: » cuui**.
M V
^74 Explication historiqus
Largior hic campus , ather & lunùnc viftit
Purfureo ; Solemque fuum , fua Sydtra nortmr^ •
.Figurez-vous toutes ces chofes ; & vous:
aurez Vidée qu'ils nous ont donnée du
féjour des Bienheureux , de ces ifles for-
tunées f de ce fameux Rojnaume d' Adra-
(i) Hom. fte, en un mot des Champs Elîfées (i).
«utretPoëtal ^^ comme ce ifyftême dépendoit de
l'imagination des roêtes , chacun y fait
trouver des piaifîrs conformes à fon in-
clination. Tibulle» qui étoit voluptueux
& (ènfible aux charmes de la tendrefle,,
j fait régner la joie & les plaifîrs des-
ftns ;
f& ctore^ eanmfjut VfgMt; faffîm^e vê^
gûntts
Dulcifiuum Uttui gutture carmmavei»
Wcrt cafiûtn non cukufegen; totcfqmftr âgtom
Florei odoraiii urra èeuigna. rofis,
Aejuvenumfiries, tetterUimmifta fuettir-f
|s} tSb* 1. u ^^^^ 9 ^ nffidui pTidia mifcet Amor (x)..
Virgile plus modéré & plus Ikge
n'y admet que des jeux innocens & der
occupations dignes des Héros qui y ha*-
l>itent. Homère avant lu» «voit donné
à ces mêmes Héros les mêmes piaiit»
Dans le Poëife Grec ^Pombre d'Achille
Ait Ja guerre aux bêtesfëvoces ; & dans:
le Poète Latm^ Ie«. Héto^ Tcoy en^^s^
exercent à monter à cheval ou I- feue
des armes :
Parf Mgramimit ixtrcem membrêfâUflrU. • •
Pars pedibui plaudum ckorau^ & ^eurmina
dicunt»
• . . Ecc9 aUot ,d€9firi Iiv£qu€,p€r htrbam
Vifcemeff latumqtie choro P^Mna cêmnffs*
D'autres ont ajouté à^ tous ces plaifirs
celui de la bonne chère , & ils ne nous
parlent que des fefUinsde cet agréaMe
le jour » pendant qu'ils nous difent qu'il
^'y avoit rien de fi maigre que les repaa
d'Hécate qu'on faifoit en Enfer.
En un mot, pour içavoir parfaitement
ta topographie du royaume de Pluton p
H n'y a qu'a bien fuivre l'excellent Poè-
te que je viens de citer ; & vous trou-
verez qu'il le divtie en fept demeure»
principales , fans parler de cette grande
1>laine qu'on trouve avant que de pailèr
e Cocyte. La première efl celle dès eo^
&fis:
On trouve , e» anrivant dans ce tdfie fi jour ^
£et eofàns qae la More tira da fdn des meretif
£c l'on entend leurs crk, & leuQ plainte»
ameres (tf)«
La féconde efl pour ceux qm ont été
^ Contimm âmJUtét vas 9 végifMt Ci^gtnr^
Si Vf
27^ ExPLlCATIC»r mSTORiQUB
injuftement condamnés à perdre te vie.
A l'entrée, auprès d'eux , font les infortunés
Par (Tinjufies arrêts à la mort condamnés (a):
. La troifîcme efl occupée par ceux qui
fe font eux-mêmes donné la mort ;
Non to'm fe trouvent ceux qui ^ de leur propre
main ,
Pour fe donner la mort, fe percèrent le feîn (^).
La quatrième eft le fëjour des^ Amans
malheureux :
Là fùivent triâernent des /entiers écartés
Ceux que jufqu*â la mort l'Amour a touiu *
mentes.*
D'une foret de myrthe Hs cbevchent l'ombre
. épailTe.
La more ne finit point leur profonde trif-
teSe (r).
CefWà qu'on trouve la malheureufe
Phèdre, qui fe donna la mort pour les
•mépris du jeune Hippolite : rrocris à
^ui ^infortuné Céphale ôta la vie avec
le même dard qu'elle lui avoit donné :
Ëriphile , Evadné ^ Laodamie , Paii-
.phaé, Didon^ & toutes les autres à qui
' (a) HûJ fuxtifdtfi dumnsti crimine mwtit^
(bx 'Pr9ximd dtindt tenent mctJH hca , ^i fibi Itthum
Infrntes peperere mann% /icrrMf Mr per^fif
TrojifSre étniméis • • • * • .-
(c) Hît , fftof dumt MtMor creduH uhe ptrtdii^
Sétreù ceUnt colles , (^ myrikiaiirtwm
SUvdU^it • • • ft .^ •
DES Fj^^BLES. ^ 277
Ha défe^oir amoureux avoit fait perdre
le jour.
La cinquième eft deâinée pour les
Héros:
Mais enfin il arrive aux campagnes heureufer
Q^liabkent des Héros les Ames valeir-
reufes (a).
Ceft-là gu'on voit Tydée, Parthéno^
Çée» Adrafte , Se les autres Héros de la
"hébaïd€,Ter{îk)que, Medon, Glau-*^
que y Idée $ les fils d^Antenor 9 & tous
les autres Capitaines qui avoient ver(8
leur fang pour défendre les murailles de
Thébes. ^
La fixiéme > eft Faffi-eufe prifon du
Tartare (b).
Et la féptiéme enfin, eft le féjourdes
Bienheureux dont nous venons de faire
k defcription \c).
Tels étoient les Fables âes Poètes >
touchant le féjour des âmes après la
mort. Leur lyftême a été embelli dfe
toutes les idées que des imaginations
(a) . . . '. » Indi érvd ttntb^Mi
'Vhims y qfut biU9 lUriftcretd friftuntan/».
(b) . • • » Suh rupt finijirâ
JA'ontHi Utét videi » tripUci cirumdttiM mm rt ;
Sfiùe fdpidmjUmmn émhii iwftntibm nmnit
TAttArent l>blegeton,
" (fl DivtnSre Itos Utosy^MWUftid vinM
fécondes^ ont pu fournin Cependant
liront partout inventé ;& il eftaifé de
Irouver le fondement de la plupart de
leurs fiâions daifô les coutumes des
Egyptiens toudiant leurs funérailles » &
dans la véritalde Hiffbir-e des illuftpes
criminels qu^ils y placent ^teUe que je
ta rapporterai dans la fuite. ~
FaMcf^ ^2 ï^^d^^^ ( ') ^ous apprend que près de
l'Entai det la Ville de Memphis^ efF un lac nommé
i^>ëcc«. Achàiifîe (4) r au-delà duquel on entexw
Çh) iiv. I, ^q£( anciennement les morts« Après les
avoir embaumés j* on^ les poitolt fur le
rivage r d^ok Toff indiquoit aux Juges le
joue de l^ur pai&ge : ils sV retfdoient
pour faire leprocèsàceuxqui devoieat
paffkx^ on examinoit là vie qu'ils^avoient
menée ; on écoutoit les accufateurs; âc
S on étoitjugé digne de k ISpulture ^oa
&ifbit paiier le c^lavre dans une barque
par un Batelier ^ qui en langue du Payr
a^appelloit Caron.Celui-ci prenoit quel«-
que petk droit pour le paflàge ; ce qui ût
établir dans la fuite la coutume de met-
tre fous la langue du défunt Ime pièce
de nxonnoie.Cèux qui étoient jugés indi-^
^es de lafépulture ne paifoient point le
te , •& les Prêtres étoient oblige ou de
,ie&enterrer fècrétement, ou deles jetteff
& la voyerie (4). Le même Auteur re-
marque que cette coutume étoit prati-
quée à 1 égard même des Rois ;. & le
jugement qu'on portait contre eux» étoit
^elquefois fi fëvére > qu'il y en a eu
3uelques-uns qui furent jugés indignes*
e la fépulture ;.ce qui fit que la plupart
de ceux qui appréhendèrent le même
fort , fbngérerit à bien vivre ,, & à ga-
^er la bien-veillance du peuple. Au-de«-
Iël du lac Achérufîe >. il y avoit des bois
ëélicieux & un bocage charmant ;. uir
Temple coniàcré à Hécate la ténébreux
& ; deux femeux marais > le Cocite Se
le Léthé : peut-être même que ces fé^
pultures étoient gardées par qudques.
chiens., de p^r qu'on ne vînt déterrer
4es Momies^ On trou voit encore prè»
de • là une vifie nommée Achante , ok
fon avoit établi k cérémonie de faire
werfer tous les jours par quelque Prê--
tre de l'eau du fiH dans un varies»
percé;
Voilà fans^oute ce qui a:donné' lieu h
TEnfer des Poètes , aux Champs Eii^
iéeSf & à la plupart dès- autres FablesH
ifue* tes Grecsv y ont ajoutées ;: Orphée
tpà vo3ragea en £gyi^ y a^ayant &it p
{m) On puoittoit tiès- UyinmcntccvoL ^ accufoiei» 4t
aSO ExPtlCATrON HISTORI<it;H
comme remarque exprefTément le même
Diodore, qu'embellir & augmenter ce
qu'il avoît appris fur ce fujet de cet an-
cien peuple, A-t'il été queition» par
exemple 9 de mettre des Juges en Ên*
fer , pour imiter les Egyptiens ; on a
choinceux d'entre les Grecs qui paf-
(bient pour avoir vécu avec le plus d'in-
tégrité, tel qu'étoient Eaque , Minos
Se Rhadamante;É^ Leur Caron & fà bar-
que y ainfi que la coutume de donner un
droit pour le pa&ge , n'ont pas eu .be-
foin d'autre modèle. Les Grecs avaient
vu l'un & l'autre en Egypte ^ felon le
même Auteur.
Le lac Achérufie , les portes du Co-
cite , ÔC celles de l'oubli f qu'ils avoîent
vues en Egypte , ont donné lieu à TA-
çhéron & aux autres fleuves d'Edfen
La coutume de verièr de l'eau dans xm
vaiiTeau percé> pour la purifier» afin
qu'elle, fèrvît à laver les cadavres > & à
les expier, adonné lieu au tourment des
Danàïdes. Le Temnle d'Htécate la téné-
Jbreufe a fait étabUr Reine des Enfers
Profèrpine , fbuvent confondue avec
Hécate. Les Bois délicieux qui étoient
deilinés pour les iepultures y ont Xervi
à former les Champs Elifées^ L'idée du
Cerbere> & celte de Mercure conduiiaat^
1>E$ FABt£sr. i9t
les âmes en Enfer > eft venue du mê*
me pays. Diodore le dit en propres ter-
mes : & ce fut Orphée>qui de retour d'E-
gypte 9 forma pour la Grèce le fyftênie
que je viens de vous développer.
Ce qu'Homère dit duTartare (l), (i)oa.i.ii
en faiiànt parler Jupiter : « Je le préci- ♦«
piterai au fond duTartare, où l'on ••
trouve 9 dans le centre de la terre , une <•
prilbn obfcure > avec des portes de «
fer, & un pavé d'airain ; « eft vifîble-
ment tiré du Cocyte & du Lethé s dont
parle Diodore (2). Et la defcription que (») lît. ^
le même Poëte fait des Champs Elifées #
de ce pays charmant , » où les honi- ♦«
mes vivent fî heureufement ; où il n*y «
a ni neige , ni de longs hivers , ni ja- «
mais de pluye j & où le vent , qui m
fe lève de l'Océan , rafraîchit perpé- «
tuellement les habitans 9 que l'ardeur »
du foleil défoleroit fans cela j « n'èft-ce
pas une allufion au bonheur des Egy-
ptiens , qui vivent aux environs du Nil »
que lés Egyptiens appelloient l'Océan ,
comme Diodore & les autres Auteurs le
remarquent ? En un mot , peut-on mieux
défigner l'Egypte ? Et peut-on nier que
ce Poëte n'hait pris dans ce pays l*idée de
fon fyftême d'Enfer f
« En un mot 9 VA des des Grecs > eft le
j^2 ExJttcATioN nirtûiM<ivt
même que VAmembes des Egyptieftf ^
(0 /«//<«• (]ont parte Plutarque (i); ce Heu fou-
terram où alloient, & d'où revenoient
les amés des morts : ce qui lui fit don^
titx ce nom , qui veut dire 9 feioii le même
Auteur, dtui ^m donne & qui ref$ii : Ce
?ui étoit conforme aux priilci{»es de kf
hilofophie de!5 £gy{$tiens^ qui, croyant
les âmes éternelles & immortelles , ptH
felioîent qu'elles fortoîeirt.de VAmembes ^
pour entrer daris ks corps j & qu'après
pluïîeurs circidations, qu^iUsfairoientdu-"
rer trois mille ans , elles y rentroient ^
(t)Imst comme nous apprend Hérodote (2),ainfi
que nous l'avons déjà dit.
Voilà les Fables que les Grecs oût
puifôes chez 4es Egyptiens 9 au fu-»
S' t du fèjour des âmes après la mort *
ochart^ & après lui M* le Clerc, &
quelques autres , font allés encore plus
loin : ils ont prétendu que tout ce que
les Poètes o^t dit fur ce fujet , avoit été
pris des Egyptiens ;• & par des ëtimolo»
gies recherchées ,. ils trouvent dans ce
pays le fyilême complet des Enfers de
(}) Vojrn des Champs- Elifëes (3). Mais il y a ap*
SgSoS. Se! P^^^c^ ^^ leursconjèffures font un peu
* le cieii^(i]î trop pouuées : pour moi, je m'arrête fim-^
H^fio^ plement à ce que dit Diodore de Sici-
le ^ & jje croit que les Poêles Gcecs
DES Fables. ^ a^j
àyntit (aifi les idées des Egyptiens > fuf
l'immortalité des âmes ^ & leur état
après la mort , ont donné carrière à leur
imagination } Se ont > dans la fuite , in*
venté fur ce fujet bien des Fables 9 dont
ils n^avoient aucun modèle ; comme ce
qu'ils difent des Furies > des Parques ,
& des illuftres Scélérats qu'ils placent
clans le Tartare. Mais pour donner plus
d'étendue à ce^te vérité , démêlons ce
qu'il y a d'hiftorique dans le fyftêmc
que nous venons d'expliquer 9 d'avec ce
3ui paroit purement fabuleux. Il ftu-
roit d'abord faire ITiiftoire des Juges >
que nous avons dit avoir été fùbftitués
à la place de ceux d'Egypte ; mais par- .
ce que nous aurons ailleurs occaiio0
d'en parler , nous n'en dirons rien icL
Commençons donc par Caron.
L'idée du Batelier Caron eft venue 9 cahon^
comme le remarque Diodore»de ce que »
dans la Langue des Egyptiens, ce mot
fignifie un Batelier , Portitor : ainfi d'ua
nom a:ppeliatîf ^ les Poètes en ont fait
celui d'une Divimté 9
Jimfcuiw; fei cPuiaDeo viridifque fenec^
tm (1); (z)LiTr^
à laquelle ils ont donné le foin de pafler
tes âmes dans unç barque , au- delà du
fleuve Aûhéron. Ils. lui ont caa(en(/^
2i84 Explication HisTORiQUfi
le mâm^ caraâiëre de celui des Egyç^
tiens, le faifant , comme lui, brufdue^'
colère, chagrin , avare. La manière dont
îi.reçoit Enée; le peu de cas qu'il fait
dQS paroles de ce Héros , jufqu'à ce qu'il
ait vu le Rameau d'Or , en foiît une
preuve (a). La tradidofi leur àppr ertoit
cela du Caron d'Egypte , comme nous
le dirons dans un*moment. Mais comme
^s vouloient pafler en tout pour Origi^
ûaux , ils ont inventé fïir Ce fujet plu-
lîeurs Fables : ils ont compofé à ce Dieu
x^ne généalogie. Hefiode dit^ qu'il étoit
fils de l'Erebe & de la Nuit , dignes pa*
tens du Batelier de l'Enfer. On lui don-
ne une humeur triffe & fëveré; & iàns
aucun égard ni pour les dignités , ni pour
les biens , ni pour les richefTes : Et je ne
fçais par quel hafard fon nom marque là
(i) NctLH joye & l'allégreflè (i) , à moins que ce-
la ne foit une contre-vérité. Les PoS^
tes fe font égayés à faire difiHfem por-
traits de Caron ; mais aucun d'eux n'a
approché de l'inimitable Virgile :
Portitor haï horrendus aquas & JtuminÂfervàê
Hôfrihiiifquahre Caron ; emplurima mémo.
Canities incuit a jacet , 8ic»
(a) ^MÎ/^Kfi n , émnatus ^»i Koflfét nd liminétUndis %
fsre âge , ^id 'vtnuu : jam iflinc tT tomfnn»^
grefus :
< « Hic Iqcm uwtbréntm êf » ^. ^o. ê^
i>£s Fables. aSy
Comme on croyoit que Caron ne paC-
foit perfonne gratis , on établit la cou-^
tume de mettre £3us la langue du défunt
une pièce de monnoye 9 que les Latin$
«Ippellent NauIus , & les Grecs ùiifawn »
|iour la droit du pailage , autrement dit
naulage ( j). Cette coutume leur vjenoit (i) Voy«
auffi des Egyptiens , qui donnoîent quel- ,^"2! &.
que choie à celui qui pa^oit les morts Diod. i« i. ft
au-ddà du Marais Acheruiie, & qui s^en- *""**•
richit prodigieufement Un monument
aui fubiiile encore près de l'endroit oik
pafToit les morts 9 s'appelle aujour*-
d'hui BiTf-guf'-^Carûn » ou le Palais de
Car^n. Il y a même encore dans le pays
tme ancienne tradition , qm porte , que
Caron éxerçoit en c^la une petite tyran-
nie ) exigeant cette capitation même des
enfans des Rois. J'ai vu , dit Âlcidon 9
(dans la curieufe Gallerie de M. Girarr
don 9 une Momie d'£gypte 9 qui a une
setite pièce d'or fort ndnce fou&la laii^
jùe , & qui paroît fort ancienne. Mais »
it l'Abbé , après avoir un peu réfléchi
fiir ce qu' Alcidon venoit de dire 9 fi
cette pièce n'y a pas été mife par quel-
que Curieux , il falloit donc que les £•?
gyptiens crûlïènt que les morts dévoient
encore pafTer quelqu^autre fleuve : car
4& BateUer prenoit celle qu'on lui don*
gft
mt
^86 Explication HisxoftKiuE
noit 9 lorfqu'il condiiifbit une Momie
au-delà du lac dont nous avons parlé r
Se Diodore ne parle que de cette pièce
<lu'on lui doimoit. Apparemment » re-i
I^rit Alcidon « qu'on la mettolt fous la
angue du défuut? & q»e le Batelier au-
ra oublié dé prendre celle-là. Quoiqu'il
en Toit , Lucieh nous aflure que la cou^
tume de mettre une obole dans la bou^
che des morts pour payer leur droit de
pafTage 9 étoit univerfeUe chez les Grecs
Se les Romains; Se je ne connois que
les Hermoniens qui s'en diipenfbient »
parce qu'ils fe croy oient fi près de l'Eu-*
fer , qu'ils ne jugeoient pas à propos de
(1) voyct wn payer pour le voyage ( i ). Mai»
Uii.(jYt.5jnt. l*on peut ajouter que Caron n'y per-
riî, Nât.t"{r ^^i^ ^^^ : car fi ce peuple ne lui payoit
pas fes droits > les Athéniens furent al^
fez. fuperftitieux , pour croire qu'il fal«»
loit donner, quelque chofe de plus pour
leurs R^is , afin de les diflinguer du corn-'
mun des âmes vulgaires , & ils mirent
dans leurs bouches jufqu'à trois pièces
j[i)N«t,/»f. d'or (i. ). Lorfque Caron fê trouvoit
^* obligé de pailèr dans (à barque quelque
perfbnnp vivante , il fallott qu'on lut
montrât auparavant le Rameau d'or»
dont nous parlerons dans la fiiite : &
parce qu'Hercule fut admis dans (à. bar-*
DES Fables, 287
«ue fans ce pafTeport , lor(qu'iI alloit
délivrer Alcefte ; Caron ^ comme nous
Rapprend Servius après Orphée^ fut mis
^en prifon pour un an ; quoiqu^il l'eut
reçu à regret 9 & comme forcé : au/S
Ven plaint-il à £née :
VUc verç Alcidem mtjitm Utaiui eymem
Aecepiffe Ucu « nu The fia Pirkhowfnquf 9
Quanquim Ditgenki,
Mais il eft bon de i^avoir encore > dit
Alciâon , qu^on ne le contentoit pas de
cette pièce de monnoye ; & afin de
«lieux aflurer le paflage j on mettoit
dans le cercueil du défunt une attefta-
tion de vie & de mœurs (i). C*étoit (OE"*^»»
une c^éce de fauf-conduît^ dont un Au- sch^dcPi*?
teur nous a confervé le Formulaire (4) : <>««•
M^^ fouffîgne, Anicius Sextus Pontife ,
féiuefte qu'un tel 4 été de home vie é' nueuTs%
que fes Mânes f oient en paix. Par où il
paroît , qu'afin que cette atteftation fut
mieux reçue en l'autre monde , le Pon-
tife lui-même avoit accoutumé de l'é-
crire. Les Mofcovites pratiquent enco-
re aujourd'hui cette coutume ; elle vient
originairement d'Egypte , où l'on por-
toit fiir le bord du lac l'éloge du dé-
(a) Eg9 Sextus Unidus tftnUni refutem^ FaU Cd.
T^ntifiXt ttfiwrhunthwt" Us.Ant.
fih vixijft : iflétnu efut îj»-
ûS8 Explication HISTORIQUE
font 9 afin que les Juges ne lè laiilkfîènt
pa$ prévenir par les aœufateurs. Voîlà
teut ce que j ai à vous dire: de Caron :
Cftr de vous rapporter les rêveries de
quelques Auteurs fur ce fùjet , c'eft à
quoi je ne voudrois pas perdre mon
tems. Qh ! dit pliante 9 en voilà aîTez ,
pour exciter ma curiofîté : dites-les ces
rêveries. Hé bien 9 Madame , il y a
d.es Auteurs qui ont cru que Carbn
avoit été un Roi d'Egypte , Se cjuile
confondent avec je ne fçai quel Prince 9
dont }e nom a rapport au fîen. Mais un
j-^']^"î^ Auteur Arabe (i) eft allé plus loin,.
di, dans ion ^ i • V> / • ^ /•
fi^yote, Vo- puifque 9 ielon hu 9 i^aron eto^t Couiin-
SS^ q^lrâ germain , ou Oncle de Moyfe ; & com^
faîte Varier mç il fut d'abord dans le parti de fon
parent; il fit obfçrver^ avec éxaâitu-
de , fes loix $c ks ordonnances ; 5c ce-
lui-ci en récompenjfe , lui apprit la Chi-
mie , & le fecret du grand QEuvre , dont
Caron fe fervit lî Bien , qu'il amaflà en
peu de tems beaucoup de bien. Maho-
(1) Alce* met parle auflî (l) d'up Caron , qui fut
tan, c, 2t. abîmé fous terre à la prière de Moyile;
mais il y a appareqce que ces deux Au-
teurs ont confondu Caron av^ç CJioré >
qui fut englouti , pour avoir murmuré
contre ce Légiflateur.
CERBERE* Difons maintenant quelquc chofe de
Cerbère
DES Fables. 218^
Cti^bere » ce fameux gardien des En-
fers , dont ridée venoit auffi d'Egypte 9
où Ton faifoit garder par des dogues le
Heu des fépultures. Mais ce que je vais
vous dire du Serpent .de Tenare , fervit
àrenibellir.
* Dans la profonde caverne de Tenare
habitoit autrefois un affreux Serpent i
©u* une efoéce de Dragon , qui rava*
i porte de 1 Enter , on prit
occafion de-là , de dîre que ce Dragon \ . j
étoit le portier de ces triftes demeures :
& voilà l'origine die Cerbère , qu^on
appella le Chien de l'Enfer (a) , quoi-r
que ce nè^fât qu'uh - Serpent. Hamet'e
eft le premier qui Tapit ainfi hom'rrië;(2)'î
& quoique dans la fuite tout le mondé lyc^Vt*
ait regarde Cerbère comme un Chien à
trois têtes , on ne s'eft pourtant jamais
défait entiérenient de la première idée
du Serpjent de Tenare : auffi au lieu dé
poil, ils difertt que fon col eff environ-
ûé de Couleuvres (^) ; & même âri ne lut
-..'/• ^- • • -. '
(a) Parce qu'il mordoit lespaiïàns. Hécat. Milef. p^iJt
(b) Cm vaUfi hotren videns jam célUtofuhrù»
•*•'"•; , ;■ Viig.i. 5.
^.'fimvh furtale centum'
Muniani ^êngtics Cdput» Hoxat, 1. 3. OJ. ii»
Tom. II. N
MO Explication kistomqxj^
çonne trois têtes & trois langues ^ qud
Earce que le mouvement rapide de la
ttigue des Serpens en fait p^roître trois»
çn parce que leur Langue eft faite à peu
près cbmme un dard (4). On peut ajou-
ter que l'Hiftoire d'Aidonnée 9 qm fai«
Cûk garder (es mines parles Dogues ,
a donné lieu à la Fable de Cerbère : Si
comme Hercule 9 pailànt par rEpire»
délivra Thefée , & çn^mena ,peut - être
quelqu'un de ces Bogues 9 on publia
(O Vef^ qu'il avoit enchaîné le Cerbère ( i )«
^ift.d'rief. -
' ' ^ ' te Fable vient de ce qu'Hercule tua le
PHift. d'Hef. X)'autres prétendent que Tor^ine de cet-
j[ameux Serpent > qui étoit dans l'Âfitre
jb Tenare, Et fi on a aîauté que Cer-
bère 1 paflànt par la Theualie > avait vo»
mi un v^nini) quiren avoit tmpoiConni
les herbes , ç'eft qu'on trôuvoit beauf-
coup de plantes venimeufès dans ce pays:
ce qui a auffi donné occafîoa à toutes
ies Fables des Sorcières de cette con-
trée 9 qui attiroi^nt 9 difoit-on , par IçuiS
ênchantçmen$,4a Lune fur la terre. N'ou»
ijHons pas de dire qu'Hefîode a crxi, que
Cerbère étoit fils de Typhon & d'Echi-
«
(4) Cmfimt très IhgM , iergemimwmifue C4^#. TiboU»
• • . • . àjardid$m t^kt^ caput
lambunt foUbtét : vi^trit hêrrtntfubét f
toh^ufque iàttifikAéit céiudâ^dTÂto*
Sciieq. in Hercfrrentt ^ AA« !•
DES FABtES. ^ 591
ce : quelquies Auteurs font Ycnir Péri-»
«Oilogie de fbosioin du mot Gcôc. (j) #
<|ui figniÊe lià^er . Mai» c'eft «iâfi£ par-r
lé de Cerbère » -Hx Elianfè. Dkes«nou^è
je votBS ^rie , ce queVétok que les Fui
ries dont ou parle tant. Oot^^es jamais
cxiflé ? Et qu'eft^ce qm a dosmé iieii
aux Fables qu'on nons oébk&iài^diaB^
& elles ont jama» exifié, repaitAici^
idoo 9 croyez^vous qu'ona eu bEfiaucoua
ide peioe (à trouver daiis les ÊéxAes pa^-
£és trois peiibtmes , pàrim le fèMmâme .,
4e |dus aimable , qui ayent pu doimer
lieu auK Fables des Furies f Je ne m-
^ooâ pafli du paiSé 3 mais je içais bien qtje
-s'il falioit à.pvéfent remplacer les Fu^
dtts» il ne ÊttidnHt pas aflùrémefit fortSr
-de Paris pour cela. Oa ne vous interroge
ipdis\ Monfieur le Caufintf » dit.Elîante^
c'eft à Monfieur T Abbé à qui f en veuai.
Vous ne devez regarder. Madame» t«Funw,
fles Furies 9 ^que ^CMoame des Divinités nide"ou"E-
i^oëffiques; ^& je ne crois .pas qufoinak "nnic«.
£u id^mme mifon: de les introdcàre'daiis
•l'En&r s que ptotir ne rien laifTer à* déc-
ret dans un fi trifle fçjour , & faire trqu-
Ter des Mîriijftres propres à exécuter les
fentences du rigide Rhadamante. On
les a nommées Furies , à caufe de la fu-
N ij
SLÇ2 Explication histo-rique
reur dont on difoit qu'elles étoieflt agi*-'
ti&s , & qu'elles inlpiroient à ceux qu'el-
les uaurmeritoîent : Se les Grecs les nom-
moietit 'Krixioies (a) , par une ifembla*-
blel raifon ^ & pour exprimer le troublç
iqu'elles caufoient. Et ne croyez pas f
Madame , qu'il y ait là aucun myftére
^u avantageux à votre lèxe ; car on en
-auroit fait dçs hommes, comme on en
a&it des femmes , û leur nom avolt eu
(i) Voyct -unç termmaifbn mafculine (i). On a dit
Lncirp^^ la Nuit & de
tiques. r Achéron (b) ; ou df Plutoh & deProfer-
-pine (c) ; ou de là Terre àrrofëe du £kng
(z) pëfiod. ^ui coula, de la playe de Saturne ( ^ ) ;
Ml Theof^» .chacpjje Poète s'ctant plu à letir trouver
desj^arens dignes d'eues; On recônnoiC-
ffoit: ordinairement (d) trois Furies , Ty»-
^fiphobe , ' Mçgere & Alefto : le re(peft
.qufon leur portoit étoit il grand, qu'on
i/ofoit prefque point les bommer : on
, n'oublioit rien pour les appaifer, quand
on ' eifoyoiv Itk avoir : ôffènfées ^ parce
4}u'on ctoit përiuadé qu'elles fbrtoient
4é l'Enfer , pour tourmenter Içs crimif
i'(4) Commc^ut dtroity mas» ." .' -
iroUbUr l effrita {dy Je 6i9 0TdiMéiihmint ;
(0) Lycoph. h C^ff, .car Eurip. in Herc. fîtf, ep
E<:hilée , in Eum, les font introduit une qqatriémet
^e$ de U Niiit* qu'il appelle Lyfle « dopt i|^
(c)' Orphée , in Hjmnis nom vetit diic rage»
J£irM. le« appelle Sfr^miiU^ ...
ïDEs Fables. lapj
iîclsi On régarda (Edipe comme \m im-
J)ie ,'pour être entré dans un bois qvà
eur étoit confacré y & que les habitant
de F Attique ofoient à peine regarder { i )• J'? ^^^'
Faufanias (2) nous afïùre que ceux , qui (i7i» a1
après avoir commis quelque crime , en- ebdUû.
troîertt dans le Temple qu'Orefte leur
avoit dédié , devenoient furieux ; le fou-
venir de-leuns xîrimes 5 & la crainte des
Furies leur troublam: l'efprit. II ne faut
pas oublier de dire , reprit Alcidon ^ * '
qu'après queMinefve les eût appaiiëcs^âc
qu'elles ceflerent de tourmenter le mal*
heureuxOrefte^on les appellaEumenideSy
qui veut dire douces (3) : & fi Sophocle J^î Y*'**?^»
les appelle ainfî dans fa Tragédie. d'(fif nSni **
dipe , qui yivoit avant T'Oreile , il faut
avoir égard , npn pas autems où vivoit
ce Héros , mais î à celui où il compbô
cette Pièces où les Furies- étoient com^
inunément appellées Eumenides (4). >
Le culte des Eumenides étoit célèbre
fur-tout en Arcadie (i) ; on leur inmu>» (4)lûe«
loit desrbrébàsiiidires : un^filence re(pec«
tueiixTégnotf priidant' le tenis de leurs
I ,
T^rf) Cette Çp«5»e f <î'?p- ^t^it^ Bt yirgil^. , e^w»
pèlléi Uf choKs ^at let 1.6 \ parle dii port de Ve^
mams qui-étoienren nfsgc lie sv rco» d'Ën^e , qiioil-
^atemtqne les Poët^ tia« que ce nom ne lui £At donn^
«Y^oient , letu eft aflez OZ' que pluiieurs fi^çles apxès»
N îi j
ikcriBces ; ic 11 n^étok permb àferÇimr
èe d'y éffiftor qu'aux fenk Prêtres., te
fett qa'dn y emplôyoit devok être hit
''•. avec- At bas ^ cedrc ; on répandoit 1©
fittig des viâtmes dans trois foâe»^ avec
un attirail de cérémonies y qité voua
pourrez Ute (kns le Poëme d'Orphée»
Au reAe » les nom» des Furies répoo^
doieoft pi^aitemeat à leuc caraâére >
(i) Voyet {nttfqufils fîgni&>ietit k 'rengeaiice > le
Nat, 1, 9. c. casmage , le trouble Se Teavie (!>• JVfcm
s^il eft pemûs de mêler ici un trak de
(2) Tro Kffi. fitiorak, je dirai>après: Gicerou (2) \ que
Amrinê. ]ès véfîtables Furies font ks remords
qui décbirem: les foéléfats ; & il n^eff
eas néœâ^e de le^ aller dberdier dans
le Tajrtare.. C^èft > finis doute y ce que les
jPoëtesrnous ont voulu apprendre 9 lort
fiu'ils ttouJsrepréfentcntuttOrefteaprèf
fim|>arricide , St un (Edipe après Ton in^
cefte 9 agités par les Furies. La feule
crainte en a fait desDivimtés : voilàieur
véritable origine.
- ; C^enxinnCji'poQt .éviter kspeéfôcu«>
tkins ^ ses itiiplaeébks Fujriés; Jcu^
que quelqu'un ayoît commis q[uelqup
i)P(eumç/idit volont^tç. ou aàd % 2'nV
îbîti s'approcher d'aueuns my^res y m
aiïïftèr à aucune céréinônîe de reHgion ^
qu'il n'en eût &ît. mmcavapt i^expîa-^
l" '-
^on. Quand c'étoit quelque Prince , le$
Rois eux-mêmes en faifoient là çéx^
monie : le: coupable s'y préparoit par
les fàcrîfices^la pijçre, & la coa^Ir^ik
ce ; âc eniuit€ on lui lavoit tout le corpSi
ou feulement les mains dan^ de l'eau did
fleuve 9 ou plutôt dans celle de la mer 9
quand on le pouvoit , parce que , com**
0ie le remarque Euripide (a) 9 on croyqil(
qu'elle étoit fi eâ^cace , qu'elle efF^çoic
tou3 les crimes. Ainfî fut purijSé Qfe^
par fà £beur Iphigënie , Sç pluileurs^ aiè«
très. Ily arvoitauflî parnû les AnQiejMl
pluHeurs autres fortes d'expiations; &i
ils ne s'approchoient jamais de leurs my**
fiéres quand ils fe croyoient {ouill^s «
qu'ils ne fûfSbnt expiés auparavant* Li;^
tnaniére la plus ordinaire de fe puri^ ^
étoit r^lûtipn (^). Vous verrez 4âm
la iuite de nos £ntreti^n$ » qu'Am^hî^
trion , Hercule , (Edipe ,; Pelé^Çj Tel^r^
moq y eurent recours à cette fostt d^ex*^
piaticHi : & il fuffit de dire ici » qu'oA
dioiiîflojit. pQur ceki 4eui^ des Prince ^
lu Ij*. ^ . . ^ T^ /^
(f^tU , leniîôr , cdffe' Sac^À" mdtttt , pafrtofyue 7>«-
^Itluitê - ; • Vire. ^..1^*, v , r,. a
N iiij
}^p6 Explication 'HtstôKiQxj'S
qui étoient en plus grande réputation de
probité.
LeiPARQVîs ' Les Parques , continua - t^îi , qu'on
doit mettre auffi au nombre des Dî^î--
nités de l'Enfer , doivent de même leur
èxifténce à Timagînation des Poètes ,
qui n'ont eu d'autre but en introduifànt
ces trois Sœurs qui préfîdent à la nait
fence de chaque homme, & qui rè-
glent lôs événemais de fa vîe & de fa
^nort) que de noufe faire voir que tout
arriyoit par une fatale deffinée , qu'il
^toit impoflîble d^-éviten Sur feda , ils
ont imaginé trois Divinités qui filoient
nos jours : l'une , tenoit la .quenoiiille ;
l'autre , tournoit le fufeau ; & la troifié-
jtoe,-rompoitle fil , lorjfqu^il étoitquei-
flioii de terminer la deftîrtée /de quelr
^tt'un'^4)f. Sur cette idée i ôh leur a for-;
gé éés nottis -conformes à leurs emj^lois t
€9T Clêtho , qui préifidoit àla nàîflance i
fignifie InvosAtion , ou Fileufe (t) ; Lâ^
$bijis ^ de qui dépendoient les'événe-.
jnens de la vie, vevtt dire , Swt^ Dep»
nie s & Atropos s qui terminoit nos jours
<jH Totapafltle ^«r fatal J'^eût dire ,%
inflexible ^ ijnmuaklej m fyns ,(^drç &ff9s
\ »."
I • • • I
M , parce ^ue vépitablement ta* qidrti
vient à quelque heure ^& à.quelque tem^
que ce ioit , & n^épargne perfbnne : aiiffi -
leur nom générique de Parques vient-»
il y ex eo quod netmni'farcdnr^ de ce ^^el- *'
les ne pardonnent à perfomie , ou plu^
tôt 9^ de ce qu'elles dlflribuoieot à çhiL*
cun (es Deftinées j ce que le nom Gred
qu^cMi leur donnoit ( i) ^ fignifie : à moinâ (0 M»
2ue vous nt vouliez , avec un (çavant
[omme (a) , le faire venir du mot Phé^
nîcien , Parkd , qui veut dire , tifmfre. Il
fox queftion de donner des paréos à ces»
prétendues Divinités : Hefiode *(b) dit
qu'elle» étoient .filles de Jupiter & de
Themis. Mais , dit EHante , ne pour«
roit-op pas rendre ici la pareille à Alci-
don r qui- affeâoit de railler fur notre
fexe y à Poccafion des Furies ? Ne pour-
rdit-on pas dire que les Parques nous
vengent bien ; & jqa*cm a. dit que c'é^
toient des fenmies; r parce que nous ré*
glons la deftinée deprefquetous les Ijpm-
snbs ? On ne peut pas 5 repartit l'Aobé ,
prendre ùt bifque plus à prc^as (r)« Ce-
(4) Le Clerc for Héûaà» femmer couronn^ef de floc*
Himc, dit-il , TaH^DtAf cont de laiiie entremêlas de
^M^ fiinm rumpiu U^^nSt.^ l'une u*ntnt un»
(b) /» Thê«g, ou d«.rE- qwenoutUê stla main^ l'autrr
lebe , ou de là Nuit* un fufeau , & la troifiem»
* (t) On repréfenoMt let de» <iréai»k« ^
P»rc|^e8 comoie de vteilW -- • . x .^ . ,'^
N V
ftp8 ExPLlCATWN fifSTORKiUÉ
ha quià le mieax réuffi à &icc 1& poH
trdk is» P^srquea ^ tû Vek)<{ueot Catel**
let^enves te (4)11 F^ci]:»is nisiixttMiA àiéûsax%t%
arEnfct. d'Enfer.
l'Achéron. . L'Acbétoiï eft uTH.FlwIre d'£pîre»
i}ui preti4 ft^ Jbkiree^iftii JMbnÀs d'A^t
chéri^e <é)^ & fe décharge : prè^ d' Ahk
bf^:^' autremem dite J^ Am? s ésut le
.^ * . ' ; ; Golfe Adi&ri^t^. = llemui^ ee Jkuve
(i)PaaCiVi fift «mete. & imi-râufiô (^t); 4SccWt eo
■^^*'*^ piurttQ la raîian pomrqtïoî o» enr a feit
itti FimvG d'Enfer; d'autas^ plus^ qu'il
éetnéitre Icmg^temff caché fim^ teim»
te va teffortk'fbct tûioidè^readiimi;* oè
it dtfparoît. Sob m)mia:ftuifi comnirué
àiûstiae FaUe ; cair il vçot dire i^^fiiTIr
w ! kurtemenf^ Peut^êtcQ mâmo ^'Qr^
pÛedotirta à ce Lae & enlmteaii Flei^
ye> le nom dtt ftlaratf Acàccufie » i^'il
avoit -vu près die Meo)^« » lorfi^'il
aooammodb a laQ^èod ^ Jdéf».^pi!i^
> |/f/ i9T^us tremulum eémphctens MndifHt'Vifts ^
t^tttnumqHe manus iurpebéint riti Uborem :
Xén4f»hmimlUU^éLuHiué^téÊÊÊii9mm%
iééns$um Mafi VÊffabéà'HékifÊê ùfptm.
fM'il enute dans T Achézulfe»
avoit pixifées en Egypte au (ujet Oç^,
nioi:ts. Un a ajouté dans la fuite plu^,
fieurs Fables à ce que noijLS venons de
dire : on a dit que l'i^chéron étoit Gis
de Cérès , ou de Titaçi ^ de la Terre :
que la crainte qull ei^ des Géans h fit.
cacher pour quflque tems> & de(cetdirq^^
même jufques dans PEnfer , pour k dé-^
rober à leur fureui:.QueV]ue^uns o;it (ht
auç Jupiter Tavoit précipité dans; \%Jfr^
^ 9 parce que Ton eau aivoit fei;vi à|
^tancher la Coif des Titans ^ Fablç foq-^^
dée fur ce que ce Fleuve , auifî qu^ uqus.
l'avons dit, demeure long-tenis cophé,
dans la terre > qui étoit la mère desTî-i
tans* On ajoute que TAchéron ét;ait,
père de cet Àfcalaphe qui fut chaogfi et|,
Hibou, comme nous r avons dit d^ :
THiftoire de Proferpine : fur quoi vm
Auteur (l) 9k cru qu'il y avoit eu un , (0 -f"';:^
JULoi d Ëpife nomme Act^eron ^ qm a nkvi^
4o;mé fon nom à c^ Fleuve* Aii^ on
yoif rrqit dire que ce Prince donna peut-
4tre retraite î^\i3^ Titans ^prè^ la viâ:oirQ
cijfe Ji^er avoit f empi^rté^ fi^r. ^yx \
ce qu'il en fut puni rigoi^çpufen^ent»
Quoiqu'il en foit , il pe fa^t pas oublier
je dire qu'il y a ijp autrç fleuve de c§
nom dans le pays des Bruttiens près de ^
Pandofe , qui donn^ lieu' à une trille
\' N v] /
&
ton»
500 Explication historique
(i)Stiab.l.d. éqijtîvoque(i). L'Oracle de D'odone
ayàttt'^Vertî Alexandre Roi dès Mo-
lofles de fîiir rAchéroh i ce Prince pen-
fant qù^ parloit de celui qui étoit en
Thefprotie; ne voulut pas s^éloîgner du:
Kelu oif il étoit, & y fut tué. Il y en a^"
àum un autre près Je Ténare en La-
(fome. •. ' ' \
te Cocîte •^Le.Côcîteeft.uiiàutréïeu'ved'Epîre/
kPhlëge. (jrijlutôt'delathefprbtîe qui enétoir
liné partie j îFtombe avec le Pyrîphlé-
gëton dans le marais Achéruffe ; ôc dont
le nom veut dire pleurs , gémffemens (4) ;,
& ciéîui de Pyriphlégéton , trulant (t).
Ces étimolpgies , & leur yoifînage dé
PAchérô.n,les ont fait mettre au nombre
des Fleuves d'Enfen •
le Sttu ^ Le Stix , qui étoit dans rArcaxfie , eft
une fontaine qui coule d'un rocher ,.
de qui forme enfuite un ruîfleau qui de*
meure long-tems" caché fous terre rfbir
eau cft mortelle; & c'eft , comme le re^'
(t)L.f.c»i. marque Paufanias (2)5, cette qualité qur
à donné lieu aux Poètes d'en faire mt
(s) zor.r/V. Fléuvç OU un Marais d'Enfer. Voicr lar
Hctod. h £- defcription qu'il ^n fait (3)»
Auprès crùne ViHe d'Arcadie liom-
inée Nonaeris ^^ eâ un précipice fort élef-
V4r««
i-
> »♦
c#/»
i)ft s Fables. ^oi
V^ > d'où il dégoûte de l'eau qui defcenJ
dans le fleuve Gratis. Cette eau el? mor-
telle aux hommes & aux autres ani-
maux ; elle brife les vaifïêaux de verre
ôc de porcelaine, âc tous les autres ^
excepté ceux de corne de pied de cheval.
Sur cette idée on a çompofé une Fa-
ble, on a animé Stîx. On ra faîte fille (i^na^^
3el*Océan (r), & femme d'un certain imht^,
Pallas ou Piras (2) : on dit qu'elle fut (i)PtuC/M,
mère de l'Hydre > &c. Son nom impri-
moit tant de terreur, que le ferment le
plus inviolable étoit de jurer par le
Stix ; & les Dieux mêmes étoient très-
religieux à le garder {a). La punition
de ceux qui (e parjuroient après ce fer- ' . , .
ment , étoit très - rigoureufe : Jupiter
ordônnoit à Iris de leur préfenter une
coupe pleine de l'eau empoifonnée de
cette fontaine ; & il les éloignoit de fa
table & de fa conv.eriation pendant quel-
2ue tems (5^ : il les privoit même de là (OHcfibi
)ivinitéipour un an, comme fi c'eût été *" ^^'•**
une charge dont il fiifpendoit les fonc^
tions. Que fî vôuy demandez aux Mi-
tologues la raifbn pourquoi les Dieux
ëtoient fî religieux fur cet article , c^eft
que la Yidoîrç , qu'on croyoît être fiUe
• • » «^
VM.1^
t
50a ExPlLtCATtON HISTORKitrÉr
eu Stix y avolt donné du iecour^ atuiE
pieux contrç les Géan^, & étqit; axi^
vée la prçimiére dans le Ciel à Too
çaflîom de cette guerre : Ce q.ui avpiç
obligé Jupiter r en reconnoif&nçe, d^or<
donner que le ferment fait par le. Sti^
feroit inviqlabje, M^ jce n'e^ 1^ ça-
çore qu^une Fable 5 fondée f^r ç.ç
ii'on fe fervotit auciçnnement dç Féaij
!a Stix pour faire les épreuve^^i 4ef
ÇQupables & dosiwo'cçns^y à peu* ptrça^
comme les Juifs fè fervoient ^de l^çau
de Jaloufie. Au reffç » lorfque Içy
Piçux juroiçnt ^ le &i% , ils aevc4eiïÇ
^vair une main fur ta terrç ^ & r^utrç
(i)Hom. fijrla mer il) » comme Hpmeirer le re^
marque.. ^
; Il eft aîfé de voir » dît AIcî4Qn ^ q^ç
deux chofes ont contribué à faire mettrç
ceS quatre Fleiives dans l'Enfer» La pre^
miére , e'eff qu^ls étoiçpt toi;s quatre*
dans l'Epîrç, qui a été regardée, à caui^
d'AidpnnécjiComme leRoyaumedePlttr
ton. La deuxième , eff l^etimologie dç
h]}fs noms^ : AçbéTpn v^ dire U der^^
^ire , par où Fon marquoit cjue ceuiç
ijuî allaient en ce pays travailler au]|
mines , Y i^ouroiçnt prefque tous ; Côr
cite veut Sre : burlcjnent \ le Sûx, fcâiÊ
éujthftct i J'yriphlégëtOB^ hmldmi &
JfÇtJvé , ûtitUU) : c'était un Fleuve cr A^
iriquç^ près ce la ville de Bér^mce.
Il eft bon auffi de remarquer que ce
xCç& pa$ feulement de ces âeuves d^E-»
fiire que les Poètes ont tiré l'idée de^
ï'ieuves d'Enfer, puifque aoft-fci4e-
nient le Laq d' Achérufîe 4*Egyptf , 5C
le Fleuve Léthé d'Afriqtje y ont aulC
clooné Uçu ; rnals au/S' le L^ Avern^
d'Italie 9 Se les autres fontaines d'ea^
chaude ^ui étoient aux enyironau £i»
cfi^t^ce bea-là & tous les autres étQient
^ cQ^^verts de bois d^puî^ Saye^^ 4^
p9u«3EQlef , ^ que fe» eaux en é^ai^tf
très-«ialrii^e^«;P^rce qu« la vapeur
^9Jl iQrtx;>it des mioes de ipyjiire & de .
lutij^ne qiji y fppt en grand nwib^e*
p^ pouvoit pas s'exhaler aifémçat. Â'u^
ç^ n'eft pas è tort que Vir|[ile dit C i> qu« (o Emi; êi
les oîfeaux qni volaient fur c« I^a«
çtaîwt foHvpm étoiifie» wr wtte maib
yaîfe odewr* C'eft ce qui li^êt doAnerte
Bpin d^Jv^rne (i)» Agrippa fît qqiip^
ces boi^ par l'ordre d'Àugufte » & ep if
,C bien nétoyer les envirofiSjiqiie tpuf çf^
mauvais effets ceflTérent emiérement, âç
^ue V^^ dev4Qt claijre fc gette : ai c'eft
^
(i)Ai9%t0bfi'vie,tftfirtnt tanf, cemme difr Vîrg* !• ^
504 ExPLICATtaN HXOTÔKïQirtf .
(t) LîT. 5. peut-être pour cela que Straboh ("i) *#•
garde comme ime Fable tout ce qùê
Virgile & les autres Poètes ert Sitnt. ,
les Titans. ^^ ^^ ^^^^ ^^^^ maintenarit, pour finir
cette matière y qu'à parler àt ceux qtt'ott
a condamnés au Tartare , & de chercher
pourquoi ils ont mérité' Pîtidigna)doi|
des Poètes. Il n'eil pas difficile d*aoord
de deviner pourquoi on y trouve dei
Titans , puifqu'oh regardoit Conirrae une
impiété Fentreprife qu'ik af oient faite
contre Jupiter , & qu'on croyoît que
ce Prince les avoir précipités dans les
cavernes du Mcmt Etna, ,quî étoit !re«^
gardé comme uh^foupirail de l'Erifer. ^
TmpiBè On dent penfèrla même chbfedeiytîe'^
fur tout fi on le pf end , coiftnïè pltifieurai
Auteurs, pour te fameux Typhon, dbnic
nous avons parlé. Que ff nous en
<9)tiv.^. croyons. Strabon (i)*, c*étoit un Tyran
de Pànople en Egypte , qui s^atttra par
fes violences l*indîgnàtion du peuplèi
On n'en a fait an refte un Géant fils dé
la Terre (4) , (jue parce que* ion noint
veut dire ferre ou boùë ; ce qui efl: l'ori-
gine de la Fable qui dit que la jaloufe
Jimon obligea Orchomene fa mère ,
dont Jupiter étoit amoureux , à fe ça*
. f^)- LevPoëtet difent qiii'il occu^it dant Ffnfo neuf
J
Ï5ES Fables. joy
fch'er clans les entrailles de la terre. Vir-
gile fait une belle defcription du fup-
plice de -ce malheureux , dont un Vau*
tour déchire éternellement le foye (l)* (') ^''i*
Syfiphe, félon quelques Auteurs, étoit
Secrétaire d'un Roi de Troye ; mais
comme il révéloit les fécrets du Confeil 9
il fut découvert , & on le punit très-ri-
goureuremefll. Le fupplice que les Poè-
tes lui font foiiffrir dans l'Enfer, en lui
faifant rouler éternellement une pierre
fur le haut d'une montagne, d*où elle
defcend à l'inflant , n*eft qu'un fymbole
de fon caraftére inquiet & remuant.
D'autres Auteurs, dit Alcidon, rappor-
tent cette Fable à un autre Syfîphe , Roi
de Corirtthe, de la race des Eolides.
C'étoit l'homme le plus fin & le plus ru-
fé de fon tems (2), Thèfée, en lui ôtant ^^j* > Hor».
la vie, fit ceffer les ravages qu'il com- Met. ij.hU
mettoît dans fAttique. C'efl celui , au "^« » *^
refle, quiéooufa Anticlie, fille d'Anto-
licus, dont il eut une fille du même nom ^
Îue Lâferte époufa , & dont il eut Ulyflè.
ê méfbùviens, reprît P Abbé, de la plai^ .
ikntè âvariture qui obligea Autolicus à • -
ddiftier fa fille en «mariage à Syfipheî ^
Gomme' il s'imagînoit êt?e plus*» fin que
loi t 'il lui vola! quelques troupeaux , de
les mêla avec les fîens : mais Syfîphei
•^
^o6 ExnjCÂrtoiJ tttsrcfUiqvt
qui les avoit marqués (bus le pied i le^
teconnut aifëment $ & gi^gâe / par cette
adrefle , Famitié d' AutoUcos , qui lui '
donna Cx fille en mariage. On & que
c'eil lui qui découvrit à Afopele lie^ dit
Jupiter avoit caché E^tf : & e^eft peul^
çtre ce qui lui a attiré l'indignati<afiKi des
Poètes , qtû ont tant débité de Fables lut
Ion fujet j entr'autf es ^ que'^piter ,: pour
jfe venger , lui avoit envoyé la. Mort j que
celui-ci Favoît enchaînée; qu'^fercufe la;
délivra, & tua Syfiphe.Mais/ans nous^ar**
têter à ces bagatelles , n'oublions pas è^
dire f que notre Syfiphe ayatrt coniuké
rOracle , pour apprendre qe quelle ma*
niére il pourroit éviter les enÂûches dç
ion frère Salmonée > îl apprit que ia mort
étant inévitable, le feul moy^n d^ fy
venger , étoit d'avoir des en&B3 4^ ft
xiiéce Tyro. Il hsà fit violence i & en eut
deux fils : mais cette^iftfor(tȎei PtiipH
ce^ 9 pour prévenir la prédiâion de
l'Oracle s & fauver la vie à (on père ^ tet
(0 Vo^ gt i^iourir .(!)• C'ejff apparemni^ît pow
îfi^'Hip^c! ^Buer hprreur de Tiacelje dft-Sy^i^^ •
à j«fea» ^ pour marquer le cajraâém* de ot «in^
ç^; Qui roula fi kwg^ins daâ^ -fiib t^e
ée^ deileiiis de vcDgeaneely. (|«^Ofi: e* in*
venté le {uj^liceq^LOU hx mt enidiwt
^£nfexv
DBsFABtES; 507
. Au refte ». U ne faut pas confondre ce Salmoii^
Salmofltée > père de Tyro » avec un au*
trcAi même nom , Roi d'Elide (4) ^ que
y irgile met dans le Tartare. Ce Prince »
qui voulait s'égaler à Jupiter» avoitfait
fedre un pont d'airain» fiir lequel il&Kbit
Rxuler Ton chariot pour imiter le tonner-
le » pemlant qu'il lançoit de tous cotés
des torches allumées. On dit qu'il fut
'véritablement frappé de la foudre. No^
tre Poète décrit parfaitemoit bien le
caraâére de cet infenfé ^ fa mort & fba
fiippUce.
Là je TÎf Salnionée , & ibn tourment extrime s
X*anrogani qui jadis brayoit les Immortels »
: Et Youlott ufiirper l'encens & les autels ;
Quand fiir un pont d'airain pooflatic Ton chat
riii»de ,
Lançant fes feux ardens fur le peuple d'Elide»
Il penfoit imiter » dans fon trioftiphe vain »
L'inimitable foudre, & l'immortelle msCin*
Mais du grand Roi des Dieux Tire juAe k pui&
faute
Lança , non une torche ou de fa poix fumante ;
; Mais percale Tyran de fon foudre vengeur,
-Et le pfédpita dans ces lieux pleins d'hor- C«>5«e?«^»
(4) Diod. I. 4# *e tt' celÀeilM Dfewr: qn^ff Ait
pefi<!tnt que c'cft 1» même j ftappé !c la foudre ; ce q^
& que ioR înifM^é lut attûra â(kmnéUettil8iÛ)fe«
Ubaine de»)ianMMc & U
5o8 ExPLicATroT^ nnrcmiQjrÉ
PH116TAS. On trouve àuffi dans le Tartare l^ïn-S
fortuné Phlegyas ^ Roi des Lapithes^; Si
îl y eft dans une continuelle appréhen-
sfion de la chute d^un rocher , qui lui
pend fur la tête. Sort crime fiit d'avoir
fait brûler le temple d^Apolbn- de Del-
phes , parce qu'il crut qtie ce Keu avoit
débauché fa fille (<i) : apparemment que
quelque Prêtre., qui en étoit devenu»
amoureux , avoit pris ITiabit & P équî-*
page de ce Dieu. Pieçy^s eft le Prédi-
cateur de ces triftes beax, û nous eft
croyons le Poëte que nous venons dê^
citer (h) : jipprtnez» , dit-il aux Ombres?
d^une voix fort élevée, à nepàm mépti^
fer les Dieux, & k rendre la ptjtice à tout
le w(>i«/<r Inutile fermon,; cUtrEliantei ,
puifqù'il eft fait à des gens, qui ap font
plus en état deprati^aerdeiu belles If «^
çons : car , comme cUtScaroûy. < *
Ceue Senc«nce efi bottie ^ belle i
(I) Viîg* . Mais en Enfer 4e quoi fert-elle (i) l
•'«^•^'H Stace ajoute que le pauvre Phle^
. . I-
(a) 'PhUgUs aktem ïxior infendiLdpdîinit ftmptft^
. n;ii , ' uhde fucepit t/£fcuU' Virg, /
I fiiêm : ^hd pester dolent r •»»,•''
^dmoHti 9.&méig»^te/iMtMrtioekptru9^éii.s ' -*
DES Fables, 509
Igyâs étoit à jeun 1 Se accablé fous la p^
fanteur d'un effroyable rocher (4). our
-quoi , dit Alcîdon , s'il m'étoit permfe
de raillçr un peu ces deux Poètes , je di-
rois que ce Prince infortuné eft là dans
une utuation bien gênante pour un Pré-
dicateur : & j'ai peine à comprendre
comment Virgile le fait crier fi fort,
étant à jeun , & ayant -un rocher fur l'e^
ftomac. Quoiqu'il en foit, dit l'Abhsé,
il noas en croyons Paufànias , cç, n'eft
pas Phjegyas , mais quelqu'un de fes fu*
jets 9 qui brûla le temple de Delphes. S«
. AugufUn ( I ) , açrès Varron , dit que ce (t)Dt civ.
fut jD^naiis , qui fut J'auteur de cçt int- ^*' • '• **•
.condiç.
. Ceft au refte ce même Phlçj^yas , rct-
.prit l'Abbé, qiû, félon quelque? Aur
teurs, fat père d'Ixion^n fameux par-
mi ceux qui font dans Iç Tartarç. Mai? l'i^â?. Jjf^^
nous en parlerons ailleurs (2). cuie, '
, ^fantale étoit fils de Tnio le Roi dje Lj^ TANXAtî,
die 9 dans TAfie Mineure, T^ethes nous
4^3) apprend, açrès tous les Anciens, que (3) im. iq«
ce - Priqc.e ; étoit très - religieux ; mais ^' *»
qu'î} poufla \si fuperftition jufqu'^ offrif
aux Dieux des viftimes humaines : ce
qu| l'a fait regarder cpmme un impie ^
W^petHp pre mit Annmm L. u TbeU
5^0 ExPLtCATlOK HISTORIQUK
& a porté ks Poètes à le condaimier a^
Xuçpîice dont loous venons de parler.
Ce|^fi^nt O^îde & fly;gin (a) croyeat
<iu'il .ne métita ce Tt^^iplice » .^ ue pour
ttvoir révélé les-fecretsdes Dteux , dont
il étoît le Grand-Prêtre) c'^eft^à^re^
Î^our avoir -décoiovert fcs myfliëres de
eur cdite : ceiqui étok défendu avec I9
ornière rigueur.
. • .; mûcMttdmdahfuë dédite
Il y a bien de l^apparencc , dît Eliaiv
te , que c'eft là le fondement du fiipp&
ce qu'endure Tantaîe dans FEnferroo-
tîtjue. Mars je ne Vois pas ce qui peut
avoir donné Heu à ce que rapporte O-
vîde :, que les 'I>ieux. étant ajlé loger
chez ce Prince , lï avoit vovlu éprouver
s'ils connoîflbifent lés choîés cachées-,
A: juger par-là de leur Divinité : tju'S
leur avoit fervî pour cet eflfet le corps dû
jeune Pelops fon iîls, mêlé avec d'autres
viandes ; que Gérés, qui avqit trouvé le
tagoût excellent , en avoit mangé ime
épaule; & jque Jupiter, qui -découvrît
la barbare curiofité de Tantale ^ avcxt
Mf)7upUtr€w€téi!tftTéÊn* homihet rnumêianfit ; ^
talofU' confilU frliti^t etAt, idquc diritnr ad inftfs m
O'-éid tpfUiim DfTum md^ és^m medUpaHe imp^fii
miilere i ^tutTanMlm^^. fiatu Hyg Fab. Ss.
Dss Fablss» 3If
ireâonné la vie au jeune Prince » à qui il
avoit remis une épaule d'y voire^à la pla<#
ce de celle qui avoit été mangée;&: avoir
précipité Tantale au fond des Etifers. Il
y a Ûen de Tappar^ice > dit Alcidon »
que cette Fable eft une fuite de l'autre ;
c'eftÀ-sdùre 9 que les Poètes » pour doa«
iier plus «d^orreur de la barbare coûta*
me qu^^vok le Roi de Lydie 9 d^îmmoi*
1er aun Si^ux des viétimes humaines
leîgnirent qu'il hexet avoit voulu ofirîr
£bn propre fils , Se parlèrent de ce (kcri-*
fice fous ndée d'un repas barbare : û
tout^foi» "ytms n'aimez mieux dire^avec
Findare (t) , que ce qui a donné lieu à (1) Poëa,
cette Fable ^ c'eft que Neptune, c'eft-àr ^^y*"?-
4ii»^ quelque fameux Corfaire « ayant
cntevé le jeune Pelops j quelqu'un ♦pour
rendre Tantale odieux « publia la Fable
^e ce repas ; & ajouta que Cérès avoit
«naagé une épaule de Pelops , parce que
c^ft à ^ette Dcefle que Tantale avoit
hfïmiM des viétimes humaines. J'aime^
«ois mieux croire ., dît l'Abbé , qu'une
^avanture que raconte Paufanias (2) » g (z) in uiur,
•ibfwié lieu à la Fable. Comme parmi les
fetalités de Troye ^ on devoît , pour
prendre la ville 9 avoir les os de Pelops ;
i^ Grecs envoyèrent à Kfe où il ^oit
^.eatçjsfé : 1^ vai&au^t naufrage à Ton rçh
5Ï2 Explication historique
tour; & quelque tems après, unPayËui
trouva fur le rivage Fépaule de ce Priit-
ce 9 & la cacha fous le iable. Les Eiéens
étant allés environ ce tems4à confiiiter
l'Oracle de Delphes ^ pour être délivrés
de la pefte , la Prétreflè leur ordonna
d'aller déterrer les os de Pelops : peut-
être qu- en mémoire de cet événement
ils firent une épaule d'yvoire ^ qu'ils
confacrérent à Cérèa, & <}ue ks Pelo^
p^ides portèrent depois dans leurs £n^
ièignes. Quoiqu'il ea foit > pour dire
quelque chofe de plus fur > Tantale eut
une longue guerre avec Tros Roi de
^ ^ Troye^ à caufe du rapt de Ganimede
• * fon fils. Cette guerre obligea enfin Pe-
lops y après la mort de fon père Tanta«
le , de fortir de Ia Pbrygie « pour fe re-
tirer chez (Enomaiis , dont il époufa la
fille : mais nous en parlerons plus au long
dans l'Hiftoire des Héros. Tantale vii-
voit environ cent & quelques années
^vant la prife de Troye ; comme il fe-
ra aifé de le voir quand nous parlerons
de la fucceflîon des Rois de cette Ville »
depuis Tros , jufqu'à Priam. Continuons
notre fujet « & di(bns un mot des D^--
naïdes « & de leur lupplice.
tesDAMAï- Ce qui peut avoir donné lieu au fiip*
x>E^ plice des Danaïdes , félon Biodore» c'é-
toit
DES Fabules. 515
toit cette coutume des Prêtres d'Achan-
te qui verfoient^eFeau dans un tonneau
percé , qui donna occafion à Orphée de
ceftiner le mênie emploi aux DanaïdeS
qui avoicnt égorgé leurs maris. Tout le
monde fçait que Danaiis étant forti d'E^
gypte avec fes filles ( i ) , parce que TO- ( t ) Vov«
racle lui avoit prédit qu'il feroit tuépai* ^P<>j^«*«P*tt-
im 4e fes gendres , fe retira en Grèce , où
il fut élu Roi d'Argos : que les fils d'E-
gyptus fon frère allèrent le trouver , &
épouférent leurs confines : qiïe Danaiis
oMigea fes filles à tuer leurs maris : &
qu^il n*y eut qu'Ypermneftre qui fauva
fon époux (4) , qui tua dans la fuite Da^
naiis : & que c*eft pour punir ces Prin-
cefles que les Poètes ont inventé leur
fupplice, Ceftropinion la plus reçue t
Cependant Eufebe & quelques autres?
croyentque ce qui a donné lieu à in-
venter le fupplice de ces Daimides , c'eff
qu'elles firent creufer des puits dans
Ârgos (ù) , d'où l'on tiroit l'eau contî-
«
{a) Son pef c la fit appelle faint Jctoxnc , ajoute : ôpe
en iugement ; mai* on la Daraidarum, Les Egy-
dëdara innocente: & même ptiens étoient fort habilea
les Argiens la fiient Pré- dans l'art de conduîie Ita
trèfle de Junon. eaux par le moyen des pom-
(*) Eufebe, Chfon. 1. 1. , nés & des aqueducs. C'érde
èkf Danaus fait abunda" le feul moyen de reiuUe
Tt Mquis afTos.Et le Grec , leurs tewes fécondes,
qui n'a point ^te traduit pas
Tmell. O
V-
3;
JI4 Explication HtsTORtQVB
ouellement avec des pompes ; ce qui.
étant très-pénible^ fit inventer» par ceux
qvi étoient coadwinés à y travailler^
que le$ Dieux , pour punir ces Priii^
cefles^ l^s avoient condamnées à remr
plir dans TEnfer un vaiifeau percé.
Vous avez dit tantôt, reprît Âlcidon»
Iue Diodore nç rapporte point dç raiCbii
e la coutum/e qu^a voient les Prçtres
égyptiens de ymfkr Teau dans un vai&
ièau percé. J^ailù quelque part que c'é-
toit pour purger & purifier Feau dut
Nil» peur l'employer enfuite aux Ià%
crlfices : & cç vaifleau s'appeUoit VHjh
Jrie.
Hiftoitedcf Enfin, pour ne rien laiffer à dire au
AïoïDf s. Ibjet des ijluftres malheureux que nous
gavons trouvés dans (e Tartare , voici
l'Hifioire» ou plutôt la Fable des deux
(i) l«9it>U Aloïdes , telle qu'Apollodore (i ) la ra-r
çontç. Iphimédie fijle de Triope ayant
jépoufp Aloëus , devint amoureufe de
Neptune (4) ; Sç allant fouvçnt iur les
bords dç la mer pour s'entretenir avec
•ibn .amant , elle en eut deuxenfans»
.Ephialte & Otjius. Ces jeunes Princes
croifiant chaquje annéj^ d'un^ coudée en
^largeur, & aune aune de hauteur, le
' trouvèrent fi fiers à Tâge de neuf aa$
(4) C^toit quelque Capitaint de VaUIcaii»
Ataabe*
f>Es Fables. jij
^e Ce voir auffi grands & auiïï puiflatiA
^ue les plus fameux Qéan9 9 qu'ils cru«
tent qu'U n*y avait rien au-deffiis. de leur
force. Ainfi ils €nti?eprirent de détrôner
Jupiter :. & pour lui livrer wi aiTaut dont
il ne pût fe difen4re , ils nûrçnt le nionc
Ofla Se le Pélioin fur TOlynipe. Cef
Gbéaas menaçant de-là le iauverain des?
li)&eux>, eurwt riaCaknce de lui deman-*
^er Junon^ Diane ; Se Mars ayant vour
lu a^oppofer à leur entreprîfe , ils le pri-
rent prifonnier & le chargèrent de chaî-^
nés, dont Merqure le délivra (i). Enfin ^ (0. voye^t
la puiilaQCe des Dieux (e trouvant inu«
tile contre de fî terribles ennemis, il$
furent obligés de cecourir à l'artifice j
Diane les ayant apperçùs , le changea
en biche. Se fè lança au milieu d'eux»
Comme ils voulurent tir^r leurs flèches,*
ils fe bleflerent l'un & l'autre , & ea
moururent , délivrant pour Jamais le^
Dieux de la crainte <ju'ils leur avoient
înfpirée. Jupiter les précipita au fond du
Tartare ; Fable qu'il eft inutile d'expli-^
quer, après ce que nous avons dit du
combat des Qéans ; & on en découvre
aflfea le fèns , puiiqu'elle ne renferme
que l'Hiftoire de deux Icélérats , qui„
après avoir tent^ les entreprifes les plus
hardies , j^érirent malheureufement à la.
o ij
3l5 ExjPLICATION HISTaRI(;iUK
chaule. Ils vivoient trois générations
après Deucalion , dont il étoient deC*
cendus (a) , c'eft-à-dire , deux cens ans
avant la prife de Troye.
On trouve auflî dans l'Enfer , comme
nous Pavons dit , (Edipe » Ethéocles ,
PoUnice, Thcfée & quelques autres,
dont les crimes font afièz connus ^ ÔC
dont nous aurons occaiîon de parler dans
la Hiite de nos Entretiens. Il eft tems
de fortir de ce trifte féjour : notre voya-»
je a été plus long que je ne penfois.
Encore un petit" mot , reprit Eliante*
Qu'eft-ce qu'ont voulu dir^^ les Poètes,
en faifànt errer les âmes pendaht cent ans
fur les rivages du Cocyte ? C'eft , ré-
pondit FAbbé 9 apparemment parce
qu'Orphée avoit remarqué que ceux
qui étoient condamnés par les Juges
Egyptiens étoient privés de la fépul-v^
ture; & que les Prêtres lui apprirent
qu'après un certain tems d'expiation
qu'il fixa à cent ans , ils étoient admis
dans la Barque de Caron, pour paffer
le Lac Achérufîe : Ou plutôt , comme
le remarque Sçrvius : cette Fable tiroit
fon origine de ce que s'il arrivoit , lorft
qu'on pafToit le$ cadavres au-delà duf
C«) Cofiûiltet le trei* s^nèaloeîede Dcucaliooi
« DÉS 'PA'RLtié ^ ^17
tac 5 qu'il en tombât quelqu'un dans
Teau , & qu'on ne pût le retrouver , on
lui faifoit, au bout de cent ans 5 des funé-
railles aux dépens du Public. LeSum eft
autém quoi vicitû populi cadavera fuorum
Ad alteram regionem transferrent : fedjt quis
in ftuvio fereat , me ejus inveniatur cada^
. Ter , pofi centum émnos ultima per/olvumur
4>fficia : bine extradum :
Centum ertant annos , t/oUtantque hac littora
circum (i). {i)SirviMf,
Ainfi les Grecs, fur ce modèle, publiée
f ent comme un dogme de leur Théolo-
gie , que ceux qui rfavoient pas reçu
les honneurs.de la fépulture, erroient
.cent ans fur les rivages du Cocyte j
tourmentés d'un violent défir de pafler
pe fleuve , rtpdi ulterims amore. C'efl potH?
cela que nous voyons tant d'erapreflè-
ment dans Elpénor chez Homère , &
dans Palinure chez Virgile 5 pour obte-
nir d'Ulyflè & d'Enée un peu de terres
Car encore un cçup l'idée du fyflême
des Poètes Grecs fur l'Enfer & Iqs
Champs Elifées , efl venue d'Egypte &
des cérémonies de ce peuple dans les
funérailles. Trouverez-vous, dit Alci-
don , quelque chofe dans ce pays , qui
ait donné lieu à Virgile de parler du
Ôiij
Kameau d\3t f Lorfque je dis , veçttt
PAbbé , que le« Grecs ont emprunté
des Egyptiens l'idée de leur Enter, je
ne prétends pas dire qv^ils n'ayent fait
autre chofè qu'imiter toutes les coutu*
mes de cet ancien peuple : ils en ont tiré
ie fond , & y ont ajouté plufieurs cho*
Jfes de leur chef y conmie ce <îue j'ai (fit
des Furies & de ceux qu'ils ont condam*
nés à être dans le Tartare : il en eft de
même du Rameau d'or. Servîus que je
viens de citer, nous apprend d'où Vir-
gile peut avoir pris cette idée. Après
^u'Ôrefte eut tué Thoas Roi de Tau-
TÎde, il délivra fa ibeur Iphigénie , enle-
va la nuit la ilatuë de Diane, & fbrtit
Je ce pays avec beaucoup' de précipi-
tation. Étant arrivé en Grèce, il voulut
fignaler ia mémoire de cet événement :
4fc ayant dépofé fa ftatuë de la Dédie
4ans un Temple , î! en changea toutes
lés cérémonies j il y établit un Prêtre >
^ un afile pour ceux qui , après avoir
commis queltjue crime , viendroient s'y
xéfugier. Il y a voit, ajoute le même
Auteur , au milieu du Bois facré qui
•envîronnoîtce Temple , un afbre auquel
il n'étoît pas permis de toucher j& âr
etoit ordonné au Prêtre de le garder
avec beaucoup de foin* S'ilarrivoit qufe
'4hcl(Ju^un des fugitifs pût ecf artachef
une branche, il lui étoit peftnîs de fe
battre contre le Prêtre ; êc s'il deiheu-'
toit vainqueur, il prerioit fa place, juC»
qu^à ce qu'un autre eût fur lui le rftême
avantage , Se offroit à Diane les facrifi*
ces accoutumes, Virgile dit que le Ra^
meau d'or étoit confacré à Prt>ferpinfe ^
J>arce que , comme le remarque Lacer-
àa , cette Déeflê étoit fouvertt prîfe
pour Diane. Le Poëte ajoute qu'il étoit
^rèsduLac Averne, darfsurtbois touf-
fu ; pour feiire allufïon à l'arbre qtii étoîl
{>rès du Temple de Diane. Enfin (i dan§
cette occafion il parle de la mort dô
Mifene y c'eft que le Rameafû étoit ordi^-
fiâîrement la caufe de la mort d'un déi
deux coitibattanâ : RarHus emmnecejfett^
Ut Hnks cdkf imetifus ^ imée Jhfim fûhpm^
^tmonem Mi fini ; &isdSkcfd Pfofhrpink
dccedere , mjt fubUto Ram , mn pcftt^
ras (ï). Pkiîeurs Auteurs, entité au- MStrvMf,
très Rîchardus & Auguftîn Ferentil- uVtt^^l't
le , ont débité fur ce (ii jet plufîeurs al*^ mmm/cm iik^
légories qui lïe valent pas la peine d'être *
lûès.
Dites - flous encore , je vous prîfe ^
dit Èliante, à quoi Virgile fait allu^
fion ^ en parlant des deux portes, l'une
de corne & l'autre d'ivoire , par où l'o»
O iiij
, 5^0 ExPLlÛATrON HKTOfUQUK
peut fortîr du Royaume de Plutoft;
Je crois , répondit PAbbé , que le Poète
Latin, a pris cette idée, ainfî que plu-
«OOdiCxi* fîeurs, d'Homère (i), qui parlant de
, l'antre des Nymphes , y met deux por-
tes ; Tune du côté du Nord, par laquelle
paflent les hommes ; & Tautre du côté
. du Midi , qui ne fert de paflage qu'aux
Immortels.? orphyre, qui a fait un Livre
fur cet antre , dit qu'Homère a prétendu
parler du monde & de Ces variations;
que la première porte eft celle par la-
quelle les âmes entrent pour venir anî-
mer les corps j Tautre eft celle par où
.^Ue^ fortent pour . fe rejoindre aux
pieux , dont elles étoient émanées : ^
il remarque judicîeuferaent qu'Homère^
«n parlant dé la féconde porte, s'eft fervi
du mot u^etveirm , qui convient aux
âmes, qui de leur nature étoient mr
mortelles (4).
Dites-nous eticore un mot, reprit Al-
Afoli&c. croîs ^ répondit l'Abbé , qu'ils n'ont
d'autre fondement que les évocations
aufquelles eurent autrefois recours ces
jgrands hommes , pour s'éclaircir de
{m) A*AA*Â5«r«r«v ii9% tfiu Porpliyxe , pablié ftt HoN
pif I u Voyci le iivxc de ficio.
CES Fables. jai
leurs destinées (i). Homère nous décrit ( i ) Voyn
le voyage prétendu d'UlyiTe en Enfer, BaylcR^p.
d'une manière qui a tout l'air d'une d'unFroTùK,
évocation ; ôc Orphëe,qui avoit été lui- •• *. ^ i*
mêmedans la Therprotide,pour évoquer
le phantôme de & femme Euridice , en
parle comme d'un voyage d'Enfer, &
prend occalîon de -là de nous débiter
tous les dogmes de laThéologie Payen-
ne fur ce fujet : tous les autres Poètes
ont fuivi Ton exemple. Mais eu voilà aCr
ièz pour ce matin.
o»
^2i Explication historique
XVL ENTRETIEN.
Des Dieux ^ui n^eistrent poim danp
If s ciaffes précédentes.
E Liante étoit fî attendveà De lalilèr
perdre actcuae occafion de s'entrete^
• nîr avec PAbbé & Alcîdon , que de»
<}tt'elle eut termitré quelques adirés qui
ravoîent occupée aflez long-tems , elle
les fit venir dans fort cabinet , où FAb-
bé commença aînfi la Coaverfation t
Outre les Dieux dont nous avons parlé ,.
& qu'on peut prefque tous regarder
comme des hommes , les Grecs & les.
, Romains en adoroient encore un grand
oombr^ , qui n'etoient que des Etres-
phyfiques , & i?avoient d'autres réali-
tés que Pimagination qui les enfanta»-
(») Di N4/. Ciceron ( r ) » après avoir parlé des Dieux-
'^'^* ' *• naturels, comme le Ciel, laTerre, les A-
ftres,&c. ajoute qu'il y en avoit bien d'au-
tres qpiiavqient été mis au même rang,par
tes Sages de laGrèce & par nos Ancêtres-
On fit auflî, continuë-t'iU le nomd'uw
Dieu,^d'une chofe quia quelque vertu fiiF-
guVîére , par exemple r là Foi, l'Intelli-
gence, Vbu^avez y ditril encore ^devant
DES F*ABtKS. ^ 53^5-
les yeux , le Temple de la Vertti , &
celui de l'Honneur. Parlerai- je encore »
cUt^il enfin > des Temples dédiés au Se-
cours 9 au Salut , à la Liberté 9 à la Con-
corde , à la Viâoire , qui font chofeis
qu'on a déifiées , pai*ce que leurs Etre»
ne fçauroient être que ceux d'une Puif-
iànce divine f C'eft ce qui a fait confa-^
crer pareillement les noms de Cupîdon 9
de la Volupté, de Venus , &c.
Ces Dieux naturels 6c plufîeurs au-
tres que Ciceron ne nomme pas, vont
faire la matière d*une autre Converfa-
taon. Et quoique leur Hiftoire ne foit
pas auffi intéreUante que celle des Dieulc
animés , cependant comme elle faifoit
partie de la Théologie Payenne ; qu'ils
avoient des Temples , des Chapelles Se
des Autels ; qlie les Calendriers Grecs
& Romains niàrquoient les jours de
feurs. Fêtes , & le tems des SacrificesP
qu'on devoit leur offrir, j'ai cru dévoir
vous en donner quelque connoiffance.
Je croîs qu'on peut rapporter ceis?
■!Dîeux à cinq ou fix chefs r je veu^c dire
aux Vertus , âu< Aflfèftioris ^ & aux PaC-
fions de l'ame j aux Vices j aux princi-
pales aftîôns de là vie , comme le Ma-
riage , la Santé, les Maladies ,;les Re-
ya^^la Joye : Car onavoit des Djeiute
O vjj
554 Explication msTORïQUH
|)our le Manger, le Bglre, le Sommeil,
&c. Commençons par ce que le Pagar-
lufme avoit de plus fenfé & de plus r^i-
ipnnable : j'entends par -là les Vertus
mijfes au rang des Dieux.
la Fciidté. Saint Auguftin (i) s'étonne avec rai-
Ml^'JTl ^"' ^^^ ^* Romains tt'euflent mis que
* * fort tard la Félicité au nombre de leurs
Dieux ,, puifque c'étoit à ces même^
Dieux qu'ils rapportoient la grandeur
^de leur Empire j Se tous, leurs heureux
fuccès. Ce ne fut cependant que plus de
fix cens ans après la fondation de Rô^
me % que Lucullus 9 au retour de la guep-
ïé contre Mitbridate & Tigrane > lui fit
bâtir un Temple. Lepidus kii dédia ei>-
fin \at Temple ; & c'efl: là,à peu près, ce
que nous fça vons de cette Divinité , que
ks Grecs avoient ai^ honorée fous le
fiom d^£iidem$ma , St de Macaria.
l'CTpâance^ Cicéron (2) définit If £Q)érance,Patten»
(^) TufinU te des Biens ^ Bemrum exfeSatiû. £h ef^.
vv* • «• fç^ ^ jg5 Biens à venir ,. foit dans cette
vie 9 ibit dans l'autre , font fbn uniaue
objet. Les Payens en avoient cette idée
pour les Bieps à venir ; ainfi qu^on peut
le voir dans Pindare Si dans Platon ; de
Ciceron ne laiile aucun lieu d'en- doi^-^
ter, Iprfqu'il ctit^que c'étoit cette Ver-
tu q°ui donnoit l'ei^ronce de VisomoM^
talité , Se que cette Immortalité elle»
même animoic refpérance. Tite - Live
parle du Temple que l'EIpérance avoit
au Marché^aux-Herbes ; & de celui que
Publius Viftar lui fit conftruire dans la
leptiémeRëgioft. Le Cenfeur AL FuUius
lui en codàcra un autre près du Tybre.
Les Grecs avoient honoré long-tem».
auparavant cette Divinité fous le non»
tCÈlpis. On la trouve communément r©^
préfentée fur les Médailles- des Empe--
reurs;
Comme TEïpérance fa plus folide eft VBxnmti^
celle qui a pour objet PEternité , les
Romams avoient fait aufli de cette £-
ternité , une de leurs Divinités* Mais on
né trouve ni Temples >. ni Autels de cet-
te Dée/Iè. On la voit feulenieiU fur plui^
fieurs Médailles , fous la figure dfune
femme, avec les mots^, jEtermias, Aug^
&c; tenant de la main un Soleil rayon»*
sant y Sch> Lune y ovt un Phénix 9 &c.
Vous fçavez^, Madame, par miftoi- {,f!^!^
ve de Saturne , que le Tems avoit auf& p«ttiev
été divinifé ;;•& qu'on le tepréfentoit
fous la figure, d'un Vieillard , avec des
aîles & une fauîx j» pour, marquer, qu'il
coule avec rapidité ,. & qu'il rayage tout.
Les GrecsL avoient àufii divinifé le9
SaiibnSi &lèurrendoient»^iuivdntFau!i«
52^ ExîtrcATÏDîT HfSTOMQUr
i*)in^$, fanias (i)^, le même culte qu'a Panâto^
ie j f31e de Gecrops. On honoroit de
même toutes les autres parties du Tems,,
comme ks Heures^&c. Et vous pouvez,
Aladaine r en voir les figure» très-bien
defHnées , dans le premier Volume du-
Supplément de l'Antiquité ex^quée y
par te Père de M ontfaucoiw
p^^*^^ Les Anciens avoiem auâi'divinifë la
Penféc , afin , comme le reiiidrque Saint'
Auguftin d'après Varron , ^ue nous n'en-
(2) L.41, euffions que de bonnes; Tite-Live (ay
^' nous apprend que T* Ottacilius étant
Préteur , avoir voué à- cette Divinité ^
'Un Temple 9 qu-il fit bâtir fur le Capito^
te 9 fbrfqu'il fut créé Dnmmm.
Sa pi^té. • Comme la Piété , foit qu'elle eût pour
objet l'Etre fiiprême, ou' les Pauvres ^
ou la Patrie r ^ toujours été refpeâéê'
dans toutes les fociétés du monde ; on*
ne doit pas dtre étonné que les Romainr
ay ent fait de cette Vertu une Divinité ^>
a laquelle ils fendirent un culte reli-
gieux. M. Attilius- Glabrio lui fit con--
ftruire uft Teiftple daiis. le Marché-:
ftux-Herbes ; un fécond ,. dans là Placer
où avoit demeuré la femme qtiî avoit
nourri fon père en prifon : ce qu on nou^
exprime par celui d^Atûùutf fttîAsergk
DES Fables*^ 327
Paofânias (i) nous apprend le nom de u MîTiHi
cette Déeflè, qu'on peut rendre par ces ^®'*^**
fynonimes^ Indulgenci^ Cmpdffim, Pi* <»>*»*^"»
tié. Tout ce qu'on fçak de cette DéeUe,.
eft que y félon cet Aiiteur relie a^oit un*
Autel à Athéne»;.& celui qu'elle avoit
à Rome ,: étoit un afyte des plus ij>-
yiolables.
Ces deur Divinités^ curent des Tem- ^^^^^^
^les à Bbme : de dans> ceux que Mar*
celius leur fit bâtir , il falloit nécefTai^
rement paiTer par celui de h VertU) pour
-aller à celui de l'Honneur ; pour appren-
tlre aux hommes^ (fit Ciceron , qu'ils^
ne pouvoient acquérir le véritableïlon^
«eur , que par la pratique de la Vertu.-
•X»a Vertu étoit ordinairement repréfen-
tée fous la figure d'une véitérable Ma-^
irdne , appuyée- contre utiecolomne 9 àl
quelquefois fur celle d'un homme bar<^
hn ; aînfi qu^on la voit fur quelque» Mé-
daiites de Gordien , Si de Numerien.
Selon Plutarque 8c d'airtres Anciens v Lt v^iaAj
Ea Vérité étoit fille du Tems ou de Sa-
turne i Se j (èlon Pindare , elle avoit Ju-
piter pour pcre (2)* On lui donna pour (i) inOijmf»
fiHe h Vertu i & on la repréfentoit, fui-
'vant Philoftrate , dans limage d'Ara^-
phiaraiis r comme . une jeune Vierge ,
couverte d^n habit blanc; Hypocrat^^
328 Explication bistothqvv
dans une de Ces Lettres , en fait ainfî le*.
Îortrait : Figurea-vous , dît-il , une bel-
5 Femme , la taille riche y vêtue modé-
rément y brillante > de avec des yeux y
dont l^éclat imite celui des Aflfes*; Sç
vous aurez une idée jiufte de cette Divi-,
«ité.
ta Concor- Quoique 1^ Concorde , la Paix y St h,
ft tIw^uUU^ Tranquillité femblent ne préfenter qu'U-
CT* ne même idée > il itft fur que les^Comains
en firent troitf Uéefles différentes : la
première avoit plufîeurs Temples à Ko*
me ; un au Capitole 9 que le DiAa- .
liyTiut • ^^^ ^* Furius Camillus avoit faitbâ-
Cétim. ' ^ tir (i) , & OÙ les Sénateurs ^ au rappoit
(z)liv«ii. de PKne (2) , s'aflembloient fôuvent»
•' '• pour délibérer des afiàiresde k Répu-
(i) f ra </•- blique. Ciceron (5) , Tite-Live rôc quel-
^fi^* ' ques autres Anciens » parlent fbuvept'
des Chapelles & des Autels de cette
DéefTe, ainfi que de la Sbtuë que \xk
coniàcra le Cenfeur Quintus- Marciust^
& du Temple que lui fit réparer Livie^
femme d'Augufte.
La Tranquillité, fruit de la Paix, avoit
auili fon Temple à Rome > hors de la po]>^
te Colline : & il y a bieit^ de l'apparence
<]ue fon- culte n^étoit pas différent de ce-r
lui du Dieu du Repos , ^âetalis.
lies anciens Momunens reprélèatecdH:
ïa Paix fou» la figure d'une femme cou-
ronnée de laurier, d'olivier, ou de bou-
auets de rofes ; tenant d'une niain le Ca-
ucée , & de l'autre dès épies : fymboles
de la tranquillité & de Fabondancej
qu'elleprocuroit.
La Foi, ou plutôt la Fidélité , préfr- -^ ^^
Aoh dans le commerce , & à la fureté
dans les contrats & dansf les proraeflës*
On la prenoit à témoin , & on juroit par
elle ; ou , ce qui revient au même , par
Jupiter fidius : & c'étoit de tous les fer-
mens le plus inviolable. Le Temple de
cette Divinité , bâti par les foins ce Ca*
latius , étoit au Capitole , près de celui
de Jupiter. Mais elle en avoit encore un
Îlusancien, que lui avoit con&cré Numa ^
^ompilius ; qui avoit ordonné en même
fems , que les Prêtres defUnés à fon culte
lui iacriiîeroient en habit blanc*
Les Antiquaires croyent que la fîgit*
re de deux femmes qui fe donnent la
main, repréfente cette Déefle ; ce qui eft
très-vraifemblable, puifque c'eft ainfî
ordinairement qu'on fe donne une foi
mutuelle.
L'extinâion de la Royauté ayant rea^ u Libett&
du les Romains libres , ils regardèrent la
Liberté conime une Déeife , â laquelle
ils conlàcrérent plufîeurs Ten^les. FH'
530 Êxpu-cAriON m^^cnkfQtrE
%lius FiStar lui eïi fit élever uif fur le mont
Aventift, avec un veftibùle cfu'on appeP
loit le vèftibule cïe là LSberté. Cette
Déeflè en eut auffi plusieurs auti-es dan»'
différens quartiers de Kome. Et on fçait*
que ce fut à cette Déefle' qûfe Qaudma?'
conlacra la mailbn de Cicérort, après^
Pavoir fait condamner au banniflèment»
lAPHaicî«(. La Pudeur eft une vettu trop eflèntielle'
au beau fexe , pour qu^on ne l*ait pa*
érigée en Divinité. Aùflî rHiftoîrenoôs
âpprend-»elle que les Romains Phono-
toient fous le nom de la Pudicité. Et
cette DéciTe avoit dans leur Ville de*^
Temples & des Autels , fur lefquels o*
lui oiffroit des facrifices j avec cette dif-^
féi^ence r que les Dames Romaines ca
avoienî un particulier ^ & les Plébefen-
ftes, tm autre.' On repféfentoît C^ttiÇ;
Déeflè fous la figure d'une iemme vbi*-
lée.
X'Occafioflr Comme rîen n^eff plus efféntielque de
Içavoir profiter de l'Occafion , lès Gri^^
en avoient fait uft Dieu , qu'ils a:ppei*-»
îoient Car us. Et comme foft ôom ea La*»
y tîn étoit féminîft , les Romains en fireflPt
toe DéeflTe; PoflWonius, & àpîès lui Au-
Ibne r oïit fait des ddfcf iotîOïis char^
Nantes ; Vun , du Dieu ; & r autre y dç la;
Déeâb de rOccaâojtu
Comme Harpocrate» dont aous avons Ang^renit;
parlé dans nos premiers Entretiens , Su^wt!*
étoit parmi les Egyptiens le Dieu du
Silence ; Agéronia, ou Angéronia, en
étoit la Déefiê chez les Romains. Sa
Fête étok célébrée tous les ans le 2t ^
2>écembre, dans le Temple de la- Déefle
f^iAnfia^ , ou de la Volupté » qui étoit
QulS une Divinité Romaine. On repré-^^
fentoit Angéronia fous k figure d^une
femme t qui » comme Harpocrate , por-
te un doigt ù la bouche ; Se qudquefois
ks figures Sont^ comme celles de ceDieu>
chargées de diâërens {jmboles , ainfi
qu'on peut le voir dans les Antiquaires.
Mais comme on ne peut pas , & qu'on AîiaLof»*^
«te doit pas même garder toupursle fi*- ""**
lence , 6c qu'il eu au^ f^e de fçavou:
Sarler à propos > que defçavoîr fe taire ;
y avoir aufS le Dieu ^ ta Parole »
que les Romains nommoient Aius Le*-
ijumius.
Voici de quelle manière ce Dieu fut
connu à Rome. Peu de tems^ avant l'an*
rivée des Gaulois en Italie , dit Cice*-
ron(i), on entendit une voix qui for- (i)D?Kv.ié
•toit du bois de Veffâ, quiaimonçoit^
que fi on ne rétabliflToit les mufs de la;
ville , elle feroit prife par Pennemi. Mais;
^on ne fe refi<Hivint de cet Oracle qu'a-*,
53^ Explication' &r5T6ïtt<iUfi
près la priië de Rome par les Gmildis $
& ce fttt alocs qu'on éieva un autel aa
TitV\]t7 & ^^*" ^^ ^^ Parole , fous le nom d'jiius
PJutarque. LùqUUÙUS (l).
La Pxovi- Quoique les Anciens cf ûfiènc^ que la
J€ncc, pjrovidcnce fut un attribut dés Dieux 9
ainfî qu^on peut le prou ver par plufieurs
Médailles , fur tcfquelles on Ut : Prévu
Centra Deârum ; cependant il paroît qu'ils
en avoient fait urte Divinité particulière,
qu'on repréfentoit ordinairement fous la
figure d'une feittmme appuyée fur une
colomne , tenant de la main gauche la
Corne d'abondance, & de k d&foite ua
bâton avec lequel elle montre un Globe j
pour faire voir que tous les biens vien-
nent d'elle y & qu'en même-tems elle
étend fes foins C\xr tout ^univers.
fa p* r"*?^* O^ ^voit auffi érigé en Divinité»/ la
la Jufticc **& SuTôté j d'où viennent les légendes qu'on
h Fccondkc* lit fur le» Médailles , Securius Orbis^&c.T
la Perfiiafïon^ que les Greernbmn^ient
.Pitbo ; la Juitice , diâërente de Thémis y
quoique repré(êntée > comme elle > avec
des Balances ; & la Fécondité, que l'on
alloit invoquer dany le Temple dfe Jv^-
lion , & où on étoit obligé de fe foumet-
tre à une flagellation auflî obicêne que
ridicule.
opr,r Le Secours» fi>u$^ le nom^ d'Ops >avoit
DES Fables. 33J
tm Temple à Rome ; & on lui îmmoloit
au mois d'Avril , une vache pleine & UQ
porc. Selon Macrobe, ceux qui invo-
quoient cette Déefle , étoient aflîs^ &
touchoieat la terre de la main | pour nous
apprendre , fans doute , que cette Déefle
étoit la même que Tellus.
La Clémence avoit auili été mife au LtG^mcftce.
rang des Dieux j & elle avoit un Tem*
pie 9 ainii qu'il paroît Gxt une Médaille
de Jules Câefkr. £lle eft auâî fur d'au-»
très Médailles , avec fes fymboles» qui
étoient un Rameau, la Patére & la Bi-»
que : mais on n'y voit point de Tem-
ples.
Telles étoient les Vertus que le Pa-
jganifme avoit érigées en Divinités. Mais
comme là crainte des maux eft plus vive
& plus fenfîble que ne l'eft l'e^érance
des biens > on avoit auili divinifé tout ce
qui pouvoît nous nuire. Ainfi , comme
\^ remarque Cicéron , la Fièvre avoit Lt Fié?if ^
un Temple au mont Palatin ; Orbona» en *^»
avoit un auprès de celui des Dieux La^
«es : la Mauvaife Fortune , un au mont
Ëfquilin ; la Tempête en eut un auili hors
la porte Capene , que Mar celius lui fit
conftruîre au fortir d'un grand danger
qu'il avoit eflùyé fur la mer. Murcia ,
la Violence , l'In^pudence & la Caiom»
334 ExPLICATtON HISTORIQUE
nie , eurent «ufS les kurs dans diiTérenSf
quartiera de Rome.
jLftReMm- Héfîodc £ût la defcriptîon de cette
'^^^ Déeliè , & en doime la gëuéalogie : Mai$>
Virgile & Ovide ont beaucoup enchéri
fiir le Poëte Grec; & on ne peut rien.
ajouter au portrait qn^ils en font. Sôit
culte étoit fut tout établi à Athiéaes> fî
CO inAttif. aous ea cro}ron&Faa(koia3 (i).
X.'£Qvie. Parmi les Fajffions diviotTées par lèse
Anciens , aucune peut-être ne méritoit
moins cet honneur que rJEnyie» Cepen«
daat les Grecs en a voient &it un Dieu^
parce que fi^n nom étoit maicuLb dans
leur langue^ & les Romains, une Déeilè»
Plutarque , qui a fait \m petit Traité au
fîijet de cette Paffîon, en. dit des choie»
ailez curieufes : Ôc les Pocées. (è font don-
nés une libre carrière 9 en fei&nt fon por-
trait. Ovide Cux tout y a excellé 9 dans
ces vers qui commencent ainfî :
Palkr in ore fedet, maciefiue in corpare
-î'^S""** Les Grecs» Se les Romains enfiiite,
& la Pâleur. . . "^ i_ j i tx»
avoient mis au nombre de leurs Dieux
la Crainte ou la Terreur , Se la Pâleur
qui l'accompagne. Héfiode , après,
evoir dit» dans (à Théogonie , que la
Crainte étoit fîUe de Mars Se d&Vénus ;
DBS Fables. 535:
^fkj'oute ) dans la defcription du Bouclier
^'Hercule , que ce Dieu étoitrepréfenté
monté fur fon ciiar , accompagné de la
Peur & de la Crainte. Homère (i) en a 0)IAr.4i
la même idée » & la fait toujours com^
pagne du Dieu de la Guerre.
Une telle Divinité ne pouvoît man*
3uer de s'attirer un refpeâ religieux ^ Se
es Sacrifices. Et THiftoire nous ap-
prend 9 qu'après que les deux fils de Mé*-
4ee eurent été maflacrés par les Corîn»
jtbiens^ POracle leur ordonna de cohCi-
crer une Statue à la Peun Et dans un
combat que donna TuUu^ Hoftilius , les
Albains , qui s'étoient déclarés pour lui »
tournèrent le dos , 5c paflerent du côté
de fes ennemis. D'kbord la frayeur s'em-
para du cœur du Soldat; & tout étok
perdu, lorfque ce Prince voua un Tem-
ple à la Cramte & à la Pâleur. Ce voea
eut fon effet : le Soldat reprit courage ,
4c TuUus remporta line viftoire com^
plette. Cet événement ^ époque qui mar-
Îue le tems auquel le culte de cette
)ée(re fut rétabli à Rome , eft marqué
fur deux Médailles de la Famille Hojli^
lia (2). Sur Tune eft une tête , avec des (2) Foi. VtC
cheveux hérifles, le vîfage élevé , la f/^'"*^*^^'
bouche ouverte » Se un regard troublé ;
cp qui içÇign^ bi^n la Divinité que re-
33^ Explication historique
préfentoit la Médaille. L'autre ojffre
une face maigre & allongée, 4es che-
veux abbatus, &un regard fixe] c'eft
le véritable portrait de la Pâleur qu'înC-
pire la Crainte. Les Lacedémoniens » au
rapport de Plutarque , avoient placé le
Temple de la Crainte auprès du Tribu-
nal des Ephores , pour les porter à ne
rendre que des jugemens équitables.
M ou la De tous les mauvais Génies, Até ou
^®' *• la Difcorde étoit le plus pernicieux,
Chaffée du Ciel , où elle ne cherchoît
qu'à femer la Difcorde parmi les Dieux f
elle vint fur la terre , où elle exerça
j[f)Iliâd.lx^. toute fa fureur. Homère (i) eft de tous
les Poètes, celui qui fait mieux connoître
cette Déefle. Voici comme en parle
Agamemnon aux Capitaines Grecs :
M La Déeflè Até , dit-il, ce Démon de
«• Difcorde & de Malédiftion , n'eft-el*
»» le pas toujours plus forte que les hom^
,* mes f & ne vient-elle pas à bout de
>» tous Ces defleins ? Cette terrible Sç
s» pernicieufe fille de Jupiter, dont Vem^
u ploi eft de nuire ; qui dédaignant de
^ toucher la terre de fes pieds délicats »
•• marche fièrement fur la tête des hom-
M nies, pour les précipiter dans^les plus
M grands maux ; oc qui , dans les cruelles
n 4ifIènfîons qu'elle excite^ quand elle
en
ne «ruine pas les <ieux partis , ne maiv- ce
qite jamak d'écrafer au moins celui «
qu'elle a pris pour objet de là haine ; ce
ne fit -elle pas autrefois fentir fon «
pouvoir à Jupitef même, quoiqu'il *«
fbit plus puilTant que tous les hom- <«
mes & que tous les Dieux?i« Agamem-
non dit eafuite 9 que Jupiter la foupçon*- .
nant d'avoir fervi Jimon , en faifant ac- **
coucher Sténélée avant terme , aiîa
qu^£uriflée eut le droit de commandée
à Hercule; ce Dieu la prit par la tête»
Se la précipita du haut de l'Olympe. Les
autres Poètes , fur tout Virgile Se Pé-
trone^ en ont fait, après Homère, les
portraits les plus affreux. On içait que
e^eft eUe qui tetta la Pomme de Dif-
eorde , au milieu des Dieux aflèm-
biés your le Mariage de Thétis &. de
Pelée.
Les hommes font trop attachés aux De u bonne
biens de la terre , pour n'avoir pas fait * ^^ ^^ "^«"*
uneDéefle de laFortune,qu'ils croyoient
les procurer. Et il faut que cette Divi-
nité foit bien ancienne , puifque la pre-
ndére fois que i'Ecriture-Sainte parle
des Dieux des Payens , elle nomme
jGad , invoqué par LU ; & que faint
Auguftin croit être la Fortune. Buba-
•lus^ grand Sculpteur, en fît une flatuë
Tom. II. P
jjS Explication histcrîquk
pour la ville de Smiroe » oà il la re^
pcéiènta avec TEtoile polaire iur la
tête » & tenant de la mala gauche Ut
Corne d'abondance ; pour marquer , par
ie premier de ces deux fymboles , îba
pouvoir fur tout l'univers ; Se par le fe^
pond y que c'étoit elle qui diftribuoit
{t)Téufdni tous les biens (i).X.es Grecs lui élevée
•* *^'^ rent dans la fuite pluiieurs Temples : Et
dans celui que les Béotiens lui avolent
&it conftruire» fà fiatuë tenoit Plutus
«ntre les 1>ras ; pour nous apprendre
qu'elle diâribuoit les richefiès > dont,
ee Dieu étoit Le fymbole» Les Romains
imitèrent les Grecs , & lui bâtirent plu-^
fieurs Temples , ainfî que nous Tappre^
fions de Tite Live » de Denys d'Hali*
^araafTe , & de Plutarque. On diâio»
guoit la Bonne d^avec la Mauvaii%For«*
tune* Les Romains reconnoifibient auâi
la Fortune Equejhe ; la Fortune de cba^
que joiu-; la Fortune de retour , Fortmuê
udux ; la Fortune aux Mammelles , qu'on
repréfentoit comme Diane d'JEphéfe t
!&C.
Det Dieux Comme te Paganilme avoit des Dieux
drKif, quiçréfidoient à toutes les aftions d^
ComuiAMo- la Vie y on n'avoit pas manqué d'en
établir un , pour Ita Feftins , & la
tonne chère j Se Cornus étoit le Dieu
&Uf«
<|m jr préfidoit. Philoftrate f dans le
tableau qu^il en a fait, le repréfènte à
hi porte de la chatnbre de deux jeunes
4tfcmx j qui communlquoit à une falle ^
où fe donnoit le feftin, comme un jeune
itomme yvre, la-, fece enluminée , &
couronné de roiès, tenant à la main ime
#i>rdie allumée 9 ôc à demi endormi.
" Si Cornus étoit le Dieu de la bonne
idiére parmi lé» Grecs & les Romains j
Momus qui , félon Héfîode , étoit fîls^
delà Nuit &: du Sommeil , pafibit, chez
les uns & chez les autres , pour le Dieu
ëe la Raillerie & des bons rilots. Saty- •
rique jusqu'à l'excès^ , il ne laiflbit rienf
échapper : & les Dieux , Se Jupiter
même, étoient Fobjet de fes plus fan*
glatîtes railleries* Perlbnne ne Ta peint
avec plus de fidélité Se de naïveté , que
tucien j & on peut voir, dans le Gon-
feil des Dieux , oh il tâchait de chafler
éeuK qui étoîent étrangers-^ Sc qui s'é-
fbient iati-oduit» m^ à propos dans le
€ie^, de quelle manière Momus en par-
tes de combien* peu il les ménage. C^eft »
lH»refte ^ de cette manière de reprendre
tes viee* & les défauts dès autres , que
MomuS" tire fon nom. C'étoit lui qui
trouvoit à redire , que les Dieux , en
formant Phomme ^ ne lui euilènt pas fait
540 ExPUCATION HISTORIQUE
uoe pëtitç ouverture » ou uoe petite
portp à la poitripe , afin qu^oa eut pu^
voir daQS Içur cœur ce qu'Us penfçient i
quoîqu'à dire vrai , Vitruve attribue
cett^ penTée à Socrate,
Voici maintenant , Madame 9 une
foule de ces Divinités fubalternes ador*
récs en différens pay$ » que je ne ferai
que parcourir rapidement. Je commen-
ce par Sofipolis s ou le Confervateur de
l^EL y Ule I à Qui les Peuples d(s l'£)ide »
au rapport ae PauTanias $ rendoient im
çult^ religieux^,
gnùchéet Emlthét » ou S^mithée , n'étoit ado<<i
xée qu'àÇaftabë 9 ville de Carie ; & c^é-*
toit peut-^trç la fibule Denai-Péenè que
reconnûflent les Payens , pendant (}u^il$
avoient une infinité de . demi - Dieux»
Voici ce qu'en raconte Diodore de Si-
(OL.s.cis. <^h (i) • Staçhile & Chryfothémis , dit-»
il, eurent troif fille?, Malpadie, ^hoio
& Parthénie. Rhoio , dont Apolloii
^toit ampureux, devint groflèj & £on
père s'en étant apperçu , l'enferma dan3
un cofire , Se la jetta dans la men Dany
ces entrefaijtes , l^s deux autres fœurs
gardant un jour le vin de }eur père, doQ
nouvellement fait aux honunçs , s'eAT
dorjipîrent j & quelques pourceaux ayant
|)rifé .1^ vafe qui le i^ojçLt^ojit^ U fut rç^
■pânàï jùfqu'à la dernière goutte. Ces
deux filles craignant k colère de leur
•père 9 allèrent fur le bord de la mer , Se
s*y précipitèrent, Apollon , qui s'int^
teflbit pour elles, à craufe de leur fœur ,
les foutint dans leur chuté , & les tranC-
porta dans deux villes différentes ; Pai<-
thènie , à Bubafte , où elle a fon Temple
Se fon culte ; & Malpadie i à Caftabé ,
où elle fut honorée comme une Dem*
Deejfe ; & fon Temple eft fréquenté me-
tte par les étrangers , qui y viennent de
toutes parts lui offrir des iàcrifices, oi •
on fait toujours une Kbation de vin , em
jnémoire de celui qtù fut répandu penr
dant qu'elle dormoit*
Pfàphon, adoré dans la L^rbie, dut (a P%boiib
I>ivinitè à un flratagème. Il avoit ac-
coutumé quelques oifeaux à prononcer
cesmots: PfapboneJlungrandDieu;q\x^ûs^
retinrent fi bien , qu'étant lâchésdans les
bois , ils ne difoient autre choie : Ce qui
engagea les Peuples voifins à rendre lés
honneurs divins à cet impojfteur y après
fa mort.
Les Syriens qui habitoient aux eàwU Omeliif^
Totts du mont Garmel $ avoient un Diea
nonmié Curmelus , que Tacite difUngue
nettement de la montagne. Ce Dieut^a-*
yoit point de Temples ^ à la vérité }inai$
P Hj
94^ EXPUCAW ON HISTORlQUff
on lui avok ooiJàcré im AutéL Ce for
iun de fes Prêtres , nommé Bafîlins, qui
prédk à Veipafien qu^il fiaroit £mpe-
Teur.
ApW». Aphéa , Divinité de^Egiaettes , étok
h même que Diane DiSfnaelKmorée ea
•Crète ; & ainfi nommée , àcaafe que s^é-
tant jettéé damla, mer , lorique Minos»
^ui en étoit ^mooreux , la pomiuivoity
elle fut trouvée dans des filets de p6*
cfaeurs.
2amohdf. Lcs Thraces & les Gétes , au rapport
(i)L4.c.94* d^Hérodote (i), avaient auffi un Diea
* ^** qui. leur étoit patttDiiHer, noomié Za^
fliolxiis, leur Légiflateur , dont vcôct
FHiftoire en peu de morts : Enclave de
. Pythagare, il en reçttf: k liberté; &
après avoir gagné beaucoup de biens 9 H
i%)ldtiihiM. retourna dans fon pays (2) 3 où il fit bâ>
tir un- £uperbe Palais » régalant chaque
jour les Scythes les plus féroces» dans
le deilèin de les polir 9 & de les rendre
ibciables : Il leur di£bit ibuvent » qu'en
savant comme des hoionies raironAybles^
, ils arriveroîent à une heureufe immorta»
. ) li^' Lorfqu'il vit que lès maximes com-
meaçioieQl: à être gQâtées,ildifparut&«
bttemetit; âc & cacha dans une chambre
ibuterraine , qu'il avoit fait bâdr à l'in^
(car dp tout lesioada* Au bout de troii
«M , a reparut au milieu du tfeuplc , q«
le reconnut pour un Oieu , & parut dit-
j)ofé à recevoir le» ioix qu'il voulut leur
impofer.
Suivant Plutatrqne, J dr mus ctoitMtt Adtaw*
t>ieu particulier à la SicHe (i) : & quoi- i,yVmSL
3ue ce Dieu fôt en grande vénération
ans toute l'ifle , la ville d' Adrame h»
étoit fpécialement cotttàcrée.
Strabon nous apprend qne Taflttïs J'^^
étoit une Divinité particulière aux Art ^^^^ •
«néfiiens, & honorée par les Efclavt»
des deux fexes j & que les gens de côtt'-
clition libre lui coflfacroient leur fille.
Nous ne connoiflbns Beflas , oue par
le témoigrtage d' Ammiian Marcellin (â>, (») li». «»•
qui dit, qu*il étoit honoré à Abidai
^laThébaïde. • - '
Héiodote (9) de même, notis fa© (Diir.f.
«onnoître^iMcç^* & Dmid , honorées à
Epidaure , depuis le ten» «pei pV orérfi
^'un Oracle , ils furent délivrés de la "
ilérilité, en leur «onfkcnutt deux Çtatuiës
de boîsid'OUvicf.
Pmclu» {«rie des ©ièunt JS^gpmî , zpgç„oï ,
adorés dans. ï^ Grèce ; «^u^on iffvou J~2«»^|;;.«^
■tfttoit 'ttcfW prolonger la vie , comme Amithéei.
leur nom fe •fignifie.. tes même» Grecs ^^ p«»«-
lion^ràept aïtHi des Dfeïw appelles J*r*i
itowiri ^ auquel» on (kcjrifioit . avant U
P iii}
344 Exptf CATioK HirroRiQxrB
conftruftion de quelques édifices^ *, ainfi
(,) jj,^!^ que nous l'apprenons de Paufkmas* (i).
'Les Arcadiens > fUivant le même Au-
teur, honoroient des Dieux qu'ils ap-
pelloieot des Dieux Purs ; & c'étoît
par eux qu'ils faifoient les fermens les
plus folemnels* Amohe efl le feul > je
crois 9 qui parle des Dieux Amithées^
C'étoient de mauvais Génies qu^invo
quoient les Magiciens y & qui n'étoient
propres qu'à faire du mal. Les mêmes
Magiciens invoquoient aufli les Dieux
iiommés Den i mais qui, félon Héfî«
chkis , n'étoient pas de mauvais Génies*
'Les Béotiens honoroient particuliére-
; inent je ne fcai quelles Déelles , noixt-
^ées jPotniades , du nom d'une de leurs
.villes ; mais ces DéeiTes n'étoient pro-
pres qu'à in^irer la fureur» fur tout aux
chevaux qui bùvoient de l'eau d'ua
puits qui leur étoit confàcré.
Tattnpttt, Taraxipus étoit aufE un mauvais^Gé-*
&n(îttî',^e' nie , qui épouvantait le» chevaux , au
lié», Coronii, rapport du même Pauikmas' (l\| de je rie
Evemcnon. £. . poij/quoi on «voît mis faicatuë au
^^''•^'^'•IfeoiitduStadifd'Olympie. ;
L La ville de Phafelis ^ dans k Pam-
philie f avoit auffi un Dieu pardoifier ,
ou'on appelloit CAkus^ôc à qui on ofi-
/^oic d^s: petitsi pQiiïoa^^ ffilés w fi^çàSt
ï)Es Fables. 34y
te. Suidas , qui fait une ifle de cette vil-
le , nomme ce Dieu Calabrus s âc Erai^
ine , dans le Proverbe des Sacrifices des
Fhafèliens , Caprus.
Les habitans d'AIabanda , ville de
Carie » honoroient d'un culte particu-
lier , AUbandus leur Fondateur ; & c'é-
toit la première de leurs Divinités. Ci-
■ceron (i) qui parle du refoeft qu'on (i)D#ïr4#.
avoit pour ce Dieu j ajoute que otrato- ■
nicus y Êitigué àts louanges éternelles
3u'on donnoit à ce Dieu ^ au mépris
'Hercule > que les Alabandins ne vou*
loient pas reconnoître, leur dit un jour r
Hé bien ^ quAUbandus me baïjfe , &
-gu* Hercule /bit Vêtre ennemi. Tenès reçut
-des honneurs divins dan^ l'ifle de Tene»^
^os, près de la Troade, pour y avoir
"bâti line ville de fon nom, atnfî que
nous l'apprenons de Ciceron (2). On le (i^lnFerUnt
trouve repréfènté fur quelques Médail-
les de cette Ifle. Coronis-, au rapport
•de Paufàniàs (3), mère d'Efculape, fiit .(î)«?wi*»
honorée fpécialement à Sîcyone ; mais
comme elle n'y avoit point de Temple ,- •.
on lui fecrifioit dans celui de Pallas. Les
-Sicyoniens a voient deux autres Dieux y
du moins un Dieu & un Demi-Dieu,qui
leur étoient particuliers , Evémérion & ^
Alexaoof. Pauiamas (4^) nous appreiid yit»C9rm$^
P V
^4^ Explication historique
•à leur fujet , que tous les jours , apf es le
coucher du Soleil , on honoroit le prer
jnier corame un Héros , & l'autre coh^-
me un Dieu,
Aaephagia, $'{{ y avoit des Dieux pour I^ Fe-
le BonGenie, /i* ^ p/ * i t m r'*'**» **-^ * ^
la Néceffitc Mins ûc pour la Joye , û y ea^vou auf-
^ ^^ k DkJ ^. ^ P^^ ^ ^^^' Pau&nias en fait menr
éiikite. tîon.» & dit quele^ Tbeflàliens célér
braient fa Fête avec beaucoup de gaye^
té. Cefl Lycurgue , au rapport de Plu-
(0 In t^. tarque (i) , quiavaît mis U Bke aunomr
bre des DieuxXes Buveurs mvoquoîçnt
Auflï le Bon Génie , q^e Fon: corifond
pour cela avec Bacchus ; & ce Dieu »
ièlon Paufanias , s^voit un Tem^ fur le
chemin qui coaduiC>it w Mont JMf na-^
le. Le& Sicilien» avoiea( auS cpo^i^
4:ré la Go\irmaadiiè j fous ]^ fiom ^4^
dephag^Oi; & d^ns^fon Temî^Q» fuivaar
{%)ritr.Hifi. -Elien (2) , étoit h Statue de Cerèu* C^
1. 1 . €. 17. qyç jj^yj fçavons de la Néçe^îté & 4^
Jb Violenjçe , eft que leiir Teiçpl? 1 6Îr
'(i)iMCpfi9^. vant Paufanias (j), 4tûit da»s.laÇitt*
délie de Coriîrthe.
les Vtiws. ^ . t^ Prieras ^ feloB He^od^^ 4^ent
filles de Jupiter r Voiei commeiit e^
^ parle Homère > dans le difcours de Ph<»-
(4) uiad. nix à Achillcs (4) ; *» Vou^ de ve« fça^
*•>• ff voir^ dit cç^ lage Qouvefneur à fott
m £leve X ^^ y^ Prières > fiU^ de Jn*
DE S F A «X K s; 247
ffïter, font boiteu&s, ridées, toujours «
les yeux baiffés , toujours rampantes, «
& toujours humiliées* Elleç marchent «
toujours après riujuare : car Flnjure •
âltiére, pleine de confiance en fes pro- ?
-près forces. Se d'un pied léger, les de- «•
Vance toujours , & parcourt la terre ^
jtonr effrayer les hommes ; pendant "
que les humbles Prières la . fuiyent , «
^our guérir les maux qu'elle a faits. ^
X^elui qui lés refpeâe & qui les écou* *
te , en reçoit de grands fecours r elles «*
Fécoutentàleurtour dansfesbefoins, <•
& portent Ces vœux aux pieds du ^
grand Jupiter , &c. « Il eft aiië de
Voir que ce portrait eft purement al*
légorique ; que ce Poète dit que le»
Prières font boiteuies , parce qu'elles ne
fiiivent pas toujours de près le tort qu'oir
4L fait à un quelqu'un ; qu'elles ibnt ri«'
éées , &rs ont les 3reux baifles , parce
qu'on ne s'adreflè que tard , de aune
naniëre humiliée,à celui qu'on veut fié»
«hir»après l'avoir ofienfë. Ainiî du refte;^
Arrien (i) nous apprend qne les Ga^ laPauvteti
dar iens adoroient la rauVreté,en même* * ^*' ^^^^
tèms que les Arts , qu'ils joîgnoicnt en- Jp ^' ^^*
&mbte dans le même culte ; parce qu'en
efièt la Pauvreté eft k merc de I'Ibk
"veotion* Plaute^ dans It Prologue d^iuié
P v>
548 Explication historique
(0 înTnm^ de [es Comédies (i), fait jouer Un pèf-»-
formage à cette Déefle ; & dit , qu'elle
ëtoit fille de là Débauche* Platon , aîti£
qu'on Ta dit ailleurs^ lui donne l'Amour
pour fils*
Vous croyez peut - être ,. Madame ,
après avoir entendu le nom de tant de
Dieux différeiis ,. que je fuis au bout de
mon Calendrier; mais il Veo^faut beau«-
CQup , ainiî que vous Fallez voir. J'ai
dit dans l'Hiffoîredu progrès de l'Ido-
iâtriè > que les Payens^^avoient des Dieux
particuliers à tous les étgts de la vie ,
pour les Fruitsr , & en particulier pour
la récolte du Bled ^ pour ks^Troupeauitt
inaîs fur-tout , pour la naiflance des En-
fans & pour leurs Mères* Nous ne ferons
que les nommer la plupart , parce que
leurs noms les font affez connoître*
. La DéeflTe -P>irrt»iii/4 préjSdoit aux Ac*
couchemens , de même qu'Egerie. Les
'Dieux Hix» étoitTA invoqués; pour
adoucir les douleurs de l'Enfante-
ment. Prof a procuroit d'heureufès Gou**
■ches , Se Boftverta préfidoit aux Accou-
chemens difficiles. A peine l'Enfant étoît
conçu 9 que le« Dieux Fitumus âc J»
tinus donnoîent* l'u», la vie; & 1'
autre ^
9 pré-
â^it à la naiflance^ & NnuËns > au neu^
{xynetpv, .Je fentiment (a). La DéeSkNoih pré
DES Fables. 54^
"vîéme jour , qui étoit celui où les pa-
ïens lïommoient TEnfant, Vagiunus étoit
invoqué pour les cris & les pleurs de
l'£n&nt ; & la DéefTe Cumna 9 pouf
avoir foin du berceau. La DéefTe Levand
étoit invoquée , lorfqu'on mcttoit l'Eft»^
fant à terrer£uivant l'ufage decetems^lsu
Quand ^Enfant commençoirà manger r
en avoit recours aux Déefles Edufa ou
'JSduHdf Se Poiin^; c'eft-rà^irerles Déef*
les^du boire & du manger.Dès qu'il com^
-mençoit à parkr , ou plutôt à bégayer,
on invoquoit Fâbulinus , Dieu de la pa-
role; & la Déeffe Paventra^ pour e»
éloigner ce qui auroit pu l'épouvanter-
lËxSn , lorfqu'il étoit grand y Se qu'il
falloit commencer à lui donner de l'é^
Jucation ,. c'étoil aux Dieux Sidtilims
& Siatanus qu'on Vàdreflbit. OJfiUgo leui -
aflfermiflbit les os , comme nous, l'appre*
nous d'Arnobe. Il y avoît encore d'au-
tres Divinités du Mariage , & de fes fui-
tes j telles que. les Déeflès Vkgimcuris ,
Fremor^ Saiatius Himneus ^ Se d^autres
encore ^ dont on me fçaura gré de n'a-
voir pas expliqué les fondions.
. Je ne ferai que nonimer une foule d'au-
tres Divinités^, dont le culte s'étoit éta^
i>li à Rome ; telles que Juturna , com-
me qui diroitvf 4/^m^r,qu'o& invoq,u6%
3
feloit Varron & Sefvîus , pour obtéfffif
du fecours dans le befoin» On avoit en^
côre des Dieux , appelles NovenfiUs \
c'eft-à-dire , nouveaux Arrivips j parce
ue le cuke en paflk à Roibe ,. du Pays
es Sabitts, félon Varron- & Tîte-Lîve t
d'autres, appelles Divipotts yielon te mê^
me Varron, qu'oir croit être les^ même^
que les Cabyres, dont nousavons^parlé^
Murais était , pârnii eux , la Dëefle
4e la Parefiè y dont k Temple , felon Fe^
ftus> étoit fur le mont A vemin > pendant
^e Strenua Sc Agervméi rendoîent fort &
vigilant. Le Repos, J^iipj,r avoit auflîu»
Temple, félon Tîte^Live, dans la rue La-*'
Bicane* i'e//m4 étoit invoquée pour éla&
gner les ennemis ; & Fifffma,^t>\it proca-^
ter qudquetranquillité après kur retrai**
te.Nemtfirius préfîdoît aux Fcyrèts\CdÙHS^
^ndoit les hommes avifés&prudenSé Num
meria étoit la Déeilè de T Arithmétiques
jfdeona Se Abeona préfidoient,- (elon faînt
Auguftîn^ auVoyage & auR etour. Popifi»
hnis &/'tfi^^rifétoiefit invoquée^ contre
les ravages, principalement contre ceux
de la foudre. Xiturr^mx étoit le D&eu des*'
Foyers {à). Areulus ^ Fonulus ^ Limen^
ma y Si Car de A , préiidoient aux Portes ^
0EsFabxes; 3^1
flinfî que leur nom le dénote. Lorfqu'il'
furvenoit quelque brouillerie entre le'
Hiaji Se la feinme,on invpquoit VitiflâCâ^.
ks AppUdes iSc ces dernières avoient un
Texnple à Rome > où elles étoîent repré*-
iëntéesàchevaU comme des Amazones-
Châcina était la DéefTe des Egoàts ; 3c
AïepbiHt 9 celle de ta mauvaile Odeur.^
Crefitus^ dont l'Antiquité nous, a confèr-'
vé une figure y fous la forme d'un enfant
qui pouile un vent r étoit le Dieu qu'00
învoquoit pour en être foulage. Httés
étdk la Divimté des hérttier^^ La Dée£
4k StéUâ étoit honorée dans le Marché
jpublic »i oit on allumoit des feux en fon*
^loaneiHr* Le Dieir Ridkului tiroit fon^
<vigine d'une terreur panique*» qui frap-
1» Annibal ». lorfqu'U s'avança pour
aiBSeger Rome ; terreur y dont ^^ difoit-
on». tes Dieux» Proteftéurs de Rome >
Vavoient frappé:£t pour éterniser la mé-^
flioir^ decet événement r qui avoit obli--
:gé le Général Carthaginois de s^en re-
fPUtMT fur £es pas , on éleva un Tem-
ple au Jix&it I&Aculus ^ hors la porte Csh
.pêne* Fnofàa étoit la Patrone des Af-
franchis » qui la remercioient de leur 1k
^rté. Les Romains dbnnoient à cette
Déeâe> <|ue l'oo confond, avec Jimom
Vierge ^ le foin des Vergers > ainfi qp%
51^ ExPLrCATIOK HïSTORKitrE
romone; & elle étoit fort révérée ààn'i
toute ritalie. CamdtM , félon fkint Âu-
guftin , préfldoit *aux chants ; Se Sege^
tU, aux fémailles : Nodotus^ k>rfque les
bleds commençoient à nouer. Cmm^
étoit invaquée pour garentir des mala^
dies- du ventre j elle âvoit un Temple fur
le mont Ceiius , où on lui orSrok en fa-
■crifice » de la bouillie 9 des fèves , & du
(I) p# tiv. lard. Collmnd, félon faint Auguftin (i) ,
prelidou aux montagnes; & Fdllomâ^
aux. vaHées r EdùHd de Edkca , avoient
fom des Vj^ndes & de ha boiilbn' r Fruc»
tufed, des fruits : Intenidênd , de ceux
qui travailloiént avec la coignée ,- pour
qiï'ib n'enfuflènt point biefles: Petdy
aux demandes :\PkU , à ceux qurémon**
doient les arbres : Rutind > aux champs ^
^iî que Rut9r : Senhd , aux bonnes pen^
Xées y & aux défîrs légitimes.
Je ne dois^ pas oublier la Deeflfe Mé»
nd ou ^4^49. qui préfidoit aux maladies
des femmes. On lui oâroit en facrifice
déjeunes chiens^ dont , £elon Pline» la
€hair eA très^pure ; & fi pure , qu^on en
fervoît auiS dans les repas qu'on offrolt
aux Dieux. On lui donne Tépithete de
Genitd , parce qu'elle étoit du nonU^re
dos Dieux^<piipréfidoientàlagéné£ar
tiofi,.
mes Fables. 55^
" ' Les mêmes Romains avoient aum au
nombre de leurs Dieux y Anculus 8c Aih
€uU , que Feftus dit avoir été les Divi-
nités tutéiaîres des Servantes ; d'où 9
fans doute 9 eft venu le nom A^AncilU
qu'elles portoient. Car , comme on avoit
des Dieux pour tous les états delà vie >
il falloit bien que les Valets Se les Ser-
vantes en eûflent auffi.
Les anciens Tofcans avoient un Dieu
{particulier , qu'ils appelloient Ages ;
qui 9 felon Ovide , étoit forti d'une mot-
te de terre , dans le tems qu'Hun Pay fan
labouroit Ton champ. CeDieu leur apprit
}a Diviimtion : & ks Tofcans (e rendirent
-fi hàbiles^dans cet art frivole ,• qu'on ve-
fioit les confuher de toutes parts, ainfi
:^ue nous l'avons déjà dtr*
Les Sabins reconnoifibient pour leuir
principale Divinité Semo^Sungus , qu'on
croit être Hercule , Se que S. Juffin a pri»
mal-à-pref os pour Simon le Magicien.
Les Albins rendirent les honneurs di**
vms à Enée 9 qu'ils appellérent Jupiter
^Jndigeterdc ils divinijférentaufli Evan*
dre 9 Se Carmenta fa femme.
Janus, Faunus^ Picus, Se quelques
autres y reçurent auflS les honneurs di-
vins, dans les lieux difiërens de l'Italie
<À ils a voient régné.
3;
^fi Exrt.f CAf 10* ÏWST»RtQU'«
Les habitans de la vlUe d'Ahcîotl et c(ef
ï^raenefte,honoroieftt, d'utf culte parti-
culier, la Fortune ; & avofent , pour k
confulter j Ceffir , fi célébee daiô TAn-
tiquité.
Les Peuples de Breflè' avoîent auffi
plusieurs Dieux s qui leur' étoient partie
culiers» dont on p^ut voir les figures
dans le Rofïï.
Enfin y on avoit tout divlnifé » juiqu'a
Iuelques Villes même ; entr'autres, celle
e Rome ^ dont la figuré paraît fur le»
Médailles y avec les fyin6oles de la Di<^
•vinité. On pouffa même la fureur jufqu^à
i^endre des honneurs divins à des hônimes
vivans, comme à Auguffe, & à quel*»
ques autres* Mais y h cÛre viai>€e$ àoi»*
veaux Dieux étoient (ouvent le (ujet de
)a i^aillerie publiq,ue ; aufil Meff que les^
Empereurs nirort« 5 tels' que Cé&r > dont
_ Augufl^ àvôit fait? Apothéofe ; ce qui
le/céfiui.*" ^^ attira, de la part de Julien (i ) , le nom
de Wétfemii ftmpHs. Roini;du^ avoit été
plus heureux j iSc ou l^onof a tonjoms
irès^^riea&me&t;» ibus lenott da ^^^
finas.
rseuT le u Termûions cette Converûtion par les
"*^** Dieux de la Mohnojre. La Mf>Wioj€ a
toujours été regardée comme une choie
iacrée > à laquelle il oTa jamais été ipec^^
n& à auECun particulier de toucher j^ n'y
^yant que les Souverains qui ayeat eil
le droit de lat frapper Se de la marquer*
Dans tous les tems & dans tousles'pBy»
•du lâonde, il y a toujours eu desAfegii^
trats établis pour y veiller » & pour pu--
xiir 9 même du dernier fupplice, ceux qui
2^ contre&ilbient. Mai» les Payens ^pen:
jcx>ntens de ces précautions , voulurent
«avoir des^ Dieux qui y préfidMènt. Nous
avons déjà dit, en parlant de Junony
qu'on lui donnoit Fépithéte de Monetd,
|iour mairquer qu'elle étoit la Déeflè de
la Monnoye, quoique quelqueyMjrtho^
logues croyent qu'elle lui fût donnée
pour la raifon que nous avons expliquée
dans fon Hiftoireé Quoiqu'il en (bit , il
■e& indubitable que\ les* Romains fur
tout avoient des Dieux pour préfider à
lafabriqilfe de la Monnoye* Vous fçavez
fans doute 9 pour le dire en psilknt , que
connne on y gràvoit anciennement quel-
que animal , comme un bélier ^ un taii-^
feau 9 âcc, c^efl ce qui lui fit donner le
fiom èe Pecunia^ du mot Latin Fecus.
Gonune on fabriquait des ej^éces de
differens^ métaux 9 particuUéi^meptd'or^
d'argent , où de cuivre ; & qu'on eroyoit
qu\me feule Divinité auroit été trop oo^^
cupée du folm des diâerentes Fabriques >
I
5t^ ExPlrcATroîT msrrcmxQjjt
on en établit une particulière pour châ:*
cune. Trois Déeflès , repréfentéeS; fiif
quelques Médailles de TEmpei^eur Com-
mode & de (es (ûccefleurs , avec des Ba-
lances, la Corne d'abondaiice , & un
monceau d'argent atiprès > prouvent qu'il
en avok au moins im pareil nombres
t les Antiquaires conviennent qu^ellel
f réfîdoient à la fabrique de trois métaux.
Indépendamment de ces trois^D^vinités"»
on reconnoiflbit encore JÊs , ou E feulai
nus ^ pour la Monnoye de cuiv^.
Ces trois Déeflesy comme on vient de
te dire^ont pour fymboïe chacun^ne Ba-
lance : St quelques Antiquaire» cto^^enC
même remarquer c^ue ee^ Balances font
d'inégale grandeur > ci»nméf les ttois Mé-
taux employés en Monnoye > font de di&
férens poids. Mais peut*on » (ur le petit
iJiamp d'une Médaille 9 s'aâBtcer aune
telle pbfervation f •
On prétend même qu'il y avoir px>uf
ce dernier Mét^ la Déefle ^res. M.
de Peyrefe ayant examiné une Médaille
du Cabinet de M. Pétau » (ur laquelle
étoit repréfentée une Déefle 3 qu'on
auroit pu croire être cette Mm » aima
siiieux, parce que le nom étoit unpea
jefiàcé , «décider que c'étoit Cérês : Mais
k» Bâknces qu'elle tenoit à b matti|
DBS Fables. ^fj
.fâevoîent le porter à croire que e'étoit
la Déefle jEres. Aujourdhui la chofe
n'eft plus douteufe. Une Médaille du
Cabinet du Roi , de moyîen Bronze , de
FEmpereur Tite , préfente au revtrs une
femme 4ebout , avec l'habillement or*
dinaire aux DéefTes» appuyée de la main
gauche fur laHafie pure, & tenant une
Balance , avec ces mots : jEres AugujH ^
S. C. Mais, dit AlcSdon, le mot ^res
n'eft pas dans l'anologie de la langue
Latine :.& dès-là , on doit l'interpréter
par ces4iiots, U Momoje de PEmpereuu
Vous avez raifon , reprit l'Abbé : cepen-
dant , comme les figures dont on vient
de parler, portent les fymboles ordi^
naires aux figures qui repréfentent le9
Divinités , tdàes que la fiafie pure Se le
Manteau appelle Péplum ^ on les doit
prendre pour de véritables Divinités,
On voit même , fur une Médaille de
Commode, un AppoUonnud, avec cette
légende, Appolloni Monetd. CertaineiP-
ment il étoitbîen jufte , dit Eliante* que
le Dieu des beaux Arts le fut auffi de
la Monnaye , pour former des Varin &
d'autres célèbres Monnétaires.
, Pardon , Madame , dit l'Abbé , pour
cette longue kirielle de Divinité? fubaU
ternes , dont l'Hiiloire vous aura paru
EyS Explication HisxoRKiUB
m doute peu in^éreflante. Vous vous
trompez > repanit Eliante : Il eft bon de
connoître tous ces Dieux» ne fut-ce que
pour juger jufqu'à Quel, point le Paga-
nlTme s'égara. £t a ailleurs » j'ai pris
garde que^ pour chacun de ces Dieux»
vous avez toujours cité quelque Auteus
Îrave, comme Tite Live, Plutarquei
>enys d'Halicamaife ^ & en particuli^
faint Auguilin^ qui 9 comme vous me
Tavez dit , avoit lu les Livres que Var->
ron.avoit compofés fur la R^igion des
Romains» qui contenoient faas doute
t'Hifloire de tous cos Dieux ;. & oa
efl bien aife» quand on lit ces Auteurs f
de voir qu'on fç^voit tout cela. Mais ,
dit Alcidon, croirons •nous de bonne
ibi qu'on ait pris une CUac'mA.^ ui^ Af^«
Îb'ms f Se tant d'autres » pour de vérita'»
les Divinités ? Vous en croirez ce que
vous voudrez , reprit T Abbé : Mais à
quel titre recoBuoifToit-on les Dieux #
qu'aux Temples » aux Autek » aux Prê«
très , & aux Sacrifices f Ov tous les
Dieux que j'ai nommés 9 avoient tout
cela ; Se les meilleurs Hiftoriens en font
mention, comme vous l'avez vu. Les
Faites > & les Calendriers Romains ,
marquoient \ts Fêtes de ces Dieux» &
les jours où. on devoit leur offirir des
©ES t ABLES. ^J-J
Sacrifices. En faut-il davantage pour
proover q«*on recotmoHïbit too» ce»
Êtres pour de véritables Oivûùtés f
Il me refte encore , Madame , dît
r Abbé , à voas parler des Dieux de»
autres Peuples de l'Europe; des Gau-
lois, des Ibériens ou anciens Elpagnols»
des habitans de la Graode Bretagne , &
des peuples, de Germanie : ce qui fera
là matière dç notre première Coo*
iircriàùoo*
3(5p Explication historique
XVII. ENTRETIEN.
Des Dieux des Gaukisj des Germains
dr de quelques autres Peuples.
E
Liante, l*AW>é& Alcîdon , ayant
dîné feuls , on ne fut pas long-tenis
à fe mettre au travail ordinaire ; & T Ab-
bé ayant apporté Tes cahiers dans la fal-^
ie , il commença ainfî : Pour parler avec
quelque précifîon de la Religion des
Gaulois r il faut diftinguer les tems d'a-
vant & d'après la conquête de leur pays
par les Romaks. Avant cette conquête »
jils étoîent peu connus , du moins par
rapport à^ leurs mœurs , à leurs coutu-
mes, & à leurs Dieux , de ceux qui (k
rendirent les maîtres de leur pays. Et
par confëquent les Auteurs Romains
en difent peu de chofe. Encore faut- il
remarquer , qu'ayant parlé quelquefois
de leurs Dieux , pour peu de reflèmblan-
ce qu'ils Uur trouvâflènt avec les leurs »
ils ne manquoient pas de les confondre*
Ainfî , tel Dieu Gaulois , felon euxf
étoit ou Mercure , ou Hercule , parce
qu'il avoit quelque rapport à leur Her-
cule , ou à leur Mercure. Après la con-
quête
DES Fables; ^6t
3uête des Romains > les Gaulois fîreàt
e grands changemeos dans leur Reli*
igion ; & dans la fuite elle devint la mô-
me que celle de leurs maîtres^ our le
premier tems nous avons peu de guides z
les Druydes, chefs & miniftres de la Re-
ligion , n'écrivbient rien iiir ce fujet 5
fe contentant d'inftruire leurs Elevés 9
Se de charger leur mémoire d'un nom-
bre prodigieux de Vers , qui contenoient
THiftoire de leurs Dieux , de leur mo-
rale , & des cérémonies religieules.
Des Monumens déterrés dans différen-
tes pccafîons » fût lefquels étdient io-
conteftablement représentés quelques
Dieux Gaulois ; les con jeâures des Sça-
vans 4 qui ont expliqué ces monumens.
Se quelques paflkges epars dans les An-
ciens y font les feuls guides qui nous re-
ftent 9 pour nous conduire dans cette
matière > que je tâcherai d'abréger le
plus qu'il nue Jfera poffible. Je m éten-^
drai moins même fur les Dieux de cei
peuple 9 que fiir (es cérémonies ,Sc en
particulier fur ce qui regarde les Druy-
des , dont vous ave? Ibuvent entendu
parler. /"
Céfàr(i), quiefl celui de tous les (Oi>*iA
Anciens 9 qui a le mieux connu les Gau- '^^
lois 9 dit , que de tous les Dieux , celui'
qu'ils croyoient
Xous les Arts 5 le Dieu des Voyageurs
/Se Coamerçans ; & qu'ils joigaoient à
ce Dieu ) Apollon» Mars, Jupiter» Se
JMinerve 9 defquels ils avoieot les mê«
mes idées que les autres peuples ; eufint
aue 9 félon la perfuaiiod de leurs Druy«
es y ils deicendoient tous de Pluton.
CéÊtr ne donne en cet endroit qu'une
idée très-yague des Dieux des anciens
.Gaulois ; Se c'eft beaucoup pour un cot^
ijuérant. Clément d'Alexandrie dit » que
h Reli*gion de ce peuple» ëtoit une
JR^eligion de Fhilofophes » à peu près
icomme celle des Periès: &c'eft appa-
jrenament cette idée» qu'avoit fidfie long^*
lems avant Pline le Naturalifte » qui lui
a fait dire » que les cérémonies religieu-»
£ss des Gaulois reffembloient û fortjà
f eUcis d^s Perfeâtyqu'ils fèmbleroient^ni^
gré l'éloignement / fe les être commua
êii^y^es. Mais cette Religion » les Gaoïi
io^s ^ étoient^ils eux-^mêmes les Au«
teifrs f i'av6ient*ils reçue des habitans
de la Grande Bretagne f ou fî c^é»
toit , ainfi que le prétend Céfar » les
Gaulois 9 qui avoient porté chez ces
Infulaires leurs Dieux Se leur culte
(QomcDç h veut Tacite f C'eft ce qu'on
DES Fables» ^6^
Ile içah pas ; & il y a beaucoup plus dé
▼raîfemblancc à dire qu^ils l*avoîem prift
ées Phéniciens , qui trafiquèrent dès le^
l^remiers tems fur le6 côtes de ta Médi*
ferranëe : ce qui fera prouvé par la Con*
fbrmité qui fe trouve entre quelques
Dieux Gaulois , & ceux des peuples de
t'Orient.
ly abord la Religion des Gaulois fut
aflez pure : ôc leurs Drtiydés 5 /Hon Taci-
te 6c quelques autres Anciens, croy oient
qu'il feUoit adorer le Souverain Etre 9
plus encore par le filence & le rei^efl^
^ue par la prière de le facrifîce. Ce Pey?*
d|e fut même long-tems fans avoir ni
Temples, ni Statues. Le fond des forêts
les plus épàffles teur ayant paru le lieu le
plu^ropre à honorer Ja 0ivinitë, c'é-
toit là que Ce faîfoient leurs aflcmblée$
^eligieufes , & que s'offiroient les vo&uiC
êc les prières. Mais ctttt première Gh^
plîoité ne dura pas toujours : Se danrf ïi
iîiite leur culte Ce trouva autant mêlé <îè
pratiques foperftkieufes , que celtii'des
Irûtres Nations îdblâtres j & j comnié
eux } ils portèrent la fuperfKtion jufqu'a
Hnmoler, à leur Dieu Efûs , des viôi-
mes humaines. Il eft vrai qu'ils n'immo-
loient quel, leurs prifonniers de guerre :
tnâts^ te làcir^e n-*^» èioit , poArcëla»
Q ij
5(Î4 ExPLTCATlOVHTSTOElQUjr
ni moins barbare > ni moins cruel. Ils
(élevoient, pour cela, un grand bû-
cher , au milieu d'un bois qui l§ur ikr^
voit d^ Temple ; & ils y faifoient
brûler ^ en Thonneur du Dieu que je
viens de nommer , ces malheureuies
yiftimes.
Outre leur Dieu Efus , qui pourroit
bien avoir été le Saturne des Carthagi-*
pois p & }e Molock des Moabites , auf»
3uels on of&oit de fembl^les iàcrifices;
s en avoient encgrç plufîeurs autres f
oui leur étoient particuliers. Sur tin Mo-*
fument déterré dans leÇhœur ded'Eglifis
Cathédrale de Paris en ijiiy on trou^
ye la %ure Se les noms de plufîeurs de
ces Diew , d'ua Emus , d'un Efus , d'un
TuiêTos TrigoTdnus , d'un Çernunnosf^^un
Ogmcn y d'un T^rams , & de quelques au?
très* £t comme ce Monumept avoit été
tél^vé fous l'Empire de Tibère ? ainfi que
(e Qiarque l'infcription (4) ; tems auquel
les Gaïuoi^ étoient fbumis aux Romains,
)1 y eft fait mention aujffi de quelques^
uns. de$ pieux dç ce peuple i tels que
. Cailor & Poilux » Vulcain & Hercule^
|1 fçroit iputi|ç dç; vou^ rapporter le^
<4) TÏBIBRIO CiESARI APC. JOVI 01»TU||0;
[ MAXUMÔ,
, ^AyTJ^PAIllS)AqirU3UCpPO$UUVMt.
ftôDJe^f es des Sçavans (4) » qui prirent
alors la plume» pour trouver quelque
reflemblaxice entre les premiers de ces
Pieux , & ceux des Grecs & des Ro-
mains , parce qu^elles font auflî incertai-
nes , que dénuées de preuves. Ce qu'on
peut vous dire de plus vraifemblable , eft
qa'Efus étoit leur Mars ; Ogtmon ou Ma-
gdfétn^ltnt Hercule ; Tarams , leur Jupi-
ter ; BeUnus , leur Apollon. Pour leurs
Dieux Penin^ Abellio^ & DUichinius ^
Onuava , & quelques autres , on ne fçait
pas trop ce que c'étoit.
. Le fécond tems de la Religion des
Gaulois eft celui qui fuivit la conquête
de Géfar : Et alors ce peuple adopta.
les Divinités Romaines , ainfi qu'il pa-
roît parTacite, Lucain> Strabon Sùûueh
ques autres Anciens ; Se plus particulier
rement encore par les Statues de ces
Dieux déterrées en diftérens endroits
des Gaules ; parmi lefquelles on a
trouvé Ifis , Mercure , Apollon , Mi-
thras Dieu originaire de Perfe , Diane ,
Téleiphore Dieu de la fan té , Se pluiîeurs
autres.
Enfin les Gaulois firent comme Us.
(*) Meffieurs Baudelot , Daniel, Jéfiiite ; M. de Leî-
êrMoreau, derAcadémie' bnitz; Dom LobineaUs &
4esBcUciLenies| IcPoïc quelques autres.
Q wj
^66 ExPLiCATioK msTORKîirjr
autres peuples > 6c mirent leurs grand»
hommes au nombre de feurs Dieux y
ainfî que quelques-unes de leurs Hé-
roïnes y qui Êirent depuis connues (bu»
le nom de Défffts^ Mères. Enfin ils re^
^ connurent des Génies tutélatres pour
chaque Ville* On s'intéreflè afièz peu
aujourd'hui , dit Alcidon , à ces Dksaa:
Gaulois : car s'ils £bot les aiêiBes que
ceux des Grecs y. ou des Komains ^ ou
des Phéniciens , vous nous les avez
aflèz fait connoître j & s'ili en font dif-
férens , on n*a aucun Auteur A\x pays, qui
lious puifle fervir de guide.Pour les pré-
tendues découvertes des Sçavans mo-
dernes , quelques habiles qu'ils foyent
d'ailleurs , elles ne s'élèveront jamais au-
deffiimdu rang de pures conjeaures* On
peut, fi on le veut , avoir recours à l'ou-
Vrage de Dom Jacques Martin Bénédic*
tio, qui a épuifé cette matière. Alcidon
a raifon pour cet article > reprit Eliante î
mais il n'en eft pas de même des Druy-
des ,-dont Monfieur l'Abbé nous a dit un
inot en paflaiit. On en a entendu fouvent
parler,maisconfufôment : Ainfî je le prie
V de s'étendre un peu (ur leur fujet. Vous al-
lez être (ktisfaite, Madame, dit l'Abbé.
Lcf drut- \ Les Druydes, dont vraifemblable*
***' ment le nom tiroit fon origine du mot
151S Fairiej. ^6f
Deru y qui , dans la langue Celtique, vou-
lait dire un chine (4) , parce que c'était
dans les bois & au pied des chênes qu'ils
cxercoient leurs cérémonies , étaient le»
Chefs & les premiers Mioiftres de la Re-*
ligioa; Se il n^étoit permis à perfonnef
2UC de leur confentement,de s*y ingérer.
Somme ils avaient une efpéce de hié«
rarchie , il y avoit des Minières de èlî*
férens ordres. D^abord, le premier Druy*
1àe ëtoit comme le Souverain Pontife ;
& les autres , comme les Prêtres : Sou^
ceux-ci j étoient les Bardes , les Edba«
g^ y les Vates , & quelques autres. Les
Bardes & les Sarronides > dont le nom $
fuivant Feftus , iignifïoit un Chantre , ce-
lébroient dans leurs Vers les aftions desr
grands hommes , dont ils chantoioht les
exploits* Leurs Vers étoient iî eftimés >
qu'ils (ufHfoient pour immortalifer la
mémoire de ceux qui en étaient le (ujet.
Les fondions desSarronides fe bornoient
à inftruire ta jeuneflè , & à lui infpirer des
lèntimens vertueux. Les Vates & les Eu-
bages avoient foin de ce qui regardoît
les Sacrifices j& s'appliquoient à la con-'
temiplation de la nature' Se des choies cé^
lefles. Mais ils étoient les uns Se les au-^
(4) Let Grecs nomment cet libre ip% , qui eft le m^^
3<î8 Explication nistOfiiQXJS
treslG inférieurs aux Druydes , qu'ils oè
pouvoient exercer les fonftions de leur
lnimfiére>qu'autant qu'ils le léurperfliet-
toierit.
tiCS Druydôs jmenoient un vie fort
retirée Se fort auftére. Caché» dans le
fond des forêts , ils n'en fortoient que ra-
rement : Çc c'étoit dans leurs retraites
que toute la nation, alloit les confulter;
non-feulement pour les affaires de Reli-
gion , mais encore pour la guerre , pour
les traités de paix & d'alliance ; en un
mot, pour toutes les entrèprifes confi-
dérables. Comme ils étoient répandus
dans toutes les Gaules , ils y formoient
pluiîeurs Collèges, indépendans les uns
des autres , mais tous fournis à un Chef.
De tous ces Collèges ,4e plus confîdéra-
Jble étoit celui du Pays Chartrain ; & c'é-
toit celui où réfîdoit le Grand Pontife.
Ç'étoit dans les bois de cette Province
qu'on offroit les grands Sacrifices , que
fe faifoient les plus auguftes cérémomes
de la Religion ; & que s'ailèmbloient, à
certains jours de l'année, les Grands du
pays , pour y tenir ks Etats généraïuc ,
& régler les affaires de la guerre !& de la
paix. Après ce J)remier Collège ,. celui
de Marfèille étoit le plus çonfîdèrable :
é: la forêt où ils fe tenpient étôit regar-
besFables. 3^9
3ée comme une chofe facrée ( i )• (0 ^^y^
Avant que d'être reçu dans i'Ordrô^ ittc«in,i.6.
des Druydes » il falloit paflfer par un long
Noviciat, dont Tépreuve la plus rude
ëtoit d'apprendre par cœur quinze ou
vingt mille Vers , qui renfermoient toute
la Théologie , & tout ce qui concernoit
les cérémonies religieufës : Car, comme
je l'ai déjà regiarqué, les DrUydes a'é-
envoient rien fur ce fujet , & n'avoient
que la mémoire pour dépofitaire de leur$
dogmes. Lorfque les Novices étoient
fuHKàmment inflruits , ils recevoient
PAccolade , ou du Pontife lui-même ,
ou de quelque ancien Druyde , à qui cç
Chef en avoit donné l'ordre : & c'étoif
là toute la cérémonie de la ProfefGon*
Inunédiatement après, le Candidat qui?
toit l'habit du fiécle , pour prendre celui
des Druydes; qui confîftoit en une tu-
nique ordinairement de lin, qui n'alloiç
au'à mi-jambe , & une robe qui defcen-r
oit jufqu'aux talons. Je dois vous faire
obferver cependant , que cet habillenaent
ji'étôit pas entièrement uniforme, & qn^
.chaque Province y avoit introduit quel-
que léger changement.
Comme la Grande Bretagne avoit em-
bralfé la Religion des Gaulois , elle avoit
auiS ks Druydes , qui y étoient , de mer
Q v
$7* Explication historique
me , lès Chefs & les Miniftres des chofè*
facrées» Mais comme , outre cela , ils
S'appiiquoient avec beaucoup de foin à
la contemplation & à l'étude, îisétoient
devenus fi habiles > que ceux même de^
Gaulois ailoient fouvent les conli^lter^
& les regardoient comme leurs maîtres.
Le pouvoir Se le crédit des uns Se des
autres étoit fi grand , qu'«n n'entrepre-
fioit aucune affaire importante fans leur
eônfeiL Ils préfidoient aux Etats^ géné-
raux ; décidoient à leur gré de la paix
ou de la guerre ; punîflbient les coupa-
bles ; & pouflbient quelquefois leur au-
torité jïifqu'à dépofer les Magîfcats Se
les Rois même, quand ils avoient man^
^é à obferver les loix du pays : en un
mot, ils formoient le premier ordre de
FEtat ,. & tout pUoit devant eux. Ce*
toit à eux qu'appartenoit le droit dé
créer tous les ans^ dans chaque Cité , les:
Magiftrat&: qui dévoient la gouverner x
quelquefois même avec le titre de. Roi i
ou de Vttgùktî. Ge Vergob-et y fembla-
We aux Archontes: annuels^ d'Athènes >
ment à&i Druydee^, qufil ne pouvoir pas
fluême,^ lans leur permiffioiH aflembler
Xéû CoA&il , f ouc d4:ahdei: de quelque al^
DES FàÉÉ É^SV 571
faîre.Enforte,qu*à parler cxaétem6nt,c'é*
toieojteux qui régnoiem vérltabkmenti
Scque les Rois mêmes n'étoient que leurs
premiers Miniftre& Leur état les diÂ
penfoit d'aller à la guerre , Se les exem-
ptoit de toute forte de tribut ; ce qui
taifbit qu'il y avoit grand empreiiëmwt
à être reçu, dans quelqu'un de leurs Cot-^
léges.
Anciennement les femmes Gauloffe^
avoient joui d^une partie de ces préro*^
gatives : & elles les poflëdoient encore ^-
loriqu'Aonibal paiîa par les Gauler;
pm&foitf dans le traité qu^il y ût, un
des articles portoit , que s'il ùxrvmom
Îuelqu^afiàire entre un Gaulois Se tui
carthaginois y Taiiâire feroit portée atl
tribunal des DruydeiTesw Mais, peu k
peu les Druydes leur enkvérent ces
prérogatives 9 qu'ils réfervérent pour
eux feuls ; fi on en excepte celtes de ce»
ibmne» qui s'établirent danS' une iile
i^oi^oe die i^ Angleterre y oir elles coti&iw
yérent toute leur autorité 6at les matié«
3çes, deJ^'Religîon* £Hea y formèrent
une eipéccde République v crh elles ne
feuf&oient aucim boiAie. Leurs maiûs
feulecrientlesalloient voir une fois l'an 9
ôc à chaque* vqys^ , ils enûtienoieni: ie2|
fAÀiis^'iQâ&E^imoA djes étoiant accou-^
37^ Explication HisToiiiQT?]^
chées ; leur laiffant les £llè^ , qu'elles
^voieot foin de fomter à kur tniniftére*
, £n général , les points fondamentaux
de la doârine desDruydes fe réduifoient
à ces trois : à adorer les^ Dieux } à ne
nuire à perfonne ; '& à être brave & cou-
rageux. Mais > indépendamment de ce-
la » ils faifoient profefÇoin^ felçnPom*
(i)Di fitu ponius Mêla ( i )j d'étudier la Philo-
Orkis, i. |. lophîe ; de connokrfe la figure & la
grandeur de la terre 9 le cours des a&
très , & leurs différentes révolutions. La
croyance de, Timmortalité de Pâme fei-
foit un de leurs premiers dogmes j ce
qul'fendoit les Gaulois intrépides dans
les combats ; eipérantque s^ils y étpitet
tués^ ils iroiènt jouir d'une vie nulle fois
plus heureufe (|ue celle x^'its ^rdoi^tr
: Auiïî, pour les encjoaragerencoiie da-
vantage>lesDr uy des niettoient une gran-
de différence entre ceux qur mouroient
4^une mort naturelle l & ceux qiâ âcri*
iSoient leur vie pour la patrie. Les JHre-
jRulers étoieast enterrés Élis cérëitK^âies;
Eul éloge pour eux 9 point ^épitsi^be y
si: de ces.Yers quelës gardes chaotoient
en l^honneur des liéros;: au lieu que les
. djerniers jouiilbient dé tous ce$ atOAta*
^^> qui&rttem tài^t* les hommes;
-. -C^&r > Diodore t Lvcak ^ & ^ef ^es
i -■
CES Fables. 575
autres Anciens , prétendent que le»
Druyde^ enfêignoient à leurs difciples la
doârinedela Métempficofe, foit qu'ils
Teûflènt reçue de Pythagore , ou plutôt
des Peuples du Levant , qui commer-
çoîent dans la Méditerranée ; car ce^e
doârine étoit répandue dans FA fie Se
dans les Indes long-tems avant le Phi-
lofophe que je viens de nommer , qui Vy
apprit lui-même.
t A Tétude de la Religion & de la Phi-'
lofophie, lesDruydes joignoient celle de
là Médecine. Mais leur fçavoir fe bor-
noit à la connoidance de quelques plan-
tc^i & fur tout ' à l'influence des afires , r
qu^ils <3royoiettt agir trè^^efficacement
for les honumès Se lUr les aniftiaux. Ils;
ttà&Âëtit profeflîon de connoîtr^ âc* de
pédirè l'avertir , & étoient fort adonnés-
a. l' Aflrotogîe judiciaire & à la Magie.
Dans Tufage qu'ik faifoient des plantes^
&'des fimples, ils joignoient toujours
quelques pratiques fuperftitîeufès. Ainfî) •
feteri Pline <ï} , Ibrfqu'ils cueilloient la • (0 LîT.i^i
Silâge^ qu'on croit être la Pulfatille, 2s ^' ^ '
FàJrracfeoient fart» couteau , & de la main*
droite , qui devoit être couverte de leur
robe j & là faîfbîent pâflèr à la main gau-
che , ùms qu*(m s'en apperçut , comme
sHisl:*aY0feat volée Lil ^oîtî, avec <ïe- "
574 Explication msroKrQvre
k > être mids pieds r être vêtu de blancr^
& avoir ofEert auparavant un Sacrifice^
Ils failblent encore plus de façons ^lorf--^
qiu'il s'agifTolt de cueillir la Vervaioe r .
It>liv.x5« ^ ^^ même PHnç nous apprend (i)»
qu'ils choifilToient pour cela le point
précis du lever Hélia<]ue de la Canî**,
cule> avant le kver du Soleil »;& aprèsp^
avoir offert un facrifice à la Terre. A\i& .
ils attribuoient de grandes vertus à cet-^
te plante*. £Ue guénifo^t , felpti' eftx>
toutes fortes^ de fié vresb& en généi^ lou^'
tes lesmaladie&Elkreconcitioîtceuxqui
étoient brouillés; & l'eau ij^'cMKnrticoiV
sépanduë avec ua ram^iiiur )^ç<mw»^
* ve^ceiuc qu'eue touôh<)il^^iMlci^^
plus gais & plu^ cantai8^w€^)ie^auirô^«
Maïs parmi ces pratiquçs<r^perj3ii$Ji$iî^ :
S^ y les deux plus- fing\]^i<^s^ %i>k^t
M ^z*»^ celles qui regardoient ï^utffrpêmin (ly
****• & le Gui de chêne , (pie je vais vous^
d^prire. Comme les CQuleuvres ^s^cxi^
blent en certaine iailbndej^anniée^oiir^
s'accoupler 9 elles laiilènt^ufirbav^j iWi
I - l^qpelle , félon les Dir^j^dâs^^, iè iovmoiCt
vm,Q^u{y auquel ilsatûrij>uDiei^4êgranf:
des vertus; Cet œuf ^ félon eux^s'éle^.
vpit hors de terre ; & «ç'étoit dans c^:
moment qu'il falicât &^en iàiiTr. X^ difli^
cujfé ét^tjgfaiid^^îgafçp qjjg;6(^4nfe;-'
te$9 jatoux de cette produdk>n r pour-
fmvoieat ceux qui vouloient la leur eiK
lever. Ainfî il Êiiioit rôder à cheval aur
taur du lieu où ils étoient » profiter dxi
moment favorable , puis prendre la fui-
te* Les Druydes aflTuroient que ceux
^i avoietit un de ces. œufs » gagnoient
imman^ablement Leur procès ; & s'at-
tiroienr , par je ne fçai quelle fympathie*.
la bienveillance des Grands de des Rois:
mômes; Pline y. qui convient que tout ce-
manège n'étoit qu'une vaine fuperfti-
tion > nous apprend ^ que l'Elmpereur
Claude fît mourir un Chevalier Ro->
main^, pour cela feul ,. qu^ £ut convain-
cu de porter un de ces bcxik dans fon
fein^eni vue de gagiœr isx procès de
conféquence*
Parmi les cérémonies reKgtcufes des*
Druydes 9t la plus folemnelle étoit celle*
^i regardent la manière de cueillir le
Gui de chêne ( i)*Vo«8 fçavez que leGui ( t ) Fi/kmi
€ft une plante qui croît fur les^ branches»
^e quelques arbres de toute aiitre eipér»
ce que la âenne ; à^oik^ elle eA portée
iSur d^autres ^ fans qu'il en vienne jamaiss
en pleine terre. On l'appelle plante pa-
rafite , parce qu'elle vient fc nourrir d'ur-
ne fève qui ne lui étoit pas deftihéé (2),^
37^ Explication histcrique
6c qu'elle nuit tellement aux arbres iltf
Jefquels elle pouflê, que quelquefois elle
les fait mourir. On croit communémeaC
que les Grives friandes de la graine du
Gui , après en avoir mangé avec excès ,
en rejettent ime partie fur les branches »
où çiles vont fe repofer ; & que ces
grains gras Se vifqueux y prennent ra>-
cine 9 & pouffent une touffe verte &
jaunâtre , qui s'élève d'un ou deux pieds»
Ses grains font des bayes ovales , de la
groffeur d'un poids , fort nioHes & fort
grades , & couvertes d'une petite peau
argentée , fur un fond tanne pMe. Tel eft
'}e Gui dont les Druyoes faifoient grand
cas , fur-tout lorfqu'il fe trouvoit fur le
chêne* Il eft vrai auffi qu'on dit ^ que
c'eft un (pécifique contre l'épilepfie , Se
qu'on s'en fèrt même utilement dans l'a-*
|)oplexie , & pour les vertiges. Ils le
cher choient avec de grands foins dans les
forêts où ils habitoient ; 3c comme il
ctoit alors apparemment moins corn*-
mun (iir les chênes qu'il nel'eft préfente^
ment 5 ' quand ils en rencontroient quel?-
que plante^ ils fefélicitoient comme s'ils
avoient trouvé un tréfor; mais ils diffë^
•Toient de l'arracher jufqu'au mois de
Décembre > qui étoit, parmi eux, un
ffiois facré , Se jufqu'au iixiéme de 1^
i>ibsFablc&; ^ 377
liixne. Alors ( i ) ils s'aflèmbloieût de ( i ) PGnf ,
tous les environs j & on alloiten procet ^* "'•
fion au chêne qui avoit été marqué. Les*
DeVins marchoîent les premiers, chan-
tant des Hymnes & des Cantiques en
rhonneur des Dieux ; venoit enfuîte
un Hérault , le caducée à la main , qui
ëtoit fuivi de tous les Druydes, portant
les chofes néceflaires , pour le (acrifice
qu^on devoit offrir ; & la marche , fui*
vie d'un peuple innombrable ^ étoit fer-,
mée par le Chef des Druydes , revêtu^
d'une robe d'une blancheur éclatante.
9
Lorfque la Proceflîon étoit arrivée à
Tétidroit où étoit le Gui , le Chef des'
Druydes , muni d'une faucille d'or >
inontoit iùr le chêne , coupoit la plante
avec grand reipeft , & la donnoit aux
autres Druydes, qui la rece voient dans^
nne iaye blanche (2). Lorfque le pre- (i) Ss^m^
mîer Druyde étoit defcendu de Parbre ,
on offioit un facrifice de deux taureaux
blancs , en priant les Dieux d'attacher à
cette plante un bonheur , qui accompa*
gnât tous ceux à qui on la difiribueroit.
La Fête fe tetminoit par un fefiin pu-
blic* Le pcemîer jour deFan,on béniubit
la Plante iacrée , & on la diftribuoit au
peuple , en lui annonçant, & lui fouhai*
tant une bonne année ^ par ces paroles :
57* Explication msTORra ir«
A Gui Cm neuf. On faifoit aufli f du jùtÊ
de cette même Plante ^ uûe eau f qu on
croyoit très^iàlutaîre.
Il y a apparence au refte que cette cé'^
rémoiue^ quoique Pline^dont nous avons^
tiré tout ce détail, ne le dife pas,(e faifoit!
dans la forêt du Pays Chartraïn,oîï étoit
le premier Collège desDruydes^& cela^
pendant T AiTemblée générale des EtatSj/
qui fe tenoient au mois de Décembre.
Mais de toutes les fuperfiitions de»
Druydes, la plus cruelle étoit celle de^
facrmces , dans lefquels ils offiroîent à
leurs Dieux ËiUs > & à Tentâtes ou Mer«
cure y des vidimes humaines. En vain 9
FAuteur moderne de l^Hiftoire de I3
Ville d^Orleans , a tâché de les juflifier
ùir cet article 9 en difant , qu'on avoit
pris pour àes facrifices , la mort qu'ilff;
îaifbîent (buÔrîr aux Prîfbnnief s de guefr
re : il eft fur qu*on les imniololt véri-
blement ; tous les Anciens qui en ont
{>arlé 9 l'atteflent d^une manière à ne
aiffer avicvm doute ; & Lucain le dit ext
propres termes ( i), Lorfque le tems de
ces iànglans . facrifices approchoit » on
faifoit une grajode; cage d^odfîer ^ , dan$ Ur
(a) Et iptilruj imntifis pUtainr fânimnt dif »
TfHMes ^ borrtnfque feus sltarUtuf Efès*.
DES Fables. 57^
^elle on enfermoit les mâlhcweux^ qui
ëtoieot deitinés à être înimoiés à oeDieu;
& on les faifoit brûler au miUeu des
bois 9 près de rArbire (acre , qui le re-
préfeatott* Quelques Auteurs ont avan*
oé f que c'étoit dans un Temple que s'd^
froit ce facrifice: mais ils n'oBt pas fait
attention qu'anciouiement les Gaulois
if avoient d'autres Temples que les Fo*
rets ; que les Chênes étoient leurs Idor
les & leurs Autels ; & que ce ne JFut
qu^après la conquête de Jule-Céfar > oa
Çîu de tems avant > qu'ils eurent des
emples femblables à ceux des autres
peuples. ly ailleurs , dans quel Temple »
îàns un danger évident d'y mettre le feu ^
ôuroit-on pu faire brûler tant d*hommes
à la fois» avec une machine d'un bois
auflî combuflible que Teft Pofier ? II eft
vrai qu'on prtnoit pour viâimes les
prifonniers de guerre > & à leur défaut»
ces gens condamnés à mort ^ mais le
Sacrifice n'en étoit pas pour cela ni
moins barbare ni moins inhumain. Au«-
guffe , Tibère > Qaude & quelques au-
tres Empereurs , eurent beau faire des
£dits contre un ufàge û barbare 9 il leur
fut impoflîble de l'abolir entièrement»
JEn général non feulement lesDruydes ,.
mais tous les Gaulois étoient fort £ll«
58ô Ex?LxCArxos HrsTaRiQUfi ^
Serftitîeux ; & comme je fuis bien aiie#
ladaiiie 9 que vous comioii&ez à fond
vos parerls , je vais vous en donner le
détail j & vous verrez k peine que
nos premiersf Evêques &: les Conciles
mêmes eurent à les corriger. D'abord ils
étoient les uns Se les autres fort adon*
nés à Tart frivole de la Divination f
qu'ils croy oient tirer ou du vol des
oifeaux , ou de Pinfpeétion des entcail-*
les desf viâimes y Se plus particulière^
ment à la Magie : les femmes croyoîerït
véritablement affiiler au Sabath avec le
iècours de leur Diane ou de ta Lune ^
pour laquelle elles avoient une vénéra-
tion particulière (4). Cette folle préten-
tjion dura dans les Gaules long « tems
même après que le Chriftianifnie y fui
introduit ; Se je ne doute pas que nos
vieilles (brcieresn'eufTenttiré de là leurs
déteflables pratiques.
Comme les Gaulois en général a«
voient beaucoup de vénération pour
l'Ëaui & en particulier pour celle dis
Rhin, ils avoient coutume > lorfqu'ils
fbupçonnoient la fidélité de leurs fem*
mes, d'expofer fur ce^Flèuve les enfans
dont ils ne croyoient pas être pères :
(«) Cette Déedê poxtok pafmî eux le nom d^Jbtm
dnhuu
■ '
©ES Fables. 581
"Et il l'enfant étoit fubmergé , la femni^
ëtoît condamnée comme adultère ; fi 9
au contraire» il fiirnageoit. Se que les
Flots le portaflèat fur le rivage > oui
la ♦lere , qui i'avoit fuivi 9 le rcçevoît ,
elle étoit juflifiée, Se le mari lui ren-
doit toute m confiance : Ce qui fait dire
à l'Empereur Julien , de qui nous appre»
nons cet ufage 9 ^^ue le Ubin , for fon
difcernementf vgngem l'injure fme au Lit
tonjugéd»
Les Gaulois avoieot aufli une vénéra*
^on particulière pour certains Lacs 9 ftir
tout pour celui qui étoit près deToulou<<
ië 9 ou les Anciens difent qu'ils jettérent
tout l'or qu'ils avoient reçu des Ko^
mains jpour le rachapt de leur ville. Ils
y jettoient de même » ainfî que dans le
Khin 9 les dépouilles des Ennemis : Sç
c'étoit là le Sacrifice qu'ils leur &i9>
foient. Comme ils étoient perfiiadés
de l'immortalité de l'ame 9 & qu'ils
O'oyoient pouvoir avoir befbin 9 dans
le fèjour qu'ils habiteroient après leus
mort^deleur argent, ils le prétoiènC
fouvent 9 a condition d'en être payés en
l'autreononde. C'étoit par le même mos»
tif 9 qu'ils mettoient dans les tombeaux
des habits 9 des vivres» Se tous les uâen-
ciles dont le mort: s'^toit fervî 9 alnf!
gSa Explication historique
^ue leurs armes & leurs boucliers.
Le premier jour de l'an , les mêmes
peuples > hommev & femmes, fàifbîent
ime Mafirarade^également impie & ridi-
cule. Ils St couvroient de la peau^de
plufieurs animaux ^ & couroieot ainfî les
▼illes Se les boiurgaides« fous les noms
^ Cervêtes & de FatiU » ecmtrefiaHant
dans leurs couribs le cer^ la bidbe , &c«
Une licence eârénée n^gaoit dans cette
Fête ; & les infamies les plus groHiéres
en faifoient la partie la plus confidéra"
t>le. Mais une pratique encore phis
criante que celle-là > ëtoit ceUe de per«
cer d'un coup de poignard us bomme
par derrière , avant que de tenir Gonfèil
fiir les a^res d'Etat ; fu^eant da fûc-
ces de Paf&ire qu'on alloit traiter» fiir
la manière dont tomboit la malhieurea(ê
yiâime de leur fuperf&tion ,ôc fur la
forme de la playe qu'As Tcooi^t de lui
Les Gaulois etoient n adonnes a
ces fuperftitionSy qu'on eut , comme je
fai déjà obfervé, toutes les peines on
monde à les détruire : âc qudques-oneSf
ainfi oue l'Ordre des Sniyder, duré*
rent oien k>ng*-tems depuis l%troduc*
tion du Chriftianifine dans leur pa^
Il uaxok, nar diâërens Conci
j
dssFables. ^&^
& ce fujet , par un Traité de faint Eloy^
A par les Edits des Ëpiperâiirs Ro-
«ttams 4 qu'elles ne durent abolies que
fort tard. On trouve encore , au corn*
tnencement du cinquième fîécley des
Druy des dans le Pa^' Chartrain.
Après vous avoir fait connoître la Religion dct
Religion des Gaulois, je vais, en peu de Grande Biiî
mots, parler de celle des Peuples de leur tagoc
voifînagé. Je dirai peu de chofè de celle
^es habitans de la Grande Bretagne»
fMirce que # comme le remarque Taci*
ne (i)i ils a voient adopté les Dieux Se {ornjtfifkz
tes fuperftitîons des Gaulois. Céfar dît *''-«•'•"•
à peu i>rès la même cho& ; ôc les autres
Hiâoriens en font d^accord* Mêmes
Prêtres , même Ordre de Druydes , des
Bardes, des £ubages ; en im mot, la
même hiérarchie. Ils honoroient , corn*
me les Gaulois , les Déefles «^ Meref^
comme nous le dirons en parlant de
la Religion Ats anciens Germaini ; 3ç
recoimoiifdleftt les mçmes Dieux ,'quoi>*'
<|ue fous d'autres noms. Il eft bon ièu^
lement de remarquer, que les Piôes,
les Saxons , & d'autres Peuples encore »
ayant fait» en différens tems, la con^
quête de la Grande Bretagne , ou du
moins d'une partie considérable , ils y
fortérçnt aufli leurs. I>ieux ^ leurs cé^
3^4 Explication histori^uk
rémonies reiigieuiès. De -là peut -être
leur Bel^tucddua ^ Dieu ipcoimu , que
{0 o« Dm «Camden & Selden ( i ) croyent être
T;/^'-'' le Belenus ouTApoUon des Gaulois;
& IcntÂndâte , Déedè de la Viâolre^
qu'ils honoroient d'un culte particulier, i
JÊnfin^ pour achever le parallèle^ l'ulà- |
ge des Sacrifices des viâimes humaines^ l
étoit le même eu Angleterre & dans le9
' Gaules.
Religion èet L'Hiflolre des Dieux des anciens
filnt^'ou^Et Ibérieas ou Efpagnols , ne nous tien-
]»giiôu« dra pas plus long-tems que celle desi
Bretons. Il eft vrai qu'il y a beaucoup
d'apparence que les Phéniciens , qui
commercèrent en Elpagne dans les t«m9
les plus reculés , fur tout avec ceux qui
Mbitoient dans la Bétique» ou» comme
on la nomme aujourd'hui , l' Andalou-?
^ y y laifTérent la connoiilance de que}-»
ques-uns de leurs Dieux. Mais nofis .
n'ayons point d'Hiftoriens anciens qui
nous l'appremient. Ëtfans^ute qu'on
ne s'en rapportera pas à Marianat qyi>
quoique Hiftorien excellent d'ailleuiv»
n'a dit fur ce fujet que des chofes fort
apocryphes. Il t& vrai encore ^ qu'on ^
déterré , Se qu'on déterre tous les jours
en JËi^agne d'anciens Monumens » Sç
des Inforiptioas» qui font mention de
quelques
• • t
aoEs Fabxes. 58^
iq[uçlc{ue8 Divinités inconnues : mais on
ne fçait point quels Dieux elles repré-
Xentent , encore moins le tems auquel ils
firent , dans ce pays , l'objet^'un culte
religiecBc,' ^t les Efpagnols, iufqu*à ce»
derniers tfems 9 n'ont guéres été curieux
de développer leurs Antiquités. Enfin
la plupart des Dieux adorés en Eipagne
font d'origine Grecque ou Romaine:
Je dis la plupart ; car ils en avioientjrew
çu (juelquçft-uns dont on ignore l'origi**
ne. Tel eft ÉndovUticus;Àont le aorn^ Joint
à celui d'Hercule , le trouve, fur une
lûfcriptioq, déterrée près de là ville
d'Ofca, aujourd'hui FiUa- Viciofa (4)t
Etoit-ce Mars honoré en E(pa j^ie 9 ovt
l'Hercule PJîénîcien i C'eft çq qU'on ni)
fçauroit deviner- Il y a apparence oepcô*
dant) quoiqu'en difent quelquesSçaVans^
qu'il étolt diôerent d'Hercule, p\iiG|ué
l'Jnicription en parle comme^ de deiu&
Dieux tutélaires ; pïuTtuelmbm (b). .
.,, Nous trouv^iiS/;çacQre danst/ki^aa^
• • • «
(i) VoicîTIrrfciijttion: " ' . - , . •
HEACULI. P. ENDÔVitt. TOLÇY.
• U. U. 1>EIS. TiJTEiARlBUS.
(^)^ On |>eut confultcr , & celle <Je M, Freiet , dont
su fujct de ce Dieu , Rei* Texcrtit eft imprimé ditu le
neiîuc ; la DliSèitation d'un tsoinéme voJuiqct 4^f M^
Allemand, qui a prisienom trtoires 'de rAcadémie^ d<t
ilùlifdQVftut^fhihin^fii'p 'Sf^I^CXCSyf. 1919 .)
: TomlJ. R
^8^ ExPLtCATlOK HtSl^dRf Q:t«
ciens Auteurs., que les EipagRols
<loient ua culte particulieràPlutony (bus
le Aotn de AUtub , ^u de la Mort; dt
même que les JBfaënicieiis. Mercure » ap-
l^ellé Teutates.9 étoit auffi une Divinité
refpefbée par ies anciens Ihériens; âc le
culte de ce Dieu leur avoit été porté
cl'Egypte, ou de Phémcie, On ne fcait
pas précifément Vils ol&oieht à ce Dieu#
xicmune les Gaulois j des viâtmes hu-»
aminés.; mais il ^ certain^ par le té«
(lUiv.?: moigna^e po(itifdeStrabon,(i) que les
P* »«^- Luiitame^s 9 peuple d'Eipagpe^ immo*
lolent leur« captif àleurs Dieux^ à qtâ
ils coniàcroient les mains de ces nialheu-.
reniés viâimes 9 après avoir tiré des an«
gures de l'infee£tion de feurs entrailles
Ces mêmes LuLfitaniens, (ùivantle ni£-
me Atitèur , hotioroient auiïï le Dieit
Mai's , 16c kâ Jimmoloieht des boucs , des
dievaux & leurs captife. Strabon ne nous
apprend pas quel nom ils dormoîent à
(x) Satur. ee-Dieu; mais Màcrobe (2) Ait que les
1. tf . e. 1 9. Accîtains , autre peuple d'E^agne» l'apr
pelloient fleton^ .
Des Dietix ' Après VOUS avoir^Qtretenude&DieuK
CCTmiwi*'"* ^^^ Gaulois, de Bretons, des îbérîeps
& des autres peuples d'E^agne, )e<dols,
Madame^vous parler de ceux des anciens
Germains ; & vous dir« d'abord j que
cdmme iJs etoîeht, aînfî que leis ©au**
Ibis, Geltfes dWîgîne^ ilsâvoîentlpea
près les mcmes Dieux -& les mêmes cé-
*rémoniés. Ils n'a voient aacieûnement les
uns & les autres d'autres t!emi)les que
les iBois pour lefquels îls avoîent uh
grand Té%eâ:, iii d'autres "Satuës^e le«
arbres; croyaiît^ coitime le dît Tacite
(i), qu'il étôit également indigne de '(iîi>*M«^
^renfermer la majéfté divine dans dc^ ^«'«"w».
Temples , & de la repréfentcr ;par quel-
^que figure. Cependant comme'fc même •
Auteur dît qu'ils pôrtoient à la guerre
3è« images & les figures<îe leurs Dieux ^
Bfiffes &fignAy extraâa LuHs^in fratiu^
ïferunt; il fallait bien qix^îls eûlTent quel-
-ques fynftoles gui les reprëfentoient , à
:peu près comme les Scjrthes ^lënrs^ voi-
|în%, qui flvoient une ép'éè^'our ftatuS
du Dieu Mars.
Quoique it Sacetdoce fUt treg-TeP
^efté des anciens 'ôermaîns ,îl étoit ce-
} tendant différent de celui des Oau«
ois ; & on, ne trouve poîfït qulls
àyent eu , comme ceux-ci , des Drirjrdes.
Leurs Prêtres, cependant avoîent beaù*
icoup de crédit , St on les coûrukôft dans
toutes les affaires importaxites.
Mais comme il y a peu de peuples qiu
Payent confervé leur religion primitive ,
5M Exnic^TiovuxsTôJitQVÉ
les (ipimainé iit^nt âiytrs chângen^s IL
lît*ljeur#,f& reçurent âés Dieux inconnu»^
stux Gaulois* D^abprd Célàr, dans les
(0 D* BcUo Conunentaire§ .(ïL parUnt de la relî-
^on de ces anciens Germains » dit qu ils
ne.TccpAaaiiroiépt d%utres Dieux, que
çe^ip s^^l^^^ voy oi^nt., & dont ils rece-
voient j&fid^mmQnt quelque bienfait,
çomraêiîu Soleil V de Vtune, S: de Vul-
» V çaîn ou du F^u j & que djes autres, ils n'eit
avoignt p^, feulemeot oui parler. Mai?i
(i) Df M«f. facitç s^<têa4fiav;ajtitagè/u^ ce fujet (2),
ùermdn. d^ô^Xai^vrajjiç qu'II a çQihpofé touchanj:
fe^, i»gôurç *d^pe$ peuplés , die dans diftS-î
îpns^endrxntç^de fqn Hîftoîre.
* D'abord il parle (Je leur Dieu Tuijlon^
gui tirpit /on origine de la Terre , & qui
toujours flactte,àutànt qu'on à pu, d'avoir
cie^Diefxx pfiu^ aacêtres^ T^iftôn &Mân-
nus Apient Gtns doute dgux Héros , qui;i
poxiTvs'être diftingivfejOjuparîeùrs adions
çiu parleurs 4éQ0UV,erjtes,rurerit rais parles
ànci^i^s i(^çri^àiqs.aujap;mbre ^ piéxxi
en quoi ^ n^' firent qu^jmiteç^??' futres
Siup^es : ^. s'ils les Jfpnt^nfan& de là
L erre , c e^. qu ils ignorpient Imt or igi«-
pe. Le même Tacite dit que Jn^rcurei
OU plutôt le Teutatçs des G^ûlôis'^^étoil;
DES T^ABLÇS. . 38p
Jfe premier Dieu des Germains, êc qu^ôn
lui imnioloît, comme dans les Gaules;,
â^s viâimes humaine? ( i\ , Guerriers {i)pe«rum
jçomme M5.etoient> \\s ne manqûoient i^ujcnnum
oaèd'hûdorér Mars,; '& s'il n^e'toit pas cintih^c.
leur première & principale Divinité , il
tei^oit du moins le fécond rang avec
.Hejrcule> à qui ils oifroîent, ainn qu'au . - "^
Dipude la Guerre,* des animaux en f%- '
-crificc. La Terre ^ fous le nom à^'Hirt^ , ' . 1,.
& CybéFcquî efl la même chofe, ayoft
ion culte particulier :Et les Suéves> tii-
don Germanique, hoiioroient, fuivànt
le; même Tacite, Jfîs (bas la figure d'un
navire. .Cet Auteur n^Â pu comprendre
comment le culte de cette. Div^hit^
Egyptienne avpît pu pénétrer cîiez dei
peuples il reculés ; Mais comme oh la
repréfèntoif, dit-il , fous la forme d'un
vaSfleaUi il paroît que la conhoiflance
leur en vénoitd^aillewrs- Quelque négo-
ciant Egyptien , pii Phenicieiî^ porta le
culte de cette Déeflç fur les côtes' des
.Gaules , où if éff, certain que cette
Déefle fut honorée, puifqu'on y en a
trouvé .des Statues, & que de-là il fut
norté.wi Allemagne , & enfuite chez les
SueVes. ^ ^, :j^ .. • , ''/
*. Il ierpît inutile de parcourir les au-
tres peuples die Germanie, qui ^avoîent
Riij
5^0 ExPLIÇATIOir RrSTOKKiXyB
en vénération des Dieux qui nous tbnft
peu connus. Je me contente de parler
. 3*irwinyy , Divinité^artieuliére aux Sa-
xons, vfont Charlemagne fit détruire le
Temple SthriTèi: la; Statue, qui étoîtpo-
SSt fur une colorane yjoiiqu en 772 îi fe
rendîtmaîtredelafortereiled^Erefbourgi:,
&enleva:touteslê^richeflesconlàcréesà
M6tu!:.ç^ Dieu, dbnt le Temple (le) , faonMet
(2)Airt.Sa^1&pniL^s (1), étoit également recomiiian-
*^"*. ;4àble p4r la beauté de Pàrchiteatire , ^
par la vénératîoa des. peuples ^.qui Y^
voient enrichi de leurs offrandes. Les.
Sçavans fe font donpé- la torture poojr^
deviner quel étoît ce Dieu. Suivant les
TOS, ç'étok Mercure , dont le nom a.
Îuelque reffeiïJblancè avec celui, de ce.
)ieu. Selon les autres , ç*étoit Mara, le
Dieu d'ùnpeup&^uftîîeUîqueux cpie tes
Sax<?jns : & ceux-ci appuyent leur con-
jefture fur Ce que Erdooi*rg étoit auffi
appelle Mars-Burg , qui veut dire , le
Fort de Mars : Ouçhfîii, Armîmus, Gé-
néral des Cher ufques j lequeI>pour avoit:
défait trois légions Romaines, Commaiir
dëes parVarus,fut mis au rang des Héros^
& honoré comme le Dieu tutélaire de la
nation.C*efl ce qu*bn ne fçaUroit décider;:
£c je ne voq^s en dirai nen daVapta^t.
pour àe pas vous remplir rîmaginatiom
<A^<R>fijeâ:ure8'fbttvent peu Coûèes*
De tout ce que vous venez de ntmai
4ire dans cette converiàtion » reprit Al*
cidon» il réfùlte dbnCy r^ queies^ ai>»
<iiens Germaine adorèrent d'abord le So»
feil , la Lune > la Terre & les aiitves être»
phifîques yfour des nc^nos particuliers f
«n quoi Es avoieat imité les autres Peu»
Îles idolâtres* 2^. Que f comme les Gain
>is > ils n'écrivoieat rien touchant leurs
cérémonies rd^lgieules & leurs Dieux*
2o« Qu'ils n'avoient pour Temples <}ue
» forétsv. fiiT lefquek, felon^ Tacite r
ils n'ofoient prefque lever les yeux r
tant étoit grand le re^eâ: qu'ils avoient
;pour ces lieux (àcrés.4^.Qu'ils croyoient
mdéceat derepréfenter leurs Dieux^pat
ées ftatuës ou des bas-reliefs, j^ Ennn y
Îue dans leurs- làcrifices , peè contens
'o&ir des animaux 9 ils immoloient»
for tout à leur Mercure , des viââmes^
littmaiaesi Aânfî voiis avez eu raiian de
dire que leur Religion, étoit presque la^
même que celle des Gaulois; Si vous
voulez maintenant dire à Madame quel*
ques chofës de leurs mœufs^ que Tar
cite a fî bien décrites ,. je iiiîs perftiadé
qu'elle ea fera £itis&ite. C'eft ce que
j'atteo&avec impatience» repartit Elî^r»-
te : en£fibieii;ai&4le conitoîtfe ces aa^
Riiij
/ *
fp5 KxPLXCATrOWHlSTÇmiQUE
clens peupks, Coimneifçons par qvteik
ijues-uoes de leurs^ fuperftitîons. »» Les
M Germains, dit PHiftorien qu? Alcidoir
l^^f'^*'* »^ vient de nommer ( i ) , obferven»
9Ê plus que toute autre nation le vol de9
m oifeauxy &.fe fervent des^fbrts, auC-
$9 quek jls«ajoutent beaucoup <ie foi. Ils
•• coupent pour jcela quelques branche»
» d*un arbre fruitier , qu^Is partagent en
fe* plufieurs baguettes , à chacune de(^
» quelles ils mettent une marque^ pour
M pouvoir les: diftinguer j .puis ils les
y jettent au hazar<i Cni un* habit biarnc
V qu'ils ont étendu a terre. Si la con*
i» iultation eft faite par Pautorité pu*
n bllque , c'eft un de leurs prêtres
I» ^ui y préfîde ; & fi elle eft particii*
s» Uére, c'eftle père dé famitié cpâ en
t» fait la fenékion , en jettant ces baguet*
» tesàuhazard, & tirant des augures j
99 OU favorables ou funeftes , {urlamar
1» niére dont les marques (e rencontrent.
Ils en tirent auifi du vol des oifèaiix»
& du henniflement de certains chevaux
blancs qui font nourris aux dépens du
P ublîc , Se que le^ Prêtres lèuls , ou les
Rois, ont le droit de toucher & d'atte-
ler, au chariot iàcré , qu'ils traînent ou
dans les rues ou dans les champs , chacon
ohfervant leurs {irémif&mèns ôc leurs
©ES Fables, jp^
fceflnîflemens. C'eft, félon ce peuple, de
tous les préfages , le plus certain.
' Avant que de donner bataille , ontâr-
the de prendre un ennemi : un champion
fe bat contre lui ; & on eff perfuadé que
davantage général fera- du côté- de celui .. • . •
c(m a vaincu dans ce combat fîngulier
(i). Lorfqu'ils s'afTemblent d'ans un Bois ji) tdsH^
^cré pour quelque délibération impor-
tante , iF ont la cruauté , avant que de*
commencer à parler d*afïaire , de mafla-
- crer un homme , pour en tirer des augus-
tes favorables à leur deflèîn.
Le même Tacite nous apprend , que
ces peuples étoient perfiiaoés que les
Dieux leur apparoiflbient , coriverfôient
avec eux , & mangcoient des mets qu^ort
leur préfentoît j ce q.ui reflemble beau-
coup^ aux LelHfiemes àçs Romains » ou
à ces feftins- publics qu'on préparoit pour
les Dieux gn préfènce de leurs Statues >
pofées fur des lîts près des taHes; Com-
me ils croyoîent de même que les âmes
des morts erroient autour de feurs tom*-
beaux , ils avoient foin d*y laifler dQS
viandes & du vin-, perfuadés qu'elles en
fkifbient ufage. On mêttoit les: même*
mets dans les fépulcres lorlqu'on^enter*^
roit quelqu'un : De-là ces pots', ccs^v^»
&S.ÔC C£S autres oftehciles qu'oirdécon^^
354 ExptrCATîOîf HrsTORrcityr
Tre tous les jours dans h$ anciens totn<^
Beaux des Germaks^ & des Gaulois*
pans les repas publics> les Germains ^
pour preuve d^uneamitié inviolable^ 6^'
tiroîent du lanç , le ver(bicnt dans-un va-r
fe» &'lebûvoientles uns aprè» lies au-^
Une aufre fùperffitîon , à laquelle les?
arciens Germains étoient fort adonnés r
(ft)T«cf«r. étoit la Divination. (:i). C'étoit parmi-
^^ 4BUX les femmes qui fe mêloient de pré«^
dire Favenir ; Sc il- n'y avoit forte dc'
fir : ce qui leur donnoit une grande coo^
jBdération. Car il eii bofi que^ vous (ca-
chiez qu'aucun peuple n!a J|imais porté:
ll'èfBime Sc lëre^eâ; pour lèurs^feouner
aufli loin que le»<^rnuuns : perlii^és,^.
ait Tacke , qu'il y avoit en eUes queU
i|uectxofe deiaint & de iàcré. Us leur
j^mquuâquoieot leurs af&ures les ]^ur
^crêtes» &Jles confiiltoienir d^ns; les plu$
^ifBdlçs Se U&> plùs4n]qpprt9ntes« Squ^
vent mente on^ leur confîoit l'adminîâra^
tiba de V Etat 9 Se de ce qui corner-
aoît la paix &. la guerre. AoUH peut-on
dire* en^ général qu^elLes étoient auiC^
^ailes, oc auflî fidèles^ que belles. â(<
bien i^s. Leur moit ne faijCbit pascçfr
fer te re^eft ^u'on avoit pour elles : eU
fie l'augmentoit au contraire ; Ôt une v^
néradon particulière Ce changeoit fou-
vent en^ un re(peâ reCgieux. Celles qxxe:
Ëîur vertu & leur fageffe avoient le plus
diilinguées » étoient regardées après leur
mort comme de» Divinités > attiquellès^-
on rendoit le même cuKe qu'aux autre»
Dieux. Tacite 9 il eiF vrai 9. ne nomme-
parmi ces femmeSu, dont les* Gennains
avoient fait l'apothébfey qaeFelledéi^
maisil yen avoit fans doute 6îên d'au-
tres. Les Sçavans dù^ pays font même
perfuadés^ que les Déeifes Mères n'é»
toient que ces femmes^ Germaines. Voi^
.Ë.V û je ne me trompe 1 dît Eliantet
deux&is qu€| vous nonunez lesDéefles J^^^^^
Mëres; Je fuiscurîeuiè de f^avoirce que
c'étoît. Vous^allezétre (àtisfaite > reprk
FAbbé ; & ce fera par4à que je fimrai
Ehiff oire des Dieux du Paganitoe»
Comnto on a déterré en -difiërens tétss^
'âesi>as«relieis9 quî'repr€iènte.ntçesDéeP
IbsydanslesGaules^nAnglèterrç^enAI-
lëmagne^esSçavansconviennentqu'ellea»
étoient également honorées par lésGauF-
lois 9 les Bretons* & les anciens Gdv
inains. Ces b^reliefs, que vous pourreip^
▼oir dans F Antiquité expliquée (i)* re- oy^^^^"
j^^éfentent: ordinaireiQ.ent trois jeunes
'5$^'^ ExPtîCATÏÔKHtsr'àRIQU».
-femmes aflîfës, couvertes 3'urie belle
•^ draperie, avec la corne d'abondance*,
& tenant, ou k la maîn, ou fiir leur
'girôn, des pommes* ou autrefs^fniîts ,^ 4^
accompagnées - or dînaîrement d'ûh . piîS-
* tre, & d*un CamilU ou mînîftre, qui, aveb
• une patere , femble verfer quelque lî-
* queur fur un autel , ç'eft-â-dire , faire
quelque libation.. Les infcriptions qui
'accompagnent cçs monumens , font-,
auxMires^ ou Maires, aux Matrones^ Stc.
' Les Antiquaires & les Mjrtfiplôguës
ont avancé divferfes conjedures au fufet
• de ces Déeflès, M. Keîfler a crû que
comme les Germains avoîent,âinjSqufe
f* \ l'ai déjà dit,' une véhéfafion piétîtnx-
érè pour Ifeùrs femmes , ç'iwroîefit elles
^i, aprè^léur apothéofe, étbrent.deve^
«iuës les Déeflës^Meres. Mais pourquoi
trois feulement f Tacite même ne oont-
me que Velledài D'ailleurs, les Qau*-
lois , les habitans dé la grande Bretagne,
^ les Romains même, fur tout depuxs'lè
"tems de Septime Severe , ont Honoré-ces
Dééflfes : & on ne voit pas qu'ifs eûHènt
ÎJus de refpeftpour leurs fenmies'que
es^ autres peuples. D^autres , fondés (ùr
te que le* DéefTés Mères portent k fa
main désrfruits, ont crû qu*feHeî5 élôîértt
des QivIni^éS' iohàmplltres , comme (ok
^
D.ïs Fables. 5^7
Salines , les Commodans , & les Sylvsti^
qiies. Mais outre qu'elles étoient auflî
honorées dans les vUles , on ne voit pas
dans les infcriptions gai accompagnent
leurs figures, qu'on les ait invoquées
fëulement pbi^r la fertilité des bîeos de ,
la camgagn^i mais aufG pour la (aaté &
la proipérit^ des familles qui éjevoîent
^n'ieur honneur quelque monument» &
c^étoit fpécialement pour les Empereurs
& pourjes Impératrices, qù'op lesînvo-^
audit : Prh [e & fuis.^ S. If. L.M. Froi
jalute Imper atQm\ Sec, .
] -Enfin préfqué tous {ont perfiiadés que
le culte dé ces Déelles a pris naifl&nce,
oulàans les Gaules, ou dans la Germa-
. nîe^ puilqup^^cVft dans ces deux pays,
qu'on a découvert les monumens qui les
répréfentent. Pour, moi, je fuis p^erfuade
qiTîl eft beaucoup plus ancien, & qu'il
ri*etoit pas renfermé dans la Germanie
Se dans les Gaules. En effet i on a trou-
vé quelqufîs-unes de leurs figures en Ita-
pe , où certainement ces Déeflès furent
connues ; Se fî les Germains avoîent Içuc
Mère Velleda , les Grecs , félon Paula-
pias, reconnoiflbienit auflî une Mère Pla-
flença. Voilà donc leur cultç auflî établi
dans la Grèce; mais il n^en etoitpas ori«
gînaîre , comme nous^ Iç prouyerons. ^à
SiÎYant 1^51 lieux oh il éçott cona*. PÏot
398 E»LlCATIOir HISTORl^tm
dore nous apprend queMerion» aprèsla
Iprife de Troye.» étant allé en Sicile avec
-Quelques Cretois, y bâtit un Temple ea
4 honneur de ces Déeflès , xpà fut dans U
iuite en grande vénération. C'étoit^
iulvant le même Hiftorien , de Tifle de
Crète 9 oh eUes étoieat honorées long»
"tems auparavant^ queleut* culte fut por-
té dans la Sicile* Un paâà^e de Plutar-
'que, dans la Vie de Marcellus» confiraie
rce que dit Dlodore de Sicile^ en tiouis
apprenant que les Orétois avoient con*
Aruit en l'honneur des Déeâès Meres«
Mttt'ffttç , le Temple dont on vient de
parler > dans la vâlle d'Enguie » que Dio«
dore ne nomme pas. Les Cretois en
avoient reçu fans doute le ctdte par
3uelqae Colonie Phénicienne. Mais noui
eyons nous arrêter^ faute de preuve , à
rifle de Crète ; iSc c'en eft ùvkz pour
prouver que ces Déeflès n'étoient pat
particulières aux Gaulois & aux Ger-
inaîns. C'éft ainfî qu*(en fuîvant l'Hiftoî-:
ie des Dieux des peuples d'occident , ôil
trouve qu'ils venoient pref^u^tQns d*£-
igyptc ou de Phénicie.
Quoiqu^il en foit 9 P Antiquité taou$
apprend peu de chofes au lirjet du culte
•dont on hofnorolt ces Déeâes. Il y a ap-
parence qu^ii élôît le même que celui
^on readdit aux DivlukérCbampô;
dtre$. La corae d'abondance Se les fruits
^qu'elles tiennent à la main 9 nous font
i;onjefturer que c'étoit de ces fruits-là
même âc^umiel qu'on leur offroit ; & la
libation que fait fur un atitèl le jeune
VénmtU qui eft repréfenté fur un des bas*
.relief dont j'ai^arlé^ eft fans doute une
libation de laitjComme<celui qui fut trou*
•vé en Italie , & qui eft confervé à Ro^
tne f préfente un prêtre qui égorge lui
cochon 9 H eil vraiIèmUàble que cet ani-
mal étoît un de ^eux qu'on immoloit à
jces Dée^s 9 ainfî qu'à Bacchus Se aux
autres Divinités Champêtres ^ à cauleda
ilégât qu'il fait dans les bleds & dans les
vignes. Cétoit pour la même raifoa
qu'on fiicrifioît la truye à Cérès. Ce que
*tious fçavoiis là-déilus de plus particu»
tkr> eft que les peuples delà Gaule fai«
Ibient Cânftrmre de petites chapellet
appellées Canc^lH , en Thonneur de ces
Déeflès; Se qu'après j avoir porté leurs
offi-andes» ailumé de petites chaûddlest
Se prononcé quelques paroles myfté-
tieufès fur du pain , ou fur quelques her«
1>es 5 ils les^mportoient pour aller les ca«
^her dans un chemin creux ^ ou dafis; le
tronc de Quelque Bs/httf croyant garan-
tir par-là leurs tli^ouj^eaux des maladies
contagieufès. ïls joighôient à cet ufage
j[4u£eurs autres fopemitionsi dont le dér
foo Explication HisTQRiQus
taîl fe trouve dans les Capîtulaires de
mïelques-uns de nos Rois qui les défen-
doient , & dans nos vieux Kituels*
Voilà , Madame j tout ce que j'avoîs a
vous dire fur les Dieux du Paàanifmev
Finîflbnsj auiE eft-il tems d'aller faire
un tour.de promenade. Il mereft^^nco-
rcj pour vous donner, une idée complet-
te de la Mythologie Se vous en explî*
quer les FableiJ, à vous parler des Hé-
ros Qu Demî-Dieuxi & à cette occafîon
à yous faire THiftoirè dé l'ancienne Grè-
ce Se des Colonies Egyptiennes & Phé-
niciennes , qui y portèrent leurs Dieux p
Se en même-tems toutes les cérémonies
qu'ils pratiquoient dans le culte qu'il»
leur rendoient. '
On fortît du falon, &.on allafepro-'
mener fur le bord de la rivière , où Elian-
je marqua fon étonnement au"" (ujet de
l'aveuglement extrême des Idolâtres >
c*éftrà-dire , de tous les hommes , iî on
excepte les Juifs > & quelques^ heurçux
irtîc4liçrs^tels que MeldiUêdech^Job, .
peut-être encoire qfuelajues^autres^, de- I
{' )ùis le fîécle qui fuivit le Uéluges, jufqu'à'J
jsL venue de Jefus-Chriil , Ôc énplufîeur^ *
endroits iQUg-tems après. ;,|
. FmduTomtSMnd.
58591003 .